‹ Les civilisations de l'IndeChapitre 13 sur 155 · DEKKAN · texte numérisé non relu

DEKKAN

Le nom de Dekkan, qui, dans son acception ancienne, s'applique à toute la partie méridionale de l'Inde, par opposition à la partie septentiïonale ou Hindoustan, est généralement réservé maintenant à la région des plateaux, abstraction faite des Provinces Centrales et des côtes.

Ces plateaux, au sol volcanique, sont généralement infertiles et peu peuplés, si ce n'est au bord des rivières, dans les vallées remplies de « terre noire )), et dans la partie occidentale où la mousson du sudouest déverse chaque année les torrents d'une eau bienfaisante.

Tout le nord-ouest de cette région est habité par les Mahrattes, qui formèrent jadis un Etat puissant, essentiellement guerrier et redouté de l'Inde entière. Vainqueurs des Bhils, qui représentent dans cette partie de l'Inde la population autochthone, les Mahrattes s'établirent sur les deux versants des Ghats , aussi bien sur les hauts plateaux que dans les riches plaines du Konkan. C'est un des peuples dont les soulèvements ont été le plus difficilement comprimés par les Anglais. A part les Mahrattes, toutes les populations du Dekkan sont dravidiennes ; du moins l'élément dravidien y domine malgré tous les mélanges.

Parmi les grands empires qui occupèrent le sud de la péninsule, et dont les capitales fameuses, Golconde, Bijapour, Bijanagar, ont jeté tant d'éclat, et ont laissé de si fantastiques souvenirs dans l'imagination des Européens, les seuls qui subsistent encore, sont ceux de Mysore et d'Hyderabad.

Le royaume de Mysore, situé sur le flanc oriental des Ghats occi-

Fig. 18. — Vue prise à Bijapour (Dekkan).

dentales, appuyé au sud contre le massif des Nilghirris, reçoit des nuées de la mousson un abondant tribut, après qu'elles ont versé sur la côte de Malabar leurs premières averses furieuses. Il est donc en partie couvert par une végétation puissante; ses forêts surtout sont admirables; elles abondent en santal, ce bois parfumé que les Hindous sculptent et incrustent si gracieusement. Le coton, les céréales, les épices, sont d'importants objets d'exportation pour le Mysore. Sa capitale, qui porte le même nom, est une ville élégante et salubre, mais les Européens préfèrent encore le séjour d'Outakamound, dans les Nilghirris, la principale ville de santé de l'Inde méridionale.

PHYSIONOMIE DES CONTEÉES DE L'INDE. 55

C'est dans le Mysore, sur le flanc oriental des Ghats, que prend naissance la Cavery, le fleuve le plus important de l'Inde méridionale au sud de la Kistna. Elle quitte brusquement la région des plateaux, par une chute de plus de cent mètres, qui, à l'époque des grandes eaux, est une des plus belles cataractes du monde. Son extrémité forme un très vaste delta, dont le bras le plus large porte le nom de Coleroon. La Cavery est sacrée, comme la plupart des fleuves de

Fig. 19. — Vue prise du sommet de la forteresse des rois de Golconde (empire du Nizam).

l'Inde; dans la région qu'elle traverse, à Tanjore, à Trichinopoli, à Kombakonum, et plus b as, a Madura, s'élèvent des temples célèbres ; leur architecture diffère des autres sanctuaires de l'Inde et a pour trait caractéristique spécial, comme nous le verrons, les grandes portes pyramidales ou (( gopuras » , recouvertes par des milliers de statues sculptées, dont l'ensemble est d'un effet très imposant.

La pointe extrême de l'Inde, au sud de la Cavery, forme une région montagneuse et sauvage ; les forêts y abondent et nourrissent un grand nombre de bêtes féroces et de serpents venimeux ; le climat est malsain dans les vallées. Mais de louables efforts y sont entrepris pour

tirer parti des richesses naturelles que le sol offre à la culture, et, sur les pentes des montagnes, les villes de plaisance commencent à s'élever là où l'altitude corrige les ardeurs tropicales et où soufflent des brises rafraîchissantes et salubres.

Toute la partie supérieure du Dekkan est occupée par le grand empire du Nizam, le plus étendu des États demi-indépendants de l'Inde. Sa ville principale, Hyderabad, est une des plus curieuses cités de l'Inde. Cette grande ville mahométane est une de celles qui donnent le mieux l'idée de ce que devait être une capitale orientale, Bagdad, par exemple, au temps de la puissance arabe.

C'est tout près d'Hyderabad que se trouve Golconde. Cette cité, jadis fastueuse, et dont le nom seul éveille les féeriques images de palais splendides où se pressent des foules parées de chatoyantes étoffes et de pierreries étincelantes, n'est plus qu'un misérable village. Il est dominé par une mystérieuse forteresse, véritable clef de la contrée, et où bien peu d'Européens avaient réussi à pénétrer avant nous.

Golconde n'est pas d'ailleurs la seule ancienne capitale du Dekkan tombée en .ruines. Les capitales d'anciens royaumes, désertes aujourd'hui, sont communes dans l'Inde. Les plus intéressantes de celles qu'on peut observer dans le Dekkan sont Bijapour et Bijanagar; on trouvera plusieurs de leurs monuments représentés dans cet ouvrage. Sur un espace presque aussi vaste que Paris, Bijanagar présente un amoncellement de pagodes et de palais qu'aucun pied humain ne foule plus et dont les seuls hôtes actuels sont des bêtes féroces. Il faut avoir erré, la nuit, parmi éclatant clair de lune, dans le labyrinthe des temples déserts de cette cité morte, le long des voies bordées de colonnes et de portiques s' enchevêtrant et s'étendant à l'infini, pour comprendre à quel point est parfois éloquente l'âme silencieuse des choses. Ce n'est qu'avec de tels spectacles sous les yeux qu'on réussit à faire sortir de la poussière des siècles le mystérieux fantôme d'une civilisation disparue.

Page 1