‹ Les circulations en banque: ou, L'impasse du monopole, émission et changeChapitre 23 sur 40 · LA MONNAIE DE BANQUE COSMOPOLITE · texte numérisé non relu

LA MONNAIE DE BANQUE COSMOPOLITE

« Toatf marohaBdîM est m o maie •( réciproquement toute momuUe êSt marclumdise. • Tuasor.

Dans cent ans?... Qu'est-ce à dire, et pourquoi devant nos yeux ce bail à long terme avec l'infirmité de la monnaie fiduciaire?... Est-ce que le railway, la télégraphie électrique, ne suppriment pas incessamment la distance, font que tous

se touchent, et que l'Europe, en attendant de posséder, malgré la différence des dialectes, une commune langue, doit Vélancer, en peu de temps, de Vunité de mesure au virement puissant et sans fin, universel?... Qu'est-ce, en effet, que l'Émission du papier pris pour espèces, sinon 1§ transfert, de celui-ci à celui-là, d'une créance sur ce commun caissier et débiteur, qui s'appelle la Banque?... ]En quoi sera-til plus difficile de franchir la frontière, que de virer de banque à banque, d'un département à l'autre?.. Est-ce que le Billet de la Banque de France ne yàut pas, écû pour écu, la Bank-note anglaise?.. Est-ce que la Banque nationale de Belgique n*émet pas, avec ses vingt et quelques comptoirs, d'aussi bon Papier que les banques d'Angleterre ou de France?.. Est-ce que la Banque royale de Prusse leur est ici inférieure?.. Vpilà ainsi quatre jgrands marchés, dont deux font journellement la loi à tout le Continent qui, se mettant d'accord, rendraient presqu' inutiles ces ridicules et coûteuses promenades de métaux précieux dont l'éparpillement, à un moment donné, fait peser sur le Commerce de si lourdes charges. La Bank-note, le Billet de banque français, avec ou sans la pluralité des banques, ne constituentils pas, à tout prendre, la meilleure des lettres de change? Croit-on que le papier des Jlothschild, des Baring, des Bischoffsheim les vaille?

Allons donci — C'est une plaisanterie de le dire en plein dix-neuvième siècle, et une grande naïveté de le croire. La diversité des monnaies, laquelle est bien près de disparaître sous l'action du railway poussant au triomphe du système n^étrique, ne serait nullement ici un obstacle. Qui donc empêche la Banque de France de débiter celle de Londres d'autant de fois 125 francs qu'elle aura en portefeuille de bank-notes, de toutes coupures, pendant que sur les livres du riche hôtel de Threadneedle Street on débitera la Banque d'autant de 100 francs qu'il aura été remis de son propre papier à celle d'Angleterre? On solderait tous les huit

OU quinze jours ce compte, suivant que le font les banques d'Ecosse, et tout serait dit. Puis Ton recommence, ayant ainsi évité, d'un pays à l'autre, tous les frais, tous les em- ' barras du Change,

— Et la conversion, qu'en faites-vous, va-t-on dire eu face du Papier indigène ainsi doublé d'émission exotique 7

— La conversion? Diable I mais j'y pense, maître. Voyezvous point ce verre placé tout près de vous? Eh bien, sage Œnobarbus, versez dedans un peu d'eau de Seine ou de l'eau de la Tamise, ce sera tout un, vu qu'il ne saurait contenir plug de l'une que de l'autre. Mon Dieu 1 tout marché est un verre; que ce verre s'emplisse de tel ou tel liquide, dès qu'il est plein, ce que l'on verse en plus déborde. Ainsi de tout trafic. Le marché de Londres, donc, déversera, dans cette caisse de la Cité oîi la bank-note va se faire rembourser, toute Témission de France ou d'Angleterre qu'il contient en excès ; et la Banque, surveillant ce double courant comme elle eût fait auparavant du monnayage fiduciaire indigène, — car c'est le marché qui va rejetant l'Émission en excès, d'où qu'elle vienne', ne perdez* pas de vue le verre, de grâce; — la susdite Banque se dégagera avec celles de Bruxelles, de Berlin, de Turin, de cet excédant si elle n'aime mieux ba« lancer et solder par appoint son compte de billets, avec la Banque de France, sa débitrice. Celle-ci faisant de même à l'occasion, où serait dès lors la difficulté 7 Cher et docte Œnobarbus, en vérité, je ne saurais voir là comme ailleurs qu'un, deux, trois ou quatre verres de capacité différente, sans doute, mais n'ayant pas plus de fêlure» l'un que l'autre, — car tout est ici affaire de capacité et de bonne consistance, — et faisant ensemble comme séparément, outre que c'est à meilleur compte, ce qui se peut faire.

Et donc, pourquoi noa?

Il y a mieux : comme le mécanisme simplifié du Change rendra infiniment plus rares les transports, les déplacements de numéraire métallique, les banques reliées ensemble et virant sans cesse à vue de Papier deviendront, en réalité, ce qu'elles devraient être, je veux dire de puissants entrepôts de métaux précieux ; d'où la conversion plus facile et partant plus rare. Rien ne dispose^ en effet, favorablement le porteur de ces billets, faisant partout office d'espèces, comme de voir, d'une part, qu'il ne risque rien, de l'autre qu'il peut REMETTRE au loin, à meilleur marché, de façon à éteindre, par le simple envoi d'une Monnaie de papier, le montant de sa dette. — Sécurité, besoins mieux satisfaits, en voilà plus qu'il n'en faut pour triompher d'une foule de répugnances. — Eh bien I Là, public mon ami, toi que l'on dit et qu'on assure, non sans raison, avoir plus d'esprit que les mieux pourvus en cette denrée, serais-tu donc ici en contre-bas des gens habiles qui ont conquis la fortune en suivant une voie bien autrement hérissée de difficultés?

Je ne puis le croire.

Quoi de plus rationnel et de plus juste, quoi de plus simple dans l'exécution ? Que les banques de Londres et de Paris 9e mettent d'accord, et voilà le Change, sur ces deux premiers marchés du monde, qui reçoit une si profonde entaille que, ce qui reste, Bruxelles, Turin, Berlin, Francfort venant forcément à la suite, ne tient plus beaucoup de place. Le billet de Banque devient ainsi pour la vieille Europe la lettre de change universelle. — Que de crises dites monétaireSf que de hausses d'escompte conjurées dans ce système des marchés plus que jamais en équilibre. N'est-ce pas là quelque chose d'une bien autre portée que C Unité de monnaie dont on fait tant de bruit I

Et pourtant quelle apparence que ce qui est à la fois pratique et opportun passe avant bien longtemps dans les faits I

La raison, la justice sont d'accord, direz-yous, outre que rien n'est plus simple. — Oh I que ma confiance en Tavenir serait autre s'il s'agissait de quelque bonne grosse injustice faisant le compte d'un petit nombre ! — Voyez-vous déjà l'intérêt particulier usant de la caisse et de la trompette pour faire aboutir la chose ? M. Pierre ou M. Paul, c'est quelqu'un cela, tandis que l'intérêt de tous ce n'est trop souvent, comme nous l'ont appris nos maîtres les Romains, que la chose de personne : res nullius. Le lot mauditi aussi comme ce Pauvre intérêt public stationne longtemps aux abords du palais de la réforme I Exemples : quoi de meilleur que l'uniformité et l'abaissement du tarif postal? Et pourtant le pennypost débutait par amener la publique disgrâce du fonctionnaire auquel la Grande-Bretagne est redevable de cette idée. Cela fait, il mettra vingt ans, je parle toujours du penny«post, pour passer le détroit et nous arriver sur trois jambes I

Et le libre trafic, — free-trade, — quelle longue et rude étape n'a-t-il pas fournie avant de l'emporter sur l'Intérêt Privé chez deux nations qui se regardent, non sans raison^ comme placées à la tête de la grande famille européene. Est-ce que bien avant la ligue anglaise ces vérités n'étaient pas quelque peu comprises? Reculons de deux siècles, public, mon bon ami ; ouvrons, feuilletons ensemble ce beau livre qui s'appelle TélémaquCy l'une des meilleures choses d'un autre âge. Non, non, ni Cobden, ni Bastiat, Turgot luimême dans toute sa gloire n'ont parlé en plus beaux termes delà Liberté du commerce que ne faisait plus d'un siècle et demi avant eux l'admirable précepteur du duc de Bourgogne. Tournons-nous du côté de l'heureuse et riche Salente ; Vois toi-même et incline-toi :

<( La liberté du commerce était entière : bien loin de le gêner par des impôts, on promettait une récompense à tous les marchands qui pourraient attirer à Salente le commerce de quelque nouvelle nation. Aussi les peuples y accoururent bientôt de toutes parts. Le commerce de cette ville était sem-

fiable au flux et reflux de la mer. Les trésors y entraient comme les flots viennent Tun sur l'autre. Tout y était APPORTÉ ET EN SORTAIT LIRREMENT. Tout ce qui entrait était utile ; tout ce qui sortait laissait en sortant cC autres richesses à sa place^ »

Eh bien I que t'en semble? La théorie du libre échange fut-elle jamais aiieux formulée? Conçoit-on que la Balance du commerce ait pu vivre depuis d'une vie plus que séculaire, à ce point qu'on y est encore de nos jours ramené à propos de la sortie des métaux précieux? Est-ce que J,-B,Say Ajamais mieux dit?

Voilà ce qui s'imprimait au temps de Colbert, du grand Colbert, pomme dit l'histoire ; mais le lâche persécuteur de Fouquet, au lieu de méditer cela à ses heures, j'entends dans Jes courte moments que lui laissait son maître pour veiller sur les précieuses santés de M. du Maine et de M"® de Blois, ces nobles adultérais du grand roi, Colbert avait plus tôt fait desejeter enplein système protecteur et de mettre ainsi la France, pour près de deux siècles, au plus sot régime. Oo connaît cet arbre qui nous vient des tropiques et qui infeste de ses nombreux rejet» le sol qu'il a une fois touché. La sottise fait de même : elle provigne. Je ne parle que pour mémoire de l'Échelle mobile, des monopoles de la Boucherie et de la Boulangerie, ces fruits d'un seul et même arbre. — Cela a duré longtemps, trop longtemps même, le faux étant ici doublé d'injustice, sorte de doublure qui fait que le vêtement dure et se conserve.

l)onc,,pour la Monnaie fiduciaire cosmopolite, ou peut assurer que c'est partie remise à cinquante ou soixante ans, sinon même davantage. Plus la chose est simple, outre qu'elle serait d'un bon effet, jnoins il faut compter qu'elle entrera sans peine dans la pratique universelle. Qu'on voie la longue résistance qu'opposent à l'invasion du mètre les

Iles britanDi6[ae8, d'où nou$ yiennent pourtant de si drmtes pensées avec les meilleurs enseignements. Quel terrain mieux préparé, et, d'autre part, quoi de mieux conçu, de plus commode que le système métrique? Est-ce que cela ne semble pas merveilleusement approprié au çénie d'un peuple qui se laissa guider par Newton, James Walt, Robert Peel? Aucun intérêt ne venant à la traverse, comprend-on que la réforme des poids et mesures fasse là antichambre pendant près d'un siècle. Tout semble disposé au mieux, depuis quinze ou vingt ans surtout, et pourtant rien ne bouge, rien ne se fait I

Le railway, par lequel aujourd'hui plus que jamais se touchent, s'entendent, se concertent et se règlent l'un sur Tautre des peuples que la différence des langages a seule séparés ; le railway, aidé de l'électricité, est un puissant unificateur sans doute. Mais quand l'Unité de monnaie procède, en Europe, avec cette lenteur, comment se flatter qu'un facile et prochain concert viendra se faire à l'endroit des émissions de banque? Voyez-vous point, d'ici, se dresser du haut de ses six pieds l'Intérêt de quelques riches monopoleurs appelant à leur aide la Raison d'État^ je veux dire toutes les pauvretés, toutes les défiances, toutes les étroitesses de la Politique. — ^Le moyen, en effet, que la guerre ait, non-seulement ses franches coudées, mais qu'elle se puisse en tre^ prendre quand le Crédit, frappé à cette comtoune empreinte, n'aura partout qu'une âme ? — La belle difficulté, va-t-on me dire ; l'Europe sera quitte pour neutraliser les voies et les piîissants appareils de la Monnaie fiduciaire, de même qu'on est en train de neutraliser le railway. — D'abord, en ce qui touche le Railway, ce n'est point chose faite, pas plus que tous ne sont d'accord sur la question des Neutres et de la Liberté des mers. Or, tout cela doit avoir l'avance sur le reste, quelque soit l'avantage du virement de banque à banque d'un pays à l'autre.

La Politique est donc, avec le Monopole d'émission, Tin-

surmontable obstacle. L'un s'appuie à Tautre, suivant Tbabitude. Pour montrer, au surplus, combien les banques armées de ce privilège sont peu disposées à entrer dans cette voie, deux faits vont suffire. Le premier nous est fourni par la Belgique, Fautre par l'Allemagne, ou mieux la Bavière.

On sait comment, après avoir proclamé avec Turgot que a toute monnaie est marchandise, » et réciproquement (1), le gouvernement belge voulut un jour empêcher d'entrer FOr etTArgent de France. — Une grande pensée, vraiment; si grande, que pour un tel petit pays, la chaussure sembla démesurément longue. Si les financiers émérites qui s'étaient mis entête cette idée n'obtinrent pas le succès sur lequel ils comptaient, cela tint surtout au mauvais accueil quele Belge narquois, — la Bourse en tête, avec son refus de coter l'or de France en contre-bas, — fit à ce mirifique plan. Quant à la Banque nationale, elle avait déjà depuis longtemps pris l'avance par son exclusivisme à l'endroit de la Monnaie de papier du dehors. C'est ainsi que tous les efforts du Commissaire placé près de la Banque tendront à faire bénéficier la monnaie de cuivre nationale de l'exclusion qui arrête à la frontière a les billets de banque étrangers. » C'est la remarque faite par ledit commissaire, M. Kreglinger. Il est vrai que la Banque de France en usera de même avec l'Émission belge. Ah ! comme cela fait voir dans chaque pays le véritable état des choses 1 Rien n'empêchera, d'ailleurs, le commerce de ces peuples qui se louchent et qui ont à eux deux autant d'esprit qu'on en peut entreposer à la Banque, de prendre à l'occasion, de rechercher même cette Monnaie de papier comme la meilleure des remises sur la Belgique ou sur la France. Il y a toujours quelque part, çà et là, un grain de

(I) Ces paroles sont, ainsi qne l'épigraphe mise en tète de ce chapitre, empruntées aux documents parlementaires publiés en 1859 par le Ministre des finances. La maxime de Turgot s'étale en tète d'une note fournie par la direction de VAmoriUsement,^ Et ces hommes concluaient & la monnaie noKcmal», c'esl< ^-dire exclusive t. ..

bon sens que ceux qui sont trop affairés ne peuvent apercevoir.

J'insiste sur ces derniers mots, et je répète, comme à une autre époque, qu'il n'existe pas de meilleure et plus sAre remise d'un pays à l'autre, dès qu'il s'agit d'un envoi d'espèces. Il est, en effet, devenu constant pour chacun aujourd'hui que des institutions comme les Banques d'Angleterre et de France, de Bruxelles même, ne sauraient faillir à leurs engagements. Cela est tout aussi impossible, dans Tordre du crédit moderne, qu'il est devenu certain, au point de vue du Crédit public, 'que l'Échiquier ou le Trésor français ne sauraient faire banqueroute. Aussi est-ce un genre d'emploi de tout repos, outre que le revenu est assuré. Ou en peut dire autant, pour certains États^ de la dette des banques envers le public (1), Comme nul n'ignore que la faillite d'une banque, telles que celles de France ou d'Angleterre, serait l'effondré* ment même du Crédit, et par suite de la richesse nationale dans une mesure dont l'esprit s'effraye à juste titre, cette seule pensée fait qu'une nation, qu'elle le veuille ou non, est à son insu solidaire de la puissance et de la parfaite solidité de ces grands établissements. Leur cause devient, à l'oc* casion, sa propre cause, suivant que cela s'est vu à diverses époques ; d'où la plus complète sécurité à tous les points de vue pour le porteur de ce Papier.

n ne s'agit donc plus ici que d'un échange de confiance entre deux ou plusieurs établissements qui se valent, au point de vue des garanties et de la foi publique, chacun dans son orbite. Rien ne devrait, dès lors, s'opposer à ce que

(1) M. Villanmé, dans son remarquable houyeau tbaité d'égonomib politique, dit justement que si, de 1797 jusqu'à la reprise des payements en espèces, les billets de la banque d'Angleterre perdaient au change, c'est « qu'ils avaient à satisfaire aux demandes excessives du gouvernement, ce qui dérangea forcément le rapport qu'ils devaient conserver avec les effets de commerce. » C'est une distinction sur laquelle on ne s'est pas suffisamment arrêté et qui. partan duChange, explique celte notable dépréciation.

leur Papier alUt^ comme la BIcmiiaid de b(Hi aloi^ d'un pays dans Tautre, et qu'il franchit la frontière ainsi que la nseilleure des lettres de change payable à présentation. Le risque s^ait Dul^ tous y gagneraient, les banques elles-mêmes qui, par l'efiEacemœt du Change, verraient disparaître une dépense et des embarras se traduisant en un moindre chiffre d'afiiodres.

D'oà -nmA qae cola est â peu compris par TEmission, en France de même qu'en Belgique, alors qu'outre les monnaies adéquates, la langue est la même? Cela tient uniquement, on Ta fait voir, à ce que le Monopole, ici comme là, est dominé par MU Intérêt^ — le Change, — que T isolement de certains grands marchés fait vivre. Il se passe aujourd'hui, 'en Europe, sur ce terrain des marchés en contacty exactement ce que l'ancienne féodalité a su longtemps maintenir dans un même pays, d'une province à l'autre, au regard des taxes, des routes et des rivière. Il n'y avait qu'un seul et même peuple, avec son commerce^ son industrie, son égal besoin de justice et de protection, de liberté d'aller^ de venir, de vendre et d'acheter. Or, l'esprit féodal avait réussi à fractionner cela en cent façons et en vingt peuples, ce qui l'aida à lever une foule de taxes,, de péages dont il vivait et qui abaissaient d'autant le niveau général de la richesse et de l'aisance. De même, si tous se touchent en Europe, on maintient des barrières sous couleur de Change, de Monnaie, qui font que Ton ne peut trafiquer ensemble sans bourse délier, — outre une plus grande gêne à l'intérieur. La solidarité est un fait patent, avéré, mais on dirait d'une serrure à combinaisons dont quelques hommes gardent la clef avec le secret. Leur habileté consiste à traiter ces marchés qui se touchent et qui tendent à se mettre en équilibre, absolument comme si rien de semblable n'existait. Le Monopole de l'Émission favorise partout ce calcul. De là, de générales répugnances à recevoir, Papier contre Papier, monnaie fidu-

— 2Û7 — cicUre contre monnaie fiduciaire j des assign que qui seyaient (1).

Là est la raison, Tunique raison de ce pu ostracisme à l'endroit de l'Émission exotique,

J'ai parlé de la Bavière. Sa Banque n'agît du Papier de l'Allemagne entière autremei ensemble, l'une vis-à-vis de l'autre, les émiss de Bruxelles. Lorsqu*en 1857 on eut l'idée, s^entendre là-dessus, on arrêta des bases c rien moins qu*à doter la Confédération gc système calqué sur celui des banques Suffol s'était arrêté le Congrès réuni à cette occasioi

l^'LTÉmissîon aurait été partout basée uni un fonds d'espèces égal au tiers de la circula restant garanti par le Portefeuille ;

2o Cette émission ne devait pas dépasser le tal versé par chaque banque ; et le porteur investi, à cet égard, d'un privilège ;

(1) Les homme» dont le sens pralkpie devrait servir de gi parfois à de singuliers aveux.' On lit dans le livre que vient bry, ancien membre de l'Assemblée législative, et à qui les sont très familières, ce qui suit :

« Cest par le Change, et par le Change seulement que les pevples font la douloureuse expérience des situations fl libre. »

11 ajoute un peu plus loin :

« Lorsque la valeur marchande et variable de l'or-m dessus de la valeur officielle et llxe de l'or-monnaîe, la si càaqiie pays est immédiatement raréfiée par V action des portent ror du pays où on Tobtient à bon marché par la m où on le vend plus cher en lingots. »

Mais puisqu'il en est ainsi, pourquoi Fauteur de ces U^ franchement la thèse du Change, de façon à rétablir l'équi ment : !<> Du Papier étranger suppléant, comme à Bruxe Vor-métal ; 2» par l'Emission cosmopolite ou échange de banque ? Pourquoi un banquier émérite ne porte- 1- il pa — une grande personnalité de Haute banque en train de te question sur son véritable terrain ? — Mais pourquoi immobUe sur ses œufs jusqu'au jour de Téclosion n'estbriser à coups de bec la coquille el de se débarrasser ainsi (

MM. d'Eichtal el Maurice Au bry sont gens d'esprit; ils i toucher à Tincubation du Change. — Et cependant c'est pa (|ue peuples et goiuvemements s'aperçoivent du manque

outrent ! » V. VAppenOicB pour plus de détails.

3"» On stipulait la séparation formelle de FEncaisse et des Dépôts, en assimilant ceux-ci à TÉmission, suivant que cela doit être;

4<* Les banques comptaient ensemble chaque mois; elles acceptaient, par le seul fait de l'adhésion, leurs billets respectifs en payement;

5"" Deux banques désignées avaient mission spéciale de contrôler chaque année, par Tentremise de leurs directeurs, la marche des banques ainsi reliées ensemble ; le gouvernement, dans chaque ressort, exerçait d'ailleurs, en outre, son contrôle supérieur;

6"" Un Comité chargé de se mettre en relation avec les Etats de la Confédération avait été choisi à cet effet. Une commission spéciale, enfin, dut obtenir l'adhésion de toutes les banques privées d'Allemagne, auxquelles un mémoire devait être adressé dans ce but.

C'est cet instant que choisit la Bavière pour exclure ce qu'elle appelle le Papier-monnaie étranger (1). Si quelque chose est maintenant prouvé, c'est qu'une organisation semblable répondait aux vues les plus droites dans le moment présent. Qui donc ignore que le seul Etat de l'Union dans lequel la crise américaine n'avait point sévi était celui-là même où les banques, par le système Suffolk, se trouvaient fermement solidarisées (2)?

L'évidence de la raison est donc ici d'accord avec les faits pour montrer quelle est la voie à suivre, mais quels seront en même temps les obstacles.

Allons I allons I à cent ans vous dis-je.

(!) On écrivait de Francfort Je 26 janvier itôT :

« L'ordonnance qui vient de prohiber, en Bavière, la circulation du peipiet" monnaie des banques étrangères sera applicable aussi aux billets de la Banque de Francfort qui, dans ces derniers temps, avaient commencé à se répcmàre en Bavière. »

Le danger est, en effet, fort grand I

(i) Ce fait est attesté par un grand nombre de correspondances de cette époque. Voir, notamment à la date du 7 novembre, le journal financier VObservcUeur.

L'on a eependanl sur quelques points, en linct très vif des services que rendrait ce noi compensations et des virements d'un marché récemment, à Londres, ne s'est-il pas formé responsabilité limitée, au capital de 100 mill l^he European Bank, avec succursales à Ai terdam et Marseille, qui opère et doit fond du Change? Les profits réalisés au bout de montraient assez combien le terrain est bie qu'est-ce que cela sans le levier puissant de Tl un Comptoir national qui s'ajoute à d'autres c'est une nouvelle maison de Haute Banqi cpncurrence aux Samuel Bernard du jour. Ci au plus ce que Ton sait fort bien, que le filoi des plus riches; mais cela ne fera pas bais pour cent le taux de l'escompte officiel à Le ces deux marchés régulateurs affectés en sen:

En Suisse, Berne vit se fonder, en 1863, Banque fédérale^ au capital de 60 millions, qui faisait plus tard entrer dans son programme réchange de ses billets contre ceux émis par ques cantonales, — lesquelles délivreront à v — mais l'extension de ce mécanisme aux pr de l'Europe. Je n'ai pas ouï dire toutefois qi France soit entrée dans ce concert. Cela se lent exemple ; mais où cela ne mènerait-il p( Change?

Absit I Q,omv[ï% dit ce bon docteur Pedro de Barataria.

(1) Cesl aux Banques de circulation que viendront MM. Pereire lorsque, s'occupant d'organiser le Crédit mi peu prés complètement. Aujourd'hui, M. Isaac Pereire écr celte tentative :

Tout se lie et s'enchaîne dans les opérations de crédit; réaliser ces projets sur une grande échelle avant la réor ques de Circulation. »

Qu'en pensent ceux qui font» la courte échelle au Monopi bien haut la liberté du Travail ?

C'est bon pour la Suisse, un petit pays qui q'a produit que de petits financiers comme Necker, de petits émules de Yaucanson, comme Jacquet Droz; un pays qui n'étale sous nos yeux i\\jL\xx\^ petite industrie comme celle des tissus et des dentelles, sur laquelle TAlsace s'est réglée, et une horlogerie qui détrônait un jour celles d'Autun et de Londres pour prendre et garder dans le monde le premier rang I

POSTÉRIORA

UNE NICHÉE d'idées FAUSSES.

quelolies oiseaux auxquels il ne manque i d'avoir des ailes

<r Si Phutatorias est un ] il ne soit pas p^mis beareux que ceux qui vi

Les idées fausses sont comme les oiseau troupe, naissent et meurent dans le même on le dirait, couvées dans le même nid. Voyc nent, à cette heure même, les monopoles t FauU^. L'ignorance, comme le génie, a ses que. Quand l'un arrive, l'autre s'en va. Le braves gens songent à empêcher l'argent de

— dl2 —

une monnaie de papier bicéphale, je veux dire acéphale, car elle n'a ni tête ni queue. C'est ce qu'il appelait un jour billet' espèces et billet-payement^ mettant ainsi sans façon le billet inconvertible sur le même rang que celui qui est payable à vue. Pour noire homme, c'était tout un. Je suis d'avis, pour récompenser celui qui a chanté cette trouvaille, de mettre le quidam au régime des poulets de carton dont l'administration des théâtres fait généreusement la dépense et régale son monde sur la scène. Qu'en dit messer Gasterî Mais bast! idées vraies ou fausses, qu'importe. Le public, nouvelle Psyché, fera, s'il le veut, le triage de toutes ces graines; c'est son aiïaire. — Allons-nous-en dîner, fait notre homme, que la Science et la Conscience, comme dirait Yorick, ne troublent guère.

Lorsque ceux qui prennent le rôle de guides divaguent avec ce singulier sans-gêne, comment l'opinion ne seraitelle pas imprégnée des thèses les plus folles? Mettez à bord de quelque bon navire un mauvais équipage, et vous faites aussitôt courir mille risques "aux nombreux passagers qui se pressent à bord, sans nul moyen de connaître leur route. Si l'empirisme, avec ces spécifiques qui s'appellent, un jour, le Cours forcé, une autre fois, l'accroissement du Capital des banques de circulation, plus loin, l'Emission combinée avec le prêt à la Valeur mobilière, ailleurs, les Crises périodiques, sans parler d'autres thèses aussi bien digérées ; si ces scories de la Science compromettent et déprécient la fonte, il faut en accuser le chaufournier d'aventure qui dort quand il devrait veiller, et qui reçoit, au lieu de choisir, le minerai qu'on lui apporte. Qu'y faire? La plus jolie fille de Paris... — Juge donc, public, mon ami, ce que peuvent être les cadeaux d'une fille médiocrement belle ! — Mais voilà que Néantius se fâche. Ce serait bien plutôt à celui dont il fait si mal le service à se plaindre. Allons! mon bonj)etit Agaric, placé tout exprès aux avant- postes, paraît-il, pour délivrer des

passes à FignoraDce, mettre en fourrière toute boane pensée et puist'exclaoïer comme le faux berger de la fable :

« C'est moi^ qui suis Guillot, berger de ce troupeau, »

Calme-toi ; puis, comme dit Cervantes, c'est ton affaire, n'est-ce pas? Oh I si ce n'était par égard pour la Science, qui donc s'occuperait de celui qui ne fait qu'embarrasser la roule? Voyons à reprendre un peu les mailles que ces doigts, plus crochus que déliés, ont laissé échapper.

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