L'ISLAMISME DANS L'INDE
La religion de Mahomet a fait dans l'Inde de nombreux prosélytes. 50 millions d'hommes, c'est-à-dire le cinquième de tous
les habitants de la péninsule, suivent aujourd'hui la loi du Coran, et
Fig. 281. — Patau (Népal). Colonne en bois sculpié d'une maison.
tous les jours ce nombre s'augmente par de nouvelles conversions.
Rien n'est facile pour un Hindou que d'adopter une religion nouvelle, tout en gardant souvent l'ancienne. 11 est par sa nature disposé à tout croire. Généralement lorsqu'il accepte de nouveaux dieux, cela ne veut pas dire qu'il abandonne les anciens ; son panthéon s'accroît seulement, et il se conforme tantôt aux injonctions d'une divinité tantôt à celles de l'autre suivant que cela lui semble commode pour sa profession, son genre de vie ou simplement l'occasion qu'il rencontre.
A mesure que l'on s'élève dans 1 échelle des classes sociales, les distinctions sont plus tranchées. Il y a dans l'Inde, parmi les esprits un peu cultivés, de vrais Musulmans et de vrais Brahmanes ; mais, chez le peuple , les deux cultes se confondent parfois totalement. Mahomet et les saints musulmans sont des dieux au même titre que les autres dieux hindous. Les cérémonies s'empruntent mutuellement des rites et parfois réunissent les partisans des diverses croyances.
Les Bohorahs du Guzerat, musulmans de la secte chiite, qui ne descendent pas de familles mahométanes, mais sont d'anciens Hindous convertis, ne suivent que de fort loin les préceptes de Mahomet, et leurs cérémonies ressemblent beaucoup à certaines fêtes hindoues. ,
Les sunnites, qui sont en plus grand nombre et qui se considèrent comme les vrais fidèles, méprisent les chiites. L'antagonisme est plus vif entre les deux sectes musulmanes qu'entre celles-ci et les Hindous. Ces sectes comportent d'ailleurs un grand nombre de subdivisions ou sous-sectes.
Une des principales raisons qui firent triompher rapidement l'islamisme dans l'Inde, c'est qu'il proclame l'égalité de tous les hommes. L'ambition, le désir de secouer un joug pesant, firent accueillir avec joie la loi du prophète par des millions de créatures humaines. Mais la religion enseignée par Mahomet était trop simple pour un peuple habitué à adorer des dieux innombrables. Toutes les tentatives qui ont été faites pour rendre les Hindous monothéistes sont restées sans succès ; elles n'ont réussi qu'à ajouter un dieu de plus à tous ceux qu'ils priaient déjà. Beaucoup d'Hindous musulmans rendent à Mahomet les honneurs divins ; leur adoration s'étend jusqu'à son gendre Ali ; dans les basses classes, de nombreux saints sont également déifiés et
se confondent avec les vieilles divinités du panthéon brahmanique.
Devant une confusion pareille de croyances , qui conduisait les âmes ignorantes à la superstition la plus aveugle et parfois même à un grossier fétichisme, des réformateurs se sont levés bien des fois, se proposant pour but l'épuration des dogmes généraux et leur union définitive en un monothéisme élevé.
Tel fat Kabir au quinzième siècle , qui, attaquant à la fois le Coran et les Védas, tâcha de leur substituer un enseignement unique, absolument spirituel. Tel fut Nanak , le fondateur de la secte des Sikhs. Tel fut Ram Mohum Roy, qui pratiqua une sorte de religion éclectique tirée du christianisme, de l'islamisme et du brahmanisme. Tel fut l'empereur Akbar, qui, sceptique lui-même selon toute apparence, n'en rêva pas moins la fusion religieuse des peuples qu'il gouvernait.
Tous ces réformateurs groupèrent autour d'eux plus ou moins de disciples, mais leur succès fut toujours limité , et ils ne réussirent en somme qu'à augmenter le nombre presque infini des religions de l'Inde.
L'islamisme, tel qu'il est pratiqué dans la péninsule, a pris ce caractère flottant et variable que l'Hindou imprime fatalement à toutes ses croyances religieuses. Il n'a même pas établi dans les régions où il est prédominant cette égalité de tous les hommes qui le fit accueillir d'abord avec tant d'empressement. Les Musulmans de l'Inde reconnaissent généralement les castes, sinon en théorie du moins en pratique.
L'islamisme de l'Inde a emprunté au bouddhisme aussi bien qu'au brahmanisme. Le culte des reliques, si cher aux bouddhistes, est pratiqué par tous les musulmans ; ils ont des poils de la barbe du prophète, comme les bouddhistes en ont de Çakya Mouni. Certaines empreintes sont vénérées par les fidèles des trois religions, qui y voient, suivant leur croyance, la marque du pied de Brahma, de Bouddha ou de Mahomet.
En résumé , l'islamisme a subi l'influence des religions anciennes de l'Inde beaucoup plus qu'il ne les a modifiées. Il est resté très répandu surtout dans le bassin du Gange et dans le Guzerat, mais il compte aussi de nombreux adeptes dans le Dekkan. Dans ce dernier pays, parmi les populations dravidiennes , il est presque méconnaissable et se distingue à peine du brahmanisme.
LES RELIGIONS ACTUELLES DE L'INDE
Mais à peu près dans toutes les villes de la péninsule , la mosquée silencieuse et nue s'ouvre à côté de la pagode fourmillante d'idoles. A mesure que la civilisation s'avance, que les esprits s'éclairent, l'islamisme gagne des disciples. L'adoucissement du fanatisme des castes, l'idée d'un Dieu unique, qui fait des progrès même sur cette terre hantée par de prodigieuses superstitions, inclinent de plus en plus les âmes devant la grandeur simple et majestueuse d'Allah. La conquête de l'Inde par la religion de Mahomet n'est pas terminée.
Elle se continue par un travail sourd et lent, que n'a nullement arrêté la puissante domination de l'Angleterre chrétienne.