‹ Les civilisations de l'IndeChapitre 14 sur 155 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

FLORE, FAUNE ET PRODUCTIONS MINÉRALES

§ 1. — LA FLOKE.

De même que l'Inde présente tous les climats divers, elle présente également tous les genres de productions végétales ou animales. Aucune flore, non plus qu'aucune faune spéciale, ne la caractérise.

Tandis que les premières pentes de ses montagnes sont couvertes des fleurs et des fruits de l'Europe, ses plaines rappellent souvent, par leur aspect, celles de la Perse et de la Chine; en traversant certaines de ses régions bridantes et sèches , on se croirait transporté dans l'Afrique centrale ; et enfin la végétation puissante et désordonnée du Teraï et des Sanderband est toute semblable à celle qui se développe dans les îles de la Malaisie.

D'une façon générale l'Inde est extrêmement riche et fertile, et pourrait suffire aisément à la nourriture de ses habitants. Les effroyables famines qui désolent parfois quelqu'une de ses régions, tiennent en grande partie au manque de moyens de communications régulières, qui permettraient de faire immédiatement passer dans la province où les récoltes sont insuffisantes le trop-plein de celles qui ont largement produit.

Ces famines tiennent aussi à la pauvreté extrême des classes inférieures , qui souvent, faute des quelques sous nécessaires pour acheter

un peu de riz ou de blé, périssent en foule, tandis que des quantités énormes de grains s'entassent sur les navires et vont alimenter les marchés étrangers.

L'Inde compte en effet les céréales comme le premier et le plus important des produits de son sol. Le blé, le riz, le maïs, le millet, y poussent en abondance et forment le fond de la nourriture de ses habitants, à qui l'usage de la viande est généralement d'ailleurs interdit. La chaleur du climat, le manque de bétail et les prescriptions religieuses, s'accordent pour obliger l'Hindou à vivre exclusivement d'aliments végétaux.

L'agriculture semble avoir toujours été pratiquée dans l'Inde avec ardeur et intelligence. Lorsque les Européens ont essayé de l'améliorer par les nouveaux procédés qu'ils apportaient, l'épreuve a généralement tourné au profit des indigènes ; l'on a dû reconnaître qu'en bien des cas les anciennes méthodes étaient les meilleures et que par conséquent il valait mieux y revenir. Cependant il reste à étendre la surface des terres en culture, qui n'équivaut guère encore qu'au tiers de la superficie totale de l'Inde.

Le bassin du Gange est la région la plus fertile, non seulement de la péninsule, mais peut-être du monde entier. Des champs admirables y couvrent partout les plaines à perte de vue, et leur horizon monotone avait fini par lasser les yeux du conquérant mogol Baber. Il n'est pas rare d'y faire trois récoltes par an. C'est le riz surtout que l'on cultive sur les bords du Gange, dans les terrains qu'il laisse à découvert après l'inondation; mais le blé, le coton, le tabac, le jute, l'opium, croissent aussi heureusement dans cette large vallée, unique sur la terre par son inépuisable fécondité.

Partout dans l'Inde où les terres sont bien arrosées, elles se montrent aussi généreuses, et les provinces dans lesquelles serpentent de nombreux cours d'eau ou qu'inonde régulièrement la mousson du sud, offrent à peu près les mêmes productions que le Bengale. Dans les terres basses où l'humidité est excessive , on récolte avec abondance différentes espèces de riz ; le blé domine dans les endroits plus élevés et plus secs.

Le principal objet d'exportation pour l'Inde, après les céréales que

FLOUE, FAUNE ET PRODUCTIONS MINÉRALES

les navires emportent en masses chaque jour plus considérables vers l'occident, est l'opium. On le cultive surtout dans la plaine du Gange, dans le Pundjab et le Rajpoutana. Le gouvernement anglais s'en est réservé le monopole. Les quantités prodigieuses d'opium que consomme la Chine lui sont presqu'entièrement fournies par l'Angleterre, qui les tire du sol hindou. On sait assez quel fut l'indignation du gouvernement britannique lorsque les souverains du Céleste Empire, voulant préserver leurs sujets des effets de ce funeste poison, essayèrent de leur en interdire l'usage et d'en empêcher l'introduction dans leurs États. C'est alors qu'éclata cette fameuse « guerre de l'opium )), après laquelle les Anglais vainqueurs forcèrent la Chine à recevoir de nouveau l'opium des Indes, qui y tue régulièrement chaque année plusieurs milliers d'êtres humains.

Le coton vient en troisième ligne comme importance parmi les productions agricoles de l'Inde. Certaines régions dans les hautes terres du Dekkan lui sont très favorables. Il est moins estimé que celui de l'Amérique, mais la guerre de sécession donna pendant quelques années à sa culture et à son commerce un accroissement inattendu. Il forme encore une branche importante de l'exportation, soit comme fibre, soit manufacturé. Les mousselines et les calicos de l'Inde furent jadis célèbres ; mais les machines de l'Occident ont fait une trop rude concurrence aux ouvriers orientaux. Aujourd'hui la plupart des (( indiennes )) sont fabriquées en Europe, qui les envoie à son tour à Bombay et à Calcutta.

Une autre plante textile, le jute, est cultivée et exportée par l'Inde sur une grande échelle. Parmi les produits de son sol, que ce pays vend au dehors, il faut aussi compter les graines oléagineuses.

Le tabac, qui y vient parfaitement, n'est guère acheté par les Européens, qui le trouvent mal préparé ; il sert surtout pour la consommation des indigènes. La ville de Trichinopoly, dans le sud, est justement renommée cependant pour la qualité de ses cigares.

L'Inde est la contrée qui, après la Chine, produit le plus de thé; les plantations de thé donnent de très beaux résultats dans l'Assam. Quant au café , qui y fut introduit vers le milieu de ce siècle, il prospère d'une

façon remarquable sur les collines du sud, et surtout dans le Waïnad, petit Etat au sud du Mysore.

L'indigo, le bétel, le quinquina, récemment acclimaté, et le mûrier des vers à soie, doivent également être comptés parmi les grandes cultures de l'Inde.

L'Inde possédait autrefois d'admirables forets. Par malheur, les déboisements auxquels se sont livrés, d'abord les indigènes, puis les conquérants anglais avant que le gouvernement y eût pourvu, ont bien diminué cette source de richesse. Dans les Provinces Centrales, les Hindous mettent encore en usage un système de défrichement déplorable. Ils abattent sur une certaine étendue de forêts les arbres séculaires, puis ils y mettent le feu, et sèment ensuite parmi les cendres. Us obtiennent ainsi deux ou trois excellentes récoltes, et, lorsque la fécondité passagère communiquée au sol par les cendres est épuisée, ils vont un peu plus loin recommencer la même opération.

L'avidité et l'imprudence des maîtres européens a continué l'oeuvre de destruction commencée par les indigènes, et l'on s'avise aujourd'hui seulement qu'il serait utile de mettre un terme à un si triste gaspillage.

Les deux rois des forêts de l'Inde sont le sal et le tek : le premier fournit de la résine ; le second est un excellent bois de construction, et ses menues branches se transforment en charbon de belle qualité. Ces deux arbres gigantesques demandent des terrains divers et ne poussent jamais côte à côte. Le sal couvre les pentes méridionales du Sub-Hymalaya et se retrouve dans les provinces du centre; mais il s'arrête complètement au bord des plateaux basaltiques du Dekkan, qui sont, au contraire, le domaine particulier du tek.

Dans l'Inde comme partout ailleurs, les montagnes, à une certaine altitude, se revêtent du sombre manteau des pins et des sapins. Audessous de la froide zone où se plaisent ces arbres, sur des pentes pourtant élevées encore où règne un climat tempéré qui rappelle celui de l'Europe, le chêne, le hêtre, le tremble, tous les hôtes familiers de nos forêts occidentales, étendent leurs gracieux ombrages; auprès d'eux poussent également tous nos arbres fruitiers et même nos arbustes ;

FLORE, FAUNE ET PRODUCTIONS MINÉRALES

parmi des buissons de groseilliers s'élèvent les pommiers, les' poiriers et les pruniers ; parfois la vigne même s'y rencontre.

Si de ces hauteurs nous redescendons dans les plaines, nous apercevons une foule d'autres arbres utiles par leurs fruits ou par leur bois et souvent magnifiques par leur feuillage. Ce sont : le dattier, le figuier des ban vans, le mliowa, dont la fleur nourrissante a servi quelquefois de ressource unique dans les temps de famine ; c'est le léger bambou, le dur bois de fer et le santal parfumé; c'est enfin et surtout le palmier, cet arbre précieux, dont les indigènes ont compté huit cent une manières de tirer parti, en utilisant son bois, sa fibre, ses feuilles, sa sève et son fruit. Les provinces méridionales sont les plus riches en palmiers.

Dans les régions à la fois très arrosées et très chaudes de l'Inde, la flore tropicale se développe avec toute sa splendeur. C'est surtout dans l'Assam qu'elle surgit avec une intempérance de vie qui défie les efforts de l'homme. Les forêts y sont si épaisses que le feu y devient indispensable, et que l'incendie seul, pendant la courte saison de sécheresse, parvient à déblayer un peu le sol. Les arbres s'élèvent à 50 et 60 mètres ; un inextricable fouillis de lianes les unit en une seule masse impénétrable; des fleurs étranges s'ouvrent à leur pied. On a compté sur les monts Khasi deux cent cinquante espèces d'orchidées. Nulle région n'offre l'exemple d'une végétation plus magnifique et plus désordonnée.

Page 1