‹ Les circulations en banque: ou, L'impasse du monopole, émission et changeChapitre 14 sur 40 · LE BILLET-CHÈQUE · texte numérisé non relu

LE BILLET-CHÈQUE

Le check, comme le billet payable à vue et au porteur, dont on le dirait l'image renversée, procède d'une idée simple. C'est ce qui fit sa fortune aux lieux d'où il est originaire. Payable à présentalion, il se lie ainsi au Comptant, lient heu de numéraire et se sépare, comme la Monnaie ellemême, de tout engagement à terme. Qu'il soit payé ou simplement compensable, il ne traîne après lui aucune des infirmités de la lettre de change, du billet à ordre, du bon de l'échiquier, lesquels entreprennent l'avenir bien plus que le

présent. C'est un instrument du marché au comptant, et nullement un mode de solution rais au service du Crédit. Parler de Billet-chèque à cent ou cent vingt jours émis par une banque, c'est introduire dans le langage, par une assimilation que tout combat et repousse, une confusion qui passerait tôt ou tard dans les choses, au grand dommage de l'éducation publique. Prenez l'idée simple, Tidée vraie, si vous voulez être compris de chacun, et n'allez pas, sous tel ou tel prétexte, de la Monnaie au Crédit, mêlant tout, confondant tout quand il s'agit uniquement de numéraire, c'est-à-dire de Comptant à suppléer.

Le billet de banque est une chose : il libère, on l'a dit, comme l'argent lui-même, en passant d'une main dans l'autre ; — le check est une autre chose, car, s'il fait office de comptant, il n'est jamais qu'une solution subordonnée à la réception en banque. — L'engagement de payer à terme, qu'on le nomme billet à intérêt ou bien Billet-chèque, n'est et ne sera jamais, comme le bon du Trésor, qu'un instrument de Crédit ; il ne saurait être dès lors reçu au même titre, ni sur le même pied que le check, et j'ajoute par les mêmes personnes. Nul, en effet, en vue du Comptant indispensable, n'ira ^prendre indifféremment, l'un pour l'autre. Ce qui distingue la Monnaie et ses substituts de tout le reste, c'est qu elle est stérile, qu'elle né produit comme médium circulant, aucun intérêt; qu'elle n'est, enfin, nullement susceptible, comme les artifices du Crédit, de plus ou de moins. Elle relève du trébuchet, non du temps et de la solvabilité personnelle ; voilà ce qui la rend plus que toute autre chose cursive, si Ton peut ainsi parler.

L'idée du Billet-chèque appartient à M. de Girardin. Voici là-dessus la théorie de cet esprit si particulièrement initiateur. — Toute disposition payable à vue sur une caisse ou banque, qu'on l'appelle bank-note ou check, « est un mensonge et un péril » s'est ditl'éminent vulgarisateur de l'Impôt-assurance. Cela oblige en outre les banques à conserver, pour

faire face au remboursement toujours exigible, un fonds sans emploi qui nuit plus qu'on ne croit à l'accumulation des dépôts ou épargnes disponibles pouvant alimenter l'escompte. Les banques, en effet, ne pouvant ici rémunérer convenablement les capitaux libres, on se trouve fatalement acculé à Tescomple restreint. Le Billet chèque payable à centjours de date, mais ne produisant aucun intérêt au profit du preneur, peut faire affluer en peu de temps vers les banques une masse considérable de dépôts, en même temps qu'elles trouveraient dans ce système une sécurité entière, qui leur permettrait de réduire au chiffre le plus faible leur Réserve métallique, puisque le Billd-chèque ne se présenteraitau remboursement qu après rencaissement des effets de commerce, à l'escompte desquels auraient servi les capitaux déposés en échange ou en retour de cet engagement. Par là serait notablement resserré le champ d'opération du check payable à vue, lequel est un danger tant qu'il n'est pas devenu, comme en Angleterre, à l'aide du Clearùig-house, l'instrument par excellence des compensations. Le Billet-chèque, en dégageant les banques des encaisses stériles, leur permettrait d'élever, comme les Joint^stock-banks de Londres, l'intérêt servi en compte, non point à 2 et 3 0/0, ce qui est pour l'épargne un mince appât, mais au niveau de celui de la Banque de France, avec laquelle on serait invariablement en écart de 1 0/0. Le taux de l'escompte ressort-il par exemple à 9 0/0, les banques serviraient 8 0/0 aux capitaux entreposés chez elles. C'est ce qu'ont fait ailleurs les Joint-stock-banks, répète M. de Girardin; elles n'ont pas trouvé de meilleur moyen « pour retenir les dépôts d:ms leurs caisses» et les y attirer en quelque sorte par l'attrait a de l'intérêt le plus élevé. » — Alors, continue l'éminentpubliciste, « chacun devenant mrf2r^r/é*7w^/î^ (sic) escompteur, où était la rareté apparente du numéraire succédera rapidement l'abondance réelle. » C'est ainsi seulement que les banques de dépôt prendraient chez nous, assure-t-on, un développement égal à celui qui se voit en

Angleterre, Et là-dessus, après avoir expliqué comment le Billet-chèque se distingue du Billet à intérêt, en ce que le preneur profile, ici, de l'intérêt couru, tandis qu'ailleurs cet intérêt court en compte au profit de celui qui a le premier jeté dans la circulation ce check d'espèce nouvelle, M. deGirardin fait voir tous les fonds de tiroir, tous les fonds de caisse, les encaisses individuels venant boire en banque, « à la coupe de l'intérêt » le plus élevé possible, c'est-à-dire affluant en masse. D'où l'escompte indirect et successif a universel et mutuel, » porté, enfin, au maximum de sa puissance, avec l'argent donné au taux le plus bas possible.

Toute cette théorie, dont on s'est efforcé de mettre en relief les points essentiels, pèche par plus d'un cêté, sinon même par la base. Quel est, en effet, le fournisseur assez candide pour ne pas vouloir entrer en partage d'intérêt avec le donneur du Billet'Chègue?1i. de Girardin Ta si bien senti, qu'il va de lui-mênie au-devant de l'objection ; il déclare que, dans la pratique, ce billet pourra s'améliorer « par le partage à l'amiable, entre le cédant et le cessionnaire, de l'intérêt couru et de l'intérêt à courir (1). »

Ceci s'éloigne déjà quelque peu de l'appât supérieur qui se traduirait par 7, 8 ou 9 p. 0/0 d'intérêt, soit le taux moim 1 de l'escompte en banque. Il se passe ici absolument ce qui a lieu toutes les fois qu'on négocie un effet de commerce: le départ de l'intérêt s'opère en conséquence du temps restant à courir. Le Billet-chèque a sans doute sur le Billet à orQre ou la Lettre de changecet avantage, que la provision est de tout repos ; mais, outre que rien ne ressemble moins aux suppléants ordinaires de la Monnaie, puisque c'est là un véritable emploi productif de revenu, ce revenu constitue par le départ qui s'opère forcément, une rémunération notablement moindre que celle figurée par le taux de l'escompte. Que devient alors l'effet de la nouvelle machine .

1) V. la Presse du 4 juin 1864

de guerre dirigée contre les Comptes courants non productifs d'intérêt de la Banque de France? Cela est médiocre sinon nul. Qu'on voie ce qui se passe en Angleterre, où le check tout-puissant comme instrument monétaire et compensable est sans action sur la Banque à Tendroit de ces mêmes comptes. Tout ce qu'ont produit les Joint-stock-bancks, c'est d'armer la Spéculation de plus puissants engins, et d'aggraver le sort du négoce en portant au niveau des exigences de la Banque les conditions nouvelles et générales de l'escompte. — Qu'est-ce d'ailleurs qu'un écart de 1 0/ en face des prérogatives de l'Emission ? Moins que rien.

Et qu'on veuille bien le remarquer, ce n'est pas § ou

9 0/0 que servent au capital disponible les /oinf-5^oc*-A«nfArjf du Royaume-Uni, quand la Banque d'Angleterre porte à 9 ou

10 le taux de son escompte. Ces dispensateurs du fonds flottant qui distribuent année commune à l'actionnaire des dividendesde 5à 22 0/0, allouent généralement au déposant un revenu en rapport avec le cours des fonds publics. Encore faut-il que les balances dépassent une certaine somme, audessous de laquelle il n'y a lieu de servir en compte aucun intérêt. Telle est la règle dont ne se départent pas les banquiers jaloux de se montrer tidèles à ce que M. Jules Lèchevalier appelait un jour « le privilège de l'orthodoxie financière. »

Il n'y a donc pas lieu de compter, dans le système que caresse M. de Girardin, sur le déploiement de l'escompte successifs mutuelj universel. Ce n'est pas le Billet-chèque qui, élargissant la passe au profit du Commerce, accumulera sur certains points le disponible. Objet d'un constant départ, ce véhicule d'un nouveau genre déplacera à Igrand'peine l'épargne, d'où de maigres entrepôts de numéraire, et par suite d'insuffisants escomptes. Inutile d'embarrasser d'un ustensile qui n'a ni l'agilité du check, ni sa puissance de virement en compte, pas plus qu'il n'atteint à la simplicité du Billet à intérêt, dont il semble une mauvaise contrefaçon, —

inutile d'embarrasser de ce billet-chèque les voies suffisammefnt ardues de la Monnaie et du Crédit. Ce n'est pas là, on ne saurait trop le redire, en dépit de l'autorité qui s'attache à certains noms, ce qui peut frapper au cœur le privilège de la Banque de France, dont on prétend ainsi viser les Comptes courants. C'est se faire, au surplus, une idée peu exacte de cette attache que de croire qu'elle tienne à de tels avantages. Le service et le taux de l'intérêt sont là d'une mince considération, et la Haute banque obéit à d'autres idées.

Pour elle, le Compte en banque, quelles qu'en soient les conditions, le virement facile par suite, la respectabilité d'un solde créditeur avec soin entretenu, c'est-à-dire le Crédit en banque se reliant au Change comme le bras tient au corps, dont il est un des flexibles leviers, voilà l'objet de grande conséquence. C'est ainsi qu'on s'impose à tout le reste et qu'on domine un grand marché. Aussi, n'est-ce pas le système des Dépôts productifs d'intérêt pratiqué partout alentour sur une grande échelle qui fera baisser le niveau de ces Comptes et forcera l'hirondelle du trafic cambiste, dont le nid est appendu depuis soixante ans aux poutrelles de la Banque, d'aller nicher ailleurs. Le jour où cela arriverait, la Haute banque aurait perdu tout son prestige, et avec ce prestige sa puissance. Elle tomberait alors au niveau du Commerce qui part du droit commun pour puiser en luimême et en lui seul sa véritable force.

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