‹ Les circulations en banque: ou, L'impasse du monopole, émission et changeChapitre 8 sur 40 · LA SOLIDARITE DES MARCHES ET L ECART A L ENDROIT DU CHANGE · texte numérisé non relu

LA SOLIDARITE DES MARCHES ET L ECART A L ENDROIT DU CHANGE

Toutefois, et puisque ce mot revient invariablement dans certains discours, de même que le fameux Mané Thecel Phares des temps babyloniens, examinons, à ce propos, ce qui se passe sur les divers marchés de l'Europe ; on verra aisément par suite jusqu'à quel point l'institution , qui a chez nous, dans l'ordre du crédit, le rôle prépondérant, tire un bon parti de cette situation exceptionnellement forte. Le jour où la Banque donnait en France le signal de la hausse de l'escompte, exemple que dut suivre, au lendemain du' 8 octobre 1863, le marché britannique, voici quel était sur les diverses places du continent, le taux de l'intérêt.

Paris, 5 0/0; Londres, 4 0/0; Francfort, 3 12 0/0; Hambourg, 4 et 4 1/2 0/0; Berlin, 4 0/0; Amsterdam, 3 0/0;iîrMxe/fe*, 3 0/0.

Dès le mois de décembre suivant, la hausse se généralise à la suite de l'initiative prise par la Banque de France. C'est ainsi que l'échiquier de l'escompte donne, au début de ce même mois, les chif&es suivants à l'endroit du taux de l'intérêt :

Paris, 7 0/0; Londres, 8 0/0; Saint-Pétersbourg, 10 0/0; Berlin, 41/2 0/0 ; Turin, 9 0/0 ; Madrid, 6 0/0 ; Bruxelles,

5 0/0; Amsterdam, 4 1/2 0/0; Francfort, 5 0/0; Hambourg, 6 1/2 0/0 ; Zurich, 6 0/0 ; Brème, 4 1/2 0/0.

Quelques mois plus tard, avait lieu une courte détente; la Banque, le 24 mars, se décida à réduire le taux de l'escompte de 7 à 6 0/0 . — Mais, le 6 mai suivant, chacun pouvait faire sur le marché européen les relevés ci-après :

Paris, 7 0/0 ; Londres, 9 0/0 ; Turin, 8 0/0 ; Hambourg,

6 0/0; Saint-Pétersbourg, 5 1/2 0/0; Vienne, 5 0/0;

Amsterdam, 5 0/0; Jî^/m, 4 1/2 0/0; Francfort, 3 1/2 0/0; Bruxelles, h 0/0.

Une chose doit particulièrement frapper dans cette gamme ascendante de l'escompte ; c'est Tattitude constamment modérée de certaines places. Berlin, Francfort, Bruxelles, sans parler d'Amsterdam, restent notablement en contre-bas des tarifs de Paris et de Londres. Ceci n'est même pas particulier à l'exercice 1863. Ainsi, pour ne parler que de Bruxelles, on voit la Banque nationale, en 1857, maintenir un écart de 2 et 2 1/2 0/0, sinon même parfois de 4 0/0, entre le taux de ses escomptes et celui affiché par les banques d'Angleterre et de France. Si Paris, par exemple, exige 6, Bruxelles prend à 4 les traites acceptées ; si l'on est chez nous monté de7 1/2àl0en octobre, la banque belge, soumise à la double étreinte de deux puissants établissements comme les banques de Paris et de Londres, n'ira pas au delà de 5 1/2 ou 6, suivant qu'il s'agit de traites acceptées ou d'effets de commerce. — D'où vient cette notable différence? A quoi peuvent tenir, pour le commerce belge, d'aussi inappréciables faveurs? Que devient enfin ici le principe de la solidarité des marchés qui se tiennent et se touchent? Que M. le comte de Germiny, fort de la lettre de M. Fould, ministre des finances, en donne une raison ; qu'il dise comment il arrive que Bruxelles, Berlin, Francfort, à l'exemple des grandes places de change où le Monopole de l'émission ne fonctionne pas et qui s'appellent Amsterdam, Hambourg ou Brème , escomptent invariablement à prix réduit quand Londres et Paris donnent, dans ce temps de crise prétendue le spectacle invariablement contraire (1).

(i) L'année 1864, dans laquelle se produisent k diverses reprises des hausses instantanées d'intérêt, présente le même phénomène. — Le 6 mai, on relève ici et là les taux ci-après :

Paris, 7 0/0; Londres, 9 0/0; Turin, 8 0/0; Hambourg, 6 0/0; Saint-Pétersbourg, 5 i/i: Vienne, 5 0/0; Amsterdam, 5 0/0 ; Berlin, 4 1/1; Bruxelles, 4 o;o ; Francfort, 8 1/2.

Le Journal des actionnaires du 28 mai signale ajuste titre, de telles différences sur des marciiés qui se touchent comme ceux de France et d'Allemagne* Cela est, en effet, fort singulier. — On en verra bientôt la raison.

J'ai lu, avec toute Tattention que commande le nom de Fauteur, ancien régent de la Banque de France, Técrit de M. d'Eichtal ; je dois déclarer qu'à part Téternel refrain de la sortie des métaux précieux provoquée par « l'état des changes » rien dans cette œuvre de haute lisse n'explique un semblable écart. On comprend déjà, par ce qui précède, ce que peut valoir un tel lieu commun, en ce qui touche la France* Le moyen, d'ailleuris, dans un pareil système, que Bruxelles, Francfort, Berlin aient le privilège d'échapper, plus que Paris ou Londres, à l'action du Change? Non, le fait est simplement étrange; il tient à quelque particularité que le défaut de lumières n'a pas permis d'entrevoir et dont les habiles profitent selon l'habitude. Puisqu'il s'agit de Change, disons ce qui s'étale en plein soleil sur certains marchés depuis bientôt dix ans.

A la différence des banques de France et d'Angleterre, l'Emission qui fonctionne à Berlin, Francfort, Bruxelles, de même qu'à Zurich, Lausanne, Genève, semble avoir compris, dès l'abord, cette vérité fort simple, que ce qu'on ne fait pas et qui peut accroître les profits, avec la force, d'autres le font* Il y a ainsi, dans l'industrie en général, de bonnes terres qui, peu ou point cultivées, constituent des richesses quasi nulles. Tel cet industriel qu'on appelle un banquier et qui, disposantd'un outil, j'entendsd'unearaire comme l'Emission, laisserait inexploitée partie de son fonds sous couleur de Change, — Contrairement à cette méthode, les banques de Francfort, de Bruxelles, ont pris un jour position sur le terrain du trafic cambiste, et c'est ainsi qu'armées de l'Emission elles eurent ici un avantage marqué. — Delà, l'écartconstant qu'on remarque à l'endroit du taux de l'escompte entre Bruxelles et Paris, Londres, Berlin, Francfort. C'est fort peu sans doute, mais cet infiniment petit, la Banque de France se gardera bien de l'entreprendre. On va voir où cela mène. Voici notamment ce qui ressort du compte des opérations de la Banque nationale belge dans les années 1853-54 et 55.

Durant le premier de ces exercices, les effets sur l* étranger représentaient à quelque chose près la moitié de la masse des escomptes, soit 171 millions et demi de francs sur 395 mil* lions. L'année d'après, cela monte environ à 180 millions de francs. En 1855, enfin, année particulièrement critique pour la Banque de France, le portefeuille belge accusait un chiffre de 483 millions dont plus du quart contenait de9 traites sur le dehors. Laissons parler le Monopole belge, je dis un monopole enté sur le patron de la Banque de France, mais opérant un peu différemment. A quoi la Banque nationale devrat-elle, en 1857, notamment, de conjurer des hausses désordonoées d'escompte qui avaient chez nous pour effet: 1<) de faire doubler sans nulle nécessité le capital de la Banque ; 2o de lui valoir la faveur exceptionnelle de ne garder aucune limite quant au taux de l'intérêt de l'argent ? Le voici, suivant que l'atteste le compte rendu de cet exercice qui parle en ces termes :

(( Dès les premiers mois de 1857, l'horizon financier ne tarda pas à s'éclaircir, et la situation de la Banque s'améliora rapidement. Cependant ce n'est que dans le courant de mars que l'administration put abaisser son escompte, mais de un demi 0/0 seulement, les banques d'Angleterre et de France ayant persisté à maintenir le leur à 6 0/0 (d'où un écart de 2 0/0).

)) La Banque profita de ces circonstances pour se former en valeurs étrangères UNE RÉSERVE SUPPLÉMENTAIRE qui pût lui venir en aide aussitôt que les besoins du Commerce et de l'Industrie deviendraient plus pressants ^ et celte fois encore elle a pu constater tous les avantages de ce système qui consiste à convertir des capitaux momentanément oisifs en valeurs productives mais toujours facilement réalisables au premier appel du pays. »

Qu'en pensent les praticiens de la Finance qui nous affollent avec l'exportation fatale des métaux précieux? Voici une banque d'émission qui ne craint pas de se placer sur le ter-

rain même de la spéculation cambiste. Le résultat est une modération notable dans le taux de l'escompte sur le marché belge. Et comme les embarras suscités par la crise américaine ajoutent à l'intensité du mal, c'est à ce moment que la Banque belge, semblable à la fourmi qui se précautionne pour l'hiver, recueillera le fruit de ses sages mesures. Ecoutons encore ici l'auteur du rapport relatif à Tannée 1 857 :

« Dans ces circonstances, la Banque nationale fit usage de toutes les ressources qu elle s'était ménagées dans des temps plus prospères ; eIleW«i/iM successivement tout son portefeuille étranger (il était d'ailleurs singulièrement insuffisant, grâce à la pression qu'exerce, là comme ailleurs, dans le Conseil de régence l'élément cambiste) ainsi qu'une partie de ses fonds publics et ne recula point devant les sacrifices que lui occasionnaient ces Yéalisations. C'est ainsi qu'elle put maintenir jusqu'au 13 octobre dernier à31/20/0Ie taux de l'escompte sur les traites comiïierciales acceptées, malgré l'écart de 2 et 3 1/2 0/0 qui existait entre ce taux et celui des deux banques qui DOMINENT le commerce européen. Et lorsque, en octobre et en novembre derniers la gravité des circonstances obligea ces banques à porter successivement l'intérêt jusqu'à 10 0/0, taux qui n'avait pas encore été atteint jusqu'alors, la Banque nationale put se borner à élever de 2 0/0 l'escompte de ces mêmes valeurs, se tenant ainsi à A djO et p/ii* D'ÉCART du taux d'escompte des pays voisins. »

Ceci porte avec soi son enseignement, ce semble.

A défaut du stimulant de la Concurrence à l'intérieur, voilà du moins un exemple pris au dehors et qui montre ce qui se peut faire à l'occasion. Cet exemple, croit-on que la pluralité des banques l'aurait impunément donné chez nous, si la Banque n'eût point été constituée depuis longtemps à l'état d'obstacle? Mais allons plus loin :

Qu'au lieu d'une modeste banque belge, au capital de 25 millions, dont 21 seulement versés à cette époque, il s'a-

gisse de la Banque de France, c'est-è-dire de ce grand éta* blissement qui , avec la Banque d'Angleterre, domine le commerce européen, et l'on verra si elle fera subir aux affaires la dure loi d'un escompte qu'on sait ailleurs leur épargner. Non -seulement la Banque approvisionnée en temps opportun du Papier sur le dehors qu'elle aura disputé aux grandes maisons cambistes ayant l'habitude de ce trafic» défendra plus aisément son encaisse, mais par l'effet du privilège de l'Emission, comme elle dispose d'une force immense, elle trouvera dans ses ressources combinées de quoi échapper à la hausse immodérée de l'escompte.

Je n'ignore pas que M. d'Eichtal, dans le cours de l'écrit déjà cité, se montre d'un autre sentiment. L'achat de lettres de change faisant, au besoin, l'effet de remises, et suppléant la sortie du numéraire, à l'occasion, lui parait surtout avoir le tort de restreindre d'autant l'escompte du papier sur place. Je ne comprends pas bien, je l'avoue, comment, si l'encaisse trouve dans l'achat de ce Papier français « une réserve 9up' plémentaire » qui réduise de cent millions espèces, par exemple, le fonds nécessaire à la conversion , d'où un accroissement de portefeuille, l'escompte national, comme on disait un jour en Belgique, pourra souffrir de cette manœuvre. Non ; la vérité est que l'homme du Change se trouverait en face d'un puissant acheteur, c'est-à-dire d'une compétition sérieuse Or, si cela fait le compte du Commerce auquel on pourrait ici épargner de douloureuses épreuves, la Haute banque, il faut bien le reconnaître avec M. d'Eichtal, verrait à regret qu'on entrât dans cette voie. Mais on ne peut à la fois « contenter tout le monde et son père. » Il faut choisir entre les devoirs de sa charge envers le Commerce et l'intérêt de quelques particuliers. Lorsque des institutions comme la Banque nationale, celles de Berlin, de Francfort, de Zurich, de Genève, se montrent convaincues que le pays tout entier gagne à ce qu'on opère de la sorte, c'est que l'inconvénient est quasi nul, et le bien qui en résulte incontestable.

Le Comptoir d'escompte, dont nul ne met en doute les sûrs instincts sur le turf du commerce, est entré, il n'y a pas bien longtemps, dans cette voie ; et depuis lors, ses actions, qui flottaient aux environs de 700 fr., se sont élevées un jour au-dessus de 1,000 fr. Son dernier compte rendu accuse dans un portefeuille qui comprend pour Tannée, 892 millions de francs, plus du tiers de ce chiffre « en valeurs sur l'Etranger. » Le sol est donc riche, et la grande fortune à laquelle sont parvenues chez nous certaines maisons de Haute banque, suffirait à le faire voir. Les banques d'émission qui vivent à Fécart d'un tel trafic, au risque de surtaxer Tescomple à certaines heures et de surmener ainsi le Commerce me fontreffet dece candide coupeur de pharaon qui rejetterait invariablement de son jeu certaine couleur, fût-ce la plus belle carte. Il pourrait ne pas se ruiner, mais il ferait médiocrement l'affaire de ses bailleurs de fonds. Or, le Commerce est ici le principal associé, puisqu'il fournit à la Banque» c'est-à-dire à la gérance, le fonds même de l'Emission au moyen de la matière escomptable.

La Banque de France ep serait-elle donc à savoir que le fonds qu'on n'utilise pas, on le laisse à d'autres? Il en est du Change comme de l'intérêt en compte ; la Banque refuse de rémunérer le capital disponible, ce qui fait que la publique épargne va ailleurs et entraîne avec elle un flot d'espèces* « Les capitaux, nous est il un jour arrivé de dire, sont des hôtes; ils vont où le meilleur accueil les attend (1).»

Ne dirait-on pas, à voir ces pratiques de volontaire et publique abdication, que certains établissements créés en vue de l'utilité générale ont fait avec des intérêtsd'un certain ordre un pacte qui consiste à ne jamais chasser sur certaines terres ?

Comment! on répète sans cesse, dans l'école, de même que dans les diverses sphères du Crédit, dans la région officielle, en banque, ailleurs, partout, que les marchés sont

(1) V. la Monnaie de Banque. Paris, Gaillaamin, 1857-63.

solidaires^ c'est-à-dire qu'en vertu des échanges et des intérêts qui relient Paris à Londres, Londres à Hambourg, Hambourg à New-York, Turin, Francfort, Amsterdam, Tor et Targent se vendent, comme toute marchandise, là oi!i ils sont demandés, soit qu'il faille payer des balances, soit qu'on spécule sur le fonds des emprunts. — Un auteur de renom, M. Macleod, écrira par exemple, suivant que le rappelle M. d'Ëichtal « que le vrai critérium du papier de crédit doit être dans l'état des changes étrangers et dans le prix de Tor; » il dira comme John Stuart Mill, qu'on cite de compagnie avec l'auteur de la théorie des changes étrangers^ M. Gôschen, membre du Parlement britannique, qu'il n'existe qu'un frein à la sortie du numéraire, le taux de Cescompte^ lequel doit être fixé « en raison de l'état des changes étrangers ;» — un membre du Sénat, dans son rapport sur une pétition qui fait le procès au monopole de la Banque de France, ira jusqu'à proclamer que l'or et l'argent • ont toujours été l'objet de spéculations considérables, soit dans les relations intérieures, soit dans les rapports avec les peuples étrangers. » 11 ajoute que les hommes « qui , d'habitude^ font les opérations sur les matières précieuses s'adressent aux établissements qui en contiennent de grandes quantités, » comme la Banque, et qu'à un moment donné, on voit l'encaisse des banques, « ces grands réservoirs de monnaie» brusquement assaillis par des demandes en masse de remboursements des billets au porteur; et, dans cet ordre d'idées, la Banque obligée de partir de Cétat des changes, n'a jusqu'ici rien vu de mieux que d'abandonner complètement le Change au^trafic cambiste? Au lieu d'intervenir avec son incomparable puissance, de se mêler à ces affaires qui ont tant d'action sur le taux de l'escompte, elle laisse à d'autres le soin de manœuvrer, de faire voyager à leur gré, par le Papier sur le dehors, l'engin puissant des métaux précieux, de même qu elle leur livre systématiquement les profits qui résultent de l'intérêt servi et perçu en compte!»..

Le splendide et beau système! — S'il arrivait qu'en matière d'irrigation, elle eût le Monopole de la distribution des eaux comme elle gouverne l'Emission en France je plaindrais les propriétaires en temps de sécheresse, car il est probable que pour un motif ou pour un autre on négligerait la prise d'eau qui est à quelques centaines de mètres pour s'en tenir au maigre ruisseau coulant à pied d'oeuvre. — Le Crédit, c'est l'eau ; comme elle, il vivifie les plaines sans fin de l'industrie.

A qui fera-t on croire qu'armée d'une émission qui triple et au delà son capital, c'est-à-dire sa force, la Banque n'agirait pas puissamment sur les oscillations du Change dont le Commerce est fatalement tributaire? Qui ne voit qu'en achetant à propos, le Papier sur l'étranger, ainsi que le font les banques de Bruxelles, de Berlin, deFrancfort, dont l'escompte est relativement toujours modéré par ce seul motif, la Banque de France obtiendrait les mêmes résultats? Que peuton raisonnablement alléguer pour se tenir à l'écart du chantier sur lequel de fortes maisons cosmopolites opèrent en grand avec tant d'avantage? Est-ce que la Banque belge ne s'est pas bien trouvée d'un tel système, en même temps qu'elle épargnait au Commerce de lourdes taxes? Pourquoi s'isoler et s'abstenir quand il serait si facile d'entrer ici en partage de façon à pouvoir protéger efficacement la production que désolent les brusques fluctuations de l'intérêt en cours d'escompte?

Et voyez un peu la théorie de cette justice distributive à l'endroit du crédit par voie de monopole outre mesure concentré. Alors que Paris, place de Change de premier ordre, souffre à tort ou à raison d'un manque d'espèces que Ton puise en grand à la Banque centrale, voilà que celle-ci met au dur régime de l'intérêt à 8 ou 10 0/0 cinquante et -quelques succursales comme Toulouse, Rennes, La Rochelle, Châteauroux, Toulon, Agen, Strasbourg, etc., qui n'ont nul trait au Change, et qui opérant avec des espèces, ont du mô-

tai monnayé à n'en savoir que faire. Mais si ce cocher ou maître d'équipage qui s'appelle la Banque» affectionne particulièrement les chemins de traverse où Ton s'embourbe, laissez du moins le voyageur libre de mettre pied à terre pour choisir quelque autre moyen de transport qui fasse mieux son affaire. Des banques locales, dont Tindustrie privée saurait parfaitement choisir le siège sans prendre le compas administratif pour fixer la périphérie d'une banque dite régionale^ feraient bien mieux et autrement que la Banque. On verrait alors refleurir le temps où Nantes, Lyon escomptaient à 3 0/0 quand Paris prenait invariablement à 4 le meilleur Papier. Je sais bien que cette époque était celle des portefeuilles écourtés 'à trente ou quarante jours, suivant H. d'Eichtal parlant de Lyon en 1848 ; mais M. Fould s'est chargé de lui répondre en plein Sénat que la Banque faisait ainsi absolument dans le même temps, ce qui ne l'empêchait pas d'opérer sur degrosses affaires.

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