‹ Les circulations en banque: ou, L'impasse du monopole, émission et changeChapitre 17 sur 40 · LES DOCTORALES · texte numérisé non relu

LES DOCTORALES

<r — Aristole est uo sot» dit mon onde Tobio. — Je n'aurais osé le dire, répliqua mon père. ~ Eh bien ! je le dis, moi, reprit mon oncle Tobie. 9

STUlNt*

J'ai peu de respect, je l'avoue, pour ce qui ne résiste pas, dans la région scientifique comme ailleurs, au trébuchet de la raison. Les grands noms m'imposent ; mais quelle que soit la hauteur du piédestal sur lequel sont montés, de nos jours, les nouveaux maîtres des sentences, la raison me semble habiter encore plus haut. C'est donc à elle que je m'adresse de préférence, sans que rien me trouble ni m'arrête. — Les blés sont mûrs, d'ailleurs, et le temps presse.

Voyez, par exemple, quels singuliers oracles fait entendre Rossi lorsque, voulant se faire le défenseur du monopole de l'Émission, il aborde le terrain de la Concurrence. Tout ce qu'il dit à cette occasion fait pAmer d'aise, je ne l'ignore pas, M. Wolowski ; mais le lecteur sera peut être ici d'un autre sentiment que cet honorable maître.

« La Concurrence, remarque Rossi, est à peu d'exceptions près, un levier puissant, nécessaire dans la production proprement dite, lorsqu'il s'agit d'obtenir une plus grande quantité de produits ou de meilleurs produits, ou les mêmes produits à meilleur compte. Mais une banque, à proprement parler, ne produit pas. La Banque n'est qu'un garant, un débiteur fidèle, solvable, toujours prêt à payer. »

Une banque ne produit pas, c'est vrai ; mais la charrue, le métier Jacquart ne produisent pas davantage ; d'où sans doute cette conséquence, qu'il est permis de constituer en monopole le fonctionnement de ces utiles instruments. Qu'en pense l'honorable professeur du Conservatoire des arts et métiers ? Croit-il, par exemple, que si le métier à bras eût été couvert par le privilège dans les mains d'un exploitant fort de son antique possession, Jacquart fût aisément parvenu à détrôner au grand profit de l'industrie et des consommateurs cet appareil? Et la charrue de nos pères, croira-t on qu'elle ne se fût pas imposée de toute éternité à l'Agriculture si quelques monopoleurs clair-semés avaient vu dans l'adoption d'un meilleur système une menace pour leur industrie au point de vue de la Concurrence? Ce sont là, en effet, pour parler le langage de Rossi, des instruments qui, (( à proptopremenl parler, » ne produisent pas. Cela vietit sans doute en aide à la production, et sous ce rapport ces instruments se confondent avec la banque d'Émission, làquelle faisant circuler les crédits du Commerce et par la mise en mouvement de ces crédits, la Marchandise, puis par le d^it de celle-ci, le travail de l'homme « seconde, comme Je dit un peu plus loin le maître éminent, ia production nationale d'une manière indirecte en aidant au mouvement et aux combinaisons diverses du capital producteur, »

C'était vraiment la peine de poser de telles prémisses pour arriver à cette conclusion 1 — Notez d'ailleurs que le raisonnement de Rossi n'est pas moins à l'adresse du simple banquier escompteur que de la^BaïK^ué. -^Né se litre-t-6A paé,

dans les deux cas, àl'aebat d'un papier qui devient la source, Toccasion d'un bénéfice? L'escompteur n'est-il pi^, d'autre part, absolumeht comme la Banque au cours de rémission « le garant » de ce papier, c'est^à dire un débiteur fidèle « tou* jours prêt à payer ? » Ce sont deux entrepreneurs qui se livrent conjointement sur le terrain de TEsCompte à la mêfi^ industrie. La seule différence, c'est que Tun habite un re^ de-chaussée assez obscur, tandis que Tautre occupe le pre-^ mier, où brillent Tor t la lumière. Mais si Tun est un industriel, un producteur louant au plus haut prix possible ses services au Commerce, la Banque d'émission reiire du service identique qu'elle rend à son tour un salaire tout aussi légitime, tout aussi relié à la production générale que Tes^compteur. L'instrument est de trempe supérieure, voilà tout ; mais, ici comme là, c'est le Crédit qui opère et qui est enjeu.

À quoi répond, dès lors, dans le maniement de l'Escompte l'idée d'un monopole? S'il est vrai que la Concurrence est un levier puissant et nécessaire, pourquoi s'affranchir ici de cette loi? Qu'on en donne une bonne raison; car dire qu'une banque d'émission ne produit pas, à proprement parler, et qu'elle échappe ainsi à la loi générale des affaires, ce n'eàt absolument rien dire.

Autre magnifique adage avec soin recueilli, mis en relief par l'honorable auteur de la Question des banques. C'est toujours Rossi qui parle :

« Une banque, bien qu'elle n'ait point de rivales, n'a au-^ cun intérêt à refuser, contre de bonnes valeurs, l'émission d'un morceau de papier qui lui coûte 4 ou 5 décimes et lui rapporte 3 ou 4 pour 100 au moins. »

Mais si ce groupe d'exploitants que l'on sait et qui dispose d'un riche privilège n'a aucun intérêt, comme on le prétend, à refuser ses services, — thèse qui veut être de près exami* née, — qui donc croira qu'ici comme partout on n'incliné pas à y mettre, dans l'occasion, un prix. excessif? Car t'est

sur cette pente fatale que glisse tout monopole, outre que la question doit être ramenée à ses véritables termes. Voilà donc une grande compagnie qui reste juge dans sa propre cause, suivant que cela a été observé et qui n'a rien à craindre des forces rivales. Armée d'un pouvoir exceptionnel sans bornes, elle peut aller jusqu'à Textrême limite de la cherté, à certaines heures, et elle n'userait point de cette latitude? Mais c'est là une fondation d'essence supérieure, sinon même divine, à ce compte, et les statuts sont de trop. — Est-ce là ce qu'a voulu dire Rossi ; car c'est jusque là qu'il faut s'avancer dans l'Industrie, lorsqu'on prétend décliner l'action de ce frein salutaire qu'on appelle la Concurrence, et qui n'est partout indistinctement que le juste départ du profit et de la peine.'

Ainsi, il existe en France une institution privée qui ne relève que d'elle-même, reste sans rivale et ne compte ni avec le droit commun ni avec l'intérêt particulier. Ce monopole transporte et fait circuler au prix qui lui convient ces colis d'espèce particulière qu'on nomme les engagements du Commerce, et qu'un heureux artifice transforme, sous la main de la Banque, en numéraire après avoir été jusque là de simples obligations à terme. Cela se fait, de par un pouvoir quasi royal, suprême, sans rival et sans contrôle. — Que parlez -vous, ici, de gouverneur comme garde-frein en titre ? Qu'estce qu'un tel pouvoir, d'où vient-il, en quoi les limites du taux de l'intérêt, le choix, l'exclusion de tel ou tel papier peuvent-ils le regarder ? Son rôle est de veiller à ce que la Banque respecte ses statuts, c'est-à-dire qu'elle rende fidèlement ses comptes, tienne régulièrement ses livres, de même que ses assemblées, et qu'elle ne prévarique pas, soiten faisant toute autre chose que l'Escompte, soit en abusant de l'Émission qui pourrait être faite à découvert. Moyennant qu'on observe ces parties diverses du programme, le gouverneur n'a pas plus d'autorité sur la fixation du taux de l'Escompte on !• choix du Papier que le dernier des actionnaires. --*-

Demandez plutôt à ceux qui, conGants dans de rares apti^ tudes, ont cru de bonne foi pouvoir là quelque chose et qui ont eu hâte d'aller porter ailleurs leur influence avec leurs conseils. Le contrôle est donc nul au point de vue des garanties que réclamerait Tin térét privé; ce dernier manque de protection suffisante, efficace et Te seul gouverneur à craindre, l'unique frein, c'est là, ici comme partout, la Concurrence»

l'aiguillon de la concurrence

Le jour oti la Banque de Bordeaux s'occupait de faire renouveler son privilège, — c'était aux environs de 1846, — un grand nombre de commerçants notables de cette place traduisaient leur mécontentement, à l'endroit du Monopole près d'expirer, par l'offre de constituer une nouvelle compagnie. Ils espéraient que cela répondrait mieux aux justes exigences du trafic local. La fixité de l'escompte à 5 pour 100, pendant une trop longue période, figurait notamment en tête des griefs articulés contre la Banque arrivée ici à fin de bail. La querelle s'échauffant, les plaintes grossissant, les écrits se croisant en tout sens dans le public, l'effroi gagne bientôt le Monopole tout branlant, si bien qu'à la veille du jour oti devaient se discuter, à la tribune de la Chambre, les droits de la compagnie à une prochaine prorogation, la Banque de Bordeaux avait cru prudent de se départir de l'antique et immuable fixité du taux de l'escompte. On put lavoir, enfin, dans la crainte de fournir des armes à ceux qui voulaient la supplanter, abaisser de 5 à 4 pour 100 le taux de l'escompte resté jusque là invariable et ferme sur le roc de l'insouciance ou de l'âpreté mercantile. — Écoutons comment parle, à ce propos, l'intérêt général du commerce.

« Il fallait notre concurrence et les lois que nous nous

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