‹ Les citations et les allusions poétíques dans ÉpictèteChapitre 2 sur 5 · LS · texte numérisé non relu

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Plus qu'aucune autre, la doctrine d’Épictète, projetée sur les passions et les événements de l'épopée et du drame, leur donne un aspect inattendu, provoquant chez les auditeurs une surprise salutaire, qui est le commencement de la sagesse. Sans doute, tous les stoï-

ciens s'entendent au fond ; mais chacun présente les choses à sa.

manière!. Or aucun n’a plus fortement qu'Épictète ramassé, pour ainsi dire, sa doctrine tout entière autour de ce principe, qui contredit absolument les idées, ou plutôt les préjugés des gens du monde et de la foule : le bien est dans nos seules opinions; nos malheurs viennent de croire qu'il peut être dans les choses extérieures. Dès lors, l’intérêt de la tragédie est de montrer quel sort attend les hommes qui ont « admiré » les choses extérieures?. Comme les héros tragiques représentent, la plupart du temps, les profanes opposés aux sages, ils confirment par leurs malheurs les principes qui

assurent le bonheur du sage idéal. Tandis que celui-ci, dans sa pri-

son, prêt à boire la ciguë, dit : « Mon cher Criton, si telle est la volonté divine, ainsi soit-il », Priam et OEdipe s’écrient : « Malheureux que je suis! à mon äge! C'est à cela qu’étaient réservés mes cheveux blancs # ! » Aussi l'élève qui va partir pour Rome, où il est si facile de se laisser éblouir par la puissance et la richesse #, ne cherchera pas à capter l'héritage et la faveur des riches et des puissants, s'il rapproche le début triomphant et le dénouement lamentable d'Œdipe Roi. Il se souviendra que c'est chez les riches, les tyrans et les rois qu'il y a place pour les désespoirs de la fin, tandis que l’homme médiocre, ici le sage, joue tout au plus le rôle de choreute et contemple les catastrophes sans en être atteint 5; car il a banni de sa vie les chagrins, les lamentations et les cris « Hélas! quelle infortune est la mienne 6! »

{ Ainsi l’un dit que toutes les passions rendent fou, l'autre qu’elles rendent esclave, malheureux et criminel. Comp. par ex. Phédria dans Horace (Sat., 2, 3, 259) et Thrasonidès dans Épictète (4, 1, 19-24) ; Agamemnon dans Horace (Sat., 2, 3, 187) et dans Épictète (3, 22, 30 et suiv.).

2 Épictète, Entretiens, 1, 4, 26.

3 Ibid., 1, 4, 24-925.

4 Jbid;/1,:20, "10;

S Jbid., 1, 24, 15-10.

GUbides tr, 4:29:

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Ce ne sont pas seulement les catastrophes finales qui deviennent indifférentes pour qui sait où sont les vrais malheurs. Les actions mêmes des héros, c'est-à-dire la tragédie ou l'épopée tout entière, cessent d'avoir la moindre importance par elles-mêmes ; car elles résultent fatalement de l'opinion qu'ils avaient sur les choses bonnes, mauvaises ou neutres. Les hommes faisant nécessairement et uniquement ce qu'il leur a paru bon de faire, à tort ou à raison d’ailleurs !, une tragédie se ramène à un jugement. Toute la matière de l'Œdipe de Sophocle, de l'Atrée, du Phénix, de l'Hippolyte d'Euripide est condensée sur ce seul point, l'opinion d'un homme sur ce qu'il faut faire?. L’Iliade et l'Odyssée se réduisent aussi à des idées de ce genre ?, et il suffisait qu'un seul des personnages changeât une seule fois d'opinion pour que ces immenses poèmes n'eussent plus de raison d’être et fussent, pour ainsi dire, tués dans l'œuf. Par exemple, Alexandre a cru devoir enlever Hélène, Hélène a cru devoir suivre Alexandre: ce sont deux opinions sans lesquelles l’Iliade n'aurait pu s'engager #. Mais, à peine engagée par l'erreur de ce couple, elle pouvait encore être arrêtée dès le début par l'opinion d’un tiers. Supposons que Ménélas, au lieu de vouloir réclamer l'infidèle et se venger du ravisseur, ait pris les choses en homme d'esprit ou en philosophe, — c'est tout un — estimant que c’est tout bénéfice qu'une perte de ce genre, et c'en était fait, non seulement de l'Iliade, mais encore de l'Odyssée, qui disparaissait du même coup 5. Ainsi l'intérêt des œuvres littéraires se trouve déplacé : ce qui était l’essentiel pour les profanes, qui croyaient comprendre Homère, n’est plus qu'accessoire. Qu'importent les combats singuliers, mêlées ou sacs de villes dont les descriptions remplissent l’'Iliade6 ? Ce n’est pas sur les champs de bataille que se jouent les parties décisives ; elles se sont jouées depuis longtemps dans l'esprit d'Alexandre, quand il voulut enlever Hélène, ou dans celui d'Achille, quand il voulut garder Briséis. Aussi leurs vrais malheurs ne sont pas les conséquences, mais

Épictète, Entretiens, 1, 28, 10 et 30; cf. 1, 11, 28-54. Ibid., 1, 28-32.

Ibid;}"1, 28., 17,

lbid "x, 28,19 ; cf. 3222, 97,

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