L' ANTI-CRÉDIT OU LE CHEMIN DE TRAVERSE
u C'est, distGuaigne-Bêaneoup, la grosiM grappe de l'Bspargne qui ett le meilleur plan de tout ce pays. » paktagrdil.
Quand la route s'ouvre toute droite et large devant eux, «quelques hommes recherchent de préférence les petits sentiers, les chemins tortueux. C'est en confondant trop souvent l'enseigne avec la maison que ces gens-là passent pour des esprits pratiques. Ils sont dans la pratique des choses, à peu près comme ce brave épicier qui, sous prétexte d'un profit quasi nul mis en regard de quelque ennui quotidien refuserait un dépôt de timbres-poste. Notre homme ne voit pas que le chaland apprend ainsi pour longtemps, sinon même pour toujours, le chemin de sa boutique. Aujourd'hui, c'est pour un timbre de 10 ou 20 c. ; demain, ce sera pour du papier ou pour quelque autre article. Que le chef de famille entre deux fois, trois fois, chez notre détaillant, la femme suit
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bientôt et s'en vient augmenter, avec quelque amie ou quelque parente, une clientèle qui ne connaîtra plus d'autre porte. — S'il n'y a pas de petit ennemi, il n'est si petite aifiiire qui ne puisse conduire assez loin. Tout se tient ; le commerce avec la yie n'est qu'une trame.
Donc, et pour revenir à ces hommes pratiques qui ont des yeux pour ne point voir, des mains pour tout g&cher, tout fausser, et qui prennentsérieusement Barème pour un maître de la force de Sully ou de Turgot, on n'imagine pas ce que certains ont fait du billet ou Bon d'intérêt annuel à 3 fr. 65, soit 1 fr. pour cent jours. Sous leur main, ce leste et fin limier de l'épargne est devenu quelque chose comme un lourd basset, bien plus taillé pour la curée que pour la course. Cela s'appelle des obligations d^^^/oz/r^ de vue productives d'intérêt à 3 p. 0/0 l'an, sans compter le tableau de chiftes microscopiques chargé de mettre en fuite le capital tremblant I — Est-ce tout, du moins? Non. Voici venir, en serre* file l'Obligation à terme, au porteur ou à ordre, donnant pour rheure un intérêt de 4 1/ 2 à 5 p. 0/0 suivant que le capitaliste effectue un placement de trois à onze mois^ — pourquoi ce baroque onze mois ? — ou suivant qu'il opère de un à cinq ans. Les obligations à cinq ans sont, en outre, munies de coupons semestriels qui se détachent. Cela semble au mieux, de .prime-abord. Et cependant, à quoi bon ces nouveaux et autres titres, si le premier est bien conformé ? Vous pensez par là, n'est-ce pas, faire affluer vers vous le Capital, que séduit et qu'attire une grande variété de choix ? Mais prenez donc garde qu'il n'est pas, ici, question d'étoffes qui flattent la vue ou séduisent la mode frivole. N'allez vous pas, avec ce système, qui rappelle la bigarrure de titres dont le Crédit foncier a dû finalement se débarrasser, remplir de trouble l'âpre détenteur du capital disponible auquel on donne ainsi le vertige? Que ne vous rangez-vous plutôt sous les lois claires et simples de cette grande souveraine que courtise l'esprit français et qui s'appelle f Unité ? Votre libre choix n'est que
défiance de TOus-mtoM, infirmité. N'ayez, comme Tautre, dans votre bissac qu'uo geul tour, mais qu'il soit bon.
Je comprends, d'autre part, s'agissanl du check dans les premiers temps, qu'on Hmile à la rigueur le maximum payable à vue. C'est de la prudence, vu qu'il faut marcher au début la sonde en main. Mais pourquoi exiger du titulaire d'un dépôt productif d'intérêt à 4 p. 0/0 qu'il en opère intégralement le retrait « en une seule fois? » Comment ! je vous ai déposé 20,000, 30,000 fr., produit d'une vente mobilière ou d'une rentrée soudaine, inespérée et parce que j'ai l'emploi immédiat du quart ou du cinquième de cette somme, peut-ôtre môme besoin de beaucoup moins, voilà que je devrai déplacer du même coup cet important capital tout entier I Mais c'est de la folie; autant dire au gros capital libre : Ne venez pas chez nous si vous ne voulez éprouver de l'embarras. Il est vrai que Ton ajoute immédiatement, et cela touche de bien près à l'enfantillage : « Après avoir fait le prélèvement qui lui est nécessaire, il est facile au porteur de replacer aussitôt le surplus contre un nouveau reçu. »
On reconnaît à ce luxe d'écritures les bonnes traditions d'une bureaucratie paperassière à peu près encore sans rivale. N'est-il donc pas infiniment plus simple de faire un échange de récépissés, en débitant aussitôt le déposant de ce retrait partiel? Notez, d'ailleurs, que ces payements ne sont possibles qu'à sept jours de vue, absolument comme le remboursement des bons à intérêts dits obligations payables à sept jours de la date du visa, — Si c'est ainsi qu'est compris en France le mécanisme des Dépôts en compte, on doit s'attendre à fournir de longues et rudes étapes.
A ces titres multicolores vient se joindre tout naturellement une variété dans le taux de l'intérêt qui est prise ici, sans doute, pour habileté grande. En voyant cela, on songe involontairement à la diversité d'appâts qui peut seule tenter le peuple des poissons aux espèces nombreuses et de goûts différents, 2 1/2 p. 0/0, 3 p. 0/0, 4 p. 0/0, 4 1/2 et
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5 p. 0/0 d'intérêt, voilÀ bien des lignes plongeant dans Tean et munies, à l'intention de la carpe et du goujon, d'un fragment de vermisseau ou d'un appAt plus substantiel. Mais ici encore, et puisqu'il s'agit de pêche, il semble que le gros du poisson ne saura plus où courir. Qu'y a-t-il d'ailleurs au fond de tout cela, et de quoi s'agit-il ? D'un côté, par les sommes reçues en compte, on aura affaire à l'extrême mobilité de la spéculation et de l'épargne, tandis qu'un peu plus loin c'est la âxité du capital de placement qui s'étale. D'où, deux natures de fonds, deux sortes de rémunérations ou service d'intérêt par suite. Dans le premier cas, on alloue 8, 2 l/2p. 0/0, tandis que pour tout le reste le loyer de l'argent ressortirait à 3, 3 1/2 p. 0/0. LeBillet donnant 3 6 Sd'intérêt annuel répond mieux que tout autre à ces dernières exigences. Là ne .manquerait pas d'accourir, sans qu'il fût besoin de s'embarrasser dans des périodes impossibles de onze mois ou de cinq ans, ce grand seigneur trop méconnu qui s'appelle ,W TOUT LE MONDE et que tiennent en fort grande estime, sans parler des Chemins de fer, la compagnie des Omnibus ainsi que celle du Gaz.
Remarquons bien d'ailleurs que ce revenu de 3 65 p. 0/0, un peu supérieur à celui des obligations si gauchement empêtrées ici dans le visûy se trouve en équilibre avec le taux moyen de l'intérêt sur un grand marché. D'un côté c'est la Rente qui donne 4 1/4 environ, tandis que le bon du Trésor flotte entre 3 et 4 p. Ô/ô; plus loin c'est l'emprunt des Chemins de fer dont le taux réel dépasse communément 5 p. 0/0, tandis que l'intérêt en cours d'escompte se rapproche de 6 dans ces derniers temps. C'est donc là quelque chose comme un moyen terme : ni trop haut, de façon à laisser au gain des grandes compagnies une suffisante marge, ni trop bas, ce qui constitue une sérieuse amorce. Ce revenu parcellaire et qui est attributif d'autant de centimes qu'on compte de jours, se lie, en outre, au fractionnement infime de la Monnaie et des Affaires. Tout cela se tient et
doit marcher ensemble par un mouvement de masse qoi montra que le succès est ici et non ailleurs. Là où Tous se rendent par un élan commun, irrésistible, là est le filon particulièrement riche de cette mine qu'on nomme l'Épargne et que le crédit visite sans cesse.
Trois seules choses semblent, ici, douées de quelque consistance, soit dans le présent, soit qu'on plonge un peuavant dans l'avenir. C'est d'abord le Bon à cent jours productif d'intérêt, billet qui est comme le relayeur naturel et puissant de TÉmission en banque ; — plus loin, c'est le Check, instrument nécessaire des comptes productifs dintérêt, et compensateur toujours en haleine, pour la plus grande économie du numéraire ; — le Billet de banque, enfin, ce substitut actif, de plus en plus accrédité, des espèces démesurément lourdes. — au-dessus et en dehors de cela, qu'y a-t-il? Moins que rien. On flotte dans l'air, on habite cette région des nuages où refusera de vous suivre le peuple le plus net, le plus précis» le moins ami de la haute fantaisie qui soit au monde.