FORMES EXTÉRIEURES DES CULTES HINDOUS
Les Hindous aiment les images et les signes extérieurs ; ils sont très formalistes dans la pratique de leur religion, quelle qu'elle soit. Leurs temples sont remplis d'emblèmes, dont les principaux sont le lingamet la yoni, figurant le principe mâle et le principe femelle. Ils ont voulu voir des lingams jusque dans les piliers d'Asoka. En général, la simple forme du cylindre ou d'un cône leur représente l'objet sacré, et les remplit de vénération.
Les vœux, les pénitences, les mortifications, la lecture des livres saints, les litanies, les prières, les pèlerinages, passent pour très méritoires et sont très scrupuleusement accomplis. Aucun peuple ne s'est montré aussi rigide que le peuple hindou dans l'accomplissement de ses devoirs religieux.
Le livre le plus étudié encore aujourd'hui par les Brahmanes et les fidèles est le Rig-Véda. Sa lecture constitue un mérite particulier. La langue dans laquelle il est écrit, le sanscrit, joue pour les Hindous le rôle du latin pour les catholiques et de l'hébreu pour les israélites. Les prières doivent être apprises et répétées par cœur en grand nombre. Pour aider la mémoire, les Hindous se servent de chapelets. Les cloches sont surtout employées dans les temples bouddhiques; dans les temples brahmaniques, elles sont remplacées généralement par des gongs.
Les sacrifices, très nombreux autrefois et qui formaient même la partie la plus essentielle des pratiques religieuses, sont loin d'avoir aujourd'hui
LES KELIGIONS ACTUELLES DE L'INDE. 617
cette importance fondamentale. On offrait à Si va des victimes sanglantes,
parfois des victimes humaines, tandis qu'on ne déposait que des fleurs et des fruits sur l'autel de Vishnou.
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Les prêtres avaient alors une plus grande importance ; ils étaient aussi plus instruits que de nos jours. Ils expliquaient gratuitement aux fidèles les passages obscurs des livres saints, et célébraient avec une grande pompe, dans leurs sanctuaires splendides, les cérémonies et les sacrifices.
La magnificence déployée dans certains temples renommés de l'Inde, les jours de fêtes religieuses, a toujours été très grande. C'est par centaines de mille qu'il faut compter encore annuellement les pèlerins de Bénarès, de Jaggernauth et des grandes pagodes du sud de l'Inde. L'aspect de l'intérieur de ces grands sanctuaires, ceux du sud la péninsule surtout, est très imposant et propre à frapper d'une respectueuse épouvante l'âme des fidèles venus de fort loin pour implorer quelque divinité redoutable.
Les lieux célèbres de pèlerinage sont le plus souvent communs aux deux grandes sectes. Vishnouïtes et Sivaïtes se mêlent aux jours solennels ; les Musulmans eux-mêmes viennent parfois grossir la foule, non seulement par un motif de curiosité, mais dans un but pieux et pour faire œuvre méritoire.
Nul endroit de l'Inde n'est plus célèbre pour ses pèlerinages que Jaggernauth ou Pouri, sur la côte d'Orissa; nulle part ailleurs on ne peut constater aussi bien la fraternité singulière des cultes de l'Inde et en même temps leur prodigieuse diversité. Il n'en est pas un seul qui n'y soit représenté. A quelque religion qu'un Hindou appartienne, à quelque distance qu'il demeure, et quelles que soient les difficultés du voyage, il tâche d'aller au moins une fois dans sa vie à Jaggernauth.
Vishnou partage avec le sombre et fatal Siva les adorations de la foule, dont la piété surexcitée monte jusqu'au délire. On promène son char, c'est-à-dire sa pagode roulante, et tel était autrefois l'enthousiasme développé dans des temps plus naïfs au sein de ces bruyantes multitudes, que des fanatiques se précipitaient sous les roues avec des cris de joie.
Il existe d'ailleurs dans l'Inde beaucoup de lieux de pèlerinage, moins importants généralement que ceux de Bénarès et Jaggernauth. Les bords du Gange sont sacrés de la source à l'embouchure , et bien des fidèles viennent de fort loin pour les visiter. L'eau du fleuve est
sacrée et transportée à grands frais d'un bout à l'autre de la péninsule. Certains Rajahs en ont toujours une provision pour leurs ablutions.
Nous avons , dans notre description de l'Inde physique, lorsque nous avons parlé des fleuves , indiqué ce caractère sacré que les Hindous attribuent à presque tous les cours d'eau. Nul cependant n'approche du Gange, de la sainte Ganga, dans la vénération qu'il inspire. Ce culte des sources, comme celui des nuages et des vents de la mousson, remonte à la plus haute antiquité ; il est bien naturel dans un pays de sécheresse, où l'eau apporte la vie, et où des populations entières meurent de faim lorsqu'elle vient à manquer.