LE DROIT D ANCRAGE
Au Brésil, en Patagonie, aux îles des Larrons, Magellan s'était trouvé en présence d'indigènes assez peu avancés en civilisation pour mériter le nom de saunages.
En dépit des propos de Pierre Gascon, l'armurier philosophe, qui se débarqua en l'ile Enchantée, il n'en fut pas de même aux Philippines. La race qui dominait en ce vaste archipel avait une industrie, un commerce, des lois, des usages et des croyances voisines du Brahmanisme, constituant un état social déjà fort avancé. Elle n'ignorait la musique, la poésie, ni même l'écriture, et n'était aucunement étrangère au reste du monde.
Depuis l'antiquité la plus reculée, elle se trouvait en relations avec l'Inde et la Chine.
Depuis le sixième siècle de l'ère chrétienne, elle trafiquait avec les Arabes qui, par eux-mêmes ou par leurs sectateurs, importèrent l'Islamisme dans toute la Malaisie et jusqu'aux côtes de la Nouvelle-Guinée.
Magellan lui-même disait à Duarte Barbosa, au chevalier Pigafetta et à l'astrologue San-Martino :
— Ces gens-ci avec leur teint blanc-jaunàtre, sensiblement moins foncé que celui des Malais, leur chevelure noire et lisse et leurs traits réguliers, sont de la nation conquérante qui a refoulé dans l'intérieur ou réduit en esclavage les noirs, habitants primitifs du pays. Ils ont la plus grande analogie avec les peuples qui occupent les îles aux Epices, tels que je les ai vus moi-même et tels que me les dépeint dans ses lettres Francisco Serrào depuis longtemps fixé parmi eux.
— La question, dit Barbosa, était de découvrir six îles afin d'avoir droit au quinzième. Nous avons déjà dépassé le compte, et cet archipel Saint-Lazare m'a l'air de n'en pas finir.
L'archipel des Philippines proprement dites contient plus de cent îles, dont dix-huit principales. L'on avait abordé à Samar et à Lejte, eu connaissance de la vaste Maïndanao, longé Bohol et rencontré nombre d'attolons de moindre importance, à commencer par le groupe de l'île Enchantée.
— La question, reprit Magellan, est d'amener ces peuples à reconnaître à la fois les vérités de notre
sainte Religion et la suzeraineté de Sa Majesté le roi d'Espagne. Par bonheur, jusqu'ici nous n'avons eu à faire qu'à des gentils.
Par les armes ou par la parole les sectateurs du Koran avaient fait de nombreux prosélytes. Mais ils étaient loin d'avoir soumis tous les indigènes à leur loi religieuse, quand les Portugais, sous Antonio de Abreu, Francisco Serrào et Magellan lui-même, et quand les Espagnols, sous Magellan revenu par le Pacifique, pénétrèrent en ces contrées si fameuses par leurs épiceries.
Pigafeita distingue expressément entre les Maures, c'est-à-dire les Mahométans, et les gentils tels que le rajah de Massana Colambu qui, en ce moment, pilotait fort obligeamment la division de Magellan.
Ce prince et son frère, qui régnait sur le pays de Calayan, en Maïndanao, avaient expressément dit qu'ils n'adoraient aucun objet terrestre, mais un {lieu qu'ils appelaient Abba.
Colambu, levant les mains au ciel, sembla l'invoquer. De Mahomet et du Koran, pas un mot.
Magellan, charmé, planta, en grande cérémonie, une croix sur le sommet d'une montagne de Massana où l'on avait passé une semaine entière. Toutes choses, en ce canton, allèrent à souhaits. L'interprète Hen~ rique, traduisant les prédications de Magellan et de son aumônier, avait produit une grande impression sur le rajah Colambu, le plus bel homme du pays, au dire de Pigafetla qui ajoute :
« Ses cheveux noirs lui tombaient sur les épaules :
un voile de soie lui couvrait la tête, et il portait aux oreilles deux anneaux d'or. De la ceinture jusqu'aux genoux, il était couvert d'un drap de coton bordé en soie : il portait au côté une espèce de dague ou d'épée, qui avait le manche fort long; le fourreau était en bois très-bien travaillé.
« Il était parfumé de storax et de benjoin. Sa peau était peinte, mais le fond en était olivâtre. »
Ses dents étaient mouchetées d'or, de sorte qu'elles semblaient liées avec ce métal, dit encore Pigafetta, constatant ainsi un usage bien autrement exagéré à Macassar, en l'Ile de Célèbes, où les grands font substituer des dents d'or massif à leurs dents naturelles.
— Plus on navigue, plus on voit de folies et de bêtises, dit à ce sujet le sergent Belchior fort mal remis du débarquement de Pierre Gascon. Un des nôtres se fait sauvage ! ce prince-ci se dore les dents ; son monde se peint, se tatoue, se défigure. Ils se font les oreilles deux fois larges comme la paume de la main pour y incruster de l'or. Au Brésil, j'ai vu des gens à botoques dans les lèvres. On se passe des anneaux dans le nez et bien ailleurs. L'un se rase, l'autre s'épile; l'autre, j'ai vu ça dans l'Inde, prend plaisir à se faire écraser sous le char de la déesse; j'en ai rencontré quantité qui se martyrisaient pour l'agrément de leurs idoles! C'est égal! girofle et gingembre! notre général s'entend au commerce !
A Massana, Belchior ayant déballé partie de sa pacotille, un insulaire lui offrit un lingot d'or pour six fils de grains de verroterie :
— Défense de vendre à ce prix! dit Magellan témoin du marché, car il importait de ne montrer aucune avidité pour l'or et d'affecter la plus haute valeur à toute marchandise venant d'Espagne.
Le marché fut donc rompu. Belchior, esprit bien fait, loin s'en plaindre, disait à Petit-Jean et à Prior :
— Tenir son prix ! voilà l'essentiel ! Mon père, rue de la Buffeterie, n'en fait pas d'autres!
— Tu seras toujours le fils d'un épicier! dit Petit- Jean.
— Comme toi, celui d'un avocat!
— Oui, dit tranquillement Prior; pourvu qu'on ne vous ait pas changés en nourrice.
— L'un pour l'autre? fit Petit-Jean.
— Non ! tu es trop bavard, riposta Belchior.
— Bon ! une pierre dans le jardin de mon père à, Angers !
— A Zébu, j'espère, reprit le maître bombardier^ nous allons ouvrir boutique dans le grand genre ! Oh ! l'enragé têtu que ce Pierre Gascon ! Avec toute sa philosophie de malheur, que tirera-t-il de sa pacotille en son île Enchantée? une femme noire, jaune ou olive, jolie marchandise!
Noire, elle le serait si l'exilé volontaire s'alliait aus Igolottes ou aux Aëtas, peuples primitifs qui, après s'être antérieurement dépossédés, massacrés ou asservis les uns les autres, avaient ensuite été vaincus par les Bissayos ou les Tagales, nations qui pouvaient, à son choix, lui donner femme olivâtre, jaune ou même à peu près blanche.
Les peuples très-divers de ces régions ont été tour à tour conquérants et conquis, envahis et envahisseurs. Il y a eu flux et reflux, invasions, débordements, mélanges inextricables de races.
Ainsi, les Malais, hardis navigateurs, originaires de là grande île de Bornéo, s'épanchèrent dans tous les sens sur la vaste agglomération d'archipels qui leur doit le nom de Malaisie. En outre, ils ont débordé en Asie, sur l'île Formose et la presqu'île de Malacca. Enfin, chose plus curieuse, en Afrique, sur Madagascar et sur les côtes avoisinantes, d'où ils auraient pénétré jusqu'au centre de la Nigritie.
Les Dayaks, autre race supérieure par l'intelligence comme par la conformation physique, moins olivâtres, moins cuivrés que les Malais, de même originaires de Bornéo, de même navigateurs audacieux, se sont de même étendus fort loin. Ils seraient la souche de tous les Polynésiens.
C'est d'eux aussi, selon toute vraisemblance, que descendraient les Tagales et les Bissayos, maîtres des Philippines, à l'époque où Magellan, guidé par le rajah Colambu, glissait dans le dédale d'îles et d'îlots situés sur la route de Zébu, entre Leyte et Bohol.
On longea plusieurs villages dont les cases étaient perchées sur des arbres ou sur des pieux, et l'on mouilla enfindansunportexcellent, à deux entrées, tout près d'une ville que Pigafetta décrit en ces termes :
« Les maisons sont faites de poutres, de planches et de roseaux, et il y a des chambres comme chez nous. Elles sont bâties sur pilotis j de manière qu'au-
dessous un vide sert d'étable et de poulailler. » A l'aspect des trois navires, plus grands qu'aucun de ceux qui fréquentaient leurs eaux et pavoises de drapeaux inconnus, les gens qui se trouvaient sur le rivage poussèrent des cris d'étonnement. De toutes parts accouraient des curieux fort rassurés par la présence du rajah CoJambu et de quelques-uns des siens sur l'arrière de la Trinidad.
— Sandara!... candaî... «Frère!... amil...» criait l'interprète Henrique Maluco.
Les Espagnols regardaient curieusement, de leur côté, la foule bigarrée qui augmentait à vue d'oeil, — gens nus pour la plupart; mais dont un grand nombre étaient parés de voiles de soie brodés, de bijoux et de pierreries.
— Pas plus sauvages que toi ou moi, dit Belchior qui n'eut pas le temps de développer son exorde, car Magellan commandait :
— Maître bombardier, un salut de toutes nos artilleries !
— Pour le coup, nous allons rire ! dit gaiement Petit-Jean d'Angers.
— Sauvages ou non, notre grosse musique va les faire danser drôlement î ajouta Prior le Malouin.
— Si ! fit le laconique Espinosa.
Ordre avait été donné d'avance à Juan Serrano qui montait la Concepcion et à Carvalho, capitaine de la Victoria, de saluer aussitôt après le général, triple aubade à laquelle ne s'attendait guère Hamadar-Huma-
bon, le jaune et obèse monarque de Zcbu, qui venait d'achever son repas du matin.
Ce prince, le plus puissant des rajahs de la contrée, n'avait d'autre vêtement qu'un tablier de coton, et un voile enroulé sur sa tête; mais ce voile brodé à l'aiguille était d'un grand prix, comme son collier et les cercles d'or enrichis de pierreries enchâssés dans ses grandes oreilles.
Il était peint et tatoué, avait les dents dorées, mâchait du bétel, et après avoir mangé des œufs de tortue servis dans de beaux vases de porcelaine, il humait, à l'aide de tuyaux en roseau, du vin de palmier dont une de ses esclaves, presque blanche, venait de remplir une grande cruche.
Assis sur sa natte, il se délassait des travaux du gouvernement en écoutant de la musique.
Auprès de lui se trouvait la reine, sa compagne, jeune et belle personne dont les lèvres et les ongles étaient peints d'un rouge très-vif, drapée dans un pagne noir et blanc, coiffée d'une sorte de tiare en feuilles de palmier.
Les esclaves ou suivantes qui faisaient la musique, pour la plupart aussi, jeunes, jolies et d'une couleur moins foncée que les hommes, étaient à peine vêtues : affaire de climat et grande économie pour leurs maîtres.
Une partie d'entre elles chantait sur un rhythme agréable un poëme dialogué avec chœurs et reprises d'ensemble. Quatre autres les accompagnaient, sur une viole à cordes de cuivre, un tambour semblable
aux nôtres mais posé à terre, de petites cymbales et des timbales de bronze fabriquées en Chine.
Hamadar-Humabon paraissait prendre grand plaisir à ce concert, remarquable peut-être par la rhapsodie, à coup sûr par les inflexions, les intonations, la mesure et le sentiment musical.
La reine, aux lèvres de rubis, souriait en balançant sa gracieuse tête. Derrière elle, paraissaient charmés plusieurs princes et princesses, entre lesquels il faut citer l'héritier présomptif, neveu du rajah qui n'avait pas eu de fils. Plus loin, dans une attitude respectueuse, quelques grands dignitaires aussi peu vêtus que leur seigneur, savouraient les accords et le récitatif, quand tout à coup éclata la salve de la Trinidad.
Effroi général sur le rivage; dans le palais qui tremble sur ses pilotis, effroi général.
Le rajah de Zébu, prince oriental jaloux de sa majestueuse dignité, a bondi sur sa natte, brisé un roseau entre ses dents et renversé une cruche de vin de palmier.
La reine n'a pu retenir un cri d'effroi.
Les musiciennes tombent à la renverse d'un côté, les ministres de l'autre. Et la population s'enfuit saisie d'une terreur qui redouble avec le salut de la Conception, pour augmenter avec celui de la Victoria.
Les compagnons du Tour du monde et le prévôt Espinosa riaient. Ils n'étaient point les seuls.
Le rajah de Massana,Colambu, qui, peu de jours en oa, avait éprouvé frayeur pareille, souriait agréable-
ment et découvrait ainsi ses dents mouchetées de taches d'or.
Magellan était sérieux. En présence de ses principaux officiers, il donnait gravement ses instructions au jeune DéodatCarvalho, l'un de ses élèves favoris, et à l'interprète Henrique Malaco, personnage de jour en jour plus important en dépit de Duarle Barbosa.
La grâce juvénile, la hardiesse et jusqu'au type physique de l'intelligent fils de la Braziliane, l'avaient fait choisir par le capitaine général pour être son porteur de parole. Il lui fit revêtir un costume éclatant, lui donna une escorte de soudards bardés de fer et voulut qu'il fût précédé de hautbois et de trompettes.
Au concert instrumental et vocal succéda donc ainsi, presque sans transition, la marche de ces étrangers trop bruyants dont le rajah n'ignorait plus l'arrivée. D'après les nouvelles du port, le grand bruit trois fois répété n'avait fait de mal à personne; on avait vu le prince de Massana sur le plus gros des trois vaisseaux; et un balagai, c'est-à-dire un canot, venait de s'en détacher amenant assurément à terre des messagers du commandant en chef.
Hamadar-Humabon composa ses traits et son maintien. Le vin renversé sur sa natte royale fut épongé prestement. Une esclave lui remplit ses cruches, une autre lui offrit des roseaux tout neufs; les musiciennes délaissant leurs instruments se prirent à l'éventer avec des plumages emmanchés à la mode de Siam; les ministres et les conseillers se rangèrent selon les lois de l'étiquette de Zébu.
Hautbois, trompettes et gens armés durent s'arrûter sur la place; le jeune Carvalho et Henrique Malaco l'interprète furent seuls admis en présence de leurs majestés. Grâce à Colambu, le rajah pilote qui avait mis Magellan au courant du cérémonial, on l'observa convenablement.
Hamadar, qui n'ignorait la géographie ni l'histoire des régions circonvoisines, parlait plusieurs langues et entre autres le malayou, dont il aurait pu faire usage pour interroger directement Henrique Malaco. Il n'eut garde de procéder avec tant de simplicité. Ses augustes paroles durentôtre traduites par son premier ministre dont l'interprète traduirait la traduction à Déodat Carvalho qui, à son tour, était bien forcé de faire traduire ses réponses.
La conférence fut ainsi non moins longue que solennelle. Hamadar, toujours accroupi sur sa natte, continuait à mâcher du bétel et à humer du vin de palmier. Mais la circonspection de Sa Majesté n'alla point jusqu'à éteindre le feu de son regard. Ses yeux noirs, petits et relevés à la chinoise, suivaient avec une avidité fébrile les moindres jeux de physionomie du jeune Carvalho. Avec une finesse toute orientale, il pressentait, il devinait presque la palabre du trucheman.
— Gens d'outre-mer, fit- il dire par son ministre, les grondements de tonnerre de vos vaisseaux sont, à ce qu'on m'apprend, signes de paix et d'amitié destinés à m'honorer. J'y suis sensible. Que votre chef le sache !
— Il le saura, Seigneur! répondit après Déodat l'es-
clave Henrique en se prosternant selon l'étiquette. Mais, d'après les instructions de Magellan, le fils de la Braziliane se borna à des démonstrations de politesse beaucoup moins humbles, nuance qu'apprécia parfaitement Sa Majesté Hamadar-Humabon.
— Quel était le motif qui attirait les étrangers dans son île?
Déodat Carvalho et après lui Henrique répondirent avec emphase que le général, leur maître, était le serviteur du plus puissant des rois du monde entier, que le but de leur voyage était MalucOj qu'ils étaient en chemin depuis deux fois dix lunes, et qu'après avoir franchi la solitude de mers immenses où ne se trouvait aucune terre habitée, ils avaient rencontré les îles verdoyantes, au bel aspect, où ils venaient de relâcher en diverses baies.
— Nous avons touché en dernier lieu à Massana dont le rajah Si-Colambu a contracté alliance avec nous et nous a pilotés jusqu'en ce port, en nous faisant les plus grands éloges de la sagesse du puissant Hamadar, seigneur de Zébu. C'est pourquoi notre capitaine général, se détournant de sa route directe, a résolu d'entrer en rapports de paix, d'amitié et de commerce avec lui et son peuple.
— Soyez les bienvenus ! fit répondre le rajah. Nous aimons les étrangers ; notre marché leur est ouvert. Nous sommes amis de la justice; nos balances, nos mesures sont parfaites, et il est défendu sous les peines les plus sévères de tromper sur la quantité ou la qualité. Sous les auspices de notre ami Colambu, vous
serez accueillis du mieux qu'il nous appartiendra. Sachez, toutefois, que tout vaisseau qui stationne dans nos ports est sujet à un droit d'ancrage, dont il convient de traiter sur l'heure.
Un droit d'ancrage!'.. Ah ! que le maître bombardier Belchior avait raison de dire qu'à Zébu l'on n'était pas plus sauvage qu'en Portugal, en Espagne ou dans le quartier des Lombards! Un droit d'ancrage I quel raffinement de civilisation ! Le jeune Carvalho fronça les sourcils en dévisageant Hamadar d'un air fort peu conciliant, et Henrique Malacofitun geste de découragement profond avant de traduire la réponse suivante :
— Fernando de Magellan, haut et puissant capitaine général d'un monarque aussi grand que le très-glorieux empereur Charles-Quint, ne payera de droits ni de tributs à aucun prince de la terre! Si le rajah de Zébu veut la paix, nous lui apportons la paix, notre amitié, notre alliance et le concours de nos armes. Mais qu'il ose exiger un tel droit, c'est la guerre qu'il aura demandée, et nous savons la faire terrible 1
Les rapports s'aigrissaient. Hamadar-Humabon resta plongé dans une méditation mélancolique. Son ministre crut bien faire en ajoutant :
— L'usage est général, nous ne faisons injure à personne en réclamant un droit qu'acquittent journellement les jonques de Siam, quand elles mouillent ici pour y prendre de l'or ou des esclaves.
Et il invoqua séance tenante le témoignage d'un marchand musulman qui venait précisément de s'ac-
ijuilter du droit. Ce maure, s'approchant du roi, lui dit alors en son langage :
— Cata, Rajah, chita! Seigneur, prenez-y garde! Ces gens sont ceux qui ont conquis Calicut, Malacca et toutes les grandes Indes.
Henrique Malaco qui, d'aventure, avait compris malgré les différences de dialecte, répondit par ordre du jeune Carvalho :
— Non ! ceux-là sont Portugais ; nous, nous sommes Espagnols. Notre empereur, par ses armées et par ses escadres, est cent fois plus puissant que le roi de Portugal. C'est le seigneur et maître de tout le monde chrétien. Et s'il ne préférait vous traiter en amis qu'en ennemis, il pourrait aisément envoyer ici assez de guerriers pour détruire vos îles de fond en comble!
Prince astucieux, dont la politique ambitieuse et prudente, cauteleuse et raffinée, avait pour objet principal de soumettre à sa suzeraineté par trop nominale tous les seigneurs d'alentour, Hamadar écouta impassible: puis, affectant de sourire :
— Qu'on offre à déjeuner aux délégués de ce roi des rois, dit-il; nous aviserons!
Et à ces mots, il se retira majestueusement pour conférer avec ses ministres et son héritier présomptif. La reine disparut.
Des viandes assaisonnées aux épices avec un art fort délicat étaient apportées dans des vases de porcelaine aux délégués du capitaine général.
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