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L'AVENIR DE L'INDE

§ 1. — L'ADMINISTRATION ANGLAISE

Bien des peuples ont fondé des colonies, très peu ont su les conserver. L'Angleterre a su généralement garder les siennes, et elles sont la source d'immenses profits pour elle. Il y a donc un intérêt considérable à savoir comment elle les gouverne.

Examiné dans son ensemble, le sujet présenterait une étendue considérable, car le système colonial anglais varie considérablement d'une colonie à l'autre. Entre certaines colonies, telles que l'Australie, jouissant d'une indépendance presque complète, et où la puissance anglaise n'est guère que nominale, et celles ayant, comme l'Inde, des gouverneurs dont la puissance est à peu près absolue, il y a place pour tous les régimes.

Le seul que nous ayons à étudier ici est celui qui s'applique à l'Inde. Nous essaierons donc d'indiquer dans ses traits principaux la remarquable organisation qui permet à un millier de fonctionnaires appuyés par une petite armée d'Européens — à peine supérieure en nombre à celle que nous entretenons en Algérie pour gouverner trois millions de Musulmans — de maintenir dans l'obéissance plus de 200 millions d'hommes, c'est-à-dire le plus grand empire du monde après la Chine.

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11 n'est pas très facile de dégager les principes généraux qui ont dirigé les Anglais dans la fondation de leur empire colonial de l'Inde, et des colonies analogues.

Ces principes généraux font partie de ces règles de conduite que les peuples, comme les individus, aiment beaucoup à pratiquer, très inconsciemment parfois, mais qu'ils évitent toujours de recommander dans leurs livres. Après une étude attentive de l'administration anglaise dans l'Inde et de son histoire, je crois qu'on peut formuler ces principes de la façon suivante :

1° La conquête commerciale d'une colonie doit toujours précéder sa conquête militaire. Les commerçants seuls peuvent prouver par les succès de leurs débouchés s'il y a un intérêt sérieux à s'emparer d'un pays.

Lorsque cet intérêt est bien démontré, on s'en empare par la violence si on se sent le plus fort, ou par la ruse dans le cas contraire.

2° Le pays à conquérir doit être subjugué avec l'argent et les propres soldats du peuple envahi; les Européens ne doivent constituer qu'un état-major directeur fort restreint. — Nous avons vu comment ce prin-

Fig. 325. — Collier d'argent (Sindh).

cipe fondamental fut appliqué à l'Inde, et comment, en intervenant dans les querelles des princes indigènes, l'Angleterre arriva à s'emparer de la totalité de la péninsule sans dépense pour la métropole et avec des pertes d'Européens absolument insignifiantes.

3° Tant que la colonie n'est pas devenue, comme l'Amérique et l'Australie, assez forte pour secouer plus ou moins le joug de la métropole, elle doit être considérée comme une propriété qu'il faut exploiter uniquement au profit de cette métropole.

4° Le seul moyen d'exploiter économiquement cette propriété, sans susciter de révoltes chez les exploités, est de ne jamais toucher à leurs institutions , leurs coutumes et leurs croyances. On leur laissera donc leur administration et leurs magistrats, en plaçant ces derniers sous le contrôle immédiat d'un état -major européen peu nombreux. Les deux buts fondamentaux que cet état-major doit s'efforcer constamment d'atteindre sont le maintien de la paix et l'extraction de la plus grande somme possible d'impôts. Le titre de « collecteurs », par lequel sont désignés officiellement aux Indes les fonctionnaires les plus élevés de l'administration anglaise, leur rappelle clairement la plus essentielle de leurs attributions.

5° Une expérience bien des fois séculaire, et dont des exemples très frappants ont été fournis par les Portugais aux Indes et les Espagnols en Amérique, ayant prouvé que tout croisement dans une colonie entre peuple supérieur et peuple inférieur, a bientôt pour résultat inévitable l'abaissement moral et intellectuel du vainqueur et la perte prochaine de la colonie, la séparation entre conquérants et conquis doit être maintenue d'une façon absolue. — Nous avons vu dans notre paragraphe des castes avec quelle rigueur ce principe est observé aux Indes par les Anglais.

Parmi les principes qui viennent d'être énoncés, celui d'après lequel la colonie doit être considérée comme une propriété exploitable uniquement au profit de la métropole est évidemment d'une application assez difficile. La limite où commencent les abus qui rendent la domination intolérable au vaincu et provoquent son soulèvement est difficile à marquer, et par conséquent aisée à franchir. Malgré leur sens pratique

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remarquable, les Anglais faillirent perdre l'Inde pour l'avoir franchie.

Jusqu'à la révolte des cipayes, il y a trente ans, le gouvernement de l'Inde fut l'exploitation pure et simple de 200 millions d'hommes par une compagnie de marchands protégée par des bandes de mercenaires, exploitation qui ne profitait guère d'ailleurs qu'au petit nombre d'individus envoyés pour administrer le pays, car les actionnaires de cette compagnie ne firent jamais de brillantes affaires. Le but de chaque employé, du plus petit au plus grand, était de s'enrichir rapidement. Le

Fig. 326. — Bijoux en filigrane d'argent (Orissa).

parlement anglais eut plus d'une fois à s'occuper des scandaleuses fortunes des gouverneurs. L'oppression était générale; aucuns travaux publics n'étaient exécutés ; routes, étangs, canaux, etc., restaient entièrement abandonnés.

La sanglante révolte des cipayes, qui faillit faire perdre l'Inde à l'Angleterre, lui montra les dangers d'un pareil gouvernement; et, aussitôt la répression terminée, il fut modifié d'une façon radicale. Par suite d'une décision royale, édictée en 18Ô8, sous le titre : « Acte pour un meilleur gouvernement de l'Inde », le gouvernement de la péninsule fut retiré à la compagnie de marchands et attribué directement à la reine. On créa un secrétaire d'État pour l'Inde et on

lui adjoignit un conseil de membres ayant séjourné dix ans au moins dans l'Inde. Le pays fut divisé en un certain nombre de provinces placées sous les ordres d'un vice-roi assisté d'un conseil de ministres nommés par la couronne, et d'un conseil législatif nommé par lui. Aujourd'hui la péninsule est divisée, non pas en trois présidences, comme on le dit généralement, mais en huit provinces (Bengale, Provinces du Nord-Ouest, Pundjab, Provinces centrales, Madras, Bombay, Assam et Birmanie). Les plus importantes de ces provinces ont à leur tête des fonctionnaires indépendants ne recevant d'ordres du vice-roi qu'en matière d'armée et de finances. Les gouverneurs des provinces de Bombay et de Madras correspondent même directement avec la couronne sans passer par le vice-roi ; ils ont chacun leur conseil législatif et leurs ministres.

Chaque province est divisée en districts ayant à leur tête un officier exécutif, ce magistrat collecteur » ou « député commissaire )). Suivant le degré de civilisation de chaque région, les pouvoirs administratifs et judiciaires sont placés dans la même main ou séparés. Aujourd'hui les deux fonctions sont presque partout distinctes.

Chaque district, grand comme un département français, comprend le plus souvent un million d'hommes. Tous les fonctionnaires chargés de l'administration appartiennent au « civil service », qui comprend pour l'Inde entière un peu moins de mille employés. C'est avec ce petit état-major que l'Angleterre gouverne ses 200 millions de sujets.

Composé avec un soin scrupuleux, il forme assurément une des plus remarquables collections de fonctionnaires qu'aucune nation possède. J'ai été en relations avec beaucoup d'entre eux, et j'ai toujours été frappé, non seulement de leur intelligence et de la solidité de leurs connaissances, mais surtout de leur caractère et de leur jugement. Ils administrent l'Inde d'une façon sage et intègre.

Le gouvernement anglais paye fort cher ses employés dans l'Inde, mais il est très exigeant à leur égard. Ils étaient autrefois nommés au choix, et on voyait alors des familles où de père en fils on se succédait dans l'administration des Indes. Aujourd'hui les nominations se font au concours. Certains abus sont ainsi évités ; mais, comme le fait justement

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remarquer sir Richard Temple, le caractère et lenergie indispensables, dans de tels emplois, ne peuvent guère s'apprécier par des examens.

L'admission dans ce corps de choix n'est pas d'ailleurs facile. Après ces examens qui doivent prouver une instruction assez variée et la connaissance parfaite de l'hindostani — l'administration anglaise n'admettant pas qu'on puisse gouverner un peuple sans connaître sa langue — , le candidat subit une sorte de surnumérariat destiné à montrer ses ap-

Pig. 327. — Poterie vernissée blanche et bleue (Delhi). Pig. 328. — Poterie vernissée (Sindh).

titudes. Il entre ensuite dans le ce civil service », avec des appointements de 9,000 à 17,000 francs, suivant la branche de service à laquelle il a été reconnu apte. Quatre ans plus tard, les appointements varient de 22,000 à 30,000 francs. Après huit années de service, c'est-àdire vers l'âge de 30 ans, l'employé du service civil qui a montré des capacités suffisantes peut espérer un traitement de 50,000 francs, qui lui permet d'atteindre plus tard des positions de 100,000 francs et au-dessus. A toute époque de sa carrière, l'acquisition d'une langue nouvelle, notamment celle de l'arabe, du persan ou du sanscrit, lui vaut une indemnité.

Après 22 ans de fonctions, c'est-à-dire vers l'âge de 40 ans, le fonctionnaire du (( civil service )) a droit de retourner en Angleterre avec une retraite annuelle de 15,000 à 25,000 francs *.

Sous cet état-major se trouvent plusieurs centaines de milliers d'agents hindous subalternes peu rétribués , puisque leurs appointements dépassent rarement une cinquantaine de francs par mois , somme élevée d'ailleurs pour un Hindou. C'est à eux surtout que la masse du peuple hindou a affaire. Connaissant ses besoins, ses idées, ses institutions, variables suivant chaque province, ils sont parfaitement aptes à remplir leur tâche. Chaque province, chaque »iVl5 district se trouve ainsi administré suivant

ses anciens usages.

On voit la perfection du mécanisme et sa simplicité. Alors que d'autres peuples envoient dans leurs possessions d'outremer de véritables colonies de fonctionnaires de tout grade, ignorant absolument la langue, Jes idées, les coutumes, les moeurs de leur patrie provisoire, et ne pouvant naturellement qu'entasser des maladresses et heurter à chaque instant Hg. 329. -colonne laquée d'un lit (sindh). les sentiments des gens qui les entourent,

le gouvernement anglais se sert, pour administrer le pays, des fonctionnaires, des magistrats locaux de ce

* Les traitements des officiers sont beaucoup moins élevés que ceux des employés du « civil service ». L'avancement étant fort rapide, le nombre des candidats est parfaitement suffisant pour les besoins de l'armée. Bien que relativement minimes, ces traitements sont très supérieurs cependant à ce qu'ils sont en Europe. Un simple sergent a 1,500 francs d'appointements, un lieutenant G, 000 francs, un capitaine 20,000 fr., un commandant 30,000 fr. Le traitement des colonels est variable ; il peut atteindre et dépasser 100,000 francs si le titulaire remplit en même temps les fonctions de commissaire ou de résident ; tel est, par exemple, le cas du colonel faisant actuellement fonctions de commissaire dans le Rajpoutana.

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pays même, et il est ainsi parfaitement sûr de respecter ses lois et ses coutumes. Les agents supérieurs qui doivent les surveiller étant assez richement payés pour être incorruptibles on peut être fort difficile sur leur choix, et exiger d'eux qu'ils consacrent à leur tâche toute leur intelligence. Des employés du « Civil service » restent parfois vingt ans dans la même province, et arrivent ainsi à la connaître à fond.

On peut critiquer un système qui consiste à laisser aux populations conquises leurs institutions et leurs coutumes, si l'on pose en principe que le rôle des peuples supérieurs doit être d'imposer, malgré eux, aux peuples inférieurs ce que nous appelons les bienfaits de la civilisation. Je suis fort peu convaincu de la justesse théorique de ce principe, mais ce qui me paraît hors de discussion, c'est qu'il est détestable en pratique pour conserver la colonie qu'on a fondée. Nous avons cru bien faire, assurément, en octroyant aux Kg. 330. - Broche eu or (Bombay),

débris de nos colonies dans l'Inde

nos institutions républicaines : égalité, suffrage universel, etc. ; mais ceux qui admirent ce système de colonisation ne doivent pas regretter que nous ayons perdu l'Inde sous Louis XV ; car en appliquant à l'immense péninsule nos grands principes, nous aurions vu l'Inde non seulement nous échapper fort rapidement, mais, de plus, tomber dans la plus sanglante anarchie.

Rien n'est plus frappant pour le voyageur qui arrive à Pondichéry, après avoir visité l'Inde, que de comparer le peu d'égards des Hindous pour les Européens dans cette possession française, avec le respect profond des mêmes Hindous pour les mêmes Européens, aussitôt qu'on pénètre sur le territoire soumis à l'Angleterre. Nous croyons bien faire

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en donnant à ces populations, qui sont encore en plein moyen âge, les institutions avancées des peuples modernes; elles en concluent que nous avons peur d'elles, et nous perdons tout prestige à leurs yeux. Gardons nos idées d'égalité, si nous ne pouvons vivre sans elles, mais renonçons absolument à fonder des colonies tant que nous persisterons à les garder.

Fig. 331. — Bijoux de Trichinopoly.

Les statistiques officielles permettent aisément de juger des résultats obtenus par la nouvelle administration anglaise qui conduit les destinées de l'Inde depuis trente ans. Sous sa direction, la péninsule s'est couverte de chemins de fer, de canaux, de télégraphes, de grands travaux publics, et est devenue la plus prospère des colonies qu'aucun peuple ait jamais possédée. Quelques chiffres permettront de juger aisément de l'état actuel de ce gigantesque empire.

La population soumise au gouvernement anglais est de 200 millions

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d'habitants; celle des indigènes natifs dépendant plus ou moins de l'Angleterre, de 60 millions; total 260 millions. Sur ces 260 millions d'hommes, 500,000 à peine sont le produit des croisements d'Hindous et d'Européens, croisements qui remontent d'ailleurs, la plupart, à une époque où les rapports entre Anglais et indigènes étaient beaucoup plus intimes qu'aujourd'hui; car ils deviennent infiniment rares maintenant. L'armée européenne est de 65,000 hommes seulement ; elle est

Fig. 332. — Bracelet d'argent (Bengale).

complétée par une armée hindoue composée de 127,000 hommes, dont tous les officiers supérieurs sont européens.

Les revenus de l'Inde sont de 1 milliard 700 millions, dont 565 millions fournis par l'impôt sur les terres, 130 millions par l'opium, 155 millions par le sel.

L'armée coûte de 400 à 500 millions, suivant les années ; l'administration civile, 275 millions; les travaux publics, 375 millions. La dette publique est de 4 milliards, dont 1 milliard représente les dépenses

faites pour la répression de la révolte des cipayes et 540 millions celles de la dernière guerre de l'Afghanistan.

Les grands travaux publics se composent principalement de chemins de fer et de canaux ; l'Inde possède plus de 20,000 kilomètres de chemins de fer et à peu près la même longueur de canaux.

Le mouvement commercial de la Péninsule est actuellement d'environ 3 milliards, les exportations sont de 1700 millions, et les importations de 1300 millions. Depuis nombre d'années, l'Inde exporte bien plus qu'elle n'importe. Les exportations dépassent actuellement de 400 millions les importations. Cet excédant représente en majeure partie l'argent que l'Inde doit donner à l'Angleterre pour son administration. On peut considérer cette somme comme une sorte de tribut ; et , assurément, au point de vue économique, ce drainage inévitable est désastreux pour le pays.

Les principaux objets d'exportation sont le coton, l'opium (275 millions), le riz et le blé.

Le principal article d'importation est le coton manufacturé (650 millions). Les cotonnades viennent d'Angleterre, parce que les usines de l'Inde sont trop mal organisées encore pour soutenir la concurrence ; cependant elles commencent à fabriquer et à exporter de grandes quantités de coton manufacturé en Chine, sur les côtes orientales d'Afrique et en Arabie.

La Chine est, avec l'Angleterre, la grande cliente de l'Inde ; le commerce se fait surtout par le port de Hong-Kong.

Les exportations se font presque exclusivement par mer au moyen de 12 ou 13,000 navires qui fréquentent les ports de l'Inde : 85 pour cent du tonnage total de tous les pavillons fréquentant les ports indiens sont anglais.

Si — ce qui me paraît fort contestable — la prospérité d'un peuple pouvait toujours se juger par la rapidité avec laquelle sa population augmente, on pourrait dire que l'Inde est le pays le plus prospère du monde, car sa population croît plus vite que nulle part ailleurs. La population hindoue, qu'on évaluait à 100 millions en 1800, était de 200 millions en 1871. En dix ans (de 1871 à 1881) elle s'est accrue de 12 millions, et

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cela malgré les famines et les épidémies qui détruisent périodiquement les hommes par millions. Il }r aurait dans cette multiplication de quoi réjouir certains économistes, si d'autres économistes ne prétendaient montrer que — en dehors des pays où de vastes territoires ne sont

Fig. 333. — Marbre incrusté de pierres précieuses (Agra).

pas encore habités, comme l'Amérique — ce sont seulement les peuples pauvres qui possèdent la faculté de pulluler comme des lapins.

Toute cette population, assez misérable, mais en somme généralement assez satisfaite de son sort, habite surtout les campagnes : la moitié des villages de l'Inde n'offrent guère que 200 habitants chacun. Les grandes

agglomérations sont rares dans la péninsule; on n'y compte pas cinquante villes ayant plus de 50,000 habitants.

En dehors des 200 millions d'hommes directement gouvernés par l'Angleterre, l'Inde possède une population de 60 millions d'individus peuplant les États indigènes gouvernés par des rois indépendants, mais placés, pour tout ce qui concerne leurs relations politiques, sous le contrôle de l'Angleterre. L'étendue de leur territoire est beaucoup plus importante que leur population, puisqu'elle comprend les deux cinquièmes de la péninsule. Le total des revenus de ces Etats est évalué à 400 millions, leurs armées à 350,000 hommes et 4,000 canons. Ces États sont d'étendues diverses. Il en est parmi eux, tels que celui du Nizam, grands comme l'Italie, avec une population de 9 millions de sujets et 30 millions de re venus ; tandis que dans le Kattywar on voit des rajahs souverains d'un seul village. Il y a môme des provinces, telles que le Bérar, où le titre de rajah est simplement honorifique comme ceux de duc ou de baron en Europe.

Le pouvoir des souverains de tous ces royaumes, parfaitement absolu en ce qui concerne l'administration de leurs sujets, n'est limité que par les conventions faites avec l'Angleterre, conventions en vertu desquelles il leur est interdit de se déclarer la guerre, de s'envoyer des ambassadeurs, et de recevoir aucun Européen sur leur territoire sans l'autorisation du gouvernement britannique. Dans les capitales des'plus puissants d'entre eux réside un ambassadeur anglais, dont les fonctions sont purement diplomatiques, et qui ne peut se mêler que dans des cas tout à fait exceptionnels de l'administration de l'Etat. Quelques-uns de ces royaumes payent un tribut à l'Angleterre, d'autres n'en payent pas. Ils sont d'ailleurs, à l'exception d'un ou deux, de formation récente, et sont gouvernés par des dynasties qui ont commencé à la chute de l'empire mogol.

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