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L'AGRICULTEUR

Nous avons montré, dans notre chapitre des Milieux, que l'Inde est, avant tout, une contrée agricole, et que plusieurs raisons, entre au-

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très le manque de combustible, l'empêcheront toujours de devenir industrielle.

La majorité du peuple hindou se compose donc de laboureurs, c'està-dire de pauvres gens vivant avec les quelques sous par jour qu'ils peuvent ravir au fisc et à l'usurier, plus oppresseur encore que le fisc,

Fig. 310. — Plat en cuivre jaune incrusté de cuivre rouge de Tanjore. Un plut de même style est représenté dans une des planches coloriées de cet ouvrage.

et qui n'ont aucun moyen de jamais parvenir à la richesse ou seulement à l'aisance.

La pauvreté est encore accrue par l'inquiétante rapidité avec laquelle l'Hindou se multiplie dès qu'il n'est pas absolument plongé dans l'extrême misère. En moins d'un siècle, l'Inde a vu sa population doubler. Un peuple qui se multiplie avec une rapidité pareille, sans avoir, comme l'habitant des Etats-Unis, de vastes territoires à cultiver, peut

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fort difficilement atteindre à l'aisance, et s'il y atteint par un concours de circonstances exceptionnelles, il ne saurait évidemment la garder. C'est de l'Inde surtout que l'on peut dire que la population croît beaucoup plus vite que les moyens de subsistance.

Heureusement pour l'Hindou, ses besoins sont si faibles que je ne crois pas qu'il soit plus malheureux que l'homme des couches européennes correspondantes. Je n'ai jamais entendu un Hindou illettré se plaindre de son sort. Il est évident que s'il avait seulement le quart des besoins d'un Européen, la vie serait impossible pour lui. Lorsque les Anglais, grâce à l'éducation dont nous parlerons plus

Fig. 311. — Coffret émaillc (Kajpoutana).

loin, auront réussi à lui inculquer ces besoins, la vie sera aussi intolérable pour l'Hindou qu'elle le serait pour un homme de l'Occident dont on limiterait les ressources à 30 ou 40 centimes par jour.

Une hutte de paille pour se couvrir, deux pièces d'étoffe pour s'entourer la tête et les reins, quelques poignées de riz par jour, en voilà assez pour que l'Hindou, le plus insouciant des hommes, soit parfaitement content de son sort et n'envie personne.

C'est seulement durant les temps de famine que sa pauvreté le fait cruellement souffrir; pour peu que le prix du grain augmente, le travailleur meurt de faim. Son imprévoyance naturelle empire sa situation. Il vit au jour le jour et ne songerait pas à mettre de côté ce qu'il peut économiser dans les moments d'abondance. Tout son superflu passe à l'achat de colliers et de bracelets ou bien dans des repas de noces.

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Il en a été ainsi de tous temps et sous tous les conquérants. Aussi serait-il véritablement injuste d'accuser de cet état de choses les maîtres de l'Inde, quels qu'ils soient. Les lois naturelles qui ont condamné les Hindous à se multiplier avec une rapidité dont il n'est pas d'autre exemple dans le monde, et à toujours cultiver pour d'autres un sol incomparablement riche, sur lequel ils meurent souvent de

faim, ces lois sont au-dessus de la puissance et de la volonté des dominateurs eux-mêmes et il n'est pas de récriminations qui puissent prévaloir contre elles.

Le rôle des vainqueurs se borne, lorsqu'ils sont éclairés et généreux, à adoucir en quelque mesure ces lois fatales pour les vaincus. A ce point de vue le gouvernement britannique a fait mieux que ses prédécesseurs. La situation du peuple hindou est certainement plus tranquille et plus heureuse aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais été.

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