LE DROIT ET LES COUTUMES
L'Inde est, au point de vue du droit, comme à bien d'autres, restée dans une phase primitive de civilisation.
Les préceptes de ses livres religieux, interprétés et modifiés peu à peu par ses prêtres, et les coutumes locales, constituent encore ses seules lois. Jamais aucun des souverains auxquels elle a été soumise, n'a essayé d'y substituer un nouveau code. Les plus despotes parmi eux, comme les plus bienveillants, ont montré la même indifférence à l'égard des règles auxquelles se soumettaient leurs sujets dans leurs rapports les uns avec les autres, et ne se sont absolument souciés que d'une chose : le paiement exact de l'impôt.
Recevoir d'en haut une loi uniforme et s'y soumettre au même degré, sans considération de rang, de fortune, ou de contrée, constitue pour les citoyens d'un même pays le dernier point de la centralisation et représente le dernier mot de l'organisation politique moderne dans nos sociétés occidentales.
La fabrication par l'Etat de lois égales pour tous est un principe tout i\ fait récent. S'il remonte jusqu'à l'empire romain quant à sa théorie, il vient à peine de naître quant à sa pratique. La Révolution française s'est faite en partie pour l'appliquer; et si nous le voyons fleurir à outrance dans notre pays, si nous sommes arrivés à croire non seule-
INSTITUTIONS, MŒURS ET COUTUMES
ment que légiférer est une attribution de l'État, mais encore que c'est la principale, nous n'avons pas à aller bien loin pour voir qu'il n'en est pas de même partout.
En Angleterre, en Allemagne, la coutume locale subsiste encore; en Russie, elle garde une énorme importance , et nous la voyons tou-
Fig. 305. — Broc ciselé et doré (Cachemire).
jours plus forte à mesure que nous nous éloignons des principaux foyers de civilisation.
Basée sur des conditions d'existence spéciales, sur des croyances anciennes et profondément enracinées, sur l'infinie diversité des groupes humains, la coutume, lentement formée, ne peut être détruite en un jour par un décret ou par un vote. Bien aveugles et bien imprudents ont été les conquérants et les réformateurs qui ont pu se l'imaginer. Construites sur le sable, leurs institutions se sont écroulées au premier souffle.