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LE RÉGIME DES CASTES

Le régime des castes est la pierre angulaire de toutes les institutions sociales de l'Inde depuis deux mille ans. Il y a une telle importance, et cette importance est tellement méconnue généralement, soit en Europe, soit dans nos colonies de l'Inde gouvernées par des Européens, qu'il ne serait pas inutile d'en expliquer brièvement les origines, les développements et les conséquences. Un régime dont le résultat est de permettre à une poignée d'Européens de maintenir deux cent cinquante millions d'hommes sous une loi rigide, mérite toute l'attention de l'observateur et de l'historien.

Le régime des castes a plus de vingt siècles d'existence dans l'Inde. Il a sans doute son origine dans la connaissance révélée par l'observation des lois fatales de l'hérédité. Lorsque les conquérants à peau blanche que nous qualifions d'Aryens pénétrèrent dans l'Inde, ils y trouvèrent, en dehors d'autres envahisseurs d'origine touranienne, des populations noires demi-sauvages qu'ils soumirent. Les conquérants étaient des tribus demi-pastorales, demi-sédentaires, soumises à des chefs dont l'autorité n'était contre-balancée que par l'influence toute-puissante des prêtres chargés d'assurer la protection des dieux. Leurs occupations les divisèrent naturellement en trois classes, celle des Brahmanes ou prêtres, Kchatryas ou guerriers, Vaïsyas, laboureurs ou artisans. Cette

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dernière formée peut-être par les envahisseurs antérieurs aux Aryens dont nous parlions plus haut.

Ces divisions correspondent, comme on le voit, à nos trois anciennes castes, clergé, noblesse, tiers-état. Au-dessous de cette élite, se trouvait

Fig. 296. — Entrée du temple précédent.

la population aborigène, les Soudras, formant les trois quarts de la population totale.

L'expérience révéla bientôt les inconvénients qui pouvaient résulter du mélange de la race supérieure avec les races inférieures, et toutes les prescriptions religieuses tendirent alors à l'empêcher. « Toute contrée où. naissent des hommes de races mêlées, dit l'antique législateur

des Hindous, le sage Manou, est bientôt détruite ainsi que ceux qui l'habitent. » L'arrêt est dur, mais il est impossible d'en méconnaître la justesse. Tous les peuples supérieurs qui se sont mélangés avec une race trop inférieure ont bientôt été dégradés ou absorbés par elle. Les Espagnols en Amérique, les Portugais aux Indes, sont les preuves des tristes résultats que peuvent produire des tels mélanges. Les descendants des fiers aventuriers portugais, qui autrefois conquirent une partie de l'Inde, n'y exercent plus aujourd'hui que des emplois de domestiques,

pour assurer la pureté du sang ; il prononce des peines sévères contre tout mélange des castes supérieures entre elles et surtout avec celle des Soudras. Il n'est pas de menaces effroyables qu'il n'emploie pour tenir ces derniers à l'écart.

Mais les nécessités naturelles devaient dans la suite des siècles triompher de ces formidables défenses. Quelque inférieure qu'elle puisse être par sa caste, la femme garde toujours ses charmes. En dépit de Manou, les croisements furent donc nombreux, et il n'est pas besoin d'avoir parcouru l'Inde pendant bien longtemps pour reconnaître que les populations de toutes races y sont aujourd'hui bien mélangées. Le nombre d'individus assez blancs pour pouvoir soutenir que leur sang est tout à fait pur est infiniment restreint. Le mot caste, pris dans son

et le nom de leur race est devenu un terme de mépris.

î'ig. 297. — Architecture moderne de l'Inde. — Façade du palais du rajah de Chatterpore.

Pénétré de l'importance de cette vérité anthropologique, le code de Manou, qui est la loi de l'Inde depuis tant de siècles et, comme tous les codes, le résultat de longues expériences antérieures, ne néglige rien

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sens primitif, ne peut plus être aujourd'hui synonyme de couleur comme autrefois en sanscrit, et si la caste n'avait. eu à invoquer que les raisons ethnologiques précédemment indiquées, elle n'aurait plus eu de raison pour subsister. En fait les primitives divisions des castes ont disparu

Fig. 298. — Architecture moderne de l'Inde. Pagode de Calcutta.

Cette gravure termine la série de nos planches consacrées aux monuments de l'Inde. Les suivantes sont exclusivement consacrées

à la reproduction d'objets d'art.

depuis longtemps. Elles ont été remplacées par des divisions nouvelles, dont l'origine est autre que la différence de races, sauf pour les Brahmanes, qui forment encore la population la moins mélangée.

Dans les raisons nouvelles qui ont perpétué le régime des castes, la loi de l'hérédité a continué d'ailleurs à jouer un rôle fondamental. Pour l'Hindou les aptitudes sont fatalement héréditaires ; et fatalement aussi le fils doit suivre la profession du père. Le principe de l'hérédité des

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professions étant universellement admis, il en est résulté la formation de castes aussi nombreuses que les professions elles-mêmes, et aujourd'hui les castes dans l'Inde se comptent par milliers. Chaque profession nouvelle a pour conséquence immédiate la formation d'une caste nouvelle. L'Européen qui vient habiter les Indes s'aperçoit vite à quel point ces castes sont multiples, en voyant le nombre d'individus différents qu'il est obligé d'employer pour se faire servir. Aux deux causes précédentes de la formation des castes, l'origine ethnologique, très faible aujourd'hui, et la profession, très puissante encore, viennent se joindre les fonctions politiques et l'hétérogénéité des croyances religieuses.

Les castes engendrées par les fonctions politiques peuvent à la rigueur se ranger dans la catégorie des castes professionnelles, mais celles produites par la diversité des croyances religieuses ne se rattachent à aucune des causes précédentes. En théorie, c'est-à-dire à n'en juger que par la lecture des livres, l'Inde entière serait divisée en deux ou trois grandes religions seulement. Mais en pratique ces religions se chiffrent par milliers. Des dieux nouveaux considérés comme de simples incarnations d'anciens dieux naissent et meurent chaque jour, et leurs sectateurs forment bientôt une caste nouvelle , aussi rigide dans ses exclusions que peuvent l'être les autres castes.

Deux signes fondamentaux marquent la conformité des castes, et séparent de tous les autres les individus leur appartenant. Le premier est que les individus d'une même caste ne peuvent manger qu'entre eux ; le second est qu'ils ne peuvent se marier qu'entre eux.

Ces deux prescriptions sont tout à fait fondamentales, et la première ne l'est pas moins que la seconde. Vous pourrez rencontrer par centaines dans l'Inde des Brahmanes employés des postes, des chemins de fer, à vingt-cinq francs de traitement par mois; ou même exerçant la profession de mendiants. Mais ce fonctionnaire si humble, ce misérable mendiant aimerait mieux perdre la vie que de s'asseoir à la table du vice-roi des Indes ; et le plus puissant Rajah, s'il est d'une caste inférieure, — car il est possible d'être roi et d'être d'une caste inférieure, le Rajah de Gwalior en est un exemple, — descendra souvent de son éléphant pour le saluer.

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La qualité de Brahmane est héréditaire comme l'est un titre de noblesse en Europe, et n'est pas du tout synonyme de prêtre, comme on le croit souvent parce que c'est dans cette caste que se recrutent les prêtres. On naît Brahmane comme on naît duc. Ce titre, qui a beaucoup perdu de sa valeur aujourd'hui, était si élevé autrefois que l'exercice de la royauté n'était pas suffisant pour permettre d'aspirer à la main de la fille d'un Brahmane. Dans le drame de Sacountala, composé par Kalidasa, vers le cinquième siècle de notre ère, lorsque Douchanta, roi de Hastinapoura, rencontre Sacountala, il se demande avec inquiétude si elle ne serait pas de caste brahmanique , parce qu'alors il ne pourrait pas l'épouser.

Les règles qui maintiennent les castes n'ont, sous le régime anglais, aucune sanction officielle; mais il n'est pas besoin de sanction pour des lois si solidement fixées par la tradition dans les âmes. Elles sont devenues des sentiments inconscients qui font partie de l'héritage apporté en naissant, et contre lesquels l'homme est impuissant à lutter. L'Hindou préfère mourir plutôt que de violer les lois de sa caste.

Un des grands embarras du gouvernement des Indes lorsqu'il projetait l'envoi de troupes indiennes au Soudan, a été de fournir chaque régiment des provisions et du matériel nécessaires, pour que les individus de chaque caste pussent préparer séparément leurs aliments, et ne manger qu'entre eux. J étais alors aux Indes, et la lecture des journaux montrait combien était grande cette préoccupation. Une négli-

Fig. 2!)9. — Vase bouddhique en or, à reliques ; du deuxième siècle avant J.-C.

Les diverses gravures d'objets d'art figurant dans cette partie de notre ouvrage et qui ne portent pas la mention « Collection de l'auteur » sont des reproductions d'objets faisant partie de la collection du Musée indien de Londres, empruntées à M. Birdwood.

gence sur ce point fondamental aurait pu avoir les conséquences les plus graves. C'est une négligence de cette nature qui a été, sinon la cause, au moins le motif déterminant de cette révolution des cipayes qui a failli coûter à l'Angleterre son immense empire.

Des causes diverses, qu'il serait sans intérêt d'indiquer ici, peuvent faire perdre sa caste à un individu. Mais une des plus graves est le fait d'avoir accepté des aliments, fût-ce un verre d'eau, d'un individu d'une autre caste.

Rien ne peut être plus terrible pour l'Hindou que la perte de sa caste. L'homme du moyen-âge excommunié, l'Européen moderne déshonoré par une condamnation infamante ne sont pas plus lourdement frappés. Perdre sa caste c'est tout perdre du même coup, parents, relations et fortune. Chacun tourne le dos à l' excommunié, et se refuse à tout rapport avec lui. Il entre alors dans la catégorie des gens hors caste, qui ne peuvent se livrer qu'aux plus abjectes fonctions.

Recherchons maintenant quelles sont les conséquences sociales et politiques d'un régime si fortement constitué. La seule unité sociale chez l'Hindou, c'est la caste ; en dehors d'elle le monde n'existe pas pour lui. Il est séparé des individus d'une autre caste par un abîme beaucoup plus profond que celui qui sépare les Européens de nationalités les plus différentes. Ces derniers peuvent en effet se marier entre eux, alors que les individus de castes différentes ne le peuvent pas. Il en résulte que chaque village possède autant de groupes que de castes.

Avec un tel régime l'union commune contre un maître est impossible. Les Anglais l'ont bien compris et ont prévenu pour l'avenir toute révolution militaire, en composant toujours leurs régiments d'individus de diverses castes, ce qu'ils ne faisaient pas auparavant. La rivalité entre gens de diverses castes est suffisante pour que toute tentative de complot en commun soit impossible.

Cette constitution de la caste dans l'Inde, nous donne l'explication de ce phénomène si étrange pour un Européen, de 200 millions d'hommes obéissant sans murmurer à 60,000 étrangers qu'ils détestent. C'est en effet le régime des castes qui a toujours empêché les Hindous d'avoir des intérêts communs, de se réunir dans un but commun et par consé-

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quent de former une nation. Si l'on joint à la diversité des castes la diversité des races qui habitent ce vaste empire, on comprendra que la seule tâche qu'ait à remplir un conquérant, c'est d'entretenir soigneusement les rivalités qui les divisent et de neutraliser l'une par l'autre leurs

Fig. 300. — Châsse en argent repoussé (Madura).

forces particulières. Quel intérêt commun pourraient avoir en réalité des populations si différentes? et que leur importe la domination d'un maître si ce maître respecte soigneusement leurs institutions fondamentales? La seule patrie de l'Hindou est sa caste. Il n'en a jamais eu d'autre. Son pays n'en est pas une pour lui et il n'en a jamais rêvé l'unité. Aussi cette institution de la caste, les Anglais la ménagent-ils

soigneusement, sachant bien qu'elle est la base la plus solide de leur puissance, au lieu de tâcher de l'ébranler par tous les moyens possibles comme nous le faisons dans les débris de nos possessions, à Pondichéry, par exemple. Au début de mon voyage dans l'Inde, alors que je n'avais pas encore appris à raisonner avec des idées d'Hindou, je tentai un jour d'expliquer à un natif intelligent de caste inférieure ce qu'est une république et les avantages qu'il peut y avoir à vivre dans un pays où tous les hommes sont égaux, et où le fils d'un artisan peut aspirer aux plus hauts emplois. Le disciple de Siva réfléchit un instant, puis secouant dédaigneusement la tête, tira uniquement de mon explication la conclusion qu'on devait être bien malheureux d'habiter un pays où il n'y avait que des individus sans caste et par conséquent pas de gentlemen. Il est fort difficile à un Français d'arriver à concevoir que des institutions qu'il trouve excellentes, parce qu'elles sont adaptées à ses besoins, sont jugées détestables par des peuples aux besoins desquels elles ne sont pas du tout conformes. Respirer dans l'air est assurément une chose excellente pour l'homme, mais il serait difficile de prouver aux poissons que ce soit une chose aussi excellente pour eux.

Le régime des castes a une telle puissance aux Indes, il est tellement établi par le joug de la tradition et de la coutume, qu'il s'est imposé à tous les conquérants. Les Musulmans l'ont plus ou moins admis en pratique, bien que les principes fondamentaux de leur religion le condamnent. Les Anglais eux-mêmes l'ont adopté et d'une façon beaucoup plus absolue que ne pourraient le supposer ceux qui n'ont pas visité l'Inde. Sans doute le principe n'en est pas écrit dans leurs codes, mais leur société forme en réalité une caste aussi rigoureusement fermée que les castes les plus fermées de l'Inde. De même que les individus des autres castes, ils ne mangent et ne se marient qu'entre eux. Le temps est loin où des fonctionnaires anglais se mariaient avec des femmes indigènes. L'Européen qui contracte une union avec une Hindoue — »- chose infiniment rare — est mis au ban de la société, et toutes les portes se ferment devant lui. Un simple soldat se croirait déshonoré en contractant un tel mariage. c< Permettriez-vous à un de vos hommes d'épouser une femme hindoue? » demandai-je un jour à i*n colonel anglais avec

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lequel je dînais, à Bénarès. — « Je ne pourrais l'empêcher, sans doute, nie fut-il répondu, puisque la loi ne le défend pas; mais je doute qu'un

Fig. 301. — Vase en bronze noirci incrusté d'argent de Hyderabad. Fig. 302. — Poignard ciselé (Dekkan).

de mes soldats ait jamais l'idée de me demander une semblable permission. »

Cette séparation complète des nouveaux conquérants d'avec le peuple conquis est récente, et, il y a quelques années, les mariages entre les

deux peuples n'étaient pas rares. La conséquence de telles unions a été la formation d'une population anglo-indienne dite Eurasienne, ayant tous les défauts des Hindous sans avoir les qualités des Anglais, race sans tradition, sans passé, sans morale, et profondément méprisée par les deux peuples dont elle est issue. N'ayant aucune place dans la société, elle cause aux maîtres actuels de l'Inde les plus graves soucis.

Les dangers de ces unions, qu'avaient très bien compris autrefois les Aryens, et qui avaient été à leur époque sans doute l'origine du régime des castes, les Anglais finirent, eux aussi, par les apercevoir clairement à leur tour, et les mêmes nécessités engendrant toujours les mêmes effets, ils ont dû adopter, sans l'écrire dans leurs codes, cette séparation absolue entre le peuple conquérant et le peuple conquis, qui semble une nécessité anthropologique fatale lorsque les races mises en présence sont trop différentes. Il s'est ainsi creusé entre les deux peuples an abîme que les Anglais tâchent par tous les moyens possibles de rendre infranchissable. Dans toutes les villes de l'Inde, la cité européenne, le cantonnement comme on dit, est toujours situé à une grande distance de la ville indigène et ce n'est qu'exceptionnellement qu'on voit circuler un Européen dans cette dernière. Jusque sur les lignes de chemins de fer, la séparation entre Européens et natifs est établie complètement. Wagons pour ladies et gentlemen d'un côté , wagons pour hommes et femmes de l'autre, comme l'indique l'inscription placée sur chacun d'eux. D'un côté de la gare, restaurants et cabinets pour ladies et gentlemen ; à l'autre extrémité, bien loin, réfectoires et cabinets pour natifs. Sans doute aucun règlement n'empêehe un riche indigène de monter dans un compartiment de première classe des Européens, mais il s'y risque rarement ; et quand il le fait, l'accueil reçu est tel, qu'il se hâte généralement de descendre à la prochaine station. Les officiers surtout sont intraitables sur ce point. Ce sont pourtant les hommes les plus courtois que j'aie jamais rencontrés ; mais rien n'est plus frappant que le contraste entre la politesse de leur langage quand ils parlent à un Européen, et le ton raide et hautain qu'ils prennent pour s'adresser à un natif, quel que soit son rang. Les indigènes ont aujourd'hui les mêmes droits que les Anglais de postuler aux plus hauts emplois et quelques-uns y arrivent, surtout

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dans la magistrature, mais ils n'ont jamais avec les seconds que des rapports officiels. La société européenne leur est absolument fermée.

C'est surtout à l'égard des malheureux Eurasiens, produit du croisement de l'Européen avec l'Hindou, comme je l'ai dit plus haut, que les préjugés de castes sont sévères. Il y a à Paris tels banquiers ou mar-

Fig. S03 et 304. — Aiguières dorées (période mogole).

chauds portugais, métissés de sang hindou, reçus dans les salons, et auxquels, aux Indes, un Anglais, en dehors des grandes villes demieuropéennes, ne permettrait jamais de s'asseoir devant lui, ni surtout de manger à la même table.

Je n'ai pas à rechercher ici ce qu'il peut y avoir de juste ou d'injuste dans une telle organisation. On est sûr de ne pas se tromper quand on se borne simplement à exposer des faits qu'on a observés. On est

toujours certain de porter des jugements superficiels ou erronés lorsqu'on veut apprécier à un point de vue purement théorique des institutions vingt fois séculaires. Elles ont survécu à toutes les révolutions, et il faut que leur puissance soit bien grande, pour qu'un des peuples les plus civilisés du monde, tout en les condamnant dans ses livres, en ait été réduit dans la pratique à les adopter sans réserve. Un des plus utiles profits des voyages est de nous apprendre que les peuples ne choisissent pas leurs institutions, mais subissent fatalement celles que les nécessités de races et de milieux leur imposent. Indépendantes du choix des hommes, elles sont toujours plus puissantes que leur volonté.

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