LA GRISE
« Qui ourrira les portes de son vl&age ? La terreur hab'iie autour de ses dents. »
Job, — Peinture de Léyiathan.
Avant 1 848,— à part les difficultés qui marquèrent le cours de l'année 1846, par suite d'une grande cherté de céréales, et plus tard par l'action puissante du marché de Londres fort ébranlé, — r le commerce n'aura nulle idée de ces brusques exigences, à l'endroit du numéraire, qui se traduisent en escompte hors de prix et suspendent sa marche. Chose élfange, c'çst Iç jour où Vçsspr des ifansflçtiop? prepd la
plus merveilleuse allure, chacun devant ici pins que jamais aboutir à bien, qu'on voit la crise apparaître. Cela ressemble de loin au rôle que remplissent les corbeaux, qui se mettent volontiers à la suite des grandes armées. D'autant que si plusieurs perdent à ce jeu-là, d'autres en petit nombre y font leurs affaires. De là vient, sans doute, qu'on salue avec force respects la crise, comme fait l'Egypte, quand le Nil quitte son lit pour féconder les terres. — A quand la CRISE, quand aura-t-on une belle et bonne crise qui permette un peu de pêcher en eau trouble. — Oh I la bienfaisante divinité nouvelle^ qui, depuis dix ans bientôt, permît de faire flotter assez généralement le taux de l'escompte, à Londres, de même qu'à Paris, entre 5 et 10 0/0.
Ce qui est certain, c'est que dans ce nouveau système des affaires, s'épanchant et devant plus que jamais s'épancher à la satisfaction de tous, l'on a vécu de cherté incessante., au regard de l'escompte, d'inconsistance toujours plus grande, sous le rapport du crédit départi et dispensé; — d'embarras, enfin, s'ajoutant les uns aux autres, d'année en année, dans une progression qu'on pourrait dire géométrique. Voyez plutôt marquées à l'empreinte de la Crise, — cette moderne Velléda, — les années 1855, 56, 57, 58, 61, 63 et 64, sans parler de l'amaigrissement métallique de 1853. La Banque alors prit peur en voyant l'Or chasser l'Argent. Ces temps ae défaillance banquière sont aujourd'hui bien loin. Ainsi, de compte fait, suv dix années, il existe sept périodes remarquablement critiques; encore est- il des exercices, comme celui dans lequel nous sommes, que la Crise visite plusieurs fois par an, en octobre, par exemple, après nous avoir honorés d'un profond salut au mois de mai. Si bien, public, mon bon ami, qu'il ne s'agit pas là, comme l'ont dit les sages, — ceux'qui rédigent les Védas de l'avenir, — de Crises périodiques^ mais bien, ce qui est plus grave, d'une seule
ET MÊME CRISE, qui aurait ses repos et plus ou moins longues.
Je suis loin de trouver cela mal. Il me que Ton est bien bon d'accepter ces chos de la grêle ou de la peste. Encore arise-t loin celle-ci. En fait de Crises, je ne cou celles qui sont fatalement produites par q de tonnerre comme 1830, 1814, et plus { En dehors de cela^ je suis fermement pei quelque part, je ne saurais dire dans quel < en Angleterre, quelque remède. J'ai cru v là, d'assez riches officines bien outillées monétaires et autres, comme on vit un j( emprunts publics. L'aménagement, l\ mieux, le traitement des Crises constitue grande industrie qui a ses directeurs en 1 et ses comptoirs, son organisme, enfin, to trie de la soie ou le commerce des céréale plus fort d'outillage, grâce au concours qi le Monopole de l'Emission en banque. Cl de nouveaux succès. Dès que la Crise fai quelque part, chacun de s'armer de sa ra( moiy — à vous, — à lui; — prends ceci rendras demain, quitte à te le redonner de fort joli jeu, que celui-là, et qui vautbie a dotés récemment le jockey-club.
C'est ainsi que notre époque aura vu fl( velle industrie qui seule prospère quand Cela semble d'abord naturel, tant la dis l'autre est considérable, outre la diversité de jointe à la variété des poids et mesures, ap] auprès desquels la hauteur des Alpes ou ( rien. Et pourtant que de choses, que d'ho aujourd'hui la main, grâce à la télégraphi
dres, c'est pour Paris, Versailles ou Orléans ; et Bordeaux, de même que Marseille n'est guère qu'un faubourg de la vieille Lutèce. Aussi la Crise a-t-elle bientôt atteint sur ces fils légers plus prompts, plus rapides que l'aile des vents, d'un bout du monde à l'autre bout.
— Mais comment arrive-t-il, fera remarquer ici quelqu'un, quand le mal va si vile et si loin porté par ces voies de l'air, que le remède n'aille pas aussi vite, en s'aidant des mêmes fils?
Ah 1 bien cher lecteur, tu m'embarrasses, et pour le coup tu raisonnes trop; cela te semble drôle venant de celui qui honore particulièrement cette grande dame qu'on nomme la Raison. Je crois, au surplus, que la réponse est placée ici et là, partout, sinon même plus haut dans ce livre. S'il y manquait quelque chose, adresse-toi à Néanlius, lui qui fait état de parler pour ne rien dire et qui gagne beaucoup à ce métier-là. Il te montrera d'où vient la Crise, comme quoi elle fonfmw^pourreprendre, ainsi qu'il l'avait prévu, ce Maihieu Lœnsberg des crises financières ; il le contera ce qu'elle a fait hier, ce qu'elle compte faire demain, de quoi elle vil et se substanle, et comme quoi le Chèque^ avec la Liberté du taux de l'intérêt, va devenir le charme irrésistible et puissant qui nous délivrera de toute Crise.
Quant à moi, qui fais état de croire bien plus au calcul doublé d'ignorance qu'aux crisesi monétaires ou autres, permets-moi de n'en plus rien dire.
Qui croit encore aujourd'hui au bœuf Apis, l'honore comme un Dieu et lui rende ses soins.