‹ Les circulations en banque: ou, L'impasse du monopole, émission et changeChapitre 15 sur 40 · MO · texte numérisé non relu

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LE BILLRT A RENTE

Si le Billet-chèque n'est qu'un pur artifice peu fait pour séduire dans la pratique, il n'en est pas ainsi du Billet productif d'intérêt jour par jour, tel que le Crédit lyonnais en a fait chez nous la première application. M. de Girardin, qu'on peut regarder en France comme l'heureux et puissant vulgarisateur de celte conception, attribuée par d'éminents contemporains à M. Corvaja, en a fait vivement ressortir les mérites depuis déjà longtemps. C'est même à son insistance que l'on doit d'avoir vu tout récemment le Crédit agricole user fort à propos de cette formule vraiment supérieure (1).

Le billet à intérêt, c'est le compte courant en banque heureusenient transformé. C'est ainsi qu'il se dégage de tous ses périls. On voit dès lors se déposer, par couches successives, pour être débitée ensuite au fur et à mesiure des légitimes exigences de l'escompte, l'épargne journalière. Si c'ast forcer le sens des mots que de parler de check à terme productif ou non d'intérêt, c'est se placer, en revanche, sur un terrain neuf et de grande consistance, que d'introduire dans les affaires le billet à rente. Le bon du Trésor n'est guère, sans doute, autre chose examiné de près ; mais, outre que l'intérêt n'est point là fractionné, calculé d'avance de façon à prévenir tout débat, cet intérêt est mobile; il se mesure chaque année aux allures générales du marché. Enfin, cela touche au Crédit public, et n'a nul trait au maniement de l'épargne. Les affaires ne pourraient, en conséquence, que se bien trouver de ce nouvel aménageai; V. à V Appendice,

— Hi —

ment de l'escompte. Les capitaux dits de placement jouiraient ainsi de la fixité d'un revenu solidement assis, et le taux de l'escompte, en partant de celte ferme base, échapperait plus aisément aux fluctuations fréquentes qui dérangent et troublent le Commerce. Lorsque le Crédit agricole émet à 3 fr. 65, soit un centime d'intérêt par jour, de tels engagements, il donne, avec plus de marge et plus d'élan, plus de consistance au prêt à intérêt. Comment la Société générale pour l'encouragement de l'industrie, — elle dont l'esprit pratique paraît avoir saisi les avantages de cet appel fait aux capitaux, ne s'approcha-t-elle, — dans ces derniers temps, de ce mécanisme que pour le fausser, l'appliquer à rebours? Que signifie ce calendrier, qui s'étale comme un lourd Barème sur le titre même, quand il était si naturel d'épargner au porteur celte vue, je devrais dire ce repoussoir? Il est donc vrai que les hommes d'affaires d'un certain ordre se placeront toujours à de grandes distances de ce merveilleux esprit français qui partout procède simplement, va vite et veut voir clair 1 Quel besoin, d'ailleurs, d'assujettir au visa^ c'est-à-dire de transformer en obligations à sept jours de vue cet agile et merveilleux instrument de crédit qui s'appelle le Billet productif d'intérêt ? Croiton que ces visites, ces présentations obligatoires, soient du goût de tout le monde? Et si Ton ne s'adresse à tous, dans cette chasse aux capitaux, à qui donc s'adresse-t-on ? Cela est conçu à Topposite de l'essence des choses, sans regarder au but. Pour vouloir gagner, par la, réduction de 3 65 à 3 fr., quelques centimes, la Société générale a fait du levier le plus souple un instrument médiocre, qui n'offre à la main que peu ou point de prise (1).

(1) L'esprit ferme et net de M. de Girardin ne pouvait tomber dans cette même erreur. Aussi le voit-on rappeler le Crédit lyonnais à la double unité de terme et d'intérêt par le bon productif de 3/65 à cent jours de rémission. Cela s'adapte aux évolutions de la marchandise dont Tefifel de commerce n'est qu'un décalque. Le Crédit est, comme la Monnaie, affaire d'engrenage. Et puis, suivant la judicieuse remarque de l'homme à qui revient le mérile de

Le billet productif d'intérêt jour par jour, sur le pied de 3 65 par an a un rôle, une fort grand rôle à jouer en France. Il peut être à l'escompte ce que le check est aux affaires dans la Grande-Bretagne. Si celui-ci est condamné à ne pas entrer de longtemps encore dans la pratique universelle, par les raisons ci-dessus déduites, et prises de l'état du Compte en banque, le billet à intérêt peut se faire, en attendant, sa place. C'est même par cette porte que le çheck fera quelque jour son entrée de façon à jouer un certain rôle. Chaque-peuple, on l'a dit, suit certaines pentes, qui sont là pour marquer d'un trait particulier ce qui constitue son génie. Le check est anglais ; il restera tel, et se cantonnera dans un certain monde, quoi qu'on dise et fasse, tandis que le billet productif d'intérêt fractionné a quelque chose de net, de fin, de rationnel, qui s'ajuste merveilleusement à notre esprit français. Là est l'avenir pour le plus grand essor de l'escompte, en même temps que le plus clair profit de l'épargne minime. Celle-là constitue la masse; elle est de beaucoup plus riche que l'autre. — Demandez aux Chemins de fer où se tiennent le plus grand nombre de leurs porteurs d'emprunts. Et les Omnibus, et les Gaz, d'où tirent-ils leur principale force, dans ce pays à la fortune parcellaire, et par là même si puissante !

«Autant le compte courant, avec ou sans intérêt, disions-nous vers la fin de 1857, jetant alors un regard sur C avenir du crédit en France, présente de dangers à certaines heures, autant le jBîV/^r A r^n^^, payable à époque fixe, offre une pleine sécurité. Dans le premier cas, il arrive un jour que la Sortie, par suite d'un brusque et général retrait de numéraire, àomm^V Entrée. Ici, rien de pareil. Nonseulement le Billet, jouant avec le Portefeuille, auquel il

celle initiative, qui peut vouloir s'engager pour l'année ? Le capital mobilier goûte médiocrement ces baux à long terme ; tandis qu'il y a « peu d'événements, peu de crises qu'on ne puisse prévoir ou prosseniir à cent jours de rf/itance. » (V. la Presse du 7 juin 1864.)

s'ajuste, les réalisations se trouvent faire jouroellement face aux remboursements chaque jour exigibles, puisque rémission est à rencaissement ce que Y effet est h ]di cause; mais comme il est, d'autre part, certain que le chiflre des dépôts l'emporte incessamment sur les retraits, Centrée commande de tout point la sortie. D'où une sécurité complète. »

C'est ainsi qu'on peut véritablement soulager le mon« nayage en banque. Ce que le billet payable & vue ou au porteur ne peut faire, le Bon à cent jours productif d'intérêt, et qui répond à une réelle épargne» le fait sans risque aucun.

L'on entre ainsi, encore mieux que par les dépôts en compte productif d'intérêt, dans l'immense et sûre voie de l'escompte universalisé, car l'escompte bien constitué, savamment géré, c'est-à-dire utilisant les ressources qu'il rencontre en quelque sorte à pied d'œuvre, c'est l'axe du Commerce et de l'Industrie aux appareils multiformes.

c( L'Industrie, répéterons-nous comme à une autre époque, ne peut grandir, se déployer que là oîi le Commerce a de libres et fortes attaches. L'un est naturellement lié à l'autre, et l'on ne greffe que sur l'arbre aux jets vigoureux. »

En ce qui touche l'esprit d'entreprise, le Commerce est chez nous mal conformé : il manque de ces fortes et larges assises qu'on rencontre ailleurs, notamment en Angleterre. Dans le système actuel, le chapiteau, trop lourd pour une colonne démesurément longue, menace à chaque instant de tout jeter à bas. C'est le trafic, dès lors, qu'il faut doter d'un meilleur outillage avant de se lancer plus loin dans le champ des grandes opérations ; car si le Commerce souffre, tout s'arrête, et finalement c'est lui qui doit partout tracer la route, en même temps qu'il tient les chemins ouverts. -7- A lui donc le premier rôle, sous peine de bâtir en l'air et de s'aliéner pour longtemps l'épargne dévoyée. — Le maniement en grand du Bon à intérêt peut beaucoup désormais en

M sens. Ce n^ost qu^aiasi qu'on peut faire afflaer vers l*ei« compte tous les capitaux en quête d'emploi. Sans doute, le check qui réduit ailleurs à Vextrême limite du minimum les emplois de numéraire, — espèces ou bank-notes, — produirait de tOMS autres effets le jour où il opérerait d'immenses corn* pensations sur un marché de quelqu' étendue. Mais, on Ta dit, le fonds indispensable, f habitude de compter en banque y doit faire pour longtemps défaut. Et puis, qu'on ne s'y trompe pas, le fonctionnement en grand du Clearing-House répondait un jour dans le Royaume-Uni à de fortes exporta* tions métalliques. Contrairement à ce qu'exposait naguère, dans le Sénat, M. le comte de Germiny , dont la parole, comme ex-gouverneur de la Banque, fut avidement recueillie, il ne faut pas se bercer de l'idée que <( ce système économise remploi du nupaéraire sans f éloigner du pays. )» Rien de moins ei^act. Il est devenu banal, à force d'être répété par tous les organes de la science économique, en France comme en Angleterre, que tout num'éraire en excès, c^esft-à-dire économisé, s'exporte. N'est-ce pas ainsi que la Grande- Bretagne eq est venue à réduire au plus mince avoir son stock métallique actuel î Donc, ou le check pénètre fort avant dans certains usages, et il déplace à l'instant même une masse d'espèces qui se convertissent en lingots et vont ailleurs chercher un meilleur emploi ; ou bien il reste à l'état infime, suivant qu'on doit s'y attendre dans un pays comme le nôtre, et ses effets sont presque nuls.

Le Billet à intérêt, avec des prétentions moins grandes, doit rendre de tous autres services. C'est le préalable entassement, ou mieux l'aménagement heureux des capitaux libres, au repos et sans emploi. Mieux que le Compte courant, dont on se tient généralement loin, il entr'ouvre la porte des banques, où chacun, à la longue, stationnera désormais volontiers pour n'en plus oublier le chemin. Voilà par quelle pente le Bon productif d'intérêt peut conduire au Check, qui n'a pris possession en grand des trois royaumes, qu'après

ftvoir Ytt pendant quatre-vingts ans le publie anglais faire antichambre chez les banquiers. Qu*on ne Toublie pas : le • Check date dans la Grande-Bretagne du jour seulement où le Clearing-Home lui donnait, avec le puissant appareil dont il ne peut se passer, sa raison d'être ; cela remonte à 1784, tandis que la Banque d'Angleterre, avec son immense cortège de banques incorporées ou non, sans parler des banquiers, date de plus d'un siècle en avant. C'est ainsi qu'elle précéda seulement d'une année la Banque d'Ecosse, fondée & Edimbourg en 1695.

Finalement, si l'on veut faire œuvre chez nous de quelque ampleur, c'est sur le Billet productif d'intérêt qu'il faut mettre la main au plus vite. Là est l'incorporation par excellence de l'épargne nationale, l'asile naturel de ces petits capitaux qui sont chez nous la richesse même, car ils rendent possibles d'immenses affaires. A ce point de vue, l'initiative du Crédit agricole peut être de grande conséquence, comme tout ce dont l'Etat donne, en France, l'exemple.

Est-ce à dire, dans ce système, que l'escompte se trouvant mieux alimenté de disponible, plus large, cessera d'être acculé aux crises plus ou moins factices dont le Monopole de l'émission donne périodiquement le signal? Ce serait se repaître d'une illusion pure. Le Bon productif d'intérêt ne s'agence pas d'ailleurs uniquement avec le maniement de l'escompte, c'est-à-dire avec les évolutions de la marchandise; c'est l'immense syphon dont l'un des bouts plonge dans le placer plus ou moins riche de l'épargne, et par lequel elle coule indistinctement au profit de l'esprit d'entreprise, Commerce ou grandes immobilisaiionsdeTIndustrie.Del^des sollicitations en sens contraire, qui aboutissent à des hausses d'intérêt, dont l'homme du Change tire journellement le meilleur parti, vu qu'il est mieux placé que d'autres pour cela, on l'a déjà fait voir. Le Monopole de l'émission, qui favorise, ici, la Haute banque, est une de ces forces à laquelle rien ne

résiste, et qui a facilement raison des meilleures choses. Que sert d'améliorer la passe, si le goulet par où Ton entre et sort n'est toujours qu'un étroit passage? Le Monopole aux mains du trafic cambiste, c'est l'assujettissement constant du Papier de marchandise, c'est-à-dire de l'escompte, aux exigences de quelques hauts barons modernes^ pour lesquels seuls il n'existe pas de frontières, et qi^i sont aujourd'hui, partout où cela existe sur un grand pied, les maîtres du marché de l'argent. Ceux qui le nient font un peu l'effet de Tintelligent animal qui, pour se garantir du loup, plonge sa tête dans un fourré, pensant que ne pas ifoir l'ennemi c'est ne pas en être vu et ne courir dès lors aucun risque.

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