‹ Les cinquante francs de JeannetteChapitre 28 sur 39 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Oh l'on verra paraître et disparaître plusieurs héros.

Ici madame Déricourt est interrompue par Thérèse, qui donne une lettre à Jeannette; Jeannette, par discrétion , veut en remettre la lecture à un autre moment : sa mère l'engage à satisfaire sur-le-champ sa curiosité : C'est , mon enfant , lui ditelle , c'est sans doute une lettre de Cécile , de ton amie ? — Non , madame ; je le croyais d'ahord , et mon cœur palpitait déjàbien délicieusement 5 mais cette lettre est d'une écriture qui m'est absolument mconnue. Vous le permettez? voyons de quelle part elle me vient.

Jeannette lit tout haut :

« Mademoiselle , je suis la propriétaire 5> de la maison où vous demeuriez à Par> ris avec maderuoiselle Dascourt... »

Jeannette s'interrompt : Dascourt , ma mère , est le nom que mademoiselle d'Eranville avait pris dans cette maison j pour ne pas compromettre celui de sa famille , livré à l'indigence : poursuivons.

» Avec mademoiselle Dascourt. Excu»

3> sez-moi si j'ai le courage de vous affliger » en vous apprenant un événement af- 03 freux. . . . Votre amie. . . . Elle n'a pu ni re- 3) cevoir, ni lire une seule de vos deuxlet- 3) très. Le jour même de votre départ. . . que 3) dis-je? c'étaitle soir, un exempt est venu, » chargé d'un ordre pour enlever mademoi i 33 selle Dascourt j pour la conduire dans une 33 prison d'état. L'exempt et sa suite me 33 l'ont ravie, mademoisellej ils l'ont arra » cliée de mes bras.... J'ignore où ils l'ont 33 conduite. Bien loin sans doute j car ils 33 parlaient de cent lieues au moins.... Le 30 lendemain , j'ai voulu faire savoir cette 3) nouvelle à M. de Verneuil, votre ami j 33 mais il était parti pour le grand voyage

(90 3) qu'il méditait. Un ineident avait pressé

3> son départ : je n'ai pu trouver de défen-

3i seurs à cette jeune personne, victime sans

î> doute d'une erreur; car elle est sisage, si

M modeste 1 c'est un ange qu'on persécu-

3> te!.... PardoUjUiademoisellej si j'ai pris

» la liberté de décacheter votre dernière

3) lettre! mais je ne pouvais vous laisser

3> ignorer l'accident arrivé à votre amie, et

» qui doit bien affecter votre sensibilité !

5> J'ai l'honneur d'être, etc.

F A R. E , veuve A U B R Y, »

Qu^ôn juge de l'état de Jeannette après la lecture de cette fatale lettre ! Cécile enlevée par un exempt ! . . . conduite on ne sait où!... et le jour même du départ * de Jeannette ! elle a quitté son amie au moment du malheur ! — Et qui la poursuit donc? Pourquoi? Quels sont les barbares ?. . . .

Jeannette se livre au désespoir , et vcirt

(91 ) partir sur-le-cliamp pour Paris. Il fairt

qu'elle s'informe de son amie , qu'elle la retrovive !.... Madame Déricourt emploie toute la force de sa raison et de sa prudence pour calmer saillie éplorée. Elle en vient à bout ; mais Jeannette persiste toujours dans son projet d'aller à Paris. Madame Déricourt y consent , et veut même l'accompagner 5 mais la jovu'née est avancée 5 il faut remettre ce voyage au lendemain matin. Que ce délai paraît long à Jeannette! il est forcé néanmoins, il faut y souscrire : madame Déricourt la voyant un peu consolée , reprend en ces termes le fil de sa narration :

« Mon l'écit ne sera pas long , mon enfant : peut-être t'intéresserà-t-il peu à présent; cependant je te crois assez de fermeté pour faire trêve un moment h. ta douleur : les malheurs de ta famille doivent te toucher autant que ceux de tes amis 5 et d'ailleurs il est important que je

( 9M le révèle le secret de ta naissance , afin que tu puisses te soumettre ensuite à ce que j'attends de toi.

<c Nous étions donc à Paris, Félix et moi, heureux, tranquilles, et niôins époux qu'amans , lorsqu'un jour que je me trouvais seule, je vis entrer deux militaires, qui, d'un air cavalier, et sans m'6ter leur chapeau, me demandèrent si c'était la demeure de monsieur Félix Déricourt? — Oui, messieurs. — Il n'y est pas? — Il va rentrer dans l'instant.

— Nous allons l'attendre. '

3> Ces deux insolens s'asseyent, ricanentj et me fixant , l'un dit à l'autre : C'est la petite dont on nous a parlé ! — Qu'en dis- tu, Roland?— Et toi. Octave? — Elle n'est pas mal. — Oui, pour un caprice. » La rougeur couvre mon front, et je suis prête à tomber en faiblesse lorsque Féhx entre , et reste frappé d'étonnement en reconnaissant ses deux frères. Vous

(93) ici! leur dit-il avec fierté. — Ta vois, nous venons te faire compliment sur ta conquête : elle est gentille 5 mais cela n'est pas sérieux sans doute ? — Très- sérieux ! . . , Et je vous prie de cesser , ou de vous retirer? — Doucement! nous sommes chargés de l'ordre de notre père qui est à Paris avec nouSj et qui vous rappelle près de lui. — Mon pèie est ici ! -—Il vous ordonne de nous suivre . — Ciel ! jamais ! . . . '— Sans quoi, monsieur , une bonne lettre de cachet lui répondra de vous et de cette fille. — Sortez , méchans ! sortez , et allez dire au barbare qui vous envoie que rien ne brisera le nœud qui m'attache pour jamais à cette estimable personne.

x> Les frètes vont répliquer : mais un autre militaire se présente , et sa vue accroît mon trouble et la confusion de Félix j c'est Briceval lui-même!..,

33 C'était la journée aux surprises. Te dire ^ Jeannette y comment tous ces im-

(94) portnns avaient découvert notre asile , et se rencontraient là par hasard en même tems, serait entrer dans des détails minntieux j et qne les probabilités des événemens de la vie doivent te faire deviner. Briceval entre donc y et je m'écrie : Mon lière ! — Son frère , reprend Roland Déricourt ! quoi ! c'est cette petite rotvirière à qui la mère de monsieur a donné le jour î — Et cette femme serait notre sœur, ajoute Octave en écumant de rage!....

5> Félix reste anéanti , tant de l'imprudence de ses frères , que de l'aspect imprévu de son amij qu'il a trahi. Briceval reconnaît les frères de Félix 5 il les fixe avec indignation 5 puis se retournant vers Félix j il lui dit avec douceur : Est-elle en effet ton épouse? — Elle l'est , répond timidement Félix. — Eh bien, j'approuve ces nœuds , reprend Bx'iceval , et je les soutiendrai contre tous les insolens qui oseront y trouver à redire ! — Sor-

(95) tons 5 mon frère, interx-ompt Octave 5 laissons ces gens s'enorgueillir du déshonneur de notre famille ! . . . .

» Ils sortent, et Briceval, les suivant jusque sur l'escalier, leur crie : Je vous retrouverai , messieui'S !

wBriceval, seul avec nous , nous adresse d'abord de justes reproches; mais il se calme enfin. : Eh comment , nous dit-il , comment , ingrats que vous êtes , n'avezvous pas eu assez de confiance en moi pour me révéler votre SQcret ? croyez-vous •que je n'eusse pas consenti à votre bonheur? et ne savez -vous pas que moimême j'ai été sensible à l'amour?... Apprenez que je suis comme vous , mais en secret aussi, époux et père? Oui, j'ai un fils de deux ans , et j'ai épousé une femme charmante, mais dont la naissance est bien plus obscure que celle de Roselie. Tu me regardes, Félix; et tu as peine à croire, toi qui me quittais rarement, qui voya-

(9^ geais avec moi , que j'aie pu , pendant ce

tems, filer une intrigue ? Félix, le même préjugé qui t'engageait à me cacher ton amour pour ma sœur , me forçait au silence avec toi 5 nos cœurs étaient dignes de s'entendre, mais ils se taisaient!... Venez donc dans mes bras , couple heureux et que j'a,ime 5 venez embrasser un homme qui est plus encore votre ami' qu& votre frère!...

3î Nous serrons contre nos deux cœurs ce généreux parent 5 et notre bonheur n'est troublé que par les terreurs de Félix à la seule idée que son père est à Paris. Il ignore son adresse 5 ses frères sont partis sans la lui donner : s'il savait oii trouver ce père irrité, il irait se précipiter à ses pieds ^ il tâcherait d'obtenir son pardon : mais ovi est- il?... Circonvenu par Octave et Roland , il est capable de se porter aux dernières extrémités envers Félix , ^ qu'il n'a jamais aimé : quellesituation!. .

Briceval

( 97 ) ïîBrlceval passa la journée avec nous , et

à son départ mon époux se sentit plus de

courage, plus de fermeté à braver les

coups du sort.

5>Le lendemain matin, nous reçûmes cet

affreux billet de Briceval :

3i Je sviis perdu , si je ne fuis, Félix!

hier soir tes deux frères, que j'ai rencontrés, m'ont insulté : je les ai défiés 5 ils

ni''ont attaqué ensemble et comme des

lâches ! j'en ai couché un sur le carreau; l'autre est grièvement blessé : ils ont crié : A l'assassin : je n'ai eu que le tems de me sauver. Je pars 5 je ne sais où je vais 5 Je crains tout de la vengeance de leur père : tâche de t'y soustraire : car , dans son désespoir, il est capable de tout. Adieu !...3> Cette fatale novivelle me priva de toute connaissance!... J'étais enceinte 5 je te donnai le jour, mon enfant, un mois avant le terme prescrit à ta naissance!... Juge de l'embarras de mon époux ! il fait 11. B

( 98 ) Soudain baptiser sa fille ^ et revient chez lui : mais, ô surci'oît de dotileiir ! la mai' §on est pleine d'archers ! vin exempt montre à Féliif tine lettre de cachet... On demande l'éponx j l'épouse j jusqu'à Tenfant!... C'est une confusion, un désordre épouvantables!... Mon époux prend soudain un parti violent : il écrit une lettre , la déchire en deux , en donne la moitié à Ferrand son domestique. Prends ce papier , lui dit-il si bas que je ne pus l'entendre 5 porte-le avec l'enfant aux enfanstrouvés : c'est le seul asile sûr que je puisse lui donner contre la rage de ses persécuteurs ; un jour nous le retrouverons peut-être !,..

5> Ferrand s'échappe en secret avec Finnocente créature 5 il court comme un fouj mais , dans le parvis Notre-dame y il s'imagine qu'il est poursuivi : la frayeur s'empare de ses sens : il n'a pas la force d'aller jusqu'à l'hospice, et dépose l'en-

fant, le papier, dans la première allée

qu'il trouve ouverte. Il en sort comme un insensé y reviejit chez son maître , apprend qu'il est enlevé par les gens de justice, et se sauve pour jamais de la maison, jusques dans son pays, ici, près de Chartres, où il raconte tous ces événemens à son frère Jacqvies.

3iEn effet, a peine Ferrand était-il parti ^ que mon époux fut entraîné par l'exempt et sa cohorte : il ne put que me crier : Roselle , Roselle ! ne sois pas inquiète de ta fille 5 elle est en sûreté : un jour

3> Il ne put m'en dire davantage 5 ensorte que j'ignorai long-tems ce qu'était devenue mon enfant!...

3) Quelle secousse pour une femme qui vient de donner le jour à un être ! Je res^ tai long-tcms dans le délire du désespoir ; et sans doute , sans cet état cruel dont ïnes Lourreaux eurent quelque pitié , les monstres m'auraient fait partager le sort

cruel de mon époux. Je clus mon rétablissement aux soins de quelques voisins charitables 5 et quand je recouvrai ma rair sonj j'appris, par une lettre de mon époux, qu'il était renfermé à Saint-Lazarre , par le fait de son père , qui en avait obtenu l'ordre injuste et barbare. Mon époux m'écrivait que toutes ses lettres étaient lues , et qu'il ne pouvait me donner d'autres détails que ceux qu'on lui permettait de me transmettre. Il m'apprenait qu'on ignorait l'asile où s'était caché Briceval 5 que Roland , tué par lui, était mort surle-champ 5 mais qu'Octave , blessé seulement , l'avait accusé d'assassinat. Son père avait intenté un procès criminel , par contumace , au prétendu assassin , et vu le rang de M. Déricourt et ses protections , tout portait à croire qu'il obtiendrait un jugement avilissant pour Briceval et sa famille

w Mon époux ne me disait point où il

avait mis sa fille dans l'excès de son désespoir : il pensait sans doute que je connaissais son asile par Ferrand qu'il présumait toujours près de moi 5 mais ce domestique avait disparu dès le jour de notre malheur j et j'étais plongée dans la plus cruelle ignorance sur le sort de mon enfant. Je répondis à Félix; mais ma lettre ne lui parvint point , et l'on poussa la cruauté jusqu'à intercepter toutes les siennes. Je fus aveitie aussi qu'il y avait du danger pour moi à rester à Paris. Dès-lors, aidée d'une amie rare , qui avait quel* ques modiques rentes et un peu de terres dans la Picardie, je fus m'établir avec elle dans les environs d'Amiens. J'espérais obtenir un jour la liberté de mon époux , et je cLerchais par-tout des protections : mais l'innocence en trouve-t-elle ? 3> Quatre années s'écoulèrent , au bout desquelles j'appris la mort du père de mon époux. Ce vieillardj depuis quelque-teras ,

Semblait avoir abandonné le procès qn'il faisait an coutnmace Briceval. On me dit même que ce dernier , plus tranquille sur les suites de ce procès , était revenu à Parisj où il demeurait du côté du faubourg Saint-Germain , avec son fils seulement j car il avait perdu son épouse. Je revins alors à Paris moi-même, où je fis l'impossible pour découvrir mon fi'ère 5 mais toutes mes recherches furent infructueuses : et comment en effet trouver quelqu'un qui se cache dans cette grande ville!.,.

3> Je fis de nouvelles démarches pour obtenir la liberté de Félix j et je l'eus à la fin 5 mais j ô regrets ! Félix , affaissé sous le poids dvi malheur j était hors d'état d'en profiter. Un mal incurable le conduisait insensiblement au tombeau ; et au moment où j'allais l'arracher de sa prison , je reçus de lui cette lettre j les derniers mots qu'il ait pu tracer :

( io3 ) et j'apprends , ma chère Roselle ^ que mon père est mort ^ et que mon frère Octave s'est emparé de tous ses biens. On m'assure aussi que tu peux briser mes fers. .. O ma digne épouse ! comment t'appx'endrai-je le coup qui va me frapper! garde j garde tes soins pour notre enfiant j que tu peux maintenant retirer de son triste asile... Je meurs, j'expire, ma Rdselle 5 et quand tu recevras cette lettre y peut-être ton époux aura-t-il cessé d'exister!.... Je meurs , mon amie , victime de l'amour, victime sur-tout de la rigueur d'un père trompé.. .. Hélas ! il m'attend j ce n'est que dans l'autre vie qu'il connaîtra le cœur de son fils.. . Adieu , Roselle , adieu, pour jamais. »

55 Cette lettre fut un coup de foudre pour moi. Je me rendis à la prison , où l'on m'apprit que je venais de perdre mon

époux Dans ma douleur, je voulus

aller accabler de reproches l'infâme Oc-

tave. On m'en empêcha 5 mais des gens qvii suivirent mes affaires , forcèrent ce frère cupide à restituer la moitié de l'héritage de son père. Il y fut contraint , et S'en vengea , en renouvelant le procès criminel que son père avait intenté à mom frère : Octave avait découvert à Paris l'asile de Bi'iceval. Ce dernier se sauva , et échappa une seconde fois aux pièges que lui tendit son ennemi : mais, hélas! Oc^ tave gagna son procès, et Brieeval, quoique absent , fut condamné à une fui infamante !

3) Je t'épargne , Jeannette , le détail des pleurs que je versai en apprenant cette triste nouvelle. J'étais alors à la campagne . Briceval , qui , par le bruit qu'avait fait mon procès avec Octave , avait découvert mon asile , vint m'y trouver avec son fils, âgé de six ans et demi environ. Nous pleurâmes long-tems ensemble 5 et ce fut il cette époque que Jules de Briceval j

( io5 ) frère aîné de l'infortuné , revint des îles , possesseur d'une fortune considérable.

La voix publique lui apprit nos malheurs et l'opprobre qu'une injuste condamnation répandait sur son nom. Il vint me voir y gronda d'abord 5 mais convaincu de l'innocence de son frère, il le consola ^ et jura de tirer vengeance de son ennemi.

Briceval ne put survivre à sa honte. Nous le perdîmes chez moi 5 il expira de douleur dans nos bras ^ après nous avoir demandé pour faveur dernière que , si nous retrouvions jamais ma fille Jeanne Victoire Déx'icourt , elle fût unie à son fils. Il en donna même l'ordre à ce jeune enfant à genoux près de son lit, et Briceval mourut persuadé qu'un jour prospère me rendrait ma fille , et que je réparerais tous les maux que je lui avais causés par mon secret mariage , en unissant ces deux enfans du malheur !....

3> Dès qu'il eut fermé les yeux , Jules,

( ^o6 ) mon fl'ère aîné , se chargea de^l'éducation du jeune Briceval , son neveu 5 il prit cet enfant avec lui 5 et pour se soustraire à l'oppi'oLre dont son nom était entaché , il en changea ^ en donna un Supposé à l'enfant, et l'emmena voyager avec lui. Ainsi , je restai seule à ma douleur , à mes regrets ! Un événement vint accroître ma fortune 5 Octave , ce méchant frère de mon époux , fut tué en duel ( j'ai toujours soupçonné Jules d'avoir vengé Briceval ) 5 et mon contrat me donnant des droits à sa succession , je me vis l'héritière de toute la fortune des Déricourt. J'étais riche, Jeannette , mais toujours malheureuse.

J'ignorais ce qu'était devenue ma fille.... mon époux était mort , et n'avait point découvert l'asile au fond duquel il l'avait cachée.... Cependant, il y a deux ans de cela tout au plus , j^étais venue jne fixer ici dans cette ville , lorsqu'un

( lo? ) homme pâle , défait , vint un jour se

jeter à mes pieds : Eh quoi ! s'écria-t-il , est-ce madame Déricourt que je vois!

ah ! que vous allez soulager mon cœur j chargé , depuis long*temSj du poids d'un lemords hien cruel ! . . . Reconnaissez Ferrand , madame , l'ancien domestique de votre époux , celui à qui , dans un moment affreux, il confia votre enfant nouveau né !...

D> Emue , j'interroge cet homme 5 il m'apprend l'abandon de ma fille !... Je cours à Paris 5 je m'informe à l'hospice des Enfans-Trouvés. On me dit qu'on a confié mon enfant aux soins de deux époux y dont on me donne le nom , l'adresse. Je vole chez M. d'Eranville 5 on ne sait ce qu'il est devenu , non plus que son épouse y ni sa fille , ni cette même Jeannette , orpheline , élevée par eux , et qu'on a bien connue. Toute cette famille est ruinée , me dit - on j

( io8 î

plongée dans le malheur j il y a tout lieu de croii'e qu'elle a quitté Paris !..- Juge de ma douleur, Jeannette ! Je reyiens ici : Ferrand n'existait plus j mais Jacques, son frère, m'apprend qu'une ex-religieuse est venue chez lui , et lui a dit connaître ma iille. Je gronde cet homrne de n'avair pas pris de plus amples informations. Enfin je me résigne 5 j'attends du sort qu'il te rende à ma tendresse , et le ciel enfin a daigné m' accorder cette faveur l

» Yoilà, Jeannette , le secret de ta naissance , et le douloureux récit des malheurs de ta mère.... une autre fois tu sauras ce qu'elle attend de ta docilité , de ta délicatesse.... Il est tard ^ Jeannette 5 demain nous voyageons 5 je remets à un autre jour les détails que je dois te donner , avant de te prescrire mes volontés ».

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