LA TRINITÉ HINDOUE
Les sectes innombrables dont l'ensemble forme le néo-brahmanisme ou hindouisme se partagent toutes entre deux cultes dominants : celui de Siva et celui de Vishnou. Ces deux grandes divinités, vénérées par tout pieux Hindou, forment avec le grand Brahma la Trinité hindoue ou Trimurti.
Bien que Brahma soit hiérarchiquement le plus puissant de ces trois dieux , il n'a pas d'adorateurs spéciaux, et c'est à peine si dans l'Inde entière il existe un temple qui lui soit consacré. Il faut en chercher sans doute le motif dans ce que pour l'Hindou la religion tend toujours à être absolument représentative et matérielle. Or, tandis que les symboles de Siva et les incarnations de Vishnou peuplent les temples d'une foule de formes et d'images , Brahma n'est pas représenté sous une apparence visible, mais demeure la grande âme impalpable qui anime toutes les créatures, et dans le sein de laquelle l'Hindou rêve d'être absorbé.
Chaque personne de la Trinité hindoue a sa part dans l'œuvre du monde : Brahma est le créateur, Vishnou le conservateur et Siva le destructeur. Le rôle du dernier semblerait le mettre en opposition avec les deux autres, mais il n'en est rien ; car, dans la philosophie hindoue, il n'y a pas de mort proprement dite, et destruction y est synonyme de changement. La figure de l'univers se transforme sans, cesse, mais ses éléments ne périssent point. Le grand Siva , qui préside à ces transformations, est un bienfaiteur au même titre que les autres dieux et leur indispensable auxiliaire.
LES RELIGIONS ACTUELLES DE L'INDE
En étudiant la physionomie de ce terrible Siva, de ce dieu de la destruction et du changement auquel on offrait jadis comme à son épouse Kali des sacrifices sanglants et parfois des victimes humaines, on comprendra qu'il ait été le plus anciennement adoré par les Hindous, et qu'il reste peut-être, au fond, le personnage prépondérant de la Trinité, brahmanique.
Fig. 267. — Delhi. Période niogole. Mausolée de l'empereur Humayoun bâti eu 1555. Le monument est en grès rouge incrusté de marbre blanc. Il est construit sur une plate-forme ayant 88 mètres de côté.
Nul peuple n'a plus complètement et plus promptement que le peuple hindou saisi ce qu'il y a de relatif, d'illusoire et de perpétuellement changeant dans l'apparence des choses. Pour lui, ce que l'homme conçoit de l'univers, ce n'est que la Mahâmayâ, la grande illusion. Le fond même des choses nous échappera toujours. Ce que nous percevons de la nature, c'est une chaîne interminable d'évolutions sans commencement ni fin, chaîne infinie en avant et infinie en arrière.
CIVILISATIONS DE L'iXDE. 76
Dans ce déroulement éternel de causes et d'effets, les morts produisent des naissances, et les naissances amènent des morts, mais en réalité, la mort et la naissance ne sont que des apparences, des manifestations d'un inconnu invariable dans son essence mais toujours changeant .dans sa forme.
Depuis des siècles les Hindous ont aperçu dans son ensemble cette Mahâmayâ, cette perpétuelle fantasmagorie qui trompe nos yeux, qui enchaîne ou désespère nos cœurs, et qui cache une vérité à jamais insaisissable pour nous. Ils ont su la comprendre et la définir, à une époque où. nos philosophes de l'Occident croyaient atout instant mettre la main sur l'absolu. Là est la grandeur de la pensée hindoue, brahmanique ou bouddhique.
Le peuple, du reste — nous l'avons dit déjà à propos du bouddhisme — ne s'est jamais beaucoup préoccupé de ces spéculations philosophiques de quelques penseurs. Ces insaisissables abstractions se sont toujours matérialisées pour lui.