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POPULATIONS DE L'HIMALAYA

Les hauts plateaux de l'Himalaya occidental et la plupart des vallées qu'ils dominent, appartiennent géographiquement non pas à l'Inde, mais au Thibet. Ils se rattachent également à ce dernier pays au point de vue ethnologique.

Les petits peuples qui les habitent, et dont beaucoup sont fort anciens, se sont groupés peu à peu dans ces régions difficilement accessibles. Ils sont venus le plus souvent du Thibet, quelquefois de l'Inde; mais ils ne sont jamais arrivés en conquérants, car la nature de ces pays montagneux rend toute invasion armée impossible ; pour la même raison, ils ont échappé jusqu'à présent au joug des étrangers et conservé généralement leur indépendance.

Dans les vallées méridionales de l'Himalaya, là où le montagnard se trouve en contact avec l'habitant des plaines, le type thibétain s'efface de plus en plus, la religion et les moeurs s'indianisent, et la domination est généralement exercée par une aristocratie rajpoute dans laquelle sont pris les rajahs.

Himalaya occidental {Ladak, Balti, Dardistan). Les régions montagneuses dans lesquelles le Satledj, l'Indus, le Chayok, coulent de l'est à l'ouest, avant de trouver une issue à travers l'énorme massif de l'Himalaya occidental, sont habitées par divers petits peuples thibétains, à

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la face large, aux yeux légèrement obliques, aux cheveux noirs et plats et. à la barbe rare. Le caractère de ces montagnards est doux, obligeant, actif, et d'une gaîté à toute épreuve. Tous ne suivent pas la même

Fig, 28. — Chef naga (montagnes de l'Assam).

religion ; tandis que les Ladakis, c'est-à-dire les habitants du Ladak ou Thibet moyen, sont bouddhistes et obéissent à leurs lamas, les Baltis, c'est-à-dire les habitants du Balti ou petit Thibet, ont adopté l'islamisme et se laissent diriger par des chefs musulmans.

Les Ladakis pratiquent la polyandrie; c'est la pauvreté de leurs vallées qui a amené chez eux cette coutume ; cinq ou six frères se réunissent souvent pour nourrir une femme et fonder une famille. Quant aux Baltis, bien que n'étant pas plus riches, ils n'ont pu adopter cette coutume, que ne leur permet pas la loi de Mahomet. Beaucoup d'entre eux, chassés de leur pays par la misère, descendent dans la plaine du Gange et se font ouvriers à la solde des Anglais. Lorsqu'ils ont amassé quelque argent, ils retournent finir leurs jours au sein de leurs montagnes et dans le village natal. Lorsqu'ils sont assez riches, ils pratiquent la polygamie.

La région dans laquelle l'Indus commence à couler du nord au sud en tournant la masse colossale du Nanga Parbat, se nomme le Dardistan. Elle est habitée par des populations très différentes des précédentes. La taille élevée, le teint clair, le visage ovale des Dardis, révèlent leur origine aryenne. Bien que mahométans, ils ont adopté le régime des castes. Une des plus respectée est celle des Chins, que mentionnent les lois de Manou et le Mahabharata, et dont le nom a fait croire à tort aux premiers commentateurs européens à quelque rapport existant entre les habitants du Dardistan et les Chinois. Les Dardis ne forment que la classe dominante du pays , et ils tiennent en esclavage les habitants primitifs ou Doums. Ceux-ci constituent un groupe autochthone des plus intéressants, et qui se retrouve jusque dans le Pundjab et la partie septentrionale du Rajpoutana. Ils sont aussi noirs de peau que les habitants sauvages de l'Inde centrale, et sont considérés comme impurs par les Hindous brahmaniques ou mahométans. D'anciennes coutumes d'idolâtrie témoignent de l'antiquité de ce peuple ; son pays est hérissé de pierres sacrées semblables aux menhirs de Bretagne. Les Dardis, ses maîtres, ont le caractère indépendant et fier; le Jaghestan, occupé par l'une de leurs tribus est appelé par les Anglais « le pays rebelle )> et n a jamais pu être soumis.

Les idiomes du Dardistan sont voisins des langues afghanes.

Vallée de Cachemire. Tous les pays que nous venons d enumérer font partie des États du rajah de Cachemire ; mais, si nous descendons dans le

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Cachemire proprement dit, c'est-à-dire dans cette vallée d'une trentaine de lieues au plus de longueur sur une dizaine de largeur, célèbre dans le monde entier par la beauté de ses sites et la richesse de sa végétation,

Fig. 29. — Femmes des montagnes de l'Assam.

nous y trouvons une autre race aussi différente de celle des contrées voisines que l'est la vallée du Cachemire des régions qui l'entourent. C'est aux seuls habitants de cette vallée, à l'exclusion des diverses tribus environnantes, qu'il faut réserver le nom de Cachemiriens.

Les Cacliemiriens peuvent être cités parmi les plus remarquables populations de l'Inde au point de vue du type physique, et en même temps parmi les plus blanches. La beauté de leurs femmes est célèbre.

Les Cacliemiriens ont la peau fine et peu colorée, le nez aquilin, la barbe et la chevelure abondantes; leur taille n'est pas très élevée, mais ils sont robustes.

Leur caractère est plus agressif que courageux ; leurs aptitudes artistiques sont fort remarquables. Ce sont eux qui fabriquent ces châles si célèbres dans le monde entier et les merveilleux vases de cuivre émaillé que l'Europe n'a pas réussi à imiter encore.

On peut, au point de vue ethnographique, considérer les habitants de la vallée de Cachemire comme des descendants de populations aryennes très faiblement mélangés de sang thibétain, du moins dans les castes supérieures.

Ils professent en général l'islamisme depuis la conquête musulmane, mais en conservant le régime des castes. Leur langue, le kachmiri, est un mélange de persan et de sanscrit.

Tribus des basses régions de l'Himalaya. Si nous quittons ces régions fermées du haut Himalaya, pour pénétrer dans les étroites fissures qui mènent de là aux vastes plaines du Pundjab, nous traversons une foule de petits groupes de population qui, par des transitions graduelles, nous conduisent du Thibétain des plateaux sauvages à l'Hindou du fertile Pundjab, du disciple de Bouddha au sectateur de Mahomet ou à l'adorateur de Vishnou.

Il serait sans intérêt d'énumérer en détail toutes les tribus de cette région. Toutes les races et tous les cultes se mêlent chez les Tchibalis, les Panaris, les Gaddis, les Koulous, les Goujars. Tandis que l'élément jaune s'efface et disparaît, nous découvrons parfois des traces de l'élément noir primitif ; mais généralement la classe aristocratique est formée d'immigrants rajpouts.

La plupart de ces petits peuples sont bergers ; quelques-uns sont nomades ; quelques-uns pratiquent la polyandrie ; la religion de plusieurs

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Le climat, les races, les idiomes, tout porte le même caractère de transition dans cette région où court la chaîne du Sivalik, et qui se

trouve entre les pentes altières, et souvent glacées, de l'Himalaya et les plaines brûlantes du bassin de l'Indus.

Népal. — La région désignée sous le nom général de Népal présente cette analogie avec le Cachemire qu'une étroite petite vallée lui a donné son nom et reste le centre de la puissance et de la civilisation du pays. C'est la vallée qui entoure sa capitale Katmandou. Elle est située dans la partie orientale du royaume du Népal, lequel s'étend sur une longueur de 700 kilomètres et sur une largeur de 125, entre la chaîne principale de l'Himalaya et les avants-monts dominant la plaine du Gange et bordés par le Teraï.

Le Népal est habité par diverses tribus fort différentes par leurs types comme par les dialectes qu'elles parlent. Les unes sont d'origine thibétaine, les autres sont formées par des croisements de Thibétains ou de primitifs habitants du sol avec des populations venues de diverses parties de l'Hindoustan. De ces derniers immigrants , les uns seraient des Rajpouts, c'est-à-dire des représentants les plus élevés des peuples de l'Inde, les autres au contraire des populations demi-sauvages, analogues aux Kôles du Chota Nagpore et de la province d'Orissa. Aux premiers mélanges appartiennent les populations dont nous parlerons plus loin sous le nom de Gorkhas; des seconds proviennent les tribus du Népal avoisinant le Sikkim.

La grande masse de la population qui habite la vallée du Népal, c'est-à-dire cette région restreinte entourée de montagnes où se trouvent toutes les grandes villes de cet empire, est formée de deux groupes fort distincts. Le premier, celui des Newars, représente la plus ancienne race ; il resta maître du pays jusqu'à la conquête faite par le second groupe, celui des Gorkhas, à la fin du dernier siècle.

Avant de devenir les maîtres de la vallée du Népal proprement dite, les Gorkhas formaient une des tribus guerrières du Népal. Ils se prétendent descendants des Rajpouts qui émigrèrent autrefois dans le pays pour fuir la conquête musulmane. Ils sont évidemment d'origine hindoue, mais j'en ai rencontré bien peu ne portant pas la trace visible de sang thibétain. Le mot c( gorkha )) ne représente nullement d'ailleurs une race

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déterminée, et désigne simplement dans le Népal les individus de toute classe et de toute origine qui, au dernier siècle, quittèrent la province du Népal nommée Gorklia pour conquérir le reste de la contrée. Ils sont divisés en plusieurs castes ; la plus élevée est celle des Kcha-

Kg. 31. — Bayadère du Cachemire.

tryas, qui descend de l'alliance des Rajpouts avec des femmes d'une tribu primitive portant le nom de Khus.

Les Gorkhas forment le noyau de la population guerrière du Népal , à ce noyau viennent se joindre d'autres tribus guerrières, Magars, Gurungs, etc., chez qui le type mongolique est beaucoup plus prédominant que chez les Gorkhas.

Les hommes des tribus guerrières du Népal émigrent en grand nom-

bre pour servir dans les armées anglaises, où ils sont désignés sous le nom général, mais inexact, de Gorkhas.

C'est, comme nous l'avons dit plus haut, aux conquérants gorkhas qu'est due la réunion du Népal sous un seul souverain. Ce peuple exclusivement militaire, et qui n'est apte qu'aux choses militaires, dédaigne l'industrie, l'agriculture, le commerce, et est tout à fait dépourvu de sentiment artistique. Ses aptitudes sont entièrement opposées à celles des Newars.

La religion des Gorkhas est le brahmanisme, et leur langue, le parbatia, est un dialecte sanscrit mélangé de mots thibétains. Il s'écrit en caractères sanscrits.

La population soumise par les Gorkhas, les Newars, forme la masse principale des habitants de la vallée. Ils furent gouvernés pendant de longs siècles par des rajahs appartenant à leur race, et sous la domination de ces derniers les villes du Népal se remplirent de monuments remarquables.

Les Newars sont formés comme les Gorkhas par des croisements d'Hindous et de Thibétains, mais chez eux l'élément thibétain s'accentue bien davantage. Lorsque je pénétrai dans la vallée du Népal, j'avais parmi les gens de ma suite un domestique qui venait de parcourir avec moi les régions les plus variées de l'Inde sans avoir la moindre notion sur les contrées où je le conduisais. A peine eûmesnous mis le pied clans le premier village népalais de la frontière, qu'il me demanda si nous n'étions pas arrivés en Chine ; il trouvait aux gens du pavs une ressemblance frappante avec des Chinois qu'il avait eu occasion d'apercevoir à Bombay.

Les Newars parlent le newari, langue fort distincte de la langue des Gorkhas, le parbatia, quoique formée comme elle d'un mélange de sanscrit et de thibétain. C'est la seule langue du Népal qui ait une littérature.

Les Newars sont dépourvus de l'instinct guerrier des Gorkhas, mais ils possèdent ce qui manque tout à fait â ceux-ci, des aptitudes agricoles, industrielles et artistiques remarquables. C'est à eux que sont dus les temples si curieux, ornés d'admirables sculptures, qui

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couvrent la vallée, et dont on trouvera plusieurs reproductions dans cet ouvrage. L'art de sculpter le bois est poussé chez eux à un degré que je n'ai vu dépassé nulle part en Europe. Ils sont malheureusement fort peu encouragés par leurs maîtres actuels, les Gorkhas. Les artistes newars disparaissent graduellement, et il n'y a pas au-

Pig. 32. — Indigènes du Koulou Himalaya (haute vallée du Bias).

jourd'hui dans toute la vallée plus d'une douzaine d'individus capables de sculpter habilement le bois ou la pierre. L'architecture est en décadence au Népal , et tous les travaux remarquables qui y ont été exécutés sont antérieurs à la conquête gorkha.

Un tiers des Newars appartient à la religion hindoue et est sectateur de Siva, les deux autres tiers sont bouddhistes. Bouddhistes et brahmanistes ont adopté le régime des castes.

Bhutan et Sikkim. — A l'est du Népal se trouvent les deux petits

États indépendants du Sikkim et du Bhutan. Ils sont encore situés dans la région himalayenne et leur population se rattache au même groupe que celle des hauts plateaux. Ce sont également des Thibétains, et le nom de Bhutan a la même étymologie que le mot Bod équivalent de Thibétain.

Les habitants du Sikkim sont considérés par les Anglais comme supérieurs à ceux du Bhutan pour la gaîté courageuse de leur caractère. Nul peuple de l'Inde n'est plus aimable. Ces gens à demi barbares cultivent même certains arts d'agrément et jouent de la flûte avec un véritable charme. Une particularité curieuse de leur langue est qu'elle ne renferme aucune expression injurieuse, ce qui témoigne en faveur de leur extrême douceur. Ils pratiquent généralement la polyandrie et sont adonnés au bouddhisme ; les pentes de leurs montagnes sont couvertes de nombreux couvents de lamas. Ces établissements religieux s'élèvent généralement dans des sites admirables et dominent des panoramas merveilleusement grandioses.

Les habitants du Bhutan sont moins joyeux que leurs voisins du Sikkim, et ce n'est pas sans raison, car l'exigence tyrannique de leur gouvernement les réduit à une extrême et constante misère. Ceux qui veulent posséder en propre le produit de leur travail quittent leur pays et vont se mettre au service des Anglais. Leur religion et leurs dialectes sont semblables à ceux du Sikkim. Ils pratiquent également la polyandrie. Ils sont gouvernés par un grand lama, chef spirituel, et par une sorte de lieutenant temporel dont l'autorité est moindre, bien qu'il porte le titre de roi.

Les deux derniers peuples dont nous venons de parler ne gardent leur physionomie de purs Thibétains que dans les hautes vallées. A mesure que l'on descend vers la plaine, on constate des mélanges avec les Bengalis, mélanges qui effacent de plus en plus les traits et les habitudes primitives.

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