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POPULATIONS DE LA VALLÉE DU GANGE

Dans le rapide aperçu des races qui précède , nous n'en avons rencontré aucune, ni dans l'Himalaya ni dans le haut Assam, qui pût être désignée sous la dénomination ^hindoue, si générale et si vague que soit pourtant cette dénomination.

En pénétrant dans la vallée du Gange, nous nous trouvons au contraire au cœur même du pays des Hindous, c'est-à-dire des peuples brahmaniques, dans les veines desquels coulent, en des proportions très irrégulières et très variées, le sang déjà mêlé des Protodravidiens, celui des Touraniens et celui des Aryens.

L'immense plaine sillonnée par le Gange et par ses affluents est une des régions les plus peuplées et les plus fertiles de la terre. 140,000,000 d'hommes y font sortir sans peine du sol les sources de leur bien-être ; et ce nombre considérable , qui représente par rapport à la surface •occupée une densité de population rarement rencontrée à la surface du globe, doublerait sans que la terre cessât de suffire, en cet admirable pays, aux besoins de ses habitants.

Les conquérants qui affluèrent dans l'Inde soit par le nord-ouest, soit par le nord-est, se répandirent à F envi dans une si merveilleuse contrée ; et par conséquent nous retrouvons dans la vallée du Gange les éléments les plus variés qui entrent dans la composition des races nombreuses de la péninsule. Ces éléments y sont plus étroitement confondus que nulle part ailleurs ; et, si leur intime fusion devait jamais former un type unique, une nationalité distincte, ce type se trouverait peut-être déjà dans les hameaux des bords du Gange. Il serait représenté par tel agriculteur soudra du Béhar ou de l'Aoudh, tenant de ses ancêtres protodravidiens la teinte légèrement foncée de sa peau, des premiers dominateurs touraniens la forme un peu large de son visage presque glabre , la plupart de ses traits et la finesse de ses membres, et gardant l'empreinte aryenne

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dans la fierté de son caractère, dans la vivacité de son intelligence et dans son idéal religieux et social.

Fig, 35. — L'empereur mogol Shah Jehan donnant audience ; d'après un manuscrit hindou. (Bibliothèque A. Firmin-Didot.)

La race mixte de la vallée du Gange est en effet composée de ces trois éléments principaux ; ce qui l'empêche d'être homogène, c'est qu'ils

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sont irrégulièrement mélangés, l'élément aryen dominant à l'ouest dans l'Aoudhet l'élément jaune à l'est dans le Bengale. Entre ces deux provinces se trouve une troisième, le Béhar, également éloignée des extrêmes par sa position comme par l'aspect de ses habitants. Ainsi, plus on remonte de l'embouchure du Gange vers sa source , plus le type hindou s'ennoblit au physique aussi bien qu'au moral.

Le Bengali représente le plus inférieur des mélanges que nous venons de signaler. Il est petit et grêle; sa peau est bronzée, son nez court , parfois déprimé, sa bouche large, ses cheveux noirs, sa barbe peu fournie et mal plantée; son intelligence est assez vive, en ce sens du moins qu'il s'assimile assez bien ce qu'on lui apprend, mais son caractère est universellement réputé pour sa dissimulation, sa platitude et sa lâcheté.

Chez les habitants du Béhar, le teint reste foncé , mais les traits se rapprochent davantage du type européen; la lâcheté et la fourberie des Bengalis leur sont inconnues. Enfin les populations de Y Aoudh forment un groupe très élevé, chez lequel ce qu'on est convenu d'appeler le type aryen se rencontre fréquemment, avec son visage clair, de forme ovale, aux traits réguliers, sa haute stature et l'orgueil de son noble sang.

Dans l'Aoudh, les Brahmanes, c'est-à-dire les derniers représentants des antiques Aryens, composent un huitième de la population; les Kchatryas ou Rajpouts sont également nombreux et possèdent en grande partie les terres ; et les agriculteurs eux-mêmes se vantent d'appartenir à la race du dieu Kriclma.

Les castes existent dans les trois provinces que nous venons d'énumérer, ainsi d'ailleurs que dans tout le reste de l'Inde, mais la plus haute caste du Bengale est un objet de mépris pour la dernière de l'Aoudh. Tel me ndiant des faubourgs de Bénarès refuserait de partager le repas d'un Brahmane de Calcutta, et ce même Brahmane ferait un rêve ambitieux s'il espérait marier sa fille au paysan le plus grossier des rives de la Gogra.

L'influence musulmane se manifeste dans la vallée du Gange inversement à l'influence aryenne, car on la voit croître de l'occident à l'orient, de la source à l'embouchure du fleuve. Les Mahométans forment

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environ le dixième de la population de l'Aoudh, le septième de celle du Béhar et le tiers de celle du Bengale. Mais les Hindous qui ont accepté

Fig. ZG. — Ali Adil Shah, roi musulman de Bijapour; d'après un manuscrit hindou.

la loi de l'Islam ne se sont pas pour cela séparés profondément de leurs frères brahmaniques : comme eux ils sont divisés en castes, et les prin-

cipales cérémonies religieuses réunissent souvent les sectateurs des deux religions.

On voit par ce qui précède qu'il existe en somme dans la vallée du Gange des éléments assez voisins pour arriver à former un jour par leur fusion une population homogène. Les types extrêmes y sont reliés par des transitions si nombreuses qu'elles y deviennent presque insensibles. Dans toutes les autres parties de l'Inde, on voit côte à côte des peuples absolument différents ; dans la vallée du Gange , les éléments les plus disparates se sont presque fondus. Les Bengalis se considèrent comme appartenant à une même nationalité, et le type des classes supérieures y est en effet presque uniforme, présentant les rapports les plus marqués avec le type des classes supérieures de l'Indo-Chine. Le bas peuple s'éloigne davantage de la race jaune et se rattacherait plutôt aux races primitives, protodravidiennes et kolariennes.

Tribus sauvages de la vallée inférieure du Gange : Sontals, Malers, etc. Au sein de la population homogène que nous venons de décrire subsistent encore quelques îlots de peuples primitifs demi-sauvages. Ethnographiquement et même géographiquement , ils sont, pour la plupart, un peu en dehors de la vallée du Gange ; aussi les étudierons-nous seulement lorsque nous aurons à nous occuper de leurs frères des provinces centrales. Nous n'examinerons ici que les tribus qu'il est impossible, en raison de leur situation, de détacher d'un paragraphe consacré à la description des populations de la vallée du Gange.

Le dernier refuge des antiques populations barbares qui occupèrent la péninsule est, on se le rappelle, ce massif des provinces du centre, qui se développe au sud de la Nerbudda et de la Sône et qui forme la séparation entre l'Inde du Nord et le Dekkan proprement dit. Contrée farouche d'aspect et de climat, dont la pauvreté, la rudesse et la dangereuse atmosphère, rebutèrent tous les conquérants. Les premières pentes de ces terres à peine explorées et encore insoumises descendent jusqu'aux bords mêmes du Gange, à l'endroit où le grand fleuve se courbe pour se diriger vers le sud ; l'angle que décrit son cours est déterminé par le massif montagneux du Rajmahal, qui forme comme la sen-

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tinelle avancée de la sombre armée des hauteurs du centre. C'est là, en .pleine Inde civilisée, entre le Béhar èt le Bengale, que nous trouvons à

Fig. 37. — L'empereur mogol Farrukhsiyar ; d'après un manuscrit hindou. (Bibliothèque A. Firmin-Didot.)

l'état de quasi sauvagerie et de quasi liberté les Malers, les Sontals, et, un peu plus au sud, sur les flancs du Chota Nagpore, les Ouraons, les Moundahs, les Kôles, c'est-à-dire les peuples les plus primitifs peut-être de l'Asie. Laissant pour le moment ces trois derniers, que nous re-

trouverons plus tard, nous parlerons seulement des Sontals et des Malers.

Les Malers habitent les parties élevées du massif du Rajmahal , et sont désignés dans la plaine sous le nom de Paharis ou montagnards ; ce sont les Hillmen des Anglais. On peut les considérer comme formés par le mélange dépopulations noires dravidiermes et de populations jaunes. Ils n'ont à aucun degré subi l'influence aryenne et ignorent ce que c'est qu'une caste. Ils ressemblent beaucoup aux Dravidiens du sud de l'Inde. Leurs mœurs sont douces et leur franchise proverbiale. « Plutôt mourir que mentir )) est un de leurs dictons favoris.

Les Malers habitent dans de grandes cabanes , en tiges de bambou, qu'ils décorent avec goût et ornent de meubles sculptés avec art. Ils adorent les astres, les forces de la nature, les bons génies qu'ils croient habiter dans les airs. Ils construisent pour les jeunes gens de chaque village une grande maison commune, où les futurs guerriers s'exercent aux jeux d'adresse et de vigueur et quelquefois demeurent ensemble. Le gouvernement anglais doit la soumission de ce peuple plus à la ruse qu'à la force ; l'argent et les promesses ont mieux réussi contre lui que les armes.

Les Sontals sont plus nombreux et plus intéressants que les Malers. Ils vivent sur les pentes et au pied des hauteurs habitées par ces derniers. Leur langue leur donne une physionomie très particulière, car elle semble former comme la branche mère de tous les dialectes kolariens. Cependant ce peuple est en même temps, parmi les primitifs, celui qui a été le plus fortement influencé par l'élément jaune. Il est formé, comme les Malers, du mélange de populations noires et jaunes.

Les Sontals sont vifs, alertes, bienveillants, très hospitaliers. Devant leurs élégantes cabanes se trouve toujours un siège appelé le banc de l'étranger, où tout voyageur qui vient s'asseoir peut être sûr d'être bien accueilli.

La famille est chez eux fortement constituée. Les jeunes gens se choisissent librement en mariage, à la seule condition d'être de deux

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clans différents. La polygamie se pratique seulement en cas de stérilité de la femme ; le divorce est très rare.

Fig. 38. — Aboul Hassan, roi de Goleonde ; d'après un manuscrit hindou.

Les Son tais témoignent beaucoup d'égards à leurs femmes, les parent de bijoux et déploient pour leur plaire, dans les soins qu'ils prennent de leur personne et dans les ornements dont ils se couvrent, une cer-

taine coquetterie. Leur religion est très simple, et les cérémonies de leur culte le sont également. Ils adorent leurs ancêtres et le soleil. Chaque père de famille est le seul prêtre pour sa maison, et, sur son lit de mort, il initie son fils aîné aux prières qui savent fléchir les dieux et aux rites sacrés qui attirent les bénédictions du ciel.

Les Sontals brûlent leurs morts, mais ils conservent toujours quelques-uns de leurs ossements pour aller les jeter dans les eaux saintes de la rivière Damoudah. Le sentiment de l'honneur est très développé chez eux. Y forfaire constitue le plus grand crime. Ce crime est puni par l'expulsion du clan dont le coupable faisait partie.

Les Sontals sont bons agriculteurs; pourtant ils ont des goûts nomades. Lorsque la terre est épuisée dans un endroit, ils l'abandonnent et vont plus loin défricher la jungle. Mais l'espace où ils peuvent errer se limite de plus en plus à cause des empiétements des Anglais, et, d'autre part, les Sontals se multiplient avec une grande rapidité. La misère croissante qui en résulte détermina ce pauvre peuple à aller en masse, il y a quelques années, se présenter au gouvernement de Calcutta, qui trouverait, croyait-il, un remède à cette triste situation. Aussitôt qu'ils furent arrivés dans un endroit propice, on les mitrailla méthodiquement. Beaucoup de Sontals quittent maintenant leurs montagnes pour aller chercher de l'ouvrage dans la plaine ; quelques-uns même s'expatrient et s'en vont travailler au loin.

Les Sontals et les Malers sont les seuls peuples primitifs qui vivent en corps de nation dans la vallée du Gange, mais dans toute cette vallée on trouve des aborigènes, qui, sous le nom de coolies servent comme domestiques, ouvriers, ou employés inférieurs dans les administrations du gouvernement. Ils sont dispersés un peu partout.

Avant de quitter la vallée du Gange, nous ferons remarquer que toutes les villes importantes qu'elle renferme, excepté Calcutta, se trouvent dans la moitié occidentale du bassin. La région orientale, celle qui comprend tout le Bengale, est exclusivement agricole; la population y est dispersée dans de gracieux hameaux cachés entre les arbres, et ne s'agglomère pas dans de grands centres tels que ceux que l'on rencontre sur le cours supérieur du fleuve.

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§ 4. — POPULATIONS DU PUNDJAB.

Le bassin de l' Indus, dont nous allons étudier maintenant les populations, comprend trois divisions, le Pundjab au nord, le Sindh au sud et le Rajpoutana à l'est. Elles sont habitées par des peuples assez différents.

Le Pundjab, qui a été la grande route de toutes les invasions dans l'Inde, offre une population très mélangée et bien moins fondue que celle de la vallée du Gange. Les éléments aryen, touranien et musulman

Fig. 39. — Jeune fille mogole ; d'après un ancien manuscrit hindou. (Bibliothèque A. Firmin-Didot.)

y apparaissent distincts, et quant à l'élément dravidien ou aborigène, il a presque entièrement disparu. La religion qui y domine est l'islamisme; il a influé sur les Hindous brahmaniques eux-mêmes, qui scandalisent par la tiédeur de leur foi leurs frères du reste de l'Inde.

Le fond de la population du Pundjab est touranien. Il est formé principalement par les Jâts. Sur cette large assise se superpose la couche aryenne, de moitié moins considérable, et une très faible minorité mahométane.

Les Jâts touraniens étaient probablement les maîtres du pays au

moment de l'invasion aryenne , bien que le général Cunningham , dans son Archeological Survey of India — une des sources les plus sûres que l'on puisse consulter — veuille voir en eux des Indo-Scythes venus dans le pays à une époque postérieure à la conquête d'Alexandre. Ce qui, en tous cas, ne fait aucun doute, c'est que ce peuple, touranien primitif ou indo-scytlie , s'est peu mélangé soit avec les Dravidiens qu'il a refoulés dans les montagnes , soit avec les Aryens auxquels il s'est soumis plus tard. Cependant, comme des alliances se sont produites entre les races, quoique en petit nombre et exceptionnellement, il en résulte que parmi les Jâts on rencontre des types assez divers. Tandis que quelques-uns ont la peau foncée et presque noire, d'autres ont le teint presque aussi clair que les Eajpouts.

Avant d'étudier ce groupe très remarquable parmi les peuples de l'Inde, disons quelques mots des Aryens du Pundjab qui, tout inférieurs qu'ils soient par le nombre, n'en ont pas moins fait triompher leur influence et leur langue.

C'est dans le nord-ouest du Pundjab, près de la trouée que l'on a surnommée la porte aryenne de l'Inde, que l'on trouve naturellement le type aryen le plus pur. Il y est représenté par des Afghans iraniens, qui portent le nom de Pathans. Ils ressemblent beaucoup aux habitants du Dardistan et du Kafiristan, et ils ne sont pas sans rapport avec ceux de la vallée de Cachemire. Ils ont le teint clair, le nez aquilin, le visage ovale, les cheveux souvent châtains et quelquefois blonds, les yeux généralement clairs, particularités fort rares dans l'Inde où la couleur foncée de la chevelure et des prunelles est la règle générale.

Le long de l'Himalaya sont établis les Awans et les Gakkars, que l'on a voulu faire remonter jusqu'aux Grecs. Cette origine est plus que douteuse, mais il est évident que ce peuple est de pure race aryenne. Les Dogras et quelques autres tribus appartiennent également à la race conquérante; enfin, vers le sud, les Rajpouts sont assez nombreux. La grande masse de ce dernier peuple occupant une région étendue à laquelle elle a donné son nom , et que nous décrirons plus loin, nous le laisserons de côté pour l'instant.

La partie de l'Himalaya qui domine le Pundjab, et les vallées qui y

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descendent sont occupées par des populations thibétaines que nous

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Taurin)

Kg. 40. — Femme hindoue des environs de Bombay.

avons déjà décrites. Nous ne ferons donc que les rappeler, et nous arriverons aux Jâts, le groupe le plus important du Pundjab et de toute la vallée de l'Indus.

Malgré l'existence de quelques types extrêmes, résultant de mélanges d'ailleurs assez rares, voici quelle est l'apparence générale des Jâts : grands, bien faits, la physionomie intelligente, la peau un peu foncée, le nez large et relevé au bout, mais parfois aussi aquilin, les yeux petits et horizontaux, les pommettes peu saillantes, les cheveux noirs et abondants, la barbe fine et peu fournie. Leurs femmes sont d'une haute taille et d'une belle prestance ; elles s'avancent avec une démarche majestueuse et comme alourdie par le poids des riches anneaux qui chargent leurs chevilles ; elles portent un ample jupon plissé et s'enveloppent gracieusement la tête et les épaules dans un élégant sari que quelques-unes ramènent sur leur visage afin de le voiler.

Les Jâts forment trois groupes au point de vue religieux ; les musulmans qui dominent dans la partie inférieure du bassin de l' Indus ; les sikhs ou sectateurs de Nanak, dans le Pundjab; ceux qui ont accepté la religion brahmanique et appartiennent à la caste des Vaïsyas, dans le Rajpoutana.

Lorsque ce peuple , qui possédait alors toute l'Inde occidentale, se vit attaqué par les hordes belliqueuses des Aryens, il fit probablement une assez prompte soumission et fut bien traité par ses vainqueurs. Ceux-ci créèrent pour lui une nouvelle caste, celle des Vaïsyas, qui comprend encore en général dans l'Inde les gens de classe moyenne et surtout les marchands, tandis que la population aborigène fut renfermée tout entière dans la caste méprisée des Soudras.

Ainsi, ce fut sans doute par une sorte de compromis ou de convention que s'établit d'abord au-dessus des populations touraniennes de l'ouest la domination des Aryens. Des traces de cette convention subsistent encore dans certaines cérémonies de couronnement, où le prince rajpout semble recevoir le sceptre des mains des Jâts, ses sujets.

Vers la fin du quinzième siècle, une sorte de réforme religieuse se produisit chez eux qui donna naissance à la secte des sikhs. Ceux-ci, après avoir été d'abord simplement un groupe de fidèles, ne tardèrent pas à devenir un peuple.

Leur prophète Nanak avait tenté de réunir en les rattachant par leur côté commun les religions des musulmans, et des Hindous, et de

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fondre également les races en renversant les barrières des castes et en proclamant l'égalité des hommes. Tous ceux qui acceptèrent ses doctrines devinrent les sikhs ou les (( disciples ». Ils se recrutèrent presque tous parmi les Jâts, mais des Aryens aussi se joignirent à eux, et élevèrent le type de leur race. Un peu plus tard, les Sikhs étant devenus un peuple essentiellement guerrier se développèrent encore phy-

Fig. 41.

Colporteurs indigènes de Delhi.

siquement grâce à leurs habitudes martiales, et ils finirent par former une admirable race, type de la grâce et de la force, joignant la noblesse des traits à la vivacité de l'expression, à l'harmonie de la taille et de la stature. Le guerrier sikh est certainement un des plus beaux échantillons de la race humaine.

Ce fut leur dixième chef ou « gourou », Govind Singh qui leur donna leur organisation militaire. Nanak leur avait enseigné une foi élevée et toute spirituelle, reconnaissant un seul dieu; Govind Singh leur donna une sorte de symbole matériel, l'acier, le métal avec lequel on fabrique les cottes de mailles et les lames des épées; tout guer-

lier sikh, même désarmé, dut porter sur lui comme talisman un objet quelconque fait d'acier.

Les Sikhs obéissaient à un chef élu, et se réunissaient en assemblées nationales pour délibérer sur les questions importantes. Ils formèrent bientôt une force redoutable avec laquelle les souverains Mogols, et plus tard les Anglais, eurent à compter. Au commencement de ce siècle, ils avaient établi dans le Pundjab un empire redoutable ; leur chef Rungit Singh, roi de Lahore, traita d'égal à égal avec les Anglais et fit placer un roi de son choix sur le trône de l'Afghanistan. Aujourd'hui les Sikhs sont redevenus ce qu'ils étaient d'abord, une secte religieuse, dont la capitale et le centre spirituel est l'importante cité d'Amritsir.

Le goût de l'instruction est très développé chez eux ; ils ont des associations scientifiques importantes , entre autres celles de Lahore , qui comptent dans leur sein des hommes remarquables. Cependant les goûts belliqueux, qui ne sont pas éteints chez les Sikhs, en font avec les Gorkhas les meilleurs soldats de l'armée anglaise ; ceux qui se sont voués à l'agriculture sont les travailleurs les plus patients et les plus actifs de la péninsule. Tout le sol cultivable de la vallée de l'Indus est entre les mains de cette race , qui représente le groupe agricole le plus élevé de l'Inde entière.

Un grand nombre de Jâts se sont voués au commerce et le pratiquent avec le génie qui leur est spécial. Ils sont généralement désignés sous le nom de (( moultanis » d'après la ville de Moultan, le grand marché situé entre le Pundjab et le Sindh. Les Moultanis ne sont pas seulement connus dans l'Inde, mais dans toutes les villes de l'Asie centrale dans lesquelles ils voyagent, trafiquant sur une grande échelle, et portant avec eux les nouvelles importantes et les rumeurs de guerre.

Dans l'Inde, aussi bien dans le Pundjab que sur les bords du Gange ou dans le Dekkan, les banquiers, les usuriers, les manieurs d'argent sont des Marwaris, c'est-à-dire des Jâts du Marwar, région qui se trouve au sud du Pundjab et qui fait partie du Rajpoutana. J/arwarûlans l'Inde est synonyme de juif dans d'autres contrées. Ces prêteurs à la petite semaine, qui s'enrichissent en ruinant les pauvres Hindous pressurés par le fisc, sont redoutés et haïs partout, et je ne puis mieux faire, pour

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peindre leur caractéristique physionomie , que d'extraire quelques phrases d'un curieux livre écrit récemment par un Hindou de Baroda, M. Malabari, sur les populations du Guzerat. Dans cette région comme dans toutes les parties de l'Inde , le Marwari s'installe en maître, et revient, lorsque sa fortune est faite, prendre femme et achever ses jours dans le pays de sa naissance.

Fig. 42. — Marchand ambulant de Benarès.

(( Le Marwari, dit M. Malabari, n'entreprend aucune affaire qui ne lui rapportera pas cent pour cent de profit.

« Il aime les comptes à longue échéance ; il prête, et prête encore jusqu'à ce qu'un homme soit complètement en son pouvoir ; quand il ne peut plus rien tirer d'un pauvre diable, il le décide à voler. Il dégrade ses victimes aussi bien qu'il les ruine, et la moitié des prostituées de Bombay sont les sœurs ou les femmes de malheureux qui commencèrent à connaître le Marwari en lui achetant à crédit une livre de sucre et qui finirent par la ruine de leur être physique et moral. Quoique le Marwari soit un sectateur de Vishnou, il n'a guère de respect

pour ses dieux, et préfère la moindre pièce portant l' effigie de la reine au plus vénéré d'entre eux. »

Tous les Jâts ne se livrent pas à l'agriculture, au commerce ou à l'usure. Quelques-uns sont restés à l'état demi-barbare et nomade, si toutefois on peut rattacher à la même race que les cultivateurs et les de marchands du Pundjab, les Bandjaris de l'Inde, qui paraissent les frères de nos tziganes d'Europe. Cette tribu ressemble tout à fait à nos bohémiens possède la même beauté sauvage et exerce les mêmes métiers. Elle va de ville en ville et de hameau en hameau, campe ou habite dans ses chariots, colporte de menus objets, chante, danse et dit la bonne aventure.

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