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LA FAUNE

L'Inde ne nourrit aucune espèce d'animal qui lui soit propre ; sa faune est variée comme sa flore et comme son climat, et rappelle, suivant les régions, celle de la Chine, de l'Afrique, de la Malaisie et de l'Europe.

Toutes les parties élevées, sèches et froides de l'Himalaya, au-dessous des neiges éternelles, sont peuplées par les animaux du Thibet, les chamois, les chevreuils, les ours, les chiens sauvages et les loups. Les régions chaudes, boisées et sauvages duTeraï et de l'Assam conservent encore les principales espèces d'animaux féroces, qui, poursuivies et chassées dans les autres parties de l'Inde, s'y sont réfugiées et y pullu-

lent sans inquiétude. C'est également dans cette retraite dernière que les éléphants vivent par troupes et en liberté. Ces précieux animaux risquaient de disparaître de l'Inde, si le gouvernement anglais ne les avait pris sous sa protection et n'en avait interdit la chasse, se déclarant propriétaire de tous les éléphants de la péninsule. On en attrape chaque année environ une centaine; on les attire dans des pièges, puis on les met dans la société d'éléphants apprivoisés qui les habituent à la servitude. Ils sont employés pour une foule de travaux, servent à chasser le tigre, et sont un des principaux ornements des pompes royales des souverains indigènes. Dans tout brillant cortège on voit s'avancer des éléphants caparaçonnés de pourpre et d'or, portant sur leur dos les rajahs ou les hôtes illustres à qui l'on a l'intention de rendre des honneurs particuliers.

Le lion a presque entièrement disparu de l'Inde ; les derniers représentants de son espèce se trouvent à l'ouest, dans la presqu'île de Kattywar ; ils sont de petite taille et n'ont pas de crinière.

Quant au tigre, c'est l'animal féroce qui s'est le mieux maintenu dans la péninsule ; il y est encore partout répandu , mais c'est dans les taillis des jungles qu'il habite le plus volontiers. S'il subsiste encore en grand nombre, c'est qu'on ne lui fait pas toujours la guerre ; il est respecté dans certaines contrées, plus exposées que les autres aux ravages des sangliers ; ces derniers animaux sont particulièrement redoutables pour les cultivateurs, et les tigres en détruisent un grand nombre. D'ailleurs la proie la plus ordinaire du tigre est l'animal sauvage des forets, daim, chevreuil ou sanglier ; c'est seulement lorsque celui-ci vient à lui manquer que, poussé par la faim, il s'aventure autour des habitations humaines et s'empare du bétail. C'est plus rarement encore qu'il s'attaque à l'homme; mais, lorsqu'une fois il a goûté à sa chair, il n'en veut plus d'autre, et alors il devient fort dangereux. Le tigre qui, dédaignant toute autre victime , déclare ainsi la guerre à l'homme , déploie dans cette nouvelle chasse une férocité et une ruse contre lesquelles des populations entières renoncent quelquefois à lutter. Le pays qu'il habite finit par se dépeupler, après que des centaines de malheureux ont péri dévorés par lui. Il devient comme un nouvel animal et il porte aussi un

FLORE, FAUNE ET PRODUCTIONS MINÉRALES

nom nouveau : c'est le terrible « mangeur d'hommes » {man-eater). limiter donne à ce propos les chiffres suivants : un man-eater tua en trois ans cent huit individus; un autre faisait une moyenne de quatre-vingts victimes par an; un troisième, par ses ravages, amena l'abandon de treize

Mg, 20. — Éléphants emplo3Tés comme porteurs.

villages et transforma en désert un espace de 650 kilomètres carrés ; un quatrième enfin, en 1869 , tua cent vingt-sept personnes et tint une grande route complètement fermée pendant plusieurs semaines.

Le gouvernement anglais alloue de fortes primes à ceux qui parviennent à détruire ces redoutables animaux ; mais les indigènes osent à peine les combattre, car à la terreur toute naturelle qu'ils inspirent se joint chez les Hindous un respect superstitieux; quand le mangeur

d'hommes a fait un certain nombre cle victimes, il commence à être regardé comme un dieu.

Un animal bien plus dangereux et pourtant plus vénéré encore des Hindous que le tigre, c'est la cobra, l'un des serpents les plus venimeux qui existent. Nul pays au monde n'offre d'ailleurs autant de variétés de serpents venimeux que l'Inde ; on en voit surgir partout de son sol et de ses eaux. Les serpents d'eau salée, ceux que l'on trouve dans les marigots de la côte de Malabar, font des morsures empoisonnées, tandis que ceux qui vivent dans les eaux douces sont inoffensifs. Mais parmi les serpents de terre, dont un grand nombre sont dangereux, la cobra est le plus terrible. Les blessures qu'elle fait sont toujours mortelles. Et tandis qu'on peut chasser le tigre, et que le jour viendra sans doute où l'on en aura complètement débarrassé le pays , il est presque impossible de se défendre contre les serpents. Ils rampent silencieusement dans l'herbe, sortent tout à coup des fissures du sol, se glissent dans les habitations, et se multiplient avec une rapidité prodigieuse.

En raison de l'épouvante qu'elle inspire, la cobra est devenue pour les Hindous l'animal sacré par excellence. Elle forme un des attributs principaux de Vishnou ; partout dans les sculptures des temples elle est représentée enroulant ses replis tortueux et hérissant des milliers de têtes aux yeux menaçants.

C'est à vingt mille par an environ, que s'élève dans les Indes le nombre des victimes faites par les tigres et les serpents venimeux.

Tigres et serpents ne sont pas d'ailleurs les seuls hôtes redoutables de l'Inde. Les rats, les sauterelles, les insectes de toute sorte, causent bien plus de dégâts matériels.

Les loups sont très nombreux dans l'Inde , qui en possède plusieurs espèces ; la panthère, le chacal, la hyène et le rhinocéros, termineront, avec le crocodile, la liste des animaux féroces. Le rhinocéros se rencontre surtout dans les Sanderband ; les crocodiles abondent dans les marais et les rivières et infestent les moindres cours d'eau ; l'alligator et le gavial du Gange en sont les deux principales variétés.

L'Inde est un pays très pauvre en pâturages et par conséquent en bé-

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tail. Les chameaux, les chevaux, les boeufs, les buffles surtout servent comme animaux domestiques ; les chevaux sont de très petite taille ; les moutons ne sont élevés que pour leur chair et pour leur lait. Quant au porc, il est en abomination aux yeux des Hindous. Les volatiles de bassecour sont les mêmes qu'en Europe. On trouve dans les rivières plusieurs espèces de poissons bons à manger, et d'autres récemment acclimatées peuplent les viviers des Nilghirris.

Fig. 21. — Chameau de course.

Les singes pullulent aux Indes, et sont un fléau pour les paysans dont ils abîment les récoltes et dans les habitations desquels ils viennent effrontément voler tout ce qui leur plaît. Le respect de l'Hindou pour le dieu singe Hanouman l'empêche de se défendre contre ces importuns animaux. Ils rendent certaines villes, Muttra par exemple, absolument inhabitables pour les Européens. A Bénarès, ils sont devenus tellement gênants il y a quelques années qu'il a fallu les déporter en masse de l'autre côté du Gange.

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ci;

Les oiseaux des Indes sont très remarquables par la beauté de leur plumage, mais fort peu sont des oiseaux chanteurs. Les agriculteurs les bénissent parce qu'ils détruisent les insectes, tandis que les habitants des villes ont une considération spéciale pour les vautours, qui font disparaître les matières animales en putréfaction et assainissent ainsi les rues. Les perroquets de l'Inde sont beaux et fort nombreux.

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