PRONOSTIC
Il serait superflu d'insister, après ce qui vient d'être dit, sur le pronostic des cirrhoses alcooliques. Certes ce pronostic est absolument grave, puisque la glande hépatique est le siège d'une modification de structure irrémédiable; mais il se trouve singulièrement mitigé par le fait des rémissions plus ou moins longues, qui peuvent laisser la lésion stationnaire pendant des années et permettre une survie compatible avec un état de santé relativement très satisfaisant.
La question pronostique consiste donc, en dernière analyse, à prévoir, dans la mesure du possible, la forme évolutive probable de la maladie.
On peut la résumer en quelques mots.
Tantôt en effet on assiste au tableau non douteux d'un processus à marche aiguë. L'apparition et l'aggravation rapide de tous les signes de la cirrhose, le subictère, l'état fébrile, les hémorragies attestent une désorganisation hâtive du tissu hépatique : il s'agit d'une cirrhose à marche aiguë et l'issue finale doit avoir lieu à brève échéance.
Tantôt, au contraire, la Cirrhose est manifestement chronique : c'est d'une façon progressive que le syndrome cirrhotique s'est constitué, et il n'y a pas de cause de mort prochaine, ou, s'il en existe quelqu'une, elle relève d'un incident non fatalement mortel, de l'abondance de l'ascite, par exemple, ou d'une pleurésie, qui gênent mécaniquement le fonctionnement des autres organes, et une ponction faite à temps conjurera le danger. Ici l'évolution morbide s'accomplit insensiblement et à petits coups : le délai est plus long.
Mais quelle doit être la durée de ce délai? C'est" là qu'est l'intérêt du pronostic.
Nous avons vu que la durée des formes chroni-
ques oscillait entre 1 an, 18 mois et un nombre d'années que nous n'avons pu fixer, puisque, dans quelques cas, les rémissions ont donné le change et fait croire à de véritables guérisons.
Y a-t-il donc quelques signes dont la constatation apporte, à défaut de certitude absolue, quelques présomptions plus ou moins grandes relativement à la durée vraisemblable de la maladie?
Certaines circonstances, a-t-on dit, doivent être considérées comme des signes favorables. Ainsi l'indolence du ventre, le développement peu sensible de l'ascite, la conservation de l'appétit et des forces, l'absence d'hémorragies, l'intégrité relative des fonctions urinaires pourront donner l'espoir d'une évolution assez lente.
Par contre, les conditions inverses, intensité des phénomènes gastro-intestinaux, abondance précoce de l'ascite, etc., etc., sont d'un fâcheux présage et assombrissent le pronostic (Rendu).
Sans aucun doute ces éléments doivent entrer en ligne de compte ; mais, quelque soin que l'on mette à les analyser et à en discuter la portée, les
prévisions les plus légitimes en apparence se trouveront bien souvent en défaut, car une cirrhose commune, à marche chronique, peut, sous l'influence d'une cause occasionnelle inattendue, toxique ou infectieuse, prendre brusquement l'allure d'une cirrhose à marche aiguë.
Un fait demeure toutefois, sur lequel nous avons longuement insisté, et dont le pronostic pourra tirer des indications d'une réelle valeur, c'est que les cirrhoses alcooliques à forme hyper- Irophique sont très souvent « curables », puisque, d'après MM. Hanot et Gilbert, « les deux tiers des exemples qui ont été fournis, d'amélioration ou de guérison de la cirrhose, se rattachent, à y regarder de près, à cette modalité pathologique. »
Le travail intéressant de Surmont ' corrobore admirablement ces vues, s'il est vrai, comme ses recherches semblent bien l'avoir établi, que le pronostic des affections hépatiques est plus grave toutes les fois que les urines sont hypertoxiques, non d'une façon passagère, critique, mais d'une