INDE MAHOMET ANE (PUNDJAB, RAJPOUTANA, SINDH, ETC
Tout le bassin de l'Indus, comprenant le Pundjab, le Rajpoutana, le Guzerat, le Sindh, forme ce qu'on pourrait appeler l'Inde mahométane , à cause des conquérants qui la dominèrent, comme à cause des nombreux monuments que la civilisation musulmane y a laissés.
Fig. 16. — Grand lac d'Odeypour (Rajpoutana).
Il faut y joindre cette région du haut bassin du Gange, que les Anglais nomment provinces du nord-ouest. La Jumna, affluent de la rive, droite du Gange, forme la limite officielle entre le Pundjab et les provinces du nord- ouest.
Le Pundjab, longue région populeuse et cultivée, qui s'étend à la base de l'Himalaya, semble prolonger jusqu'au delà de l'Indus la riche plaine du Gange , et forme le trait d'union entre les deux grands bassins du nord qui, sans lui, seraient totalement séparés.
Dans le Pundjab, on voit encore des campagnes bien arrosées et par conséquent fertiles, une population nombreuse, des villes brillantes et célèbres, telles que Lahore, Amritsir, Delhi, etc.
Mais dès que l'on se tourne vers le sud, on aperçoit, à perte de vue, se déroulant vers la mer d'Arabie, la morne étendue des déserts. Les groupes d'habitations humaines s'espacent ou disparaissent ; nulle cul-
CIVmSATIOXS de l'inde.
ture n'est possible, et de maigres pâturages sont la seule verdure et la seule production de ces plaines désolées.
Toute cette région possède un climat remarquable par les énormes différences de température qu'il présente d'une saison à l'autre; les variations du thermomètre y sont de plus de 50 degrés. Ce n'est pas seulement le désert du Thar, ce sont aussi les villes du nord qui se distinguent par cette particularité : Agra est en été un des endroits les plus chauds de la terre habitable; en hiver, il n'est pas rare qu'il y gèle dans la matinée et dans la soirée.
Quant au désert, il est traversé, pendant la saison de sécheresse, par des vents tellement brûlants qu'ils semblent s'échapper de la bouche d'une fournaise. Les animaux eux-mêmes ne peuvent poser sans douleur leurs pattes sur le sable échauffé par le soleil; les indigènes, montés sur des chevaux ou des chameaux, profitent de cette circonstance pour chasser les loups, qui n'ont pas le courage de fuir en parcourant ce sol de feu.
Une région étrange forme au sud le prolongement du désert de Thar : c'est le Rann de Cutch. Un espace parfaitement horizontal se déploie sur une largeur de 60 à 100 kilomètres, sec et uni comme une glace pendant l'été, recouvert d'un mètre d'eau environ pendant l'hiver. L'île de Cutch, un peu plus élevée, et sur laquelle apparaissent quelques villages et une pauvre végétation, le sépare presque complètement de la mer.
Au-dessus de cette surface unie, sur laquelle tombent les rayons perpendiculaires du soleil, flottent sans cesse des mirages qui fatiguent le voyageur et finiraient par l'affoler. Ces obsédantes hallucinations, jointes à la réverbération éclatante de la lumière sur le sable ou dans les flaques d'eau , rendent la traversée du Rann de Cutch impossible pendant le jour. C'est seulement lorsque le soleil est couché que l'on se hasarde dans cette inquiétante et bizarre solitude.
Au sud-est de l'île et de la lagune de Cutch se trouve la péninsule de Kattywar qui fait partie politiquement de la province du Guzerat.
Le Guzerat est un des pays les plus civilisés de l'Inde ; sa métropole Ahmedabad est une florissante et industrieuse cité; le commerce y
PHYSIONOMIE DES CONTRÉES DE L'INDE
est très actif et les petits ports de la presqu'île de Kattywar sont bien connus des bateaux marchands de tous les pays. Le golfe de Cambay, qui baigne ses côtes, reçoit la Nerbudda et la Tapti.
Au nord du Guzerat et à l'est du désert du Thar, s'élèvent les monts Aravulli, avec le massif imposant de l'Abou qui s'en détache. Cette dernière montagne est célèbre dans toute l'Inde ; on la regarde comme
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Pig. 17. — Lac de Poohkar, près d'Ajmir (Rajpoutana).
sacrée. Sur ses flancs s'élèvent de magnifiques sanctuaires jaïnas, où les artistes hindous ont épuisé leur ingénieuse fantaisie en des sculptures grandioses, monstrueuses ou charmantes.
Les Aravulli, et la contrée montueuse qu'ils dominent, sont habités par les Rajpouts, une des plus anciennes races de l'Inde. Ils s'y sont maintenus à peu près indépendants à travers toutes les invasions, grâce précisément au caractère de leur pays, tout hérissé de fortifications naturelles. Souvent, de loin, les blocs de rochers y prennent l'aspect de remparts et de tours; et, lorsqu'ils sont surmontés
d'une forteresse, on distingue à peine où s'arrête le travail de l'homme et où commence celui de la nature.
A l'est du Rajpoutana se trouvent les provinces du Bundelkund et du Bhagelkund. Ces régions également montagneuses contiennent des mines de houille et de fer. Khajurao, ancienne capitale du Bundelkund, aujourd'hui entièrement déserte, possède des temples qui peuvent être considérés comme les plus merveilleux de l'Inde.
Toute cette partie de l'Hindoustan se relève pour se rattacher, par le plateau de Malwa et les monts Vindhya, au grand massif des provinces centrales, région culminante de la péninsule.