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G. — LE JAÏNISME

Nous avons réservé dans ce chapitre une place spéciale au jaïnisme, qui est plus qu'une secte, ayant la prétention, fort peu fondée d'ailleurs, d'être une religion tout à part et de ne relever ni du bouddhisme ni du brahmanisme.

En réalité, il procède de l'un et de l'autre. Le jaïnisme, qui a la même philosophie, les mêmes pratiques, les mêmes légendes que le bouddhisme, paraît s'être détaché de lui de très bonne heure, et lui a survécu précisément à cause des concessions qu'il a faites au brahmanisme.

L'histoire de son origine et de ses développements est tout à fait inconnue. Il dut jouer à une certaine époque un rôle très important, car les temples jaïniques du dixième siècle de notre ère sont certainement parmi les plus remarquables de l'Inde. Avant la construction de ces merveilleux sanctuaires, on trouve déjà des traces de la religion jaïnique dans des inscriptions du Mysore datant du cinquième siècle, et jusque dans les édits d'Asoka , qui mentionne une de ses deux grandes sectes. A l'époque de Hiouen-Thsang, le jaïnisme était le culte dominant du Dekkan.

Cette religion est donc presque aussi ancienne que le bouddhisme , dont, jusqu'à preuve du contraire, on doit la considérer comme un ra-

m eau. Rien n'indique qu'elle lui soit antérieure, comme le prétendent ses partisans.

Les jaïnas croient comme les bouddhistes à l'éternité de l'univers et nient comme eux tout créateur. Ils diffèrent d'eux dans leur façon d'envisager le Nirvana, qui, suivant leurs doctrines, n'est pas l'anéantissement final, mais un véritable paradis, un état de béatitude pour l'âme immortelle.

Ils pensent comme les bouddhistes qu'on y parvient par une série d'existences toujours plus parfaites, dont la dernière est celle du Jina, absolument identique au Bouddha.

Ainsi que les bouddhistes , qui reconnaissent des Bouddhas et des bodhisattwas à côté de Çakya Mouni, les jaïnas reconnaissent plusieurs Jinas ou Tirthankars. Le nombre en est déterminé. Il en a déjà paru vingt-quatre. Ces vingt-quatre Jinas sont les divinités suprêmes du jaïnisme.

A côté de ces êtres qui, par une perfection longuement poursuivie et enfin atteinte, ont rejeté le poids de la vie, les jaïnas reconnaissent une foule de dieux et de déesses secondaires. Dans la pratique, leur culte est tout aussi polythéiste que le brahmanisme, dont il a adopté le panthéon multiple. A ce point de vue, son sort a été le même que celui du bouddhisme, qui, tout en demeurant athée en théorie par ses spéculations philosophiques, s'est vu envahir en réalité par toutes les divinités des religions qu'il avait momentanément absorbées.

Ce n'est pas seulement en donnant droit de cité aux dieux brahmaniques que le jaïnisme a pu vivre en bonne intelligence avec la vieille religion de l'Inde; c'est surtout en proclamant, dans toutes ses conséquences, le régime des castes, attaqué, sinon temporellement, au moins spirituellement, par le bouddhisme.Les Brahmanes eurent moins d'hostilité contre une religion qui leur laissait toute leur ancienne importance et qui enseignait, comme un des premiers devoirs, le respect absolu envers eux.

Quant aux pratiques et aux légendes jaïniques , elles sont identiques à celles du bouddhisme. Un Jina suprême correspond à l'Adi- Bouddha du bouddhisme népalais ; l'histoire de sa naissance , de sa vie

LES RELIGIONS ACTUELLES DE L'INDE

sur la terre, l'époque de son apparition et le caractère de ses enseigne ments, sont les mêmes que pour Çakya Mouni. Le nom seul est changé.

La confession, les cloches, les pèlerinages, se retrouvent dans les deux religions. Les ordres monastiques y jouent le même rôle important.

Le jaïnisme a ses livres religieux et rejette l'autorité des Védas , comme le fait aussi le bouddhisme.

Nulle secte religieuse n'a attaché plus d'importance à ses sanctuaires et n'en a élevé avec plus de travail ni à plus grands frais. Les temples jaïniques du mont Abou et de Khajurao sont les merveilles architecturales de l'Inde. Au fond de galeries à demi obscures , le long desquelles semble s'agiter vaguement un peuple d'êtres étranges sculptés dans la pierre avec tous les mouvements de la vie, on aperçoit, immobile, dans une attitude de paix immuable, la face empreinte d'une sérénité

absolue, l'un des Jinas, généralement assis sur ses jambes croisées. Les vingt-quatre dieux du jaïnisme étant toujours représentés nus et sous les mêmes traits ; l'on pourrait croire qu'il n'y en a qu'un seul, si l'on ne faisait attention aux symboles qui les distinguent les uns des autres.

Des lignes différentes sont tracées sur leur poitrine et autour de leur cou ; des signes particuliers sont gravés dans la paume de leur main et sous la plante de leurs pieds. Parfois c'est le lotus, ou bien la roue, l'emblème du Dharma bouddhique, c'est-à-dire de la loi et de la vie.

Le jaïnisme compte encore aujourd'hui dans l'Inde de nombreux sectateurs. Il est florissant surtout dans le Guzerat, et la presqu'île de Katty war.

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