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LE COURS FORCE ET LE TAUX DE L'BSCOMPTE

Qu'est-ce que le Cours forcé ? nous est-il arrivé de dire le jour où Ton était en train de proroger pour trente ans le privilège de la Banque. A cette question, la réponse fut, commeelle serait encore, que cette mesure accuse les banques qui riuvoquent. De leur part, « c'estunaveud*inconséquence qui aboutit fatalement à Y impuissance. »

Qui ne voit, en efiet, que l'excessif relief donné à la Réserve ou espèces en banque, à l'exclusion du Portefeuille, est surtout ce qui fait naître, en de tels moments, des exigences qu'on expie en se couvrant plus tard du Cours forcé. Le vrai gage de l'Emission où est-il, sinon dans les faits et gestes de TEscompte? et pourtant tous les regards se fixent sur l'Encaisse. Donnez à l'opinion une direction meilleure, c'està-dire en rapport avec lessence des choses, faites-lui voir journellement que c'est la bonne constitution du Portefeuille qui est ici la maîtresse pièce, pendant que l'Encaisse n'est qu'un appoint qui se renouvelle, et non -seulement les porteurs de billets qui ont eu jusque-là pleine foi dans la gestion de ce Portefeuille, continueront de se montrer confiants, mais

ridée fort, nette qu'on se fera de ce mécanisme, de ses réalisations successives, empêchera chacun de rêver un remboursement en masse qu'on sait ne pouvoir, ne devoir pas exiger.

Les choses arrivées à ce point dans l'opinion ^ il n'est nul besoin de Cours forcé, et la Banque se suffit alors à ellemême. — Si le contraire apparaît encore de nos jours, si le grand nombre se place à un autre point de vue, c'est que le gouvernement de l'Emission n'omet rien pour fausser, ici, le sens public et le conduire par des sentiers autres que ceux qu'il doit suivre. Finalement, l'opinion est là, comme ailleurs, ce qu'on la fait, et les aspirations qu'on y remarque, à l'endroit du Cours forcé, accusent simplement un défaut de lumières chez ceux qui font l'office de guides.

Ce point de vue signal^, comme pour montrer d'où partent certaines préoccupations constantes, je ne peux que renvoyer, en ce qui touche la radicale impuissance du Cours forcé, à l'exposé d'une autre époque. On y verra que le public fait, à certaines heures et sous l'empire de la nécessité, ce que, mieux édifié , chacun pourrait faire dèç l'abord (1). Mais où la thèse revient et prend, faut-il dire, un nouvel aspect, c'est à propos des exigences croissantes du taux de l'escompte.

En voyant la Banque de France défendre sa Réserve métallique par l'élévation du loyer de l'argent, et faire assaut de rigueurs avec la Banque d'Angleterre, quelques esprits doués, d'un sens pratique incontestable se sont dit : Pourquoi, au lieu d'imposer aux affaires ce surcroît de charges, pourquoi ne pas défendre, à l'occasion, par le Cours forcé, un approvisionnement d'espèces en train de s'épuiser?... Où serait l'inconvénient, quand la confiance est partout si grande

(1) Voir la Mormaiê Oê Bangue. pages 951 et sttiyantcs. — Paris. Guillaumin

et C«. 1857-1863.

dans le gouvernement de la Banque?... N'apubiique confiance, en 1848-49, remplir o caisses de cet établissement ; c'est à ce point chacun de prendre des espèces. Pourquoi :

en temps voulu, à un genre d'expédient qui OCi serait le mal? Le passé répond suffisami] Ceux qui raisonnent ainsi n'ont jamais chose bien simple, mais très grosse d'aspe est loisible d'adopter à titre d'EXPÉDiENT, ne rarement passer à l'état de Système. Un m deux ordres d'idées. Le Cours forcé, à peine un complet discrédit et de voir s'effondre l'Emission à tout jamais, ne saurait être qu C'est là ce qui fait sa force, ou mieux son in sur le fronton d'une banque de circulation fois qu'elle le jugera convenable, elle entei au Cours forcé . c'est-à-dire qu'elle pour volonté le remboursement exigible de ses '.

avez au bout de peu de temps une Monnaie tuellément affaiblie, dépréciée tant au dedai du Change. Cela étant, le billet cesse d'aller espèces ; en d'autres termes, on arrive ains base l'économie, et par suite le pouvoir mém

— Mais, réplique celui que l'épreuve fait nétré d'une vive foi dans le succès de sernl que signifie alors, en plein cours forcé, cp d'argent contre lequel luttait, se défendait reconnaît, la Banque de France? N'est-ce pas ce jour-là à la plus haute puissance?

— D'abord, maître Archibald, vous qui a^ de ne pas vous contenter de Va peu prés d permettez qu'on vous dise qu'il se fait ici, esprits, une confusion qu'un mot suffira à fa ment, en effet, comparer le brusque temp prime aux affaires et par suite à la publiqi

grand ébranlement politique, à ces crises qu'amène et qu'engendre journellement l'état de certains grands marchés? — Ici, il j a pléthore, en quelque sorte, tandis que là-bas tout se contracte et se resserre; l'un est la démission en grand du Travail, l'effondrement, loin qu'on le puisse renouveler et alimenter, du Portefeuille de la Banque, tandis que plus loin ce portefeuille enfle démesurément, à ce point, qu'on lui inflige sans nulle efficacité, en cours d'escompte, les lois les plus dures. Nous sommes là, ou je me trompe, placés aux deux pôles. Aussi qu'arrivait-il en 1848, époque dont on parle? le Portefeuille tombant à zéro, pendant que le billet de 100 francs tentait de rétablir la confiance en la monnaie de banque, grandement ébranlée par le billet de 1,000 fr., comme il fallait que les espèces pussent s'entreposer quelque part, à moins d'être exportées, on dut choisir de préférence, comme lieu d'asile, l'institution dont les bilans, soigneusement publiés chaque huit jours, attestaient la gestion irréprochable. Suivant que cela a été dit ailleurs, la Raison s'en vint emplir les caisses qu'une générale défiance allait vidant, outre qu'il fallait bien que les espèces sans emploi pussent s'entreposer quelque part pour un temps.

Le Cours forcé, une fois le premiet moment passé, nonseulement n'a pas nui à cette puissante concentration de numéraire métallique^ mais il la rendra à tel point intense que l'Émission fait double emploi avec l'Encaisse, la première se moulant sur l'autre en quelque sorte. C'est ainsi que, du 26 février au 14 mars, la Réserve fléchit de 140 à 70 millions; le 15, elle tombe à 59 millions. Le Portefeuille, qui flottait mensuellement aux environs de 1 50 millions en janvier et mars, tombera d'autre part à 20 millions. Moins de neuf mois après, l'Encaisse était remonté à 280 millions, avec 122 millions à l'Émission. Or, à cette époque, le Portefeuille de la Banque et de ses succursales, au lieu d'être de 305 millions comme au mois de mars, était réduit de près de moitié, soit 165 millions I

A quoi pouvait répondre uo Encaisse avec une circulation plus que double? C'était du numéraire sans emploi, qui, provisoirement, venait s'accumuler. — Aujourd'hui, au contraire, il alimente & peine le double mouvement qui Teniralne et le retient tant au dedans qu'au dehors. Les situations, les causes qui agissent ici et là n'étant pas les mêmes, comment ce qui a pu passer, dans un autre temps, pour un ' remède aurait-il la même signification?... En bonne logique, c'est le contraire qui devrait de tout point arriver. Autant, en effet, la somnolenée des emplois en banque, c'est-à-dire le chômage de l'escompte, avait quelque chose de rassurant pour les espèces qni stationnaient alors simplement, autant Tactivité fébrile des affaires s'arrange difficilem^ent de l'état florissant de la Réserve que cela menace et entreprend.

Ainsi, Ton peut dire que le €ours forcé viderait, par une pente fatale, les caisses que, dans un temps de générale atonie, il a pu et il a dû contribuer à remplir. Cela est dans la nature de deux situations de tout point contraires. — Mais il y a mieux et davantage.

Comme, par l'intervention du Cours forcé, l'on ne répond pas aux exigences du Change, qui, dans ce système, loin qu'il soit supprimé, exerce une pression d'autant plus grande que plus que jamais tous les marchés se touchent et s'emparent de ce qui est à leur convenance, la Banque, dans ce système des crises intérieures, soulagée par le grossier artifice du Papier inconvertible, verrait bientôt se concentrer sur une Réserve desplus richesl'effortetles visées duChange. L'Emission, aidée du Cours forcé, ne serait guère autre chose qu'un moyen de soutirer, comme en physique, ce fluide ou mieux ce flot métallique déjà si péniblement accumulé. Cela serait ainsi. parce qu'il ne saurait en être autrement Qui croira que de grands marchés exportateurs d'espèces comme celui de Londres, comme Amsterdam, Hambourg et l'Allemagne placée à nos portes, contempleraient ici les succès du Cours

forcé sans en vouloir tirer parti ? Comment! la France aurait ce rare privilège de garder oisif un riche fonds d'espèces entassé quelque part à certaines heures, et les pays voisins renonceraient à s'approvisionner, dans le même temps, de ce qui leur manque, alors qu'ils n'ont qu'à étendre la main sur ce bienheureux nouveau placer ? Cela n'est pas sérieux. Si Ton paye ce qu'il vaut l'argent très demandé, à plus forte raison l'argent qui cesse d'être utile ici ou là est sûr de trouver acquéreur, là oii il manque, et peut ressortir à un bon prix. Le Cours forcé serait donc, simplement le nouveau chenal par lequel le trafic des métaux précieux transporterait là où ils sont nécessaires l'or avec l'argent, monnaie ou lingot. Ce n'est même pas seulement le besoin de s'acquitter envers l'étranger qui favoriserait en grand cette sortie d'espèces, mais on aurait plus que jamais recours, sur les divers marchés, au mécanisme des arbitrages. La raison de ceci est simple. Si le Cours forcé permettait en France de maintenir l'escompte à 3 ou 4 0/0, quand à Londres il il devrait ressortir à 8 ou 10, naturellement le trafic cambiste chercherait, par tous les moyens en son pouvoir, à placer làbas, à 5 et 6, ce qui lui coûterait chez nous moitié moins.

Ainsi, crises produites par le remous du Change ou l'excès d'activité intérieure, tout se résoudrait, dans ce système, en un drainage immense, sorte de duperie dont le dernier mot serait un Papier de moins en moins convertible, c'està-dire remboursable. — Que si l'on fait attention, enfin, qu'on passe depuis bientôt dix ans par une série d'embarras, de crises continues qui ne constituent qu'une crise à peine interrompue, on verra qu'une fois entré dans ce système, la porte se referme presque aussitôt, de façon à ce qu'on ne sache plus comment et par où sortir.

C'est là assurément un chemyi autre que celui parcouru eu 1848. C'est que le point de départ est autre. Il y aquinze ans, on marquait le pas, jusque-là que c'était dans les affaires

une immobilité presque complète, outre qti fort loin sinon partout à la même heure, ici le Change, où fussent allées les espèce s'employer mieux qu'en France? On restaii puisqu'il n'y avait nul avantage à plier sa te: ser plus loin. Aujourd'hui, c'est toute autre ( que le Cours forcé aurait de toutes autres l'endroit du Change particulièrement. Il me corps de pompiers chercher à combattre u de l'alcool ou des huiles essentielles en plac<

Je regarde, croyez-le bien, maître Archiba

naissez jusqu'où va le respect de ma p

ici surtout de la chose de tout le monde, y

infiniment plus sûr et plus pratique de poi

tion du Change par l'Emission puissante e

que d'en favoriser ainsi l'expansion. Les An

grandes guerres, ont pu voir ce que leur ava

du Cours forcé, devenu, de simple expédier

Dans la première période, le billet de banqt

des années au pair de l'Espèce. Plus tar

devint un système, l'écart se fit de plus i

C'étaient moins les besoins du Trésor britan

vous bien, quoiqu'on ait prétendu, que la p

régime, — lequel donna au Change une in

qui discrédita notablement un jour la Me

affinée aux bords de la Tamise. Or, outre

subissait, à raison de cette monnaie intér

son principe, de constantes pertes parle Ch

les particuliers perdaient chaque jour par 1

Papier. La Monnaie tend toujours à se mettre

elle-même ; on n'en décline pas l'action i

reuses. Pour que le Cours forcé eût une au^

• drait un complet accord entre les princip

c'est là surtout affaire de convention gonéi

n'en peut être ainsi, le Cours forcé n'est jamais et ne peut être qa*un assez court et pauvre expédient. Plus il dure, plus la nation, fatalement parquée à Técart de tout le reste, devient tributaire du dehors, c'est-à-dire du Change, de réiévation des prix par suite, en vertu de ses inévitables et constantes relations avec le dehors.

Ainsi, dans ce système Ton tourne le dos à la difficulté, outre qu'elle s'accrott.

DE l'accroissement ET DE LA DISPONIBILITÉ DU CAPITAL DES BANQUES

Je serai très court sur ce point, vu qu'il est inutile de se répéter. Qu'il me soit d'ailleurs permis de renvoyer celui qui aurait conservé à cet égard quelques doutes à ce que dit, en 1857, sur le Capital des banques, l'auteur qui comparait alors le doublement de ce capital à l'épaisseur exagérée d'un mur dansle bfttiment. Certes tout cela doit être daos quelque rapport naturel et nécessaire au point de vue de la solidité des constructions; mais ce rapport excédé pour un motif ou pour un autre, par exemple sous prétexte que, au lieu de cent personnes qui entrent et qui sortent, il y en a mille, ou qu'on donne une représentation scénique par jour au lieu de trois ou quatre par semaine, ce rapport, dis-je, notablement dépassé, on grève l'affaire par la dépense d'une force inutile, ce qui est toujours un mal. Il ne saurait y avoir, en mécanique, pas plus qu'en banque, de force perdue. Remarquez, d'ailleurs, qu'ici le fonds agissant, le fonds d'opération, ce n'est pas le Capital, mais quelque chose de bien autrement puissant et élastique : on devine que je veux parler de TÉmission. C'est elle qui, faisant face au Portefeuille, est là vraiment le capital actif, à la différence de ce qui a lieu par-

— 22^ tout où 1*011 ne peut pas disposer d'un semblable levier ou artifice (1),

N'allons donc pas confondre ce qui se distingue l'un de l'autre, comme le mur de soutènement se distingue des chevaux tenus disponibles dans l'écurie pour le transport des voyageurs et de la marchandise. — Là est le fonds actif, sans cesse opérant, tandis que les murailles ne sont qu'une force immobile et au repos.

— Mais, objecte- t-on, dans les affaires, cela ne se passe nulle part ainsi ; le Capital opère au besoin; il est activement mêlé au roulis de l'entreprise même. — D'abord, maître, vous déplacez la question.Ce que j'examine, c'est simplement ceci : faut-il ajouter au Capital d'une banque d'Émission en raison croissante du chiffre croissant de ses affaires? Eh bien I je dis non, et je me fonde sur le rôle purement passif ou de simple garantie que peut jouer ici le Capital. C'est si bien cela, qu'en Angleterre, dans les Joint-stock-banks, de même que pour le Crédit foncier de France, une portion de ce capital n'est jamais versée, mais simplement versable, si Ton peut ainsi parler. Vous prétendez que c'est un mat; moi, je dis simplement que c'est un fait, et j'ajoute que ce fait est dans la logique des choses. — Là-dessus, sommesnous, oui ou non, d'accord?

Si c'est OUI, inutile d'aller plus loin. Que si c'est non, je ne vois pas vraiment sur quoi vous vous fondez pour nier que le Capital des banques, lorsqu'il peut être aisément suppléé par une chose qui ne coûte rien^ doive rester à l'état PASSIF de modeste et simple appoint.

Remarquez d'ailleurs que l'un implique l'autre : ce Capital de 'garantie est modeste et restreint au nécessaire, précisément parce qu'il est essentiellement passif, et, d'autre part, il est passif uniquement parce que la force qui agit et qui ne coûte rien étant placée ailleurs, il constitue un simple fonds de ga-

(1) V. La Monnaie de Banque, édition de 1857, pages 300 et suivantes pour plus de développements.

HANTIE. — Voulez- VOUS qu'on ne tienne nul compte de cela? C'est simplement absurde. Le jour, en effet, où il en serait autrement et où ce fonds, au lieu d'être immobilisé dans la Rente comme en Amérique, deviendrait agissant, naturellement il aurait et devrait avoir comme rémunération, au point de vue du risque, de bien autres exigences. Réduisez c^es qu'il peut montrer, dites qu*il abuse d'une situation donnée ; qu'étant au repos, il se fait payer pdr un tailx d'escompte excessif, comme s'il se faisait là une grande dépense ; mais quant à vouloir accroître son importance, le déplacer de là où il est pour le mêler aux affaires, c'est simplement vouloir ajouter au poids de la chaige qui retombera tout entière sur le Commerce, je veux dire sur le public.

Plus ce capital est constitué d'une fioiçon modeste, peu active et point gréveuse, plus le public en doit tirer avantage. — Réagissez contre les conséquences en s^ns contraire, mais gardez-vous de changer, pour la rendre on^euse et lourde, cette ûtuation dans son principe.

La faute qu'on a faite en 1857, c'est précisément d'opérer en sens contraire. Cette faute, on l'expie à cette heure, puisque le doublement inutile d'un fonds mort a grevé le service de Tescompte de Tentretien d'un double équipage. La Note du HAvre était pourtant là un guide sûr; mais, eo fait de notes^ celles qui s'imposent sont surtout les notes de frais. On en sait aujourd'hui quelque chose.

Non-seulement je regarde comme d'un déplorable ^et l'accroissement du Capital des banques d'Emission lorsqu'il représente un fonds respectable comme 100 millions^ suivant que c^ existait chez nous à une autre époque, mais je persiste à penser qu'on se fait illusion sur l'utilité d'un Capital tenu disponible en vue des crises. Dans l'état de relation intime et constante où sont aujourd'hui de grands nsarchés, suivant qu'il vient d'être observé pour le Cours forcé, toute force disponible sur un point s'écoulera fatalement ailleurs.

Les aliments sont ici à portée d'un estomac dont la capacité augmente avec les moyens de le satisfaire. Disponible ou non, le Capital de la Banque de France n'dterait rien à certains embarras qui ont plus haut leur point d'attache. La Banque ferait plus ou moins d'affaires, mais elle n'en serait pas moins fatalement acculée à l'impasse qui fait qu'elle ne répond point à son rôle. Là où tousse touchent, il est peu sage d'opérer et de se vouloir comporter comme si Ton était tout à foit seul (1).

C'est prendre le petit, le très petit côté de la réforme des banques, au point où nous en sommes avec le trafic qui ne connaît que peu ou point de frontières, que de se placer sur le terrain étroit et faux de l' AUGMENTÂTiON ou de la disponibilité du capital (2).

l'attelage impossible a PROiK>S DE L'ÉMlSfilON EN BANQUE

J'ai vu quelquefois labourer, en s'aidant du bœuf et du cheval attelés ensemble à la charrue ; il arrive même qu'on remplace, fiiute de mieux, le bœuf pesant par Tâne. C'est peu commode, outre que l'avantage est, sinon nul, médiocre. Mais je jure, maître Archibald, qu'il ne me souvient pas avoir

(1) J'ai lu avec une grande altenlion ce que M. ls;iac Pereire vient de publier à Tappui de la tljèse contraire. J'ai le regret de ne point partager les espérances que cet éminent flnander fonde sur la disponibilité du Capital des Banques (l'Émission. Cette vue séduit parce qu'elle est conforme à la pratique universelle. On ne songe pas que l'Emission est an artifice qui s'en éloigna complétementt et qui doit suppléer au besoin le Capital. Dans le système contraire, ce fonds cesse d'ètrè véritablement disponible. Que s'il est condamné à l'immobilité pour rester libre, c'est le Commerce qui sera aj>pelé à faire les frais de cette disponibilité aussi stérile que constante. Le taux de Tescomple ferait bientôt raison à. chacun.

(*) Si le moyen proposé par M. Maurice Aubry, avait un côté pratique, il pouirail être jusqu'à certain point d'un bon effet. Mais qu'est-ce qu'un frein qui ne fonctionne pas et ne saurait, à aucun point de vue, opérer? Un vain épouventatl.

VU le bœuf et le cerf retenus sous le même joug, tracer ensemble le môme sillon. Tel est le spectacle que voudraient donner ceux qui parlent fort sérieusement d'une banque de Chemins de fer se livrant à l'escompte du papier de marchandise, et battant monnaie sur tout cela à l'occasion.

Je trouve déjà la Banque de France bien hardie de vouloir marier la Valeur mobilière à la Marchandise par les prêts et avances sur nantissement, pendant qu'au guichet voisin elle fait l'escompte. Banque etBourse ne sauraient aller ici de compagnie, pas plus que chiens et lapereaux. Il faut laisser cela à la Banque de Bavière, qui y joint encore les prêts sur hypothèque. Je sais bien que ce n'est point l'avis de ce bon docteur Compostus, qui voudrait voir empilés l'un sur l'autre, blocs de sucre et œufs, farine et légumes, au risque de ne faire de tout qu'une bouillie. Il est de si facile accommodement à l'endroit de la méthode, notre docteur amphigourique. Mais, outre que le public français, qui veut partout voir clair, goûte médiocrement « cette façon d'aller », je confesse en ce point mes vives répugnances. — Escompte, Emission : fort bien. Tout cela n'est en somme que le crédit fait à la marchandise Emission et Change : Très bien encore, car s'il se cache là une assez forte dose de spéculation au regard du numéraire ou du capital mobilier, le pavillon du négoce couvre tout cela, et comme on dit un peu partout, le pavillon, c'est la marchandise. Quant à l'Emission faisant face tout ensemble au Papier marchand et à ce papier que la Bourse traite journellement comme elle ferait d'une pièce de caoutchouc, l'allongeant un jour à l'excès pour la raccourcir ensuite outre mesure, je n'y saurais voir que péril et folie, sans parler de l'originalité de la chose. L'Escompte a déjà fort à faire avec ceux qui spéculent en grand sur la marchandise, les cotons, par exemple, au lieu de s'en tenir au jeu simple et normal des consommations courantes, des services journaliers, de tout ce qui constitue, enfin, l'alimentation et l'entretien d'un pays. Se rendre solidaire de cet

écervelé qui monte, dégringole, remonte pour descendre de nouveau, et n'a rien de fixe qu'un appétit mai mesuré sur la capacité de l'estomac ; qui solde par la baisse, c'est-à-dire par la banqueroute journalière, ses comptes avec le public^ et qui solderait tout aussi bien la Banque d'Emission avec cette monnaie variable de poids et de titre, j'avoue que cette idée ne me sourit pas. J'ajoute même qu elle ne m'a jamais séduit. En veux-tu la preuve, honnête Archibald, toi qui es bien près d'abonder dans des conceptions ayant leur point d'attache on ne sait où? La voici clairement exposée, — non sans avoir rencontré un peu d'écho, — le jour où cette idée s'est produite pour la première fois. C'était en 1858. Bien des gens pensaient alors que si le marché de la Bourse donnait le plus navrant spectacle, et si le simoun de la baisse courbait jusqu'à terre les plus riches plants, cela tenait à la trop grande faiblesse du mécanisme. On songea, en conséquence, à créer une Banque des Chemins de fer, laquelle, outre le prêt à la Valeur mobilière, mettrait, par l'Escompte, le commerce et la marchandise de moitié dans l'affaire. C'était les vouloir commettre de moitié (1). Voici en quels termes celui

(1] Cette idée de TÉmission s'ajoutant à la Valeur mobilière a été reprise par M. Poujard'tiien en 1869 dans son livre sar les Chemins de fer et le Crédit en France. L'auteur a même le mérite, au point de vue pratique, d'en déterminer fort habilement le siège. Il n'y a, en effet, que le Crédit foncier, dont les afflnités avec l'industrie des Chemins de fer sont sensibles, qui peut opérer ici avec avantage. — On lui ferait souscrire des obligations à 400 fr., remboursables h SOO et productives d'intérêt à 3 pour 100, soit « fr. par an ; — l'intérêt est minime. En retour, il émettrait des billets payables â, vue et au porteur, dont le remboursement serait alimenté par un encaisse qu'approvisionnerait en grand la caisse des Chemins de fer. L'Emission aurait, d'ailleurs, pour limite, —quoi ? Les besoins des grandes Compagnies de chemins de fer, car c'est l'inconnu que l'absorption « d'une partie des obligations par leur consolidation dans les caisses des différentes Sociétés, lesquelles placent leurs capitaux sur la Rente ; » et, d'autre part, l'Emission de « contre-obligations décennales remboursables avec prime... » Tout cela n'est qu'emprunt gref(é sur emprunts à la S» ou 4» puissance.

Rien ne ressemble moins qu'un tel système h la convertibilité en banque; cette pierre angulaire de l'Emission, — La limite est nulle, et conséquemment fort incertaine, sinon même nulle la possibililé du remboursement à vue. Il n'y a là de sérieux que l'élément variable de la recette journalière ; mais battre Monnaie contre de la Monnaie, c'est faire une chose puérile, sous forme de double emploi ; ce n'est pas faire de l'Emission. Pour êlre soigneusement construit, cet édifice ne pèche pas moins pour cela par la base. — Law s'est brisé contre cette pierre et il a tué en tombant tous ceux qui auraient pu être tentés de l'imiter.

qui te parle crut devoir combattre une pensée doublement fousse; fausse au point de vue d*une situation surchargée d'emplois sans nom comme sans consistance, et non moins follement médicamentée que tendue.' Sur le premier point, qui n'est pas sans analogie avec les difficultés du temps présent, rétablissement de nouveaux appareils se trouvait combattu en ces termes qui remontent en février 1858 ; que le lecteur veuille bien se reporter à cette époque :

« Ed France, la spéculation suivrait volontiers une marche inverse ; aussi le nombre est-il infiniment borné des fondations industrielles qui ont résisté à la dernière crise. Au contraire, la témérité, l'ignorance des véritables ressources du pays, le manque d'équilibre et l'absence de vues ont donné lieu à des affaires qui ne sontaujourd'hui qu' inconsistance el faiblesse. Les ruines abondent.

» Pour triompher de la difficulté et prévenir le retour de ces fautes, il n'est pas rare de voir mettre en avant des projets qui tendent à rendre la situation pire. Au lieu de compter avec la constitution délicate du sujet, on songe, de la meilleure foi du monde, à soumettre son tempérament trop faible a de plus rudes épreuves. L'abus des liqueurs fortes a débilité les organes et mis le malade à deux doigts de la mort; on conseille héroïquement l'alcool. N'est-ce pas là, en effet, ce que recommandent, après l'action délétère exercée sur la richesse publique par l'industrialisme moderne, les hommes qui parlent de lui fournir de nouvf^lles armes?

» Si les sociétés de Crédit mobilier sont aujourd'hui généralement condamnées à l'immobilité, il faut moins accuser le mécanisme de l'institution que les conditions générales du milieu daifs .equel ce mécanisme fonctionne. L'esprit d'entreprise a rempli che^ nous, en moins de quatre ans, le programme de vingt années ; voilà ce qu'il faut enfin comprendre. Les preuves, on les trouverait dans le déclin constant, presque général, de la Valeur industrielle, qui se capitalise très bas, comme pour donner la mesure, par un inérét élevé, des exigences légitimes de l'Épargne partout débordée. Si l'on veut, de plus, considérer que la spéculation a usé et abusé de l'élan des capitaux, qu'elle a frappé de discrédit les meilleures affaires et porté à l'esprit d'entreprise une grave atteinte, on verra que le terrain est de tout point mal disposé pour entreprendre. C*est donc se tromper gravement que de songer à commanditer en

grand VJnduêtrie pour Faider à fournir conimd tine nouTelto étape.

» A cet égard, le crédit commercial est surchargé^ la production et le travail surmenés, faut-il dire, tant l'écart est considérable.

» En chargeant, il n'y a pas bien longtemps, la Banque de France de faire aux compagnies de chemins de fer syndiquées des avances qui leur permissent d'achever leurs travaux, l'État a fait, dans l'in* térèt de cette grande industrie, tout ce qu'il pouvait faire. Aller ao delà n*est déjà plus possible. Il en serait amtrement si la production et le mouvement de la Marchanchise étaient favorisés par une puissante organisation de l'escompte. L'épargne, alors, fruit de profits nombreux, incessants, fournirait à l'esprit d'entreprise des re&* sources immenses et toujours nouvelles. Ce qu'on ne peut faire direcfemeni s'accomplirait ici d'une façon normale, régulière par l'action constante du travail. »

Passant à Fidée de monnayer du même coup la Marchandise et le Capital mobilier, Tauteur continue ainsi :

« Une Banque de Chemins dé fer y telle qu'on la croit aujourd'hui possible, ne heurte pas seulement de front une situation mal définie; c'est une de ces créations Aybnrfes et fausses qui ont le grave tort à!emmêler, sous prétexte de le débrouiller, l'écheveau économique. — Ou cette création fera plus et mieux que la Banque de France,' ou elle sera réduite, comme le Crédit mobilier lui-même, à subir de longs chômages et à vivre des rares capitaux que le Commerce laisse en suspension. Dans ce dernier cas, pourquoi une fondation nouvelle aux pieds d'argile ? Pourquoi établir dans le vide un plus grand nombre d'appareils ?

» Que si la Banque des chemins de fer doit donner les moyens de faire mieux et davantage qu'auparavant, nous sommés alors plein de crainte sur ce qui peut résulter des emplois de cette force. Il n'est pas douteux pour nous qii'à Vkeure des crises^ ce poids, démesurément lourd, ne pèse sur le Commerce et les transactions qui occupent le premier étage, et ne provoque plus d'un grave sinistre. Plus on se sera avancé, en effet, plus les capitaux, par un brusque mouvement de recul, désertant la valeur industrielle, amèneront partout une de ces douloureuses liquidations dont les affaires se ressentent bien longtemps après.

» L'on est donc manifestement placé, — pour n'être point ici parti des faits, des besoins réels, de la nature des choses, — l'on est placé dans cette alternative, d'obtenir un résultat presque nul ou de

faire courir à la fortune publique les plus grands dangers. Une banque des Chemins de fer, c'est quelque chose comme un Crédit mobilier au petit pied, c'est-à-dire bornant son action à la commandite desRailways, Sans doute l'on choisit ici, entre tous, l'élément le plus riche, le plus véritablement en possession de l'avenir; mais la richesse de cet élément se lie elle-même à la fortune du t . Commerce, à l'essor des affaires, de la production. Où le Commerce

I est au repos, et la marchandise peu ou point démandée, le railway

!. n'a que faire, on le comprend, avec ses jets de vapeur et son im-

'"î mense suite de wagons. C'est donc le grand atelier du sol, de la

1 fabrique, qu'il faut vivifier par le commerce, si l'on veut que l'in-

dustrie prospère. De quel secours veut-on que soit la Banque des chemins de fer là où le commerce et le travail n'ont pas, à pied d'œuvre, le capital disponible par une puissante organisat^ion de l'escompte? »

Ce qui termine répond plus particulièrement à la feuille financière qui s'était faite la caution, sinon même le parangon de cette théorie. Le temps n'a fait que fortifier, on peut le voir, des convictions ainsi formulées. On peut même dire que ce livre s'inspire, aujourd'hui comme hier, de la même pensée sur la trop débile organisation du crédit intérieur ;

« La Semaine financière, en manœuvrant de front deux idées qu'un monde sépare, — le prêt au Commerce et le prêt à la Valeur mobilière, — la marchandise et le capital de placement, — L\ Semaine n'a pas seulement le tort de tout confondre, mais elle a le tort bien plus grave de compromettre le sort d'une bonne pensée en essayant de la faire servir au triomphe des plus fausses conceptions. Il faut laisser V Escompte à ses fonctions simples et sûres ; le côte-à-côte qu'on rêve pour lui a quelque chose de périlleux, qui permet de douter qu'une telle combinaison eût rien de très lucratif. Du principal faire l'accessoire , montre qu'on a eu quelque peine à s'élever jusqu'à la véritable notion du Crédit commercial.

» Ce n'est pas en créant sur un nouveau modèle quelque Crédit mobilier bâtard, qui sera pompeusement décoré du nom de Banque des chemins de fer, qu'on fortifiera l'Industrie et qu'on préviendra de nouvelles crises ; non, mais c'est ainsi qu'on rendra la situation infiniment pire ; on verra alors se former à l'horizon de nouveaux orages.

» Que si, au contraire, on aborde ici de front la question ; si, par un mécanisme plus intelligent, plus véritablement fécond, l'on favorise, en mobilisant la marchandise, l'essor des consommations, de la production par suite ; si l'on traite , enfin, l'Escompte comme une chose capitale et qui doit ici dominer tout le reste, alors, mais seulement alors, la commandite industrielle vivra sans peine de l'excédant de force et de richesse de la commandite commerciale ; l'essor de l'industrie trouvera son frein et sa règle dans l'état même du Commerce secondé, mais sauvegardé par les lois sévères de l'Escompte. »

£q reproduisant cet exposé d'une autre époque, Fauteur eut surtout en vue de rendre plus saisissants les vices de Talliance qu'on rêve encore en ce moment même.

Que Ton crée un appareil qui fasse pour les Chemins de fer, comme banque d'avance et d'emprunt, ce que le Crédit foncier fait pour la terre et le bâtiment, rien de mieux ; mais il faut renoncer à la mise en pratique d'une idée fausse qui consisterait à faire aller de conserve, au moyen de l'Emission, deux éléments aussi disparates que le prêt à la Marchandise et le prêt à la Valeur mobilière.

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