CHAPITRE DEUXIÈME
LES RELIGIONS ACTUELLES DE L'INDE
Les travaux de la science moderne n'ont guère servi jusqu'ici qu'à répandre des idées très fausses sur les religions de l'Inde. Nous avons déjà montré à propos du bouddhisme à quel point ces religions diffèrent en réalité de ce qu'elles apparaissent dans les livres. Nos définitions européennes nettes et précises perdent toute valeur quand on veut les appliquer à ces croyances, aux contours toujours changeants, qui ont germé sur le sol de l'Inde, qui continuent à y germer encore et auxquels des désignations communes donnent seules une similitude apparente. Dans l'âme flottante, illogique et rêveuse de l'Hindou, les croyances les plus opposées s'associent d'une façon tout à fait inintelligible pour nous. Le même homme qui écrira avec conviction les spéculations de l'athéisme le plus hardi se prosternera avec autant de conviction devant des milliers de divinités étranges, grotesques ou terribles, ou baisera avec respect l'empreinte du pied de Bouddha et de Vishnou. Dans l'Inde, non seulement toutes les religions vivent en parfaite intelligence, mais encore les dogmes les plus opposés subsistent côte à côte dans la même religion. Ce n'est qu'après avoir étudié sur le sol même de la péninsule la pratique de ses religions, qu'on peut arriver à concevoir des contradictions si étranges pour nous et comprendre que le mot de religion a pour l'Hindou et pour l'Européen un sens absolument différent.
Les religions aujourd'hui pratiquées par les Hindous dérivent théoriquement des religions pratiquées au temps des Védas et au temps de
Manou, puisqu'elles reconnaissent toujours l'autorité des anciens livres sacrés ; mais il y a loin de la religion décrite dans les précédents chapitres sous les noms de védisme et de brahmanisme à la religion nouvelle, dite néo-brahmanisme ou hindouisme, qui prit naissance aux premiers siècles de notre ère et remplaça graduellement le bouddhisme en l'absorbant dans son sein. C'est ce culte nouveau que nous allons étudier maintenant.