III. — LA VUE
Les Sourcils.
Les mouvements des sourcils sont d’une expression bien significative pendant le jeu des diverses passions : ils s’élèvent dans la fureur et s’abaissent dans la haine, la tristesse et le mépris.
Considérés à l’état de repos, les sourcils sont épais et bas chez les penseurs ; doucement arqués, ils indiquent la modestie et la simplicité ; placés en ligne droite, un caractère mâle et vigoureux ; en ligne moitié horizontale et moitié courbe, une bonté ingénieuse ; enfin, épais et mobiles, un caractère soucieux et jaloux.
11 n’est jamais gracieux pour une femme de porter des sourcils qui se rejoignent au-dessus du nez. Une distance assez considérable doit se trouver entre les deux têtes du sourcil. Cette séparation dégage agréablement la racine du nez et annonce chez l’individu, dit Lavater, une conception aisée. Quelques grands hommes, Turenne entre autres, ont eu les sourcils joints.
Qui croirait qu’il y eut un siècle et même plusieurs, où c’était une grande perfection chez une femme d’avoir les deux sourcils joints ensemble? Anacréon, Théocrite, Pétrone ont célébré des sourcils ainsi disposés.
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LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE
Ovide assure que, de son temps, les dames romaines se peignaient l’entre-deux des sourcils, pour qu’ils n’en fissent qu’un.
Cette mode était aussi en usage chez les Hébreux. Jézabel, épouse d’AciiAB et mère de Joram, roi d’Israël, ayant appris l’arrivée de Jéhu, se farda les yeux avec de l’antimoine ; ou, selon l’hébreu, se mit les yeux dans l’antimoine.
A qui a pu venir l’idée de s’arracher les cils? II paraît que c’est une pratique commune... chez les Indiens du Paraguay.
Chez les Patagons, ce sont les sourcils qu’on supprime ; et une femme qui garderait les siens manquerait tout à fait de savoir-vivre.
La coquetterie des femmes anglaises vient de s’adjoindre un nouveau serviteur : le fabricant de cils et de sourcils naturels, pour mondaines et artistes dramatiques ou lyriques. Il s’agit d’un parfumeur, dédaigneux des vieux maquillages, qui a trouvé le moyen de planter des cheveux sur l’arcade sourcilière et au bord des paupières, et qui donne ainsi une expression profonde ou langoureuse aux regards qui en ont été le plus cruellement privés par la nature.
L’opération par laquelle s’obtient ce précieux ré-
LA VUE
sultat ressemble de bien près à un supplice ; mais de délicieuses créatures, assez patientes pour demeurer, pendant quatre heures d’horloge, entre les mains d’une émail leuse, qui leur glace de vernis le visage, les bras et les épaules, sont capables d’affronter toutes les souffrances pour atteindre à l’illusion de la perfection plastique.
Armé d’une fine aiguille, à laquelle pend un long cheveu, de nuance assortie à la chevelure de la patiente, parfois un cheveu emprunté à cette chevelure même, l’opérateur attaque l’extrême bord de la paupière, entre l’épiderme et le léger ourlet graisseux qui la termine. L’aiguille y est conduite à la façon d’une couture au petit point, le cheveu demeurant lâche et formant à l’extérieur une boucle de deux centimètres de diamètre. Quand toute la paupière est ainsi cousue, un coup de ciseau sépare le cheveu en deux rangées de cils épais, qu’il suffit ensuite de retrousser à l’aide d'un petit fer à friser en argent, gros tout au plus comme une aiguille à tricoter.
On opère de même pour la paupière inférieure, en faisant de faux cils, naturels dans l’autre sens. La patiente conserve ensuite sur les yeux, pendant une demi-journée, un bandeau huilé ; et le lendemain, il ne reste plus aucune trace de l’opération. Le regard a acquis une poésie exquise, qu’il conservera pendant six mois.
La fabrication du sourcil naturel demande un peu plus de temps, mais elle n’oblige pas les coquettes à isix ou huit heures de cécité. Le derme doit subir une préparation de quelques heures ;