‹ Les civilisations de l'IndeChapitre 27 sur 155 · POPULATIONS DES COTES DE MALABAR (NALRS, ETC · texte numérisé non relu

POPULATIONS DES COTES DE MALABAR (NALRS, ETC

Les diverses populations de l'Inde possèdent des institutions et des coutumes représentant les formes d'évolution que les peuples civilisés ont successivement franchies avant d'arriver à leur état actuel. En parcourant l'immense péninsule, on peut revoir toutes les phases d'existence que nos ancêtres ont traversées.

Les Naïrs de la côte de Malabar, présentent précisément quelquesunes de ces institutions primitives qui n'existent plus en Occident qu'à l'état de vestiges dans les livres. On peut étudier aujourd'hui chez eux la famille maternelle telle qu'elle exista à l'aurore de notre histoire.

Des recherches modernes, dont on trouvera l'exposé dans notre ouvrage : L'homme et les Sociétés, leurs origines et leur histoire, ont prouvé que la famille maternelle fut la première institution qui succéda à ces formes primitives de communauté où toutes les femmes d'une tribu, et par conséquent leurs enfants, appartenaient à tous les hommes de la tribu. Cette institution nouvelle fut la véritable origine de la famille qui n'aurait pu naître sans elle. En donnant aux enfants la mère pour chef, et leur reconnaissant le droit d'hériter de son nom et de ses biens, elle substitua à des intérêts collectifs toujours bien faibles des intérêts individuels toujours puissants.

François Pyrard, qui visita la côte de Malabar au commencement du dix-septième siècle, fait des Naïrs une description qui, à peu de chose près, serait encore ressemblante de nos jours. Il les peint comme de hardis et brillants guerriers, dont le caractère et les coutumes rappellent un peu ceux de la chevalerie féodale européenne du moyen-âge. Ils sont, suivant lui, fiers et intrépides, jaloux de leur indépendance, généreux, chatouilleux sur le point d'honneur, et pleins d'égards envers les femmes.

Au seizième siècle, les Naïrs formaient une population riche et puissante possédant des villes importantes : « A Calicut, écrit le voyageur cité plus haut, le Zamorin (Tamouli ou grand Tamoul) est l'un des plus grands et des 'plus riches princes de l'Inde. Il peut mettre en armes 150,000 Naïrs... Tous les rois naïrs de cette côte sont ses vassaux et lui obéissent, excepté celui de Cochin. »

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Au point de vue physique, les Naïrs constituent une assez belle race. La taille est élevée, les formes gracieuses, les extrémités fines, le teint brun mais pas trop foncé.

Le nom de Naïrs signifie les maîtres, et, en effet, ils forment la caste aristocratique et dominante de la côte du Malabar. Soumis un moment par des Brahmanes, ils ont fini par secouer leur joug , et ceux-ci n'ont qu'à grand peine maintenu parmi eux au moins leur autorité spirituelle. Ces Brahmanes, dont l'origine n'est pas aryenne, ne sont point d'ailleurs considérés comme les égaux des Brahmanes aryens du nord de l'Inde, et les Naïrs eux-mêmes, qui se disent Kchatryas, sont regardés comme des Soudras par les Hindous. Ils n'en traitent pas moins avec hauteur les populations qui les entourent, les Tirs, qui leur sont soumis, bien que d'un sang plus pur, comme l'indique leur peau plus claire, et les Moplahs, métis arabes professant l'islamisme; ces derniers sont d'ailleurs fort braves et livrent souvent à leurs maîtres des luttes meurtrières.

La forme primitive de la famille désignée sous le nom de matriarcat, que nous allons retrouver chez les Naïrs, a été dépassée aujourd'hui chez la plupart des peuples par des formes d'évolution supérieure. Elle ne subsiste plus que chez un fort petit nombre de populations, telles que ces Khasias de l'Assam, dont nous avons parlé, et les Naïrs, dont nous nous occupons maintenant.

Chez les peuples absolument primitifs, il n'existe rien d'analogue au mariage, puisque toutes les femmes d'une tribu appartiennent indistinctement à tous les hommes de la même tribu. Dans cette forme d'évolution un peu supérieure caractérisée par la famille maternelle telle qu'elle existe chez les Naïrs, les femmes n'ont plus qu'un petit nombre de maris et possèdent la direction exclusive de la famille.

Le mariage n'existe chez les Naïrs que sous la forme presque primitive connue sous le nom de polyandrie, et il est même probable que les cérémonies qui le précèdent ne remontent qu'à l'époque où les Brahmanes devinrent les maîtres. Le mariage est d'abord monogame, mais la durée de cette union monogamique est limitée à quelques jours. Le fiancé passe au cou de la jeune fille un collier dont elle ne doit plus se séparer, mais c'est à l'acceptation et à la conservation de ce collier que sont

limités ses devoirs conjugaux. Au bout d'un petit nombre de jours, le premier mari est congédié avec une récompense et doit faire place à de nombreux successeurs. La jeune Naïre est devenue la propriété, non de la tribu tout entière comme dans la famille primitive, mais d'un certain nombre de membres, avec cette restriction importante toutefois que c'est elle qui choisira à son gré les maris qui doivent contribuer à la perpétuation de la famille, et dont le nombre total ne dépasse guère d'ailleurs une douzaine. La jeune Naïre, établie avec ses frères, aussitôt son union avec son premier fiancé , reçoit ses divers maris tour à tour. Pendant qu'ils sont en faveur ils plantent leur poignard dans sa porte pour indiquer leur présence et leurs droits momentanés.

Les enfants qui résultent de ces unions passagères ne peuvent naturellement être désignés que par le nom de leur mère, puisque leur père est généralement inconnu.

La femme naïre est le véritable chef de famille, et en exerce l'autorité avec l'assistance de sa fille aînée. Les seuls hommes vivant constamment avec elle sont ses frères et ses fils. Les enfants élevés ainsi par leur mère et leurs oncles ont pour ces derniers une affection analogue à celle des enfants pour leur père chez les autres peuples. Ne quittant presque jamais leurs sœurs, ils ont pour elle une amitié naturellement plus profonde qu'ils ne pourront jamais en avoir plus tard pour leurs femmes, puisque leur union avec ces dernières ne dépasse guère quelques jours.

On comprend aisément que, dans la famille ainsi constituée, la femme, qui élève les enfants et dont ces derniers héritent, joue un rôle essentiel ; l'oncle et les frères qui vivent avec elle dès son enfance viennent au second rang. Quant au rôle du mari , qui consiste uniquement à contribuer par une cohabitation éphémère à perpétuer la famille, il n'a qu'une importance très faible. La femme ne se préoccupe guère que de choisir l'homme le plus vigoureux et le plus beau. Elle a d'ailleurs le droit absolu de prendre qui lui plaît, sauf bien entendu, parmi les gens inférieurs à sa caste, sous peine dans ce cas d'être déshonorée.

Parmi les reproducteurs ainsi choisis, se trouvent naturellement les Brahmanes, en raison de leur caractère sacré et de leur ancien prestige.

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Ils vont de maison en maison apporter l'offrande d'un sang précieux, qui élève le niveau de la race à laquelle ils s'unissent.

Les hommes jouissant chez les Naïrs de la même liberté que la femme, on peut dire de cette population qu'elle pratique tout à la fois la polygamie et la polyandrie. Les plus pauvres seuls pratiquent forcément la polyandrie; plusieurs frères ou plusieurs individus d'une même caste se réunissent généralement pour se partager la même femme. La polyandrie se rencontre d'ailleurs dans plusieurs régions de l'Inde , et notamment à l'extrême nord, dans les régions voisines du Thibet, et à l'extrême sud chez des tribus voisines de Madura. A Calicut, la femme du roi avait autrefois, en dehors de son royal époux, dix maris réguliers choisis parmi les Brahmanes.

Cette polyandrie, si choquante pour nos idées modernes, paraît être une institution fort ancienne. Dans le Mahabharata on voit en effet les cinq frères Pandava épouser la belle Draupadi « aux yeux couleur de lotus ».

Lorsqu'un Naïr meurt, ce ne sont pas ses enfants qui héritent de lui, mais les enfants de sa soeur aînée. Le matrimoine passe de fille en fille, — comme autrefois le pouvoir royal à Travancore. Les frères exploitent sous l'autorité de la mère le domaine maternel, mais n'ont aucun droit de propriété sur lui.

La constitution de la famille maternelle chez les Naïrs doit être parfaitement adaptée à la constitution mentale de ce peuple et aux conditions d'existence où il se trouve, puisqu'elle s'est maintenue depuis des siècles, malgré son contact avec les Musulmans et les chrétiens établis sur la côte de Malabar depuis fort longtemps. La conquête brahmanique n'a jamais pu réussir autrefois à la détruire.

§ 5. — POPULATIONS DES NILGHIRRIS.

Le grand massif des Nilghirris est habité par des populations sauvages très différentes entre elles de physionomie. Leurs mœurs, fort intéressantes à étudier, nous donnent l'image fidèle d'époques primitives dispa-

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rues. On les a divisées en cinq tribus distinctes : les Todas, les Badagas, les Kotahs, les Kouroumbas, les Iroulas.

Les Todas habitent le sommet de la montagne et représentent l'échelle la plus élevée de cette série. Ce sont des populations exclusivement pastorales parlant un dialecte canarais. On suppose que ce sont des émigrants venus du Karnara, il y a huit siècles. Leur nombre ne dépasse pas un millier.

Les Badagas sont des immigrants venus du Mysore, vers le seizième siècle. Ils ne diffèrent guère des habitants de la plaine que par un degré moindre de civilisation. Ils forment la population la plus nombreuse de la montagne. Leur nombre est d'environ 25,000. Ce sont des populations agricoles. Leur langue est également le canarais.

Au-dessous de ces deux populations dont l'origine est bien connue se trouvent les Kotahs , les Kouroumbas et les Iroulas, dont le nombre total ne dépasse pas 3,000. Ce sont sans doute des résidus de populations aborigènes. C'est à leurs ancêtres qu'on attribue ces monuments mégalithiques analogues à nos dolmens et menhirs dont la région est couverte. Us parlent des dialectes dravidiens parents de ceux des habitants de la plaine avec lesquels ils sont en contact ; les Kotahs représentent l'élément industriel de la montagne. Les Iroulas, qui vivent à la base de la montagne, parmi les jungles, peuvent être rangés parmi les derniers échantillons de l'espèce humaine.

Nous allons examiner successivement la physionomie, les mœurs et les coutumes de ces diverses populations dont nous venons de décrire l'origine.

Todas. — Les Todas sont, comme nous l'avons dit, les plus élevées des populations des Nilghirris. Leur taille est assez haute, leur chevelure noire et abondante, leur barbe également abondante et bouclée, leurs lèvres grosses, leur nez généralement droit et souvent aquilin, leur démarche très élégante. La douceur de leur caractère , leur gaieté, leur amabilité, leur candeur, leurs habitudes pacifiques, leur goût dans leurs vêtements, leur physionomie, leur distinction naturelle, font qu'on ne saurait les confondre avec de grossiers sauvages. Ils représentent plutôt le sauvage idéal, l'homme de la nature, tel que se

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plaisaient à le peindre, au dix-huitième siècle, Rousseau et son école.

Le nom de Toda signifie berger. La seule occupation des Todas est le soin de leurs troupeaux. Les beaux pâturages des Nilgliirris nourrissent de magnifiques bestiaux ; le lait qu'ils fournissent forme le fond de l'alimentation des habitants. Aussi les Todas poussent-ils la vénéra-

Fig. 54. — Toda des Kilghirris (*)• * Cette gravure et les trois suivantes ont été exécutées d'après des photographies empruntées à la collection de M. Brecks.

tion pour eux jusqu'à l'adoration. La vache est l'animal sacré pour ce peuple comme pour les Badagas; leur église est l'étable, et leur prêtre porte le nom de Palal ou grand laitier. Traire les vaches, faire le beurre ou le fromage, sont des occupations saintes qui revêtent d'un auguste caractère celui qui s'y livre. La divinité suprême est une vache illustre par sa généalogie , et le grand pontife quelque savant berger plus expert que les autres dans l'art d'élever et de soigner les bêtes.

La vache, l'animal sacré, est mêlée à toutes les cérémonies et préside à tous les événements importants de l'existence. Lorsque le Toda vient au monde, il est placé sous la protection des troupeaux ; lorsqu'il meurt, on fait défiler devant son cadavre toutes les vaches de sa tribu, et on en immole deux qui doivent le suivre dans le royaume des âmes. A certaines époques de l'année, on charge des péchés du peuple un veau nommé Bassava, qui est ensuite chassé à coups de bâton au fond des bois et dont le départ purifie la nation. C'est, comme on le voit, une coutume identique à celle du bouc émissaire des Hébreux.

Outre le culte des vaches, les Todas, de même que tous les peuples primitifs, adorent les âmes des morts. Lorsqu'un des leurs a péri de mort violente, ils se figurent que son esprit revient, altéré de vengeance, errer autour de l'arme meurtrière ; et le couteau ensanglanté, ou tout autre instrument de mort, devient pour eux un objet de respect qu'ils placent au milieu de leurs autres reliques, les barattes, les pots à beurre et les moules à fromage. Une superstition curieuse des habitants des Nilghirris consiste à voir dans les Kouroumbas, ces grossiers habitants des jungles, habitués aux miasmes délétères et qui dépérissent dans un air salubre , des sorciers dont le pouvoir est sans limites. Un malheur f rappe-t-il une famille toda, les troupeaux des Badagas sont-ils décimés par une épidémie, on appelle en hâte un Kouroumba et on le supplie d'arrêter le mal qu'il a causé. Le sauvage se prête complaisamment à cette opinion qui lui donne de l'importance. Il commence à gesticuler, à tourner sur lui-mtme, puis se jette sur le sol en poussant des hurlements.

Les Todas professent également un respect religieux pour les arbres. Leurs mariages, qui sont d'ailleurs des plus primitifs, ne deviennent officiels que lorsque la jeune femme est arrivée sans encombre au septième mois de sa première grossesse. Les époux vont alors passer une nuit au fond de la forêt, au pied d'un des plus beaux arbres, sous l'invocation duquel ils placent l'enfant qui va naître. Lorsque celui-ci vient au monde, le père prend des feuilles de l'arbre, et les repliant en forme de coupe y verse quelques gouttes d'eau; puis le nouveau-né et ses parents doivent s'humecter les lèvres avec le liquide, et par

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cette espèce de communion mystique la famille est véritablement fondée.

Quelques cérémonies importantes précèdent d'ailleurs le mariage. Lorsqu'un jeune homme choisit, — toujours dans sa propre caste, — une jeune fille, et qu'il est agréé, il doit s'engager à payer pour elle une

Fig. 55. — Kotah des Nilghirris.

certaine somme à son futur beau-père. Celui-ci lui met le pied sur la tête et le reconnaît comme son fils. Puis la fiancée est menée en habits de fête et accompagnée par des chants dans sa nouvelle demeure. Elle s'y prosterne devant son mari, qui à son tour pose le pied sur sa tête ; les beaux-parents en font autant. On l'envoie alors chercher une cruche d'eau, et l'accomplissemeut de cette petite fonction domestique indique que dans la maison elle remplira désormais le rôle de servante. Le mariage ainsi célébré n'est d'ailleurs qu'un mariage à l'essai.

Il n'est en effet reconnu qu'au septième mois de la première grossesse, lorsque, dans un joyeux banquet, la jeune femme se pavane et montre à tous le changement de sa taille, et que son mari lui attache au cou un ruban qui rappelle le talî des Naïrs.

Les Todas sont polygames et polyandres ; mais, sous cette forme primitive où tout un groupe de frères épouse tout un groupe de sœurs, chaque femme ayant plusieurs maris tous frères, et chaque mari plusieurs femmes toutes sœurs. Lorsqu'un jeune homme se marie, il épouse non seulement sa femme, mais les jeunes sœurs de celle-ci, qui lui appartiendront successivement lorsqu'elles arriveront à la nubilité, et dont il devient possesseur simplement en payant le prix qu'il s'est engagé à verser pour l'aînée. D'un autre côté, ses frères, à lui, ont le droit de posséder toutes ses femmes, à la condition qu'ils l'aideront à fournir la somme convenue. Malgré toutes ces facilités matrimoniales, malgré la possibilité du divorce, les suicides par contrariété d'amour ne seraient pas rares, paraît-il, parmi ces populations primitives, notamment chez les Badagas ; mais cette assertion mériterait, je crois, d'être soumise à une sérieuse critique.

Les enfants sont répartis suivant les âges entre les différents maris de leur mère ; l'aîné appartenant à l'époux en titre, le second à l'aîné de ses oncles, le troisième au second oncle, et ainsi de suite.

Ces coutumes primitives tendent à disparaître chez les Todas. Ceux d'entre eux qui sont assez riches pour s'acheter une femme et la posséder seuls en sont très fiers, et laissent la polyandrie aux basses classes.

A la mort de leur père, les enfants héritent par portions égales. Pourtant le plus jeune conserve la maison, à la charge d'y recueillir et d'y entretenir lès femmes de la famille.

La propriété n'existe pas chez les Todas ou du moins elle est limitée uniquement à la maison et aux objets mobiliers. La terre est possédée en commun, et ne sert d'ailleurs qu'à produire de l'herbe pour les troupeaux, car les Todas ne s'adonnent pas à l'agriculture.

Ils ne s'adonnent pas davantage à la chasse, et n'ont même presque pas d'armes. Ne songeant pas plus à attaquer qu'à se défendre, ils se

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contentent, pour empêcher que leurs cabanes ne soient envahies, d'en faire les portes très basses.

Les Todas demeurent dans des villages , ainsi que les Badagas ; tandis que les Kotahs et les Kouroumbas .habitent de misérables huttes, et que les Iroulas vivent dans des trous ou à l'abri des arbres, comme des bêtes fauves.

Fig. 5G. — Iroalas des Nilgliirris.

Badagas. — Les Badagas n'ont, ni dans l'aspect ni dans le caractère, lagrâce et la noblesse des Todas. Ils sont plus petits, plus noirs, les cheveux maigres, la barbe rare, le nez épaté et les lèvres épaisses. Ils sont rusés, durs et avares, et s'abrutissent par l'usage de l'opium. Ils sont les plus nombreux, et de beaucoup, des cinq peuples habitant les Nilgliirris. Toute l'agriculture de cette riche contrée est entre leurs mains ; ce qui ne les empêche pas d'être bergers. Les Badagas ont quelques croyances analogues à celles des Todas, mais ils se rattachent

au brahmanisme par l'ensemble de leur culte. Ils vénèrent le linga et adorent Siva sous la forme d'un taureau. Leurs mariages sont aussi faciles à conclure et aussi compliqués par le nombre des femmes et des maris que ceux de leurs voisins les Todas. Les cérémonies des deux peuples sont à peu près semblables, et se distingent également par la confusion qu'on y apporte souvent entre les manifestations de la douleur et celle de la joie ; les Todas et les Badagas accompagnent leurs félicitations de sanglots, se lamentent en dansant, et célèbrent leurs funérailles au milieu des orgies.

Kouroumbas, Kotalis et Iroulas. — Ces trois tribus sont, au point de vue ethnologique, fort différentes des précédentes. Elles représentent des vestiges des anciennes populations aborigènes. Ce sont des races chétives, à la peau noire, à la barbe rude et hérissée, aux cheveux tournant un peu au laineux, au moins chez les hommes. Les lèvres sont grosses, la poitrine plate, les bras longs et les jambes courtes. Cette description s'applique surtout aux Kouroumbas et aux Iroulas. Quelques voyageurs ont trouvé une grande analogie entre ces populations et les indigènes de l'Australie.

Les Kouroumbas habitent au bas de la montagne, dans de grandes cabanes ou se réunissent plusieurs familles. Ces pauvres êtres sont à la fois craints et méprisés par les Badagas et par les Todas ; les femmes de ces derniers peuples s'évanouissent quelquefois de frayeur en apercevant à l'improviste des Kouroumbas. Ces malheureux se prêtent d'ailleurs au rôle de sorciers que leur attribue la crédulité de leurs voisins, et qui leur rapporte en somme plus de coups que de présents.

Leurs professions sont variées mais assez peu productives. Ils se font devins, magiciens, chanteurs ambulants, et souvent aussi se louent comme domestiques chez les habitants de la plaine. Ils savent un peu cultiver le sol et labourent la terre avec des bâtons pointus.

Les Kotahs ne sont pas sensiblement supérieurs aux Kouroumbas , et mènent la même existence misérable ; ils connaissent divers métiers et représentent la classe ouvrière parmi ces peuplades de la montagne. Mais leurs modestes industries ne les enrichissent guère. Souffrant près-

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que perpétuellement de la faim, les Kotahs ne se rassasient vraiment que le premier jour de l'année. Ils mettent alors en commun toutes les provisions qu'ils ont pu rassembler, et absorbent autant de nourriture que possible pendant quarante-huit heures.

Quant aux êtres placés au dernier degré de cette échelle, les Iroulas, ils vivent dans les jungles au pied des Nilghirris. Complètement

noirs, le dos voûté, les bras longs, les jambes grêles, la chevelure raide et hérissée, ils respirent cet air funeste du teraï qui est devenu pour eux, par une assimilation séculaire, l'atmosphère nécessaire et salubre. S'ils quittent un moment leurs bauges infectes pour le libre espace et les brises pures des coteaux ou des plaines, ils dépérissent et meurent. Les sauvages qui les entourent, déjà si grossiers eux-mêmes pourtant, les accablent de leurs mépris prétendant qu'ils vivent avec les tigres et que leurs enfants grandissent pêle-mêle avec les petits des fauves.

Les Iroulas toutefois ont une vertu : celle de la franchise absolue; peut-être leur intelligence ne s'élève-t-elle pas jusqu'au mensonge ; le fait est que la parole de ces pauvres êtres prévaudrait contre les serments les plus sacrés des Brahmanes.

Pour toute industrie, les Iroulas travaillent l'osier. Leur nourriture se compose surtout de racines, de fruits et de baies sauvages.

Fig. 58. — Jeune Hindou (sud de l'Inde).

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