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POPULATIONS DE L'ASSAM

L'Assam est, comme on le sait, cette partie de la vallée du Brahmapoutre qui dépend de l'empire anglo-indien; il faut en excepter le

RACES DE L'INDE SEPTENTRIONALE OU HINDOUSTAN

réseau compliqué de l'embouchure , où les eaux de ce fleuve se confondent avec celle du Gange, et qui appartient au Bengale.

Le cours supérieur du Brahmapoutre se perd dans des régions inexplorées, défendues contre la civilisation par un climat redoutable, et qui sont restées le dernier refuge de la barbarie dans cette partie du monde. Nous avons déjà dit, dans notre chapitre descriptif des contrées de l'Inde, que nulle part dans l'ancien continent il ne tombe des torrents d'eau comparables à ceux qu'apportent à l'Assam les courants aériens de la mousson du sud. Cette effroyable humidité, la végétation désordonnée à laquelle elle donne naissance, et les miasmes mortels qu'elle engendre, tels sont les obstacles qui protègent encore l'indépendance des peuples sauvages du haut Assam. Mais ces violences de la nature leur sont funestes à eux-mêmes ; refoulés de jour en jour dans les parties les plus malsaines et les moins cultivables de leur territoire, ils voient sans cesse diminuer leur nombre, et finiront par disparaître devant une civilisation que leur nature inférieure les empêchera toujours de s'assimiler.

Toutes ces peuplades, les Abors, les Michmis, les Singpos, qui habitent sur les bords du Brahmapoutre; les Nagas, les Garros, les Khasias, qui occupent le massif montagneux situé sur la rive gauche du fleuve, ont à peu près le même type, et sont des variétés de la même race.

Mais cette race est difficile à déterminer, et semble pouvoir se rattacher aussi bien à la famille mongole qu'à la famille malaise. Les traits du visage, le nez écrasé, les lèvres épaisses, les yeux obliques, les cheveux plats et noirs et la barbe rare, sont évidemment les caractères de la race jaune; d'autre part la couleur de la peau, qui est en général absolument noire, et quelques signes moins importants, rappellent distinctement le type malais. L'élément thibétain mogol est pourtant celui qui domine, et il est naturel de le retrouver aussi marqué dans le voisinage de la trouée du nord-est qui a dû, pendant des siècles, déverser sur ces régions des flots de population jaune. On rencontre d'ailleurs, dans les parties montagneuses, des populations qui offrent absolument le type des Châns de la Birmanie,

c'est-à-dire de purs Asiatiques-Orientaux tels que ceux qui peuplent le royaume de Siam et toute l'Indo-Chine, d'où ils sont peut-être venus.

Un petit groupe, celui des Khasias, qui habite les flancs des monts Khasi, présente cette particularité bizarre, existant en Europe chez les Basques des Pyrénées, de parler une langue que l'on ne peut rattacher à aucune branche glossologique connue ; cette langue monosyllabique forme comme une enclave étrange au milieu des dialectes nombreux et variés, mais faciles à classer, que l'on peut entendre dans l'Inde.

Des diverses peuplades dont nous avons énuméré les noms, les plus sauvages sont les Abors et les Garros. Les premiers vivent absolument nus, ce qui ne les empêche pas d'aimer les bijoux et d'orner leurs femmes de ceintures et de colliers de métal dont le cliquetis résonne au moindre mouvement. Ils ne connaissent pas l'agriculture, vivent de fruits, et de la chair des animaux, et n'ont pour armes que des flèches, des lances et des épées. Ils sont d'ailleurs adonnés au plus grossier fétichisme, et représentent exactement l'image de nos aïeux des premiers âges.

Quant aux Garros, peuple montagnard, ils pratiquent encore les sacrifices humains. Cependant ces barbares ont quelques qualités, telles que la loyauté envers leurs ennemis comme envers leurs amis, et un très grand respect de la parole donnée. Ils méprisent profondément la perfidie et la lâcheté des Bengalis, qui habitent les plaines au-dessous d'eux, et il n'y a pas encore longtemps que, pour honorer leurs morts, ils descendaient s'emparer de quelques Bengalis qu'ils égorgeaient ensuite autour du cadavre.

Leur vénération pour les morts est très remarquable ; la seule cérémonie funèbre honorable étant la combustion du corps et cette cérémonie devenant impossible durant la saison des pluies , ils conservent dans du miel le corps de leurs parents défunts durant cette saison pour le brdler plus tard lorsque la sécheresse est revenue.

Les Nagas, dont le nom signifie « serpents », rappellent les anciens dominateurs de l'Inde méridionale mentionnés dans le Ramayana

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comme adorateurs des serpents. Il se peut qu'il y ait quelque parenté entre eux et les Protodravidiens , car ils sont absolument noirs. Ils forment une horde guerrière, se maintenant dans un état de complète indépendance.

Les Khasias sont le seul de ces peuples sauvages qui entretienne quelque rapport de commerce avec les pays voisins, qui cultive son territoire montagneux, et qui ait atteint à quelque faible degré de civilisation. Ils habitent de grands villages , sont bons , honnêtes , très gais, et savent siffler des airs avec une précision extraordinaire pour des Orientaux. Ils mâchent une herbe qui leur rougit les dents, et donnent pour raison de cette habitude que (( les chiens et les Bengalis ont les dents blanches ». Un de leurs usages curieux est de jeter des œufs à terre pour tirer des présages de la façon dont le jaune se répand ; les rues de leurs villages sont pleines d'oeufs brisés, dont l'odeur n'est souvent rien moins qu'agréable. Les Khasias se gardent bien de manger les œufs de leurs poules afin de conserver ces sources précieuses de toute connaissance de l'avenir.

Toutes les tribus sauvages dont nous avons rapidement esquissé les mœurs sont adonnées au fétichisme ; le mariage est chez eux une institution des moins respectées; en général l'autorité dans la famille, la transmission des biens, la reconnaissance des enfants, appartiennent à la femme, et celle-ci joue même quelquefois un rôle prépondérant dans le gouvernement.

A ce point de vue, les Garros conservent encore d'antiques coutumes que nous aurons occasion de décrire plus longuement en parlant de certains peuples du sud de l'Inde. Ils sont divisés en petits clans appelés mahan's ou maternités. Autrefois c'était une femme qui exerçait le pouvoir suprême dans chacune de ces maternités; aujourd'hui, c'est un chef ou laskar, généralement pris parmi les plus riches possesseurs d'esclaves , mais toujours choisi avec l'assentiment des femmes et plus ou moins soumis à leurs conseils. Par suite de la prédominance des usages de l'ancienne famille maternelle, c'est la jeune fille qui demande le jeune homme en mariage, et souvent on procède avant l'union à un rapt simulé du fiancé par les gens de la mahari à laquelle

appartient l'épouse future. Un fils n'hérite qu'après la sœur de son père et les enfants de celle-ci. Le divorce étant fréquent, les enfants

Fig. 33. — Tamerlan ; d'après un manuscrit hindou. (Bibliothèque A. Firmin-Didot.)

restent à la mère, et souvent ne connaissent pas leur père, ou vivent non loin de lui tout en le considérant absolument comme un étranger.

Tous ces vestiges d'usages reculés, qui s'éteindront bientôt avec les races traquées et affaiblies qui les pratiquent, mais qui subsistent encore

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dans les montagnes de l'Assam, s'effacent et disparaissent lorsque l'on

Kg. 34. — L'empereur mogol Akbar ; d'après un manuscrit hindou. (Bibliothèque A. Firmin-Didot.)

descend dans la plaine. Ici la population est véritablement hindoue et diffère à peine par le type, par la langue, par la religion et par les mœurs, des Bengalis avec lesquels elle se confond de plus en plus. C'est donc

en rattachant les habitants des régions basses de l'Assam à ceux de la vallée du Gange que nous allons entreprendre la description de ces derniers. Avec eux nous entrons dans l'Inde véritable.

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