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CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES RACES DRAVIDIENNES

Les Dravidiens, dont nous allons nous occniper maintenant, paraissent résulter du mélange des populations primiîtives de l'Inde avec les envahisseurs jaunes venus du nord-est par ha vallée du Brahmapoutre, puis d'alliances plus récentes contractées entre les populations déjà mélangées et les conquérants touraniens arrivés du nord-ouest. Suivant que l'élément primitif domine plus ou moims, on a subdivisé ce groupe en deux : les Protodravidiens, formés par les premiers mélanges, et les Dravidiens proprement dits, aj^ant pris naissance dans les unions des Protodravidiens avec des Touraniens.

D'une façon générale, toute l'Inde au siud du Godavéry est dravidienne, et même est désignée parfois sous le nom de Dravidie. Les Protodravidiens se retrouvent encore dans les régions montagneuses , où nous avons vu que les primitifs ont été refoulés peu à peu et sont parvenus à échapper presque entièrement à l'influence des invasions étrangères.

Malgré le nombre et la diversité des peuples dravidiens et protodravidiens on peut signaler chez eux certains cairactères généraux, tels que

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la couleur foncée de la peau, la pauvreté du système pileux, sa couleur noire, son aspect lisse, la grosseur du nez, et la largeur des narines, l'infériorité de la taille, et la forme du crâne qui les a fait classer parmi les peuples sous-dolichocéphales. Au moral, on peut signaler chez eux l'existence de cultes primitifs, le développement des croyances superstitieuses et le respect des castes, qui peut-être existaient chez eux avant même l'invasion des Aryens dans l'Inde. Lorsque ceux-ci eurent

Fig. 51. — Jeune fille anglo-indienne.

à les combattre, ils possédaient, à en juger par les récits du Ramayana, une certaine civilisation. Ils savaient travailler les métaux, construire des navires, fabriquer des étoffes et des poteries et connaissaient l'art de l'écriture.

Leurs langues ne se rattachent nullement au sanscrit, et, avant que ce dernier fût découvert, elles étaient déjà étudiées par les savants d'ïki-

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rope. Subdivisées en nombreux dialectes, elles forment quatre groupes principaux dans chacun desquels on trouve une grammaire et une littérature, ce sont : le canarais, parlé surtout à l'ouest dans les Ghats occidentales, le Konkan, le Malabar ; le malayalam, parlé surtout sur la

Fig. 52. — Pèlerins hindous des environs de Madras.

côte de Malabar; le tèlegou, parlé à l'est dans les bassins du Godavéry et de la Kistna; le tamoul, parlé au sud sur la côte de Coromandel, au cap Comorin et dans une partie de l'île de Ceylan.

Parmi les Dravidiens proprement dits qui remplissent le sud de l'Inde, depuis le Godavéry jusqu'au cap Comorin, se trouvent des îlots de populations sauvages habitant généralement des régions escarpées où les

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invasions successives les ont refoulées. Ils représentent les premiers habitants du sol non mélangés ou très peu mélangés à l'élément jaune.

Si on les met à part, on voit répandues sur tout le plateau du Dekkan au sud du Grodavéry, les couches épaisses de la race dravidienne proprement dite, évaluée à 50 millions d'hommes.

Nicolas.

Fig. 53. — Agent de police indigène (sud de l'Inde).

Bien que ces Dravidiens soient loin de former encore une population absolument homogène, on ne peut guère les diviser .que suivant les dialectes qu'ils parlent. Tous sont entrés depuis longtemps dans le mouvement de la civilisation, tous professent la religion brahmanique et forment

des sous-divisions de la caste Sondra. Les sauvages, au contraire, malgré les distinctions qu'ils établissent eux-mêmes parfois entre leurs différentes classes, rentrent en masse dans ce qui, pour les Hindous , forme le rebut de l'humanité, la multitude des hors-caste, des outlaws, des parias.

Le groupe qui tient la tête chez les Dravidiens, au point de vue du degré de civilisation, est le groupe tamoul, situé à l'est et au centre de l'Inde dravidienne. C'est parmi la population tamoule que s'élèvent Madras et Pondichéry. A Madras, des livres tamouls s'impriment sans cesse. La richesse de mots et de tournure de la langue tamoule la rend très littéraire. Elle est parlée par 15,000,000 d'hommes, et tend à l'emporter sur les autres idiomes dravidiens, télégou et canarais. Quelques-uns de ses livres ont mille ans d'existence.

Le peuple tamoul est assez énergique, entreprenant et accessible au progrès. C'est sur lui peut-être que repose tout l'avenir de l'Inde méridionale.

Les Télégous, qui occupent en partie la côte de Coromandel et s'étendent vers le sud, aussi importants en nombre que les Tamouls, leur sont inférieurs sous le rapport de la civilisation.

Le groupe malayalam, dont le dialecte est un des quatre principaux parmi les dialectes dravidiens, s'étend sur la côte de Malabar. Les Hindous qui en font partie sont , au contraire des Tamouls , réfractaires à la civilisation et attachés à leurs anciennes coutumes.

Enfin, au centre du Dekkan, et comprenant le Mysore avec la partie occidentale de l'empire du Nizam, se trouve le Karnata ou la (( Terre noire ». C'est dans cette région qu'est parlé le canarais, la troisième langue dravidienne littéraire. De ce nom Karnata, les Européens ont fait Carnatique, et l'ont appliqué, à tort, à la côte orientale au sud de Coromandel. Le vrai pays noir est celui du centre , là où , dans les dépressions du sol basaltique, usé par les torrents des moussons et les inondations des fleuves, s'est accumulé le c( regar » ou terreau noir, si propice à la culture du coton.

Après avoir étudié les caractères généraux des populations dravidiennes, il nous reste à décrire les populations qui forment dans leur

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masse des îlots isolés représentant généralement, comme nous l'avons dit, des vestiges plus ou moins purs des populations primitives.

§ 3. — POPULATIONS DU KONKAN.

On désigne sous le nom de Konkan toute la côte qui s'étend du golfe de Cambay jusqu'au suddeGoa, où commence celle de Malabar; on distingue parfois deux Konkans, le septentrional et le méridional. Il est facile de comprendre que ce pays, tourné vers les mers de l'Occident par lesquelles sont arrivés depuis longtemps les commerçants et les aventuriers de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, soit habité par une population très mêlée. Il ne s'y trouve guère de groupe ethnique spécial assez caractérisé pour mériter la peine d'être mentionné. Sur les flancs des Ghats se sont maintenues cependant quelques tribus sauvages, qui habitent dans les forêts, et qui se distinguent surtout par l'agilité avec laquelle les hommes grimpent aux arbres comme des singes. Cette faculté leur sert pour l'exploitation des palmiers, qui forment une des richesses de la contrée et fournissent aux habitants à la fois la nourriture, le vêtement et l'abri, par leur sève, leur bois, leur fruit, leurs fibres et leurs feuilles. C'est parmi ces peuplades forestières que Tippou-Sahib essaya un jour d'introduire l'usage des vêtements. Il fit distribuer des pièces de toile que les malheureux contemplèrent avec consternation et sans pouvoir se décider à s'en servir. Un de leurs chefs vint enfin se jeter tout en larmes au pied du sultan en lui disant : ce Seigneur, tu suis avec ton peuple l'usage de tes pères, laisse-nous nous conformer aussi aux coutumes de nos ancêtres. )>

Chez les Tirs de la côte de Malabar, les femmes s'habillent seulement au-dessous de la ceinture, et elles regardent comme si indécent et si honteux de se couvrir le sein, que les pudiques Anglaises, qui les emploient souvent comme bonnes ou comme nourrices, ne peuvent les y amener et doivent y renoncer, comme Tippou-Sahib à vêtir les sauvages cultivateurs de palmiers.

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