FORMATION DES RACES DE L'INDE. — LEURS DIVISIONS FONDAMENTALES
Il n'y a pas encore bien longtemps que l'on considérait l'Inde comme un seul pays, offrant partout les mêmes caractères généraux, et habité par une seule race, dont la religion, la civilisation, les arts semblaient partout identiques et immuables depuis des siècles.
Cette opinion erronée ne saurait plus subsister aujourd'hui. Nous avons montré dans notre chapitre des Milieux, combien est grande la variété des aspects, des climats de l'Inde et des conditions d'existence dans ce vaste pays. L'homme, avec ses divers types, ses idées, ses mœurs, ses degrés de civilisation, y est aussi multiple et différent que le milieu qui l'entoure ; et, si nous avons pu dire de l'Inde qu'elle est par ses contrastes un abrégé de l'univers, nous pouvons dire que ses habitants actuels résument et réunissent côte à côte, avec des contrastes non moins frappants, toutes les époques successives de l'histoire de l'humanité.
L'être humain s'y présente dans ses types les plus opposés, puisqu'on y voit à côté des sauvages à la peau noire des populations presque aussi blanches que les Européens. On peut y étudier toutes les phases de l'évolution du monde, depuis la barbarie primitive de certaines régions montagneuses du centrejusqu'à la brillante civilisation des villes somptueuses et lettrées' des bords du Gange, et jusqu'aux raffinements des temps modernes apportés par les derniers vainqueurs.
Les 250 millions d'hommes, que nous désignons en Europe sous la dénomination générale d'Hindous, peuvent être groupés en grandes familles, de races absolument différentes : la race nègre, la race jaune, la race touranienne et la race aryenne. Mais les croisements en proportions très diverses de ces quatre éléments fondamentaux,
combinés avec des influences de milieux très variés , ont fait naître dans l'Inde une foule de races secondaires, plus nombreuses et plus distinctes que celles qui peuplent, par exemple, le continent européen tout entier.
Le terme d'Hindou, n'a donc, au point de vue ethnologique, absolument aucun sens. Dans l'Inde même, il désigne simplement tout individu qui n'est ni musulman, ni chrétien, ni juif, ni parsi, et qui peut se rattacher à l'une des castes créées par la religion brahmanique et reconnues de fait, sinon en principe, par les Bouddhistes eux-mêmes. Ces castes innombrables aujourd'hui n'étaient qu'au nombre de quatre à l'origine, celle des Brahmanes ou prêtres, des Kchatryas ou guerriers, des Vaïsyas ou marchands, et des Soudras ou agriculteurs. Sans correspondre absolument aux divisions de race, elles fournissent, comme nous le marquerons plus loin, des indications utiles sur leur origine. Nous verrons que le Brahmane est plutôt Aryen ; le Kchatrya, Rajpout ; le Vaïsya, Touranien ; et le Soudra, descendant de Touraniens mêlés à des aborigènes.
Les plus anciens habitants de l'Inde étaient noirs. Il semble que, dès les temps les plus reculés, ils se divisaient en deux groupes; les négritos, petits de taille, à la chevelure laineuse et aux traits écrasés, habitant Test et le centre; et les nègres, au type australien, plus grands, plus intelligents, aux cheveux plus lisses, habitant le sud et l'ouest. Les premiers se retrouvent encore dans quelques régions sauvages et montagneuses du Gondwana, et les seconds dans les vallées des Nilghirris. Ces races incultes et primitives, qui ne s'élevèrent jamais au développement le plus élémentaire, occupèrent les forêts et les rivages de l'Inde pendant la période préhistorique; refoulées chaque jour par les progrès de la civilisation, elles tendent de plus en plus à disparaître.
L'Inde, comme nous l'avons fait observer dans un précédent chapitre, est un pays fermé, d'un accès fort difficile. L'Himalaya et la mer l'isolent presque entièrement du monde. Ses côtes, sur le golfe du Bengale, sont rendues inabordables par un formidable ressac ; du côté de la mer d'Oman ou d'Arabie, les vents de la mousson ont pu quel-
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quefois chasser vers ses bords des barques d'aventuriers africains; mais ces étrangers se sont trouvés arrêtés dès leurs premiers pas par le mur des Ghats occidentales, à l'abri duquel les populations, même
Fig. 24. — Type hindou au IIe siècle avant notre ère ; d'après un bas-relief de Bharhut (*).
* Cette photogravure, faite d'après un cliché que j'ai exécuté à Bharhut, représente absolument tout ce qui reste en place d'un des monuments les plus célèbres de l'Inde. Des collectionneurs l'ont brisé en morceaux, transportés ensuite à Calcuta où ils ont subi les plus déplorables restaurations. La statue qui par hasard a échappé à cet acte de vandalisme se tronve être heureusement une des plus billesdu monument. — Les autres reproductions de statues et bas-reliefs de Bharhut données plus loin ont été faites d'après les photographies exécutées par les soins du général Cunningham.
très imparfaitement armées, des plateaux, pouvaient les braver sans danger.
Toute idée d'une invasion maritime de l'Inde à aucune époque devant être d'abord écartée, on voit que les conquérants étrangers n'ont pu pénétrer dans la péninsule que par l'Himalaya. Ce gigantesque
rempart la protège sur une immense longueur, mais il s'abaisse à ses deux extrémités; deux vallées, celle du Brahmapoutre, à l'est, celle de la rivière de Kaboul à l'ouest, s'élargissent à sa base, et tournent son mur colossal ; c'est par elles que pendant des siècles des flots de conquérants asiatiques se sont rués dans les plaines fertiles de l'Hindoustan. Les plus nombreux, les plus terribles, sont descendus de l'occident, car des deux voies, la pins facile à suivre, c'est celle que forment les bords de la rivière de Kaboul ; le cours à peine connu encore du Brahmapoutre traverse des régions où la nature farouche arrête la marche de l'homme, par sa végétation désordonnée et par ?on énervant climat.
Malgré cette différence entre les deux vallées, les Anglais leur ont donné une double dénomination, qui, sans être absolument exacte, marque d'une façon frappante leur caractère si important au point de vue de la géographie de l'Inde et de la façon dont ce grand pays s'est peuplé ; ils les ont appelées : la porte aryenne et la porte tour antenne.
porte touraniemie, ou vallée du Brahmapoutre, n'a point donné passage aux Touraniens dans le sens restreint, mais dans le sens général de ce mot. La dénomination de Touraniens, qui désigne plus spécialement les peuples du Turkestan ou Touran et ceux qui leur ressemblent, est parfois en effet étendue jusqu'à la race jaune tout entière. Ce sont de vrais jaunes, à la face glabre, aux yeux obliques, qui franchirent la porte touranienne de l'Inde à une époque anté-historique, et apportèrent dans la péninsule le premier élément étranger. Les Touraniens proprement dits, dont les cheveux sont lisses, la barbe assez fournie et les yeux horizontaux, n'arrivèrent que plus tard, et c'est par la porte aryenne que s'engouffra dans les plaines le torrent de leurs invasions.
Mais avant de parler de ces derniers, voyons ce que devint dans l'Inde l'élément jaune pur, et quelles traces il y a laissées.
S'éloignant de la vallée du Brahmapoutre et se dirigeant vers le sud, les premiers envahisseurs de l'Inde se trouvèrent arrêtés par l'obstacle que leur opposait le massif central. Cette région montagneuse, point culminant de la péninsule, est celle qui porte aujourd'hui le nom
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de Gondwana. Elle servit de refuge aux populations noires trop faibles pour se défendre ; l'abri qu'elles y trouvèrent empruntait sa sûreté moins encore à la nature sauvage et hérissée du sol qu'aux dangers du climat, mortel aux étrangers.
L'invasion jaune, ainsi arrêtée, se partagea en deux branches, dont l'une remonta la vallée du Gange, tandis que l'autre continua sa marche vers le sud, en suivant les côtes du golfe du Bengale.
Des premiers mélanges entre les conquérants asiatiques et les nègres
Fig. 25. — Types hindous du IIe siècle avant notre ère ; d'après un bas-relief de Bharhut.
de l'Inde, résultèrent les populations dites protodravidiennes, que l'on considère comme presque autochthones, vu la prépondérance de l'élément primitif. Des flots nouveaux d'envahisseurs refoulèrent à leur tour ces populations dans les montagnes, et se répandirent dans toute la partie méridionale de la péninsule, amenant une autre série de combinaisons parmi les races. Cette fois l'union n'ayant plus lieu directement avec les noirs, mais avec les Protodravidiens, donna naissance à des peuples qui s'éloignèrent davantage du type primitif, et que l'on appelle Dravidiens ou Tamouls.
Si donc l'on considère dans ses grands traits l'influence de l'invasion jaune sur les races de l'Inde, on verra que cette influence prédomine au nord, dans la vallée du Brahmapoutre, où se pressèrent sans doute pendant des siècles les multitudes qu'envoyait l'Asie orientale. Les
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habitants de l'Assam, au nombre de 2,000,000, appartiennent à la race jaune presque absolument pure. Le Bengale, bien qu'offrant une population extrêmement mêlée, garde des traces profondes de ces premières invasions, qui durent se répandre sans obstacle dans ses plaines fertiles. A mesure que l'on descend vers le sud, en longeant le golfe du Bengale, on voit l'élément jaune se noyer de plus en plus au sein des antiques couches noires ; il est plus reconnaissable dans le nord, chez les Sontals, par exemple, que dans les pays montagneux du centre, oii les Khonds, les Malers, les Gonds, restent plus voisins du type primitif, et où l'on trouverait peut-être encore d'authentiques descendants des négritos des anciens âges.
Enfin, dans l'Inde méridionale, depuis la Godavéry jusqu'au cap Comorin, vivent les nombreuses populations dravidiennes, avec leurs différents groupes, dont les plus importants sont le groupe tamoul et le groupe télégou. Elles représentent le mélange des peuples jaunes avec les nègres, mais auquel vinrent s'ajouter plus tard d'autres éléments encore et surtout l'élément touranien.
Avant de parler des invasions touraniennes venues par l'ouest de l'Inde, et pour en finir avec les races jaunes, disons que les habitants des hauts plateaux de l'Himalaya et des vallées situées entre cette chaîne et le Karakoroum, si l'on en excepte celle de Cachemire, sont des Thibétains, très analogues à leurs voisins de la Chine occidentale. Mais ici nous n'avons pas affaire aux résultats d'une invasion violente et soudaine. Ces vallées et ces plateaux font moins partie de l'Inde que du Thibet au point de vue géographique, et les peuples qui les habitent ont la même origine , les mêmes mœurs , la même religion que ceux de ce dernier pays. Le Ladak, le Dardistan, le pays des Baltis, le Bhoutan et une partie du Népal, sont occupés par des Thibétains, aux pommettes saillantes et aux paupières bridées.
Tandis qu'on ne peut faire remonter à aucune époque exacte les invasions qui pénétrèrent dans l'Inde par la porte touranienne, et que l'on n'en voit aucune descendre par ce chemin depuis le début des temps historiques, on connaît, avec leur date et leur détail, beaucoup de celles qui vinrent de l'Asie occidentale et qui franchirent la porte
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aryenne. Cependant les plus reculées se perdent aussi dans la nuit des temps et ne sont connues, comme celles des peuples jaunes, que par leurs résultats ethnologiques.
Les Touraniens sont les envahisseurs qui ont le plus transformé au physique les races de l'Inde, et les Aryens sont ceux qui ont laissé parmi elles les traces civilisatrices les plus profondes.
D'une façon générale, on peut dire que les populations de l'Hindoustan tiennent des premiers les proportions de leur corps et les traits de leur visage, alors qu'ils doivent aux seconds leur langue, leur caractère, leur religion et leurs mœurs. 170,000,000 d'Hindous parlent des langues aryennes , et pourtant une bien faible " fraction de cette multitude se rattache par le sang à la pure race blanche.
Les Touraniens vinrent les premiers. Ils établirent d'abord leur domination dans tout le bassin de l'Indus et dans une partie de celui du
Gange, puis, à mesure que leur nombre s'accroissait par l'arrivée de nouvelles bandes, ils s'avancèrent toujours davantage dans l'intérieur de la péninsule, et enfin pénétrèrent dans le Dekkan. Devant eux, comme autrefois devant les peuples jaunes, un refoulement se produisit, et les populations qu'ils attaquaient, trop faibles pour leur résister victorieusement, se réfugièrent en foule dans les régions montagneuses et boisées qui forment le centre du Dekkan.
Fig. 26 et 27. — Types hindous du 11e siècle avant notre ère (statues de Bharhut).
C'est, nous l'avons dit, dans ce massif élevé du centre, qu'il faut chercher les derniers représentants des habitants primitifs de l'Inde, Protodravidiens ou nègres purs. Le plus nombreux et le plus important de ces peuples d'antique origine porte le nom de Kôle. Il occupe le Chota Nagpore dans le haut bassin de la Mahanuddi et se divise en plusieurs tribus plus ou moins indianisées, mais les véritables Kôles, au nombre d'environ -1,000,000, n'ont encore adopté aucune des coutumes ou des des croyances des Dravidiens qui habitent les vallées et les plaines.
Les dénominations de groupe kolarien, langue kolariemie, empruntées au nom du plus remarquable parmi les peuples autochthones, s'étendent à la plupart des habitants et des idiomes compris dans la région de montagnes qui traverse la péninsule depuis le golfe de Cambay jusqu'au Gange. C'est surtout vers l'orient de cette zone qu'apparaissent en grand nombre et sans mélange les peuples primitifs. Vers les sources de la Brahmani, au nord de la Mahanuddi, vivent les Douangs, ou ce gens de la jungle », qui se disent eux-mêmes les plus anciens des hommes, et sont absolument sauvages.
Nous venons de parler de la langue kolarienne. Hâtons-nous d'ajouter que les langues ne peuvent pas plus dans l'Inde qu'ailleurs servir à la délimitation des races ; le peuple qui parle le plus pur idiome kolarien n'est point un peuple autochthone; c'est le groupe des Sontals, très fortement imprégné par l'élément jaune. Quant aux langues dravidiennes, elles dominent dans le sud, et pourtant ce n'est pas là qu'il faut chercher les plus nombreux représentants de la race asiatique orientale qui les importa dans l'Inde. Enfin, nous avons vu que, tandis que les idiomes d'origine aryenne sont de beaucoup les plus répandus, les peuples qui peuvent se glorifier d'avoir pour ancêtres les Aryens sont de beaucoup les moins nombreux.
Lorsque la race blanche, que nous désignons sous le nom de race aryenne, pénétra à son tour dans l'Inde, elle eut à combattre, non plus des populations sauvages, timides et à peine armées, mais les puissants Etats, fortement organisés, qu'avaient fondés les Touraniens. Elle soumit d'abord ceux du bassin de l'Indus, et y demeura long-
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temps avant de se hasarder dans l'ouest ou le sud de la péninsule.
Quinze siècles avant Jésus-Christ, les Aryens n'avaient ^pas encore dépassé la région protégée par les monts Vindhya. Ils avaient imposé leur joug aux Touraniens du nord, pour lesquels ils créèrent une troisième caste, celle des Vaïsyas, qui vient après celles des Brahmanes et des Kchatryas, tandis que les indigènes entraient tous dans une quatrième caste inférieure, celle des Soudras.
Ce fut quinze siècles environ avant Jésus-Christ que les Aryens entreprirent la grande expédition qui fait le sujet du Ramayana, l'Iliade hindoue. Ils pénétrèrent dans le Dekkan, sous la conduite de leur chef Rama. Après mille exploits, ils arrivèrent à l'extrémité même de la péninsule, et forcèrent jusqu'aux habitants de Ceylan à reconnaître leurs lois.
Les héroïques récits du Ramayana racontent que les Aryens eurent à combattre des géants formidables, et renversèrent avec l'aide des singes les trônes des puissants et magnifiques monarques des Nagas ou adorateurs des serpents. Il faut voir sans doute dans ces Nagas les premiers conquérants touraniens qui avaient établi dans le sud de l'Inde de brillants empires, et qui s'adonnaient en effet , avec les anciennes populations dravidiennes dont ils étaient les maîtres , au culte des serpents ; et l'on peut croire que les singes qui prêtèrent à Rama un fort utile concours, furent les populations noires primitives.
Cette expédition des Aryens dans le sud de l'Inde fut beaucoup plus d'ailleurs une marche militaire qu'une invasion, et elle ne laissa guère de traces dans le pays envahi.
Vers le quatrième siècle de notre ère, l'Inde fut de nouveau envahie par un peuple probablement aryen, les Rajpouts.
Ces Rajpouts, ou fils de rois, ainsi que le signifie leur nom, guerriers vaillants, tous égaux entre eux, se firent reconnaître comme Kchatryas et s'établirent dans le pays qui s'étend à l'est de l'Indus jusqu'au delà des Aravulli, et qui s'appelle encore aujourd'hui le Rajpoutana.
Nous avons vu que dans le nord-est et dans l'est de l'Inde, les invasions venues par la porte touranienne, avaient fait prédominer la race jaune, qui s'était mêlée plus ou moins aux nègres, et avait subi plus
tard, dans le bassin du Gange et dans le sud du Dekkan, le contact des Touraniens. Nous résumerons de même les résultats des invasions arrivées par la porte aryenne, en disant qu'elles livrèrent le nordouest et l'ouest de l'Inde aux races touraniennes , soumises bientôt à une élite aryenne, et produisirent, ainsi que nous l'avons indiqué, des effets moraux absolument distincts des effets physiques et matériels.
Si, partant du nord pour la région occidentale, comme nous l'avons fait pour l'orientale, nous considérons le Pundjab, nous voyons que les Jâts, les Goujars et les Sikhs, qui paraissent être des peuples touraniens, forment plus des trois cinquièmes de la population, etque le reste seulement se rapproche, par la couleur de la peau, des Aryens. Plus bas, nous trouvons les Rajpouts, qui se rattachent à la famille aryenne, mais n'en sont point une branche pure. La population du Guzerat est très mêlée, mais les Touraniens y dominent. Les plateaux élevés que renferme au sud le bassin du Gange, et les monts Vindhya auxquels ils touchent, marquent la limite de l'élément aryen. Il disparaît presque entièrement au-dessous de cette région; mais s'il n'intervient plus dans l'apparence extérieure des peuples, les institutions et les croyances aryennes restent souvent prépondérantes. Au delà de Bombay, sur le double flanc des Ghats, est établi un peuple belliqueux, dont le rôle fut très important, les Mahrattes , d'origine touranienne, au nombre de plusieurs millions. A mesure que l'on s'avance vers le centre ou que l'on descend vers le sud , la civilisation aryenne et la physionomie touranienne se fondent de plus en plus dans la masse de la population dravidienne. Des mélanges, en proportions très différentes, de ces éléments, sont nés : les Bhils, que l'invasion rajpoute refoula dans les montagnes, et qui sont des Protodravidiens très peu modifiés par les Touraniens; on retrouve même dans quelques-unes de leurs tribus les types des populations primitives; ils occupent les Vindhya occidentaux, et comptent 2 ou 3 millions d'hommes ; — les Mhairs, tenant beaucoup des Jâts touraniens et habitant dans la chaîne septentrionale de l'Aravulli ; ils sont au nombre d'environ 600,000; — les Minas,. qui occupent le royaume de Jaïpour dans le haut bassin du Gange au nombre de 2 à 300,000 ; — les Ramousis, les Dhângs, qui occupent les versants des
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Ghâts occidentales, et qui doivent beaucoup sans doute à l'élément dravidien, que rappellent leur peau foncée , leur nez écrasé et leurs pommettes saillantes.
Au onzième siècle de notre ère commencèrent dans l'Inde les invasions des peuples musulmans. Appartenant eux-mêmes à des origines très différentes, Arabes, Persans, Afghans , Mogols , ces peuples augmentèrent la confusion extrême de races qui régnait déjà dans le nord de l'Inde. Leur domination modifia considérablement les mœurs, les croyances, la civilisation, dans les bassins de l' Indus et du Gange , mais ils ne se sont pas mêlés assez complètement ni en assez grand nombre avec les anciennes populations pour que leur triomphe ait marqué la naissance d'aucun groupe ethnique nouveau.
Après ce rapide aperça et cette division à grands traits des populations de l'Inde en quatre groupes principaux : kolarien, dravidien, tourano-aryen et thibétain, nous allons reprendre l'étude des races secondaires dont la physionomie est assez distincte pour qu'elles aient mérité un nom particulier, et entrer dans quelques détails sur leur apparence extérieure, leur origine probable, leurs coutumes, leur religion, le rôle qu'elles ont joué à diverses époques et celui qu'elles conservent encore. L'étude de ces particularités propres à chacun des peuples de l'Inde étant terminée, nous pourrons alors dans la suite de cet ouvrage ne nous occuper que des coutumes , des mœurs , des institutions et des civilisations dont la description est applicable à la majorité du peuple hindou.