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LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE
puis, le parfumeur intervient avec son aiguille jusqu’à obtention d’une paire de sourcils tout à fait espagnols.
Un délicat poète a écrit que Dieu avait donné à la femme la bouche pour parler et les yeux pour répondre. Désormais, en Angleterre, le sexe fort ne pourra même plus se fier à la sincérité de ces réponses-là.
La Métoposcopie .
En i6i5, un savant, Samuel Fuchsius, fit paraître un Traité de la Physionomie, orné d’illustralions très curieuses. Ce volume, vraie rareté bibliographique, est la propriété de M. Mantovani, professeur d’histoire à l’Institut de Bergame.
Dans la deuxième partie de son travail, l’auteur s’occupe des yeux. Voici quelques extraits de sa monographie :
<( Les sourcils arqués indiquent l’arrogance.
« Les paupières qui pendent indiquent la somnolence. Les paupières tirant sur le rouge indiquent l'impudence.
« Une pupille large indique la folie ; la pupille petite indique un homme rusé.
<( Les grands yeux indiquent la paresse ; les yeux petits indiquent la pusillanimité. Les yeux noirs annoncent la timidité et l’artifice; la couleur bleue est signe de joie ; la couleur blonde dénote le courage et la vigueur.
« Le strabisme indique la criminalité. »
LA VUE
L'obliquité des Yeux.
D’après un voyageur, l’obliquité des yeux, que nous sommes accoutumés à considérer comme un des caractères essentiels des figures chinoises, serait infiniment plus rare dans ce pays, et surtout chez les hommes, que nous ne le supposons. Fdle serait plus commune chez les femmes, parce qu’elles regardent comme une beauté d’avoir la peau du front et des tempes entièrement tendue ; et elles y arrivent par l’usage de la coiffure, qui a reçu le nom de coiffure chinoise, cette tension ayant nécessairement pour effet de relever l’angle externe de l’œil (i).
Enfant sans yeux.
11 est né récemment, paraît-il, à Sablonceaux (Charente-Inférieure), un enfant sans yeux. Le malheureux petit disgracié, dit la Gazette médicale de Paris, a six frères et sœurs, dont la conformation physique est absolument normale.
Son os frontal rejoint l’arcade zygomatique, et deux légères dépressions indiquent seulement la place des orbites. En dépit de sa difformité, l’enfant se porte à merveille.
Un Nyctalope (?) célèbre.
L’empereur Ttbère était nyctalope : il y voyait la nuit, mais il disait ne pas voir clair le jour. Main-
(i) Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1878, col. 644 •
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tenant, ii faut avouer que c’est l’un des hommes les plus dissimulés qui aient jamais existé ; c’est au point qu’il mettait à mort tous ceux qui s’étaient aperçus de son excessive dissimulation, en agissant en conséquence. Sa dissimulation habituelle nous oblige à nous demander si sa nyctalopie n’était pas feinte.
Ce que les Anciens lisaient dans VOEU.
Dans l’antiquité, on jugeait d’un homme par ses yeux : s’il les avait d’un grand éclat, il passait pour être de race divine !
La Faiblesse des Yeux héréditaire.
Au sujet de la paresse de M. de Fontanes, voici une explication et une. excuse (i). Ses yeux étaient malades, et il était condamné à les ménager beaucoup, d’autant qu’il y avait là, vraisemblablement, une faiblesse héréditaire. 11 écrivait, en aoràt 1806 :
J’ai été encore aveugle, mon cher ami, depuis que j’ai reçu votre lettre, et voilà l’excuse d’un silence que je ne me pardonnerais pas, s’il n’avait été involontaire...
Et, en 1807 :
Mes yeux, qui sont toujours un peu faibles, m’obligent de dicter ma lettre ; c’est pour cela que je vous écris peu.
A sa sœur, atteinte du même mal, il recommandait vivement
(1) Pailiiès, Du nouveau sur Joubert , 23q (et note).
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de se bien garder de confier ses yeux à des charlatans. Ils augmentent quelque fois le mal, au lien* de le diminuer. Nos oculistes de Paris ne sont guère pl us heureux et plus habiles. On a voulu souvent me les faire consulter. Mais j'ai refusé leur secours. J’aime mieux une vue très affaiblie que des ténèbres complètes, et tel est presque le cas de ces opérations si vantées (i).
La fille du poète craignait, elle aussi, pour sa vue. Elle vint à Genève consulter un oculiste renommé. C’était donc une faiblesse héréditaire, un mal de famille (2), une menace qui pesait sur les Fontanes.
Personnages aux gros yeux.
Homère qualifie Junon de l’épithète Aux yeux de bœuf. On a regardé les gros yeux comme un signe de médiocrité des facultés intellectuelles : ceux qui ont connu Boyer, le célèbre chirurgien, et les familles Guersant, Andrieux, Viennet et plu-
(1) Lettre autographe, signée, à sa sœur, datée du 20 mai. (Catalogue de lettres autographes mises en vente à Paris, le 16 mai i843.)
(2) On a signalé des enfants borgnes, nés d’un père également borgne. Dans une étude du marquis de Ségur, sur Marie-Catherine de Brignole, élude parue dans la Revue des Deux-Mondes du Ier déc. 1898, il est dit que l’ami, qui devint plus tard l’époux, de celte princesse de Monaco, « bien qu’il n’eût l’usage que d’un œil... cette défectuosité qui venait de naissance, était invisible à qui n’en était pas averti. » Et le marquis ajoute, en note, d’après les Mémoires de Mme de Genlis : « le père du prince, le duc de Bourbon, était borgne, d’un accident survenu à la chasse... tous ses enfants, légitimes et bâtards, naquirent borgnes du même œil. » Cette hérédité a-t-elle été déjà constatée ?
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sieurs littérateurs, dont les yeux étaient très saillants, diront combien cette appréciation est erronée.
Vue à la Montmorency .
L’expression « yeux à la Montmorency », au dire de Tallemant des Féaux, vient de ce que le duc de Montmorency, décapité à Toulouse en 1 653 , avait les yeux un peu de travers, ou, en parlant par euphémisme, le regard légèrement indécis.
Portal a signalé l’hérédité de la vue à Montmorency , strabisme complet, dont étaient affectés presque tous les membres de cette originale et illustre famille.
Hyperesthésie de la Vision.
De nos jours, Gaspard Hauser a présenté, dans son énigmatique et tragique existence, cette hyperesthésie des facultés optiques : il apercevait les étoiles invisibles à la vue ordinaire, et pouvait discerner les couleurs au milieu des plus épaisses ténèbres.
Pourquoi les Yeux sont-ils cernés ?
Voici la réponse à cette question, qu’a donnée (i) un médecin de Bicêtre, Ch. Féré, physiologiste éminent, dont la science regrette toujours la perte :
La rétraction des yeux sous l’influence de la fatigue a été attribuée à la résorption de la graisse. La rapidité
(i) Dans* Sensat ion et mouvement, 2e édition, 118, noie.
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avec laquelle elle se produit s’explique beaucoup mieux par un phénomène vasculaire.
D’autre part, le Dr Bérillon a fourni l’explication suivante, dont nous lui laissons l’entière responsabilité.
C’est une opinion courante, que l’une des conséquences de l’onanisme chez les enfants est de leur donner des « yeux cernés ». La constatation des yeux cernés a pour effet de provoquer chez les parents une indignation mal contenue, dont les enfants sont souvent les innocentes victimes.
Au dispensaire pédagogique de la rue Saint- André-des Arts, on m’amène fréquemment des enfants accusés de se livrer à l’onanisme. L’accusation est basée sur ce fait, qu’on les voit pâlir soudainement et que les yeux sont cernés. Or, dans un assez grand nombre de cas, ce n’est pas l’onanisme qu’il faut incriminer, mais bien le petit mal épileptique, se traduisant par des accès légers, des absences, des vertiges. L’opinion des parents est tellement enracinée, que la démonstration de l’existence de troubles nerveux graves ne parvient pas à les convaincre. Ils veulent à tout prix que leurs enfants se livrent à l’onanisme. 11 arrive, d’ailleurs, fréquemment, que l’enfant avoue s’être livré à l’onanisme, alors que cela n’a pas eu lieu. Ce n’est que par cet aveu qu’il obtient un peu de tranquillité. Tant qu’il n’a pas avoué, on ne cesse de le tarabuster.
Dans d’autres cas, l’existence des yeux cernés est liée à la présence de vers intestinaux ou d’oxyures.
Récemment, une jeune institutrice est venue me demander de la traiter de ce mal des « yeux cernés ». Il lui suffit d’avoir eu un peu d’insomnie pour avoir les yeux fatigués. Dans la maison où elle.se trouve placée, la maîtresse de maison, attachant trop d’importance à ce signe, lui en a fait plusieurs fois, en présence de tierces
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personnes, des observations déplacées. Elle insinuait qu’une jeune fille sage ne devait pas avoir « les yeux cernés ». Ces insinuations ont eu pour effet de rendre l’existence de cette jeune institutrice tout à fait insupportable. Elle déclare quelle est l’objet de jugements absolument téméraires et qui, si ses yeux sont parfois cernés, c’est parce qu’elle n’a pas un travail très régulier.
Supplices d’hier... et d’aujourd’hui.
(( Aux criminels jadis, écrit EIenry Meige, on crevait les yeux avec des fers rougis au feu, pour y verser ensuite du plomb fondu ou de la poix bouillante ; aujourd’hui, on fencî un œil en quatre, on y plonge le fer rouge du thermocautère, on y ajoute de redoutables poisons, du sublimé, du cyanure de mercure, le tout saupoudré d’iodoforme. Ne diraiton pas qu’en se modernisant, le supplice n’a fait que gagner en raffinement d’horreur ?
Empressons-nous d’ajouter que maintenant cette apparente torture est subie en quelques minutes sous le sommeil chloroformique, que le patient n’en éprouve ni appréhension ni douleur, et qu’ainsi on arrive à sauver de la contagion sympathique le second œil, toujours dangereusement menacé. »
Notre érudit confrère, pour qui les musées d’art n’ont depuis longtemps plus de secrets, rappelle qu’il existe au Musée de Bâle une peinture, qui tendrait à démontrer que les procédés de carbonisa-
LA VUE
t ion de l’œil remontent à une assez déjà lointaine époque.
Cette peinture est une copie, par Jérôme Hess, d’une fresque qui décorait autrefois la salle du Conseil, dans l’Hôtel de ville de Bâle. L’original fut peint dans les premières années du seizième siècle, vers iBso, par Hans Holbein le Jeune.
Le sujet, emprunté à l’histoire grecque, rappelle un trait mémorable de la vie de Zaleucus, législateur des Locriens, qui vécut vers l’an 700 avant notre ère.
Zaleucus avait ordonné que les époux convaincus d’infidélité fussent privés de la vue. Or, il advint ([ne son propre fils fut déclaré coupable de ce crime. L’austère vieillard n’hésita pas à lui appliquer isa terrible loi.
Mais les magistrats, d’accord avec le peuple, vinrent le supplier de faire grâce. Zaleucus se montra d’abord inflexible. Cependant, devant leur insistance, il consentit un sacrifice à son amour paternel : il s’offrit à partager, te supplice du criminel et permit que son fils fut privé d’un seul œil, à la condition que lui-même perdrait un de ses yeux.
Tel est le dramatique épisode dont s’inspira Holbein le Jeune, pour symboliser le respect des lois ; (d il n’hésita pas à représenter l’exécution de cette farouche sentence.
Mais, soit pour atténuer l’horreur de ce double supplice, soit pour se conformer à une tradition, Holbein a armé les bourreaux d’instruments qu’on ne s’attendait guère à voir utiliser en pareille occurrence : ce sont des lentilles de verre, de véritables
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loupes, enchâssées et emmanchées. Ainsi, un œil de chacun des malheureux condamnés est brûlé par les rayons solaires, concentrés au foyer de l’instrument.
Cette application justicière des lois de l’optique était-elle de pratique fréquente ? Du moins, avaitelle sur les autres modes de supplices oculaires des avantages : la cautérisation solaire pouvait éviter de graves complications. Par malheur, le chloroforme n’étant pas connu, elle ne devait pas s’effectuer sans douleur.
On peut se demander si l’emploi de lentilles de verre au temps de Zaleucus ne constitue pas un fâcheux anachronisme. Ceci n’eût, d’ailleurs, pas arrêté Holreün, qui ne s’attachait guère à l’exactitude historique des costumes et des accessoires. Cependant, la haute antiquité de la loupe semble très vraisemblable. Elle aurait été connue des Egyptiens ; et on affirme avoir trouvé, dans les ruines de Ninive, des lentilles en cristal de roche.
Ees Vestales se servaient, dit-on, de verres convexes, pour ranimer le feu sacré. Aristophane, 5oo ans avant Jésus-Christ, parle de l’effet comburant produit par les rayons du soleil recueillis sur un globe de verre. On prétend même que certains médecins cautérisaient les plaies avec des lentilles taillées dans du cristal de roche. De là, sans doute, l’idée du peintre Holbein, qui voulut, en outre, rehausser la grandeur du supplice, en donnant pour armes aux exécuteurs le feu même du soleil.
Ainsi, grâce au peintre de Bâle, nous savons que, cinq siècles avant nous, la thermocautérisation de l'œil n’était pas inconnue.
Nul ne peut regretter que la loupe des bourreaux Locriens soit tombée dans l’oubli, surtout si son emploi était réservé à la destruction des yeux sains. Mais il n’est pas sans intérêt de relever l’ancienneté de la cautérisation ignée du globe oculaire.
Le Tatouage des Yeux.
Opération audacieuse >s’il en fût, la coloration artificielle de l’iris est cependant entrée depuis peu dans le domaine chirurgical, sous les auspices des Drs Haskell et Heffernan, chefs du service d’ophtalmologie du Massachusett’s Infirmary, de Boston. Ils ont déjà réussi un certain nombre d’opérations de ce genre et, dans les cas surtout de « taies » sur le globe oculaire, leur intervention a donné des résultats excellents. Après avoir cocaïné l’œil, ils font, avec différentes aiguilles, extrêmement fines, une centaine de points dans la cornée, à un dixième de millimètre de profondeur seulement, puis y dépensent quelques gouttes d’un pigment spécial, bleu, vert, noir ou marron, selon la couleur que l’on désire donner à l’iris. Une semaine de repos, sans lire ni écrire, et tout est terminé.
S in g u Hère Co ns tatation.
M. le D1 Derbys, de Nicosi, a constaté un fait réellement singulier.
Un jeune homme de vingt-sept ans, en jouant
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avec un fusil, reçoit dans la cornée un éclat de capsule. On extirpe le corps étranger, et à la suite de cette opération, persiste une cicatrice décolorée.
Deux ans après, ce jeune homme se marie et a un enfant qui présente ce singulier phénomène, qu’il porte, au même œil et au même endroit, une cicatrice exactement semblable à celle de son père (i).
La Notion des Couleurs et la Linguistique.
La notion des couleurs a-t-elle existé de tout temps, et n’est-ce pas un lent perfectionnement de l’organe de la vision, qui a amené les littérateurs modernes à cette richesse d’expressions colorées qui nous éblouit aujourd’hui? Cette question qui passionna le inonde savant, depuis qu’elle fut posée presque simultanément par l’Allemand Magnus et le great old mon, feu Gladstone, a fait l’objet, d’un très attachant travail de M. Candiotti, qui lui a consacré sa thèse de doctorat, sous ce titre : La notion des couleurs et la linguistique.
En réalité, l’œil est bien resté tel qu’il était il y a deux mille ans, mais ce sont des causes extérieures qui ont lancé dans cette voie la littérature moderne.
Quelques exemples entre cent : Théophile Gautier a eu une palette merveilleuse ; rien d’étonnant, puisqu’en même temps qu’écrivain, il était peintre.
Leconte de Lisle, né à l’île de Bourbon et qui y a passé son enfance, se ressouvint plus tard,
(i) Journal des praticiens, 29 sept. 1900.
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en écrivant ses Poèmes barbares, de la ilore tropicale, avec sa faune d’oiseaux, d’insectes aux multiples chatoiements, de fauves musculeux, le tout aperçu dans la clarté uniforme d'une lumière excessive.
1 n autre exotique, J.-M. de Heredia, qui a passé sa première jeunesse à Cuba, « parmi les enchantements de la plus belle Ilore qui soit au monde », évoque à tout instant, dans ses admirables Sonnets, son pays natal.
Pierre Loti, l’enchanteur, a voulu parcourir le monde avant de nous le dépeindre, tantôt « sur le dos d’un chameau berceur, dans l’infini désert rose )> ; tantôt «à dos de mulet, sur les montagnes, (( qui étaient un merveilleux luxe de couleurs, des violets d'iris pour les bases, des roses de pivoines pour les cimes, le tout profilé sur la limpidité du ciel vert » ; qui a vogué en tous sens, sur la mer « de nacre verte, avec des luisants de métal, des reflets de gorges d’oiseaux rares et au-dessus des granits roses d’Arabie, mais d’un rose (pie les mots n’expriment plus, montent jusqu’au milieu d’un limpide ciel vert, que traversent des petites bandes de nuages orange ». Mais à quoi bon poursuivre P Toute l’œuvre de Loti a le chatoiement d’une pierre aux multiples facettes. C’est une orgie de coloris.
Et Victor Hugo, toute la gamme colorée de l’Orient ne s’étale-t-elle pas dans ses poésies P Et Eromentix, « dont il est diflicile de dire s’il fut plus peintre que poète
Et les frères de Concourt ; et Verlaine et Huysmans. . . P
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En résumé, si, aujourd’hui plus que jamais, les couleurs trouvent leur emploi dans la littérature, ML Candiotti estime que « c’est grâce à la facilité des voyages, qui ont montré aux poètes des horizons jusqu’alors inconnus ; c’est, aussi, grâce à la science, qui a permis à l’homme de mieux observer, et, par suite, de distinguer des nuances plus fines et plus délicates. Si l’œil ne change pas, la fonction visuelle s’agrandit, l'éducation la perfectionne.
Cette perfection de notre vision colorée n’est-elle pas un signe de décadence P Les succès, plus bruyants que durables, de l’école décadente auraient pu le faire craindre, mais le bon sens français en a eu promptement raison.
L’OEil du Criminel.
Tl est intéressant de rappeler les recherches qui ont été faites sur l’esthétique de l’œil chez le criminel.
Lombroso, le premier, s’occupa de la question et il était arrivé à des conclusions positives. Les asymétries sur lesquelles il a insisté sont le strabisme, la saillie de l’angle orbitaire de l'os frontal, et la capacité orbitaire plus considérable.
Plus récemment, MM. Truc, Gaudibert et Rouveyrolis , en 1896, puis Truc, Delord et Chavernac (1904), ont repris le sujet et, examiné les prisonniers des maisons centrales de Montpellier, Nîmes et d’Aniane. Le résultat de leurs recherches est qu’ aucun stigmate ne caractérise l'œil du criminel.
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La Vision extra-rétinienne.
La fonction de voir est-elle exclusivement réservée à l’œil? Y a-t-il, au contraire, chez tout être vivant, et en particulier chez l’homme, d’autres organes que le nerf optique et lia rétine, qui en est la terminaison épanouie, capables de transmettre au cerveau l’impression de forme, de couleur, de nombre, de distance des objets qui nous entourent?
Théoriquement, écrit M. L. Chassaigne, rien ne s’oppose, dans les données actuelles de la science, à ce que la thèse de la possibilité de la vision extra-rétinienne soit exacte. Certains invertébrés, ver de terre et blatte, par exemple, n’ont pour tout appareil visuel que leur tégument externe.
La double fonction, par ailleurs, est commune en physiologie. Le poumons et la peau respirent ensemble ; les reins et les glandes sudoripares éliminent ensemble : 11 n’y a rien d’impossible, donc, à ce que l’œil n’ait pas exclusivement la faculté de voir.
Ceux qui ont pratiqué la jungle profonde de la Guyane, là où les rayons de soleil ne pénètrent pas et ou règne sans cesse l’obscurité profonde, savent que les yeux des Indiens, déshabitués de la lumière, perdent peu à peu leur acuité visuelle et s’éteignent. Mais les habitants de la forêt continuent à percevoir sans hésitation la forme et la couleur des objets, en approchant simplement d’eux les mains.
Ce point établi, comment, d’après (le Dr) Farigoule, s’exercerait la fonction extra-rétinienne ?
L’usage, sans cesse perfectionné, du microscope, nous a permis de connaître d’une façon précise la morphologie, la constitution matérielle des tissus animaux. Les anatomistes en ont découvert et décrit les éléments les plus
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minuscules. Notre illustre Ranvier, en particulier, a étudié la peau dans ses moindres détails. Il y a trouvé des milliers de terminaisons nerveuses, présentant quelques millièmes de millimètre de surface, auxquelles il a donné le nom d’ocelles et dans lesquelles il a vu les organes principaux de la sensibilité tactile. Le docteur Farigoule, lui, étudiant plus minutieusement encore leur structure, croit pouvoir affirmer qu’elles constituent, au surplus, un véritable, quoique infime organe visuel, avec une cellule réfringente formant cristallin, se prolongeant par une fibre nerveuse, véritable nerf optique.
La peau, dès lors, posséderait un « sens paroptique » ; elle pourrait percevoir les images et les transmettre au cerveau.
Seulement, ce sens imparfait dans sa nature intime même se serait chez nous endormi et atrophié, parce que infiniment inférieur à nos yeux, qui ont accaparé pour eux seuls la fonction. Il faut, pour le faire surgir à nouveau, le réveiller, donner au sujet une éducation spéciale.
La première expérience eut lieu à Nice, le i4 septembre 1918, sur un aveugle de guerre. On avait écrit un gros chiffre 4 sur une feuille de papier, qui fut placée dans un châssis sous verre. L’aveugle, éduqué par des efforts d’attention, mit quarante secondes à lire le chiffre, si l'on peut dire, avec son doigt. D’autres essais démontrèrent la possibilité, pour les aveugles, de distinguer les couleurs. Le docteur Farigoule publia, en 1920, le résultat de ses travaux, en un volume intitulé : La Vision extra-rétinienne et le sens paroptique , qui fut accueilli par un parfait scepticisme. Alors brusquement, il cessa ses essais.
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Il les a repris plus tard et les résultats acquis sont troublants. 11 les a placés sous le contrôle d’hommes qui ont l’habitude de l’expérimentation physiologique et qui se laissent difficilement tromper.
Les dernières expériences ont eu lieu à la clinique ophtalmologique de I hôpital Cochin et son chef, le docteur Cantonnet, y a pris part avec nombre de médecins. D’autres essais ont eu lieu chez le professeur Bouclé, de la Sorbonne ; et à l’Ecole normale supérieure, Henri Bergson, Anatole France, Albert Gaze y assistaient. Au total, soixante-dix tentatives ont été faites. Quatre n’ont pas donné de résultat, dit M. Bené Maublanc, qui les a toutes suivies, six ont donné des résultats douteux, les soixante autres ont parfaitement réussi.
Les yeux des sujets avaient été soumis à une occlusion totale : bandes de papier gommé placées en croix, épais bandeau, lunettes.
11 semble donc, après cela, que la cause soit entendue P Attendez... A une séance de la Société de biologie, le professeur Lapicque, qui détient la chaire de physiologie à la Sorbonne, a lu la note suivante :
Ayant assisté, il y a deux ans, à une expérience instituée par l’auteur au laboratoire de psychologie physiologique de la Sorbonne, je dois conclure de la manière suivante :
Le sujet en expérience avait les yeux recouverts par un bandeau mal appliqué, permettant une vision normale oculaire ; la vision soi-disant paroptique n’était, dans cette expérience, autre chose que la vision ocu-
LES CURIOSITÉS DE LA MÉDEGINE
laire de ce bandeau ; plusieurs constatations concordantes l’ont démontré.
A cette déclaration se sont associés plusieurs savants, qui avaient, eux aussi, assisté à la séance.
Mais cette appréciation remonte à deux ans. Suffit-elle à infirmer les témoignages contraires, nombreux et autorisés, recueillis depuis ?
Sans nous prononcer sur une question encore si controversée, disons seulement qu’une expérience analogue à celle du Dr Farigoule (Jules Romains, en littérature) fut tentée jadis et aboutit à un fiasco complet. Une Mlle Pigeaire fut autorisée à expérimenter, devant les membres de l’Académie de Médecine, son pouvoir de vision sans le secours des yeux. Mais elle voulait conserver sur les yeux son bandeau de coton non cardé et de taffetas, au lieu du masque de soie exigé par l’incrédule assemblée.
Velpeau, en appliquant le bandeau-Pigeaire sur ses yeux, parvint, après un certain temps d’efforts et de contorsions de la face, à lire devant plusieurs personnes ; et Gerdy devint plus habile encore dans le même exercice.
C’est à la suite de ces essais infructueux, que le Dr Burdin, membre de la docte Compagnie, créa un prix de 3.ooo francs, destiné à qui donnerait la preuve de fait, qu’on peut lire sans le secours des yeux, de la lumière et du toucher. Qui empêcherait M. Jules Romains ■ (aliàs D1 Farigoule) de concourir en vue de l’obtention de cette récompense?
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L’Œil du Mort.
O11 a souvent exposé, dans la presse, ce cas troublant : « La rétine d’une personne qui succombe à une mort violente provoquée, lixe-t-elle, à l'instar d’une plaque photographique, la dernière image observée par le sujet P » Plusieurs romanciers ont soulevé ce troublant problème et l’ont discuté, notamment J. Claretie, dans son roman, V Accusateur .
Avant J. Claretie, Raoul de Navery, dans son roman, Les Parias de Paris, publié dans le i5e vo lume de l’Ouvrier, avait traité la même question.
Un peu plus tard, Edmond Lepelletier y revenait, dans le Médecin du Faubourg , feuilleton paru dans le Petit Parisien, avec ce sous-titre suffisamment explicite : le Secret de l’œil.
Voici l’histoire qui a servi, semble-t-il, de prétexte à cette affabulation.
A la suite d’un fait-divers venu d’Amérique, et inséré dans un journal extra-médical, puis dans divers journaux de médecine, le docteur Bourion, de Darney (Vosges), adressait à la Société de médecine légale, en janvier 1869, une épreuve photographique portant la mention suivante :
Cette photographie, prise sur la rétine d’une femme ayant été assassinée le 1/1 juin 1868, représente le moment où l'assassin, après avoir frappé la mère, tue l’enfant, et le chien de la maison se précipite vers la malheureuse petite victime.
Le procès-verbal de la séance de la Société du r3 décembre 1869, indique que le Dr Gallard lit
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circuler cette photographie à la séance du 8 février, avec cette mention : Enigme de médecine légale, et que personne n’en put deviner le sujet.
Le D1 Vernois, médecin de l’Hôtel-Dieu, fut chargé de faire un rapport sur la cmmunication du D1 Bourion. Dans son rapport, qu’inséra le Bulletin de la Société de médecine légale (t. I, 1869, l\oi) , nous lisons :
Si la figure de l’assassin peut se perpétuer assez longtemps sur la rétine de la victime, on doit retrouver sur la rétine du chien, d'un lapin ou d’un chat les objets placés au-dessous de leurs yeux dans les derniers moments de leur existence.
Dix-sept expériences, exécutées avec la précision la plus rigoureuse, ne donnèrent aucun résultat.
Enfin, rappelait Vernois, quand on examine un malade à l’ophtalmoscope, le sujet vient de fixer ou de regarder un objet quelconque, et cependant 1 observateur ne voit au fond de l'œil, que la surface rétinienne et rien sur la rétine.
L’éminent oculiste Galezowski ht, à cette occasion, des examens de même nature, et ses examens furent également négatifs. Le rapporteur ne pouvait donc que conclure négativement.
S’appuyant sur les données de la physiologie et de l’optique, il fit observer que la persistance des images sur la rétine ne dure que 32 à 35 centièmes de seconde, selon les uns, i3 centièmes, selon d’autres ; que, peut-être, selon des circonstances sollicitées, la nature de la couleur, le temps qu’a duré l’impression, la persistance de l’image peut durer
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quelques minutes, mais que, dans tous les cas, cette impression es! très courte.
Dans la discussion qui suivit la lecture du rapport de Vernois, Giraldès et Devergie rappelèrent que la rétine, aussi transparente que le cristal de roche, devient opaque peu de temps après la mort, et que la première phase de la putréfaction ise manifeste à l’œil. Guérard ajouta que tout le monde peut répéter cette curieuse expérience, à savoir que lorsqu’on regarde quelques instants un objet bien éclairé et que l’on ferme aussitôt les yeux, on voit s’éteindre très rapidement l’image, le tout au bout de quelques secondes, une minute au plus : il conclut, en conséquence, que l'image cl'un assassin sur la rétine de sa victime ne peut laisser aucune trace sur cette membrane, te crime eût-il été commis au grand jour.
Devergie trouva que les conclusions du rapport de Ver vois étaient formulées d’une façon trop absolue ; il préférait qu’elles fussent exprimées sous une forme plus dubitative, afin de ne pas engager l’avenir.
Nous ne sachions pas que de nouveaux faits soient venus infirmer les conclusions des experts de 1 869.
Les Singularités de VŒU, ou les Jeux de la Nature.
Le domaine du mystérieux is’étend bien au delà des bornes que lui assignent nos connaissances, et ses frontières seraient malaisées à délimiter; aussi devons-nous, en y pénétrant, ne nous aventurer qu’avec d’infinies précautions ; si nous y rencon-
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Irons parfois la vérité, nous devons nous garder de prendre pour elle ce qui n'en est que le masque, car la mystification abonde en ces parages. Ne nous hâtons pas, surtout, de trouver étranges des faits que la science explique et qui ne paraissent merveilleux qu’aux ignorants ; surtout, si nous n’en trouvons une explication satisfaisante, ne les rejetons pas de parti-pfis.
On a récemment relaté l’observation d’une enfant dans les yeux de laquelle se lisaient des chiffres parfaitement visibles et lisibles ; et l’on a aussitôt crié au miracle. Sans être fréquents, de pareils faits ne sont pas sans analogues.
Le D1 Deneffe (de Gand), a trouvé, sur les yeux d’une femme, deux nombres très finement gravés : io et 45. La fille de cette femme présentait aussi sur les deux yeux les mêmes chiffres, moins nets cependant et avec inversion : les chiffres de l’œil droit avaient passé sur l’œil gauche ! Cette particularité ne saurait être rapportée facilement à une disposition due au hasard des teintes de l’iris. On distinguait les chiffres, comme gravés par un artiste habile. En présence de cette singularité, M. de Parville se demanda si l’on avait déjà constaté des précédents et si le cas était unique. Un de ses lecteurs de Belgique, M. Astère Denis (de Verviers) lui signala un exemple analogue.
Un artiste peintre, âgé de soixante-quinze ans, écrit M. Denis, m’a raconté avoir vu, il y a au moins un demi-siècle, dans une loge foraine, à Verviers, un petit garçon de quatre ans et demi, ayant le cadran d’une horloge gravé dans chaque œil. Tandis que des chiffres arabes se répétaient dans l’iris d’un de ses yeux, des
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chiffres romains apparaissaient dans l’iris de l’autre œil. Les chiffres et le cercle très nettement dessinés étaient d’une belle couleur dorée ou cuivrée. On promenait cet enfant de ville en ville et son barnum faisait de belles recettes. 11 annonçait dans son boniment que ce phénomène avait été présenté à S. M. Léopold Ier, roi des Belges.
L’enfant montait isur une caisse, pour être plus à la portée des spectateurs ; une femme promenait une modeste chandelle devant ses yeux, pour mieux éclairer l’iris... et l’on contemplait l'horloge, les chiffres arabes et les chiffres romains.
D’autres observations du même genre peuvent être jointes aux précédentes. Une des plus anciennes, et des moins connues, nous fut révélée par la lecture d’un document inédit, daté de 1739, et se rapportant au mariage d’une des filles de Louis XV avec l’Infant dom Philippe. A cette occasion, on présenta au roi, à la reine et à toute la cour, un enfant âgé de cinq ans, né dans une petite ville près de Lille, dans les yeux duquel se lisaient : Lud. XV, grotia Del Gall. et Nav. rex. « Ce fait, relate le narrateur, est peut-être unique en ison genre ; on le regarda alors comme un prodige. »
Dans une lettre datée de Paris le 7 mai i83i, écrite au célèbre Larrey par un docteur Potain, n’ayant rien de commun que le nom avec le grand clinicien qui mourut il y a quelques années, il est question d’un phénomène sensiblement pareil au précédent.
La petite Joséphine, âgée de six ans, portait dans ses yeux, et circulairement autour de l’iris, « dessinés comme l’exergue d’une monnaie française »,
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ces mots : Napoléon empereur, manifestement séparés l’un de l’autre. C’est sur la surface de l’iris, qui était d’une teinte bleu azurée, que l’on voyait se détacher en lettres blanches, « et d’un brillant qui leur donne beaucoup de ressemblance avec l’émail », les caractères formant les exergues dont nous venons de parler.
Enfin, nous ne rappellerons que pour mémoire, le cas de cette fillette de Quatre ans, née dans file de Tudy, à la pointe du Finistère, qui portait, dans la cornée de l’œil gauche, un peu au-dessous de la pupille, et dans le sens horizontal, le numéro 2 2,4- 14e nombreux médecins et ophtalmologistes examinèrent, à l’époque, le sujet, mais les avis furent différents, relativement à la cause du phénomène : les uns, n’v voyant qu’un stigmate analogue aux fruits, végétations, taches vineuses, etc., provenant d’une impression reçue par la femme dans l’état de grossesse ; d’autres, l’attribuant à une certaine disposition des cryptes iriennes qui, limitées par des travées fortement saillantes, donnent une série d’ombres, suffisamment foncées pour que leur ensemble représente des chiffres.
Mais, à côté de ces singularités dans la constitution de l’œil, il y a des anomalies de la vision non moins déconcertantes. Persuadés que la nature supplée, dans une certaine mesure, à un organe absent, par le développement d’un autre organe, d’aucuns ont cru que le nez pouvait, dans des circonstances données, suppléer l’œil ; qu’on pouvait,
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en d’autres termes, voir par le nez. C’est ainsi qu’un auteur ancien assure gravement avoir vu un aveugle se servir de son nez pour discerner les objets. <( Il avait perdu un œil en bas âge et était devenu borgne. Plus tard, tombé d’un cerisier, il s’était déchiré les deux paupières et toute la région avoisinant le côté sain. Les médecins qui donnèrent les premiers soins furent convaincus que le globe avait été arraché par le traumatisme; la cicatrisation mit un an à se faire. Au bout de ce temps, le malade aperçut, par l’ouverture du nez, la couleur du gazon ; puis, cinq ou six ans après, il distinguait tous les objets avec le nez faisant fonction d’œil, mais en regardant en bas seulement ; en regardant en haut, la vision n’était pas possible. » Un autre cas, cité par le docteur Masson (de Lyon), n’est pas moins troublant. Un malade, à qui il ne restait qu’un œil, l’autre ayant été énucléé, quand on pratiquait l’occlusion aussi hermétique que possible de l’œil resté sain, prétendait percevoir fa lumière par le nez ; mais les détails des objets lui échappaient. On essaya d’expliquer la chose, on parla d’esprits d’animaux, la solution ne fut donnée que longtemps après, par Kepler : l’ illustre astronome déclara qu'il y avait eu erreur d’observation ou supercherie, et tout le monde scientifique en tomba d’accord.
C’est aussi à la supercherie qu’il semble qu’on doive rapporter le cas de vision par la peau, comme celui que le docteur Lawois a été à meme d’obser-
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ver. Chez une hystérique de son service d’hôpital, le maître lyonnais était occupé à étudier la sensibilité cutanée : il ne fut pas peu surpris, ayant posé, sur la partie antérieure de la cuisse de la malade, une pièce d’un franc, d’entendre la névropathe, dont les yeux étaient soigneusement obturés par la main d’un aide, s’écrier : « C’est blanc ! » L’application d’une pièce d’or provoqua cette réponse : « C’est jaune !» ; et celle d’une pièce de dix centimes : « C’est rouge et noir ! » Deux fois l’expérience fut reprise et les deux fois avec le même résultat. Ce n’est que longtemps après que l’on découvrit la mystification ; vivement admonestée, cette malade, après avoir avoué qu’elle avait servi autrefois de sujet à un médium, pour des séances d’hypnotisation, confessa qu’elle avait voulu se « rendre intéressante ».
Une autre, qui prétendait lire à travers les corps opaques, fut également démasquée.
Plus récemment, un individu se disait capable de lire d’un seul coup une page de tel livre qu’ori lui présenterait. Cette aptitude particulière avait commencé à se manifester vers la trentième année et, elle s’était perfectionnée au fur et à mesure que le sujet avançait en âge. Cet homme avait une intelligence au-dessus de la moyenne et une mémoire prodigieuse. Voici l’explication qu’en a fournie le médecin qui a observé cette singularité.
La région maculaire de l’œil droit ayant été détruite accidentellement, à la suite d’une lésion, la vision de l’œil gauche s’était développée et, grâce à un exercice long, inconscient et forcé, la partie
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saine de la rétine droite fut éduquée à un tel degré, qu'elle devint capable de recevoir et de transmettre au cerveau l’image de toute la page, sauf celle de la partie correspondante à la portion centrale dé¬
truite.
Mais le plus extraordinaire, peut-être, de ces « voyants » est cet enfant qui voit avec ses yeux comme avec des rayons X, et qui a pu diagnostiquer un grand nombre de fractures et de corps étrangers, qui avaient échappé aux moyens habituels d’exploration. Mais là, semble-t-il, il s’agissait d’une hyperesthésie de la vision, dont on n’a signalé que de très rares exemples.
Il ria pas froid aux yeux.
D’où vient cette expression d’un usage si commun P
Cette locution, qui est passée dans le langage vulgaire, pour désigner des personnes non timorées, puisque l’on dit d’une personne, courageuse qu’elle « n'a pas froid aux yeux », exprime, dans le langage médical, la sensation qu’éprouvent beaucoup de personnes après des fatigues prolongées des yeux.
La sensation inverse est, d’ailleurs, aussi accusée quelquefois, mais on la met, en général, sur le compte des larmes ; on dit : « Les larmes me brûlent les veux. »
IJ a le mauvais œil.
Van IIelmont, ayant affirmé qu’il était possible de tuer un animal par l’intensité du regard ( oculis interdis), Rousseau, le naturaliste, répéta cette expé-
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rience en Orient et tua ainsi plusieurs crapauds. Quand il refît plus tard, à Lyon, la même expérience, il arriva que l’animal, sentant qu’il ne pouvait s’échapper, fixa lui-même Rousseau avec une telle intensité, que celui-ci s’évanouit et qu’on le crut mort. On le ranima avec de la thériaque et de la poudre de vipère, remède héroïque s’il en fut !
Voilà, sans doute, l’origine de la croyance populaire si répandue, que l’œil du crapaud exerce une influence mystérieuse; et l’origine, aussi, de ce qu’on nomme le « mauvais œil » (i).
Les (( Jeteux de sorts ».
Il faut en prendre son parti : en dépit des progrès de la science, des bienfaits de la civilisation, les superstitions les plus étranges comptent loujours des adeptes, et des adeptes fanatiques, à en juger par le récit du drame qui naguère se passa dans une petite ville de Belgique.
Un ouvrier houilleur avait le plus jeune de ses enfants, âgé de deux ans et demi, très malade, sans qu’on put deviner la cause du mal. La rumeur publique accusait la femme d’un autre houilleur d’avoir jeté un sort sur le haby ; les parents de celui-ci ajoutant foi à ces ragots, attirèrent la prétendue sorcière dans un guet-apens et, se jetant sur elle, la martelèrent de coups de bûche : la malheureuse dut être transportée à l’hôpital en fort piteux état.
Cette crovance aux sorts est un legs ancestral.
(i) Les côtés obscurs de la nature, par Mrs. Crowe, 307.
La vue
On la retrouve encore vivace à peu près dans tous les pays du monde.
Pour détourner le « mauvais œil », les mères égyptiennes laissent leurs enfants dans la plus repoussante malpropreté, alin que personne ne soit tenté de leur porter envie. Certains bouchers du Caire n’étalent jamais leur viande, dans la crainte qu’un passant ne lui jette un œil de convoitise, qui rendrait son usage funeste à ceux qui en consommeraient. On prétend, d’autre part, que quand les Egyptiennes se regardent dans un miroir, elles prononcent certaines paroles de conjuration, afin de ne pas se fasciner elles-mêmes.
En ministre d’Allemagne en Chine a relaté naguère que, dans le Céleste Empire, tout individu qui a les yeux et les cheveux clairs, devient, par le fait même, des plus suspects : les enfants qui jouent sont rappelés en hâte au logis, si un de ces individus rode autour d’eux. Alin de préserver les garçons de ces fâcheuses conjonctures, les Chinois les habillent en filles, « car ils supposent qu’il n’y a pas d’esprit qui s’abaisse jusqu’à prendre souci d’une aussi pauvre créature qu’une fille ».
Dans l’IIindoustan, les Européens appellent toqueillade ce prétendu privilège qu’ont certains Indiens d’affecter par leurs regards lies objets qu’ils fixent, et de déterminer ces objets à se modifier à
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leur gré. Mais chacun de ces demi-sorciers n’atteint pas tous les objets indifféremment avec isa vue : les uns, par exemple, tuent les poules en les regardant ; d’autres rendent les gens malades ; d’autres mettent en mouvement telle ou telle passion, inspirent subitement la colère ou la jalousie, la gaieté ou la tristesse ; enfin, il y en a qui d’un coup d’œil renversent les arbres et leurs maisons (i).
Dans la pittoresque relation de son Voyage en Espagne, la comtesse d’AuLNOY a conté une anecdote assez plaisante, se rapportant à cette curieuse superstition.
Elle rencontra, un jour, a une manière de bourgeoise, assez jolie », qui portait son enfant sur les bras ; il était d’une maigreur affreuse et avait « plus de cent petites mains, les unes de jais, les autres de terre ciselée, attachées à son col et sur lui de tousMes côtés. Elle demanda à la mère ce que cela signifiait ; il lui fut répondu que cela « servait contre îe mal des yeux ». Et, comme elle réclamait des explications : « Vous saurez, madame, si cela vous plaît, qu’il y a des gens, en ce pays, qui ont un tel poison dans les yeux, qu’en regardant fixement une personne et particulièrement un jeune enfant, ils le font mourir en langueur. » La comtesse dit ensuite avoir vu un homme qui avait un <( œil malin » — c’est l’expression dont on se servit — et comme il faisait du mal, lorsqu’il regar-
(i) Magasin pittoresque, 1 844 , 162.
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dait de cet, œil, on l’obligea à le couvrir d’une grande emplâtre (sic). Pour son autre œil, il n’avait aucune malignité, mais il arrivait quelquefois qu’étant arec ses amis, lorsqu’il voyait beaucoup de poules ensemble, il disait : « Choisissez celle que vous voulez que je tue » ; on lui en montrait une ; il enlevait son emplâtre, il regardait fixement la poule et, peu après, elle tournait plusieurs tours, étourdie, et tombait morte.
C’est une Insturiette à peu près analogue, dont le duc de Rivas, ministre de Russie, à Naples, fut l'involontaire héros, et qu’il raconta au chevalier de Cussy, de qui on la tient.
Dans la rue, le diplomate russe rencontre un joli enfant sur les bras de isa mère ; il s’en approche et lui fait une caresse. Dix minutes après, repassant par cette même rue, il aperçoit une foule compacte. Que se passe-t-il P Au centre, est la mère de l’enfant qu’il a caressé tout à l’heure et qui vient d’être pris de convulsions ; la mère crie à tue-tête qu’un jettatore l’a touché et que, jusque-là, il avait toujours été bien portant. Le duc, redoutant les suites que, malgré sa situation, cette affaire pouvait avoir pour lui, s’empressa de s’éclipser.
En Italie surtout, et plus spécialement à Naples, l’on est convaincu que certains sujets sont, doués de vertus malfaisantes. Un poète napolitain a composé tout un livre sur la jettatura ; il y prétend prouver que la faculté de porter malheur, par
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les paroles ou par le regard, est des plus réelles et des moins contestables.
Mais direz-vous, comment reconnaître le jettatore ? Le professeur Pitre, de Palerme, nous en fait un portrait tel qu’il n’y a pas moyen de s’y meprendre.
Il a toujours le visage maigre et de couleur olivâtre, les yeux petits et profondément enfoncés, le nez long et crochu, le cou très long aussi. Dès qu’on l’aperçoit, il faut se prémunir contre lui, et des précautions ne sont pas inutiles, si son nom vient seulement à être prononcé près de vous.
Vous voilà dûment prévenus.
Quelque incroyable que le fait paraisse, des hommes d’une intelligence supérieure ont cru à la jettatura : un archevêque de Tarente était du nombre. Lin jour qu’on lui annonçait le duc Campomele, célèbre jettatore, que le roi Ferdinand n’osait inviter à sa chasse, de peur qu’elle ne réussît point, le prélat, faisant dire qu’il était sorti, se bâtait de se lever, quand, dans sa course précipitée, il alla heurter du nez contre la porte de l’appartement. « Ne vous Lavais-je pas dit, s’écria-t-il, en riant, que le duc est un jettatore ? »
Les Papes Pie ÏX et Léon XIII passaient également pour posséder une influence maléfique. Le maëstro Offenbach était non moins redouté : Théophile Gautier n’imprima jamais le nom du célèbre maëstro dans ses comptes-rendus, par crainte
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de représailles. Henri Heine partageait la même croyance à l’égard du compositeur Bellini.
Voulant nous enquérir si les « jet eux de sorts » pratiquent toujours leur industrie, nous nous sommes adressé à divers confrères exerçant en province, et nous avons recueilli des informations qui ne laissent aucun doute sur la survivance de ces néfastes coutumes.
Le docteur Charles Vidal, de Castres, entre autres, nous a révélé que, dans un village situé à une dizaine de kilomètres de cette ville, nombre de paysans sont persuadés qu’il ne faut pas peser les nouveau-nés, parce que « ça leur fait jeter un sort ! )> Un agriculteur vint un jour consulter le docteur pour une bronchite chronique ; n’arrivant pas à guérir, malgré tous les remèdes dont il avait usé, rien ne put lui ôter de l’idée qu’un de ses ennemis l’avait ensorcelé.
1 ne autre fois, on vint chercher le docteur Vidal pour un enfant de quatre ans et demi qui, tous les soirs à dix heures, se dressait sur son lit et, dans celle position, les yeux hagards, le visage contracté de terreur, se mettait à crier ; il suffisait de l’enlever du lit pour que la crise cessât. Cet enfant n’avait aucune maladie apparente, ne buvait pas de spiritueux, mais « à peine un peu de vin coupé d’eau, et Irès rarement du café ». C’était, apparemment, la cause de ses terreurs nocturnes. « Vous n’y êtes pas, répliqua le père, interrogé à ce propos ; l’enfant est tourmenté par l’esprit d’un ascen-
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dant décédé, qui réclame des prières. » On fit une neuvaine, et jamais plus depuis l’enfant n’eut le moindre malaise. Nombre de gens sont, en effet, persuadés que, s’ils sont victimes d’un sort, seul le curé de la paroisse peut les en débarrasser.
Le Dr Hamonic nous a cité le fait suivant, qui se passe de nos jours dans un pays riverain du Lot.
Chaque fois qu’une sorcière d’un village voisin, bien connue par ses maléfices et dont tout le monde a soin d’éviter le regard, se déplace et se rend dans le susdit endroit, un enfant tombe malade, et, dès que la mégère se retire, le petit sujet guérit comme par enchantement.
11 paraît que rien n’annonçant la venue de la sorcière, il est impossible d’invoquer, dans l’espèce, nue action suggestive. Dans la région, on interprète le fait par le mauvais œil, autrement dit par une irradiation mystérieuse, partie de la pupille de la méchante femme, qui n’est en somme qu’une jettatore.
Dans le même ordre de faits, la mère de notre confrère lui conta avoir assisté à une scène que, dans son scepticisme pour toutes les choses de sorcellerie, elle n’interprétait que par un sourire.
Un tout jeune enfant tombe subitement malade. Tout de suite, on accuse le mauvais œil. Mais il s’agit de connaître la source d’où il émane et la personne responsable. Pour arriver à ce but, une voisine suggère un moyen infaillible. Elle met, sans les compter, une poignée d’aiguilles dans une
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casserole remplie d’eau, qu’elle place sur le feu, dans la cuisine très sombre des parents de l’enfant.
A peine l’ébullition se produit, qu’arrive toute essouflée la sorcière de l’endroit, stimulée par les violentes piqûres des aiguilles vengeresses. Sans se soucier de l’obscurité presque complète de la pièce, elle va droit au récipient qui la gène et qu’elle se garde, comme si elle le connaissait, de confondre avec ceux qui, sur le même fourneau, sont dans son voisinage. Fdle le retire violemment du feu, consentant à annuler son sortilège à condition qu’on cesse de la faire souffrir. Bien entendu, l’enfant entra aussitôt en convalescence.
La croyance à l’action du mauvais œil sur les animaux est encore actuellement répandue dans beaucoup de campagnes de France. Dans une communication faite en igo3, au Congrès des Sociétés Savantes de Bordeaux, l’abbé Camille Daux rapporta que, dans la paroisse de Tissac, commune de Cazès-Afondenard (Tarn-et-Garonne), certain villageois a la réputation de faire perdre le lait aux vaches, rien qu’en les fixant d’une certaine façon. Quand le fait est constaté, on va quérir l’individu et, d’un simple regard, après promesses, menaces ou récompense, il fait cesser cette stérilité.
Pour se préserver du maVocchio , il est recommandé ; i° d’éviter de rencontrer le regard direct
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du jettato re ; 2° de mettre la main derrière le dos, en repliant pouce, annulaire et médius, pour étendre l’index et F auriculaire : ce sont les cornes (Etrusques) .
On peut aussi faire la figue, geste insultant, qui consiste à mettre le pouce entre l’index et le médius.
En Calabre, l’homme saisit furtivement et serre son membre viril. Ea femme, entr’ouvrant sa chemisette, crache sur ses mamelles et dit : Ppou !
Ees cornes d’argent, le corail, les petites mains, amulettes devenues breloques pour chaînes de montre, sont de bons préservatifs. Il faut y ajouter les monnaies et médailles percées, les rubans noués au bras des enfants et les coquilles forées (préhistorique). Ees pointes de flèche sont plutôt efficaces contre la foudre. Un épi de blé de Turquie rouge, pendu à la cheminée, de la peau de blaireau dans le harnachement des bêtes de somme, écarteront les mauvais sorts.
A la fête de saint Martin, toute la décoration, dans la maison où l’on fait bombance, est cornue. Ees vases sont entourés de cornes, de même que les lampes et les plats de fruits. Des guirlandes de cornes ornent les murailles.
. On croit que les chapelets de phallus, trouvés à Pompéi et ailleurs, étaient des amulettes préservatrices. Observons que phallus, doigts ou cornes for-
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ment des pointes, vrais paratonnerres destinés à faciliter l’écoulement du fluide pernicieux.
Les Indiens, pour prévenir les effets de la toqueillade, suspendent des amulettes au cou de leurs enfants et des animaux. Ces amulettes sont d’acier, de laiton, d’or ou d’argent ; elles sont peu épaisses, de forme triangulaire, et chargées de figures d'idoles. Leur vertu consiste à arrêter l'œil du sorcier et à lui ôter la faculté de regarder au delà. Afin de garantir les champs, les jardins, les maisons de la funeste influence de la « toqueillade », on place sur des piques des vases de terre, blanchis avec de la chaux et mouchetés de taches noires.
Le docteur Hennig a publié un dessin d’amulette étrusque, destinée à paralyser le mauvais sort, On y distingue des coquillages, des dessins de feuillages gravés sur des ossements en triangle, des têtes de bêtes à cornes et des mains aux doigts fermés.
Mais l’œil lui-même fut, de toute éternité, le palliatif le meilleur du danger. On le trouve sur des boucliers romains ; on le trouve, en Egypte, sur des divinités qu’un œil symbolique domine ; on le trouve sur des boucliers mexicains, et aussi sur des proues de navires. Sur certaines amulettes, découvertes à Pompéi et à Herculanum, on voit un
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œil unique, entouré d’éléphants, de serpents, de scorpions, animaux qui passent pour avoir des vertus particulières contre les jeteurs de sort (i).
Cette croyance à l'influence maléfique de certains individus, et qu’on a de tout temps combattue par des formules, des talismans, ou des gestes destinés à la conjurer, n’est-elle pas une de ces superstitions ancestrales qui se continuent d’âge en âge, malgré l’apparent triomphe de la science et du progrès ?
Le Mauvais Œil dans une peinture flamande.
A l’Exposition d’art ancien des Flandres, à Gand (1918), figurait un retable d’autel peint, avec encadrement sculpté et doré, appartenant à M. De Motte, de Paris, et attribué à l'école hispanoflamande du xve siècle.
Il comprend dix panneaux ; le 2e, à partir de la gauche des quatre de la rangée inférieure, représente un prêtre auréolé (un saint P), disant la messe. C’est au moment de l’élévation ; un enfant de chœur avec sonnette et deux autres personnages, tous trois tonsurés, sont à gauche du prêtre ; le quatrième, non tonsuré, est à sa droite.
Au-dessus de la table d’autel, il y a un tableau représentant les attributs de la Passion : un Christ
(1) Journal, 17 nov. 1911.
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embrassant une colonne, trois clous, une échelle, une pioche, trois pièces de monnaie, un dé, etc.
Au milieu, deux visages se regardent : à n’en pas douter, il s’agit de Judas, donnant le baiser de la trahison au Christ. Mais, au-dessus de ces deux tètes, l'artiste a peint un poing droit, coupé et fermé, le pouce entre V index et le médius.
Quelle est la signification de cette main au geste bizarre ? Parmi les attributs de la Passion, représentés sur un tableau de la même époque, on ne voit pas cette main. Le Dr Lams, qui nous a transmis les détails qu’on vient de lire, se demande s’il s’agit là d’un geste destiné à préserver du mauvais œil, ou si c’est un indice de trahison,? Les deux hypothèses sont, également, plausibles.
Le vertu curative des Larmes.
Depuis que Schubert l’a mis en musique, l'éloge des larmes n’est plus à faire. Pourtant, nous ne connaissions pas encore toute leur puissance. Les larmes ne sont pas seulement touchantes ; elles sont antiseptiques. Elles agissent sur les microbes, autant que sur les cœurs.
Le docteur Lindiial, de Copenhague, a découvert qu’elles constituaient un poison mortel poulies bacilles de certaines tumeurs, bien qu’elles soient sans effet sur les bactéries, probablement moins 'sensibles, de la pneumonie infectieuse. Bernardin de Saint-Pierre eût admiré une fois de plus la bonté de la Providence, qui a mis le remède à côté du mal et fait naître de la souffrance lès pleurs qui la soulagent.
LES CURIOSITÉS DE LA MEDECINE
Le docteur Lindhal s’est livré à diverses expériences, d’où il résulte que les larmes doivent être employées fraîches et à l’état natif. Conservées et refroidies, ou même artificiellement réchauffées, elles n’ont plus d’action thérapeutique. Toute leur vertu réside dans leur constitution naturelle.
Ce n’est pas la première fois, au surplus, qu’il est parlé de la vertu curative de larmes et il nous souvient d’une gracieuse légende, qu’aimait à corn ter le vicomte de Vogüé, et qui sent bien son parfum d’Orient.
Un prince indien était devenu aveugle. Les plus fameux médecins, appelés en consultation, désespéraient de le guérir, lorsqu’un vieux brahmine s’enhardit à dire qu’il connaissait un remède à ce mal incurable. Comme on se moquait de lui, le vieux brahmine réunit tous les malheureux de l’empire et recueillit leurs larmes. Il lava avec ces larmes les yeux du prince aveugle ; « et, tout aussitôt, la douce lumière du ciel lui fut rendue ».
A côté du fait légendaire, écoutez cette véridique histoire.
Quand Fourcroy et Vauquelin se mirent à étudier la composition chimique des larmes, ils se procurèrent une quantité d’humeur lacrymale suffisante pour l’analyse, en stimulant la membrane muqueuse du nez avec des corps âcres, ou en l’ irritant mécaniquement. Mais la nature leur vint en aide et facilita singulièrement leur tâche : les deux chimistes relatent que plusieurs personnes aux yeux sensibles, surtout par le froid, eurent la patience de recueillir, dans un petit vase de verre, le précieux
liquide, au fur et à mesure qu’il s’écoulait ; des sujets atteints de larmoiement apportèrent également leur tribut ; et Fourcroy et Vauquelin purent ainsi démontrer que les larmes se réduisaient à un fluide aqueux, tenant quelques sels en dissolu! ion et du mucus en suspension.
Cela nous remet en mémoire ces vers, jadis parus dans une revue de gynécologie :
Quand perle une rosée entre tes cils soyeux, T'enlaçant tendrement, je baise, tout joyeux,
Sur ta peau de satin, le ruisseau de ta peine...
Tes larmes ! je les bois avec mysticité,
Car on recommanda, depuis une quinzaine,
Le chlorure sodique h ma faible santé.
Ce n’est pas le seul poète qu’aient inspiré les larmes. Voici des vers qu’on nous dit détachés du Chemin du rire , dont nous ignorons l’auteur :
Vauquelin et Fourcroy les ont analysées.
Ils ont trouvé dedans du sel et du mucus...
Mes amis, qu’en eût dit Horatius Flaccus ?
Le mucus florissant dans les âmes brisées !
Combien Horatius en eût fait de risées !
Ils ont trouvé dedans du sel et du mucus.
Quand les anciens pleuraient sur l’amour de leurs mies, Les pauvres vieux versaient... ils ne savaient pas quoi. Grâces à Vauquelin, et grâces â Fourcroy,
Nous connaissons à fond nos paupières blèmies ;
Mais les pauvres anciens n’avaient point nos chimères, Ils ont toujours pleuré sans jamais savoir quoi.
Quand on souffre ou qu’on est ému, lorsque l’on boude, Une chose, pour nous, affaiblit le souci,
Et c’est évidemment ceci :
Pour que mon cœur brisé se referme et se soude,
LES CURIOSITÉS DE LA MÉDECINE
IÔO
Combien vais- je verser de bismuth et de soude ?
Cette réflexion égaye le souci.
Les anciens poursuivaient de bien maigres chimères.
Ils étaient ignorants et nous sommes complets ;
Ils savaient de combien d’affronts et de soufflets, D’espoirs guerriers déçus et de hontes amères,
Etaient faits des pleurs d’hommes... O les belles misères! Ils étaient ignorants, et nous sommes complets.
Nous connaissons le fort et le faible des larmes,
Nous connaissons le sel, le mucus, le bismuth ;
Et nous avons appris que menteur est le luth,
Quand il vient nous chanter que les pleurs ont des char- Scientifiquement, nous ne rendons les armes [mes. Qu'au mucus, à la soude, au sel et au bismuth.
Enfin, dans un sonnet de A. de Musset, publié par Ed. Fournier, dans son feuilleton de la Patrie, et reproduit par la Gazette anecdotique du 28 février 1877, nous cueillons ces deux stances, dont J. Riche pin semble s’être inspiré, dans sa pièce des Blasphèmes :
Je vous dirai : sachez que les larmes humaines Ressemblent dans nos veux aux eaux de l’Océan ; Qu’on n’en fait rien de bon en les analysant ;
Et quand vous en auriez deux tonnes toutes pleines,
En les laissant sécher vous n’en aurez demain Qu’un méchant grain de sel dans le creux de la main.
Le Larmoiement volontaire.
Ee D1 Félix Régnault a vu, à l’étranger, une petite iille que ses parents, concierges d’un musée,
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avaient chargée d’accompagner les visiteurs parmi les salles. Tout à coup, elle éclata en sanglots et se mit à raconter à noire confrère toute une histoire, dont la conclusion était que, >si elle ne rapportait pas à ses parents une pièce d’argent, elle serait battue. F. Régnault apprit, par la suite, qu’elle avait l’habitude de jouer la même comédie auprès des visiteurs de ce musée.
Saint-Saëns a rapporté avoir été témoin de faits analogues. 11 y aurait donc, chez certaines personnes, une aptitude au larmoiement volontaire.
D’après Lionel Daurtac, ce n’est pas par l’action de leur simple volonté que ces personnes pleurent, mais par l’intermédiaire d'images représentatives : elles se représentent l’état qu’elles désirent reproduire. Pour M. Paul Farez, elles peuvent aussi évoquer le souvenir de quelque évènement douloureux qui leur a arraché des larmes, revivre cet évènement dans leur imagination et susciter ainsi de vraies larmes. Enfin, s’il faut en croire le 1)' BÉr illon, on peut aussi provoquer les larmes chez les animaux : pour faire pleurer une vache, il suflit de battre son veau sous ses yeux. Mais ceci, dirait Kipling, est une autre histoire.
Le Dr Ci llerre, le maître psychiatre, a traité la même question (i) avec la compétence que tout le monde lui reconnaît.
(i) Les Enfants nerveux, par le Dr Cullerre, 200-201.