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L'HINDOUSTAN

Les bornes de l'Hindoustan sont en grande partie formées par l'Himalaya, la plus haute chaîne de montagnes du globe, celle que les Hindous, qui contemplent de loin avec respect ses cimes sacrées, appellent le « Toit du monde ». Cet énorme massif forme dans son ensemble, avec ses contreforts et ses rameaux, comme un gigantesque plan incliné, dont le bord supérieur atteint et dépasse 6,000 mètres d'altitude, avec une hauteur moyenne de 4,000 mètres. De cette barrière formidable surgissent des géants de 8 et 9,000 mètres de hauteur.

C'est surtout dans sa partie occidentale que l'Himalaya présente cette disposition. Au-dessus des sources des grands fleuves, l'Indus, le Gange, la Jumna, le Satledj, il se développe en largeur, se confond

avec les hauts plateaux du Thibet , et perd complètement cet aspect de ligne serpentine que prend généralement sur une carte une véritable chaîne de montagnes. Là s'étendent, à des hauteurs qui dépassent celles des cimes les plus élevées de l'Europe, d'immenses plateaux désolés, qui n'appartiennent géographiquement ni à l'Inde, ni au Turkestan, ni au Thibet, sur lesquels aucune végétation ne se développe, où. l'eau s'amasse parfois sans trouver d'issue ni de pente d'écoulement, ou l'air n'est pas toujours respirable pour le voyageur intrépide qui ose s'y aventurer. C'est l'affreux « Pays de la Mort », ainsi que le nomment les indigènes.

Les imposants sommets du Karakoroum qui le dominent n'ont jamais été mesurés, et peut-être un jour l'un d'eux détrônera-t-il le superbe Gaurisankar, le roi des monts, qui lui-même a détrôné le Chimborazo, le volcan des Andes, considéré pendant longtemps comme la plus haute montagne du globe.

Cette cime du Gaurisankar s'élève vers l'autre extrémité de la chaîne, dans l'Himalaya oriental. De ce côté, la suite des hauts sommets, le Davalaghiri, le Gaurisankar, le Kintchinjinga , forme une ligne plus continue appuyée contre le Trans-Himalaya, qui, sans renfermer les principales cimes, est, dans son ensemble, plus élevé, et peut être considéré comme la véritable épine dorsale de ce colossal système ; tandis qu'au nord et au sud s'étendent parallèlement deux autres chaînes : les monts Gang-dis-ri, qui dominent le Thibet, et le Sub-Himalaya, moins grandiose, s'abaissant peu à peu entre les affluents septentrionaux du Gange.

La masse de l'Himalaya, qui se développe sur une étendue plus considérable que celle de la France entière , est le plus effroyable rempart que la nature ait placé entre deux contrées et entre deux peuples. Il est difficile qu'entre les hautes terres du nord et les larges et profondes vallées du midi aucun rapport existe jamais, soit entre les habitants, soit entre les mœurs.

Deux routes inachevées et peu fréquentées, celle de Simla et celle de Darjeeling, aux deux extrémités de la chaîne principale, relient seules l'Inde à la Chine. Cependant des voyageurs isolés, des mar-

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chands, se hasardent à passer du Tliibet dans la vallée du Gange, plaçant quelquefois leur léger bagage sur le dos d'un mouton ou d'une chèvre, seuls animaux dont le pied soit assez sûr pour suivre les effrayants sentiers serpentant sur les flancs des montagnes.

Généralement ces sentiers sont tracés le long d'une rivière. Mais

Fig. 3. — Paysage dans la vallée de l'Indus (Royaume de Cachemire).

les cours d'eau qui prennent leur source dans l'Himalaya n'ont point de bords faciles que l'on puisse remonter pas à pas. Ils roulent généralement au fond de sombres gorges, dans des lits qui déchirent le roc à des profondeurs incroyables et se prolongent entre des murs à pic; parfois l'on entend leur murmure s'élever du fond de l'abîme où l'on ne peut les distinguer ; on les franchit sur des troncs d'arbre ou à l'aide d'une corde, et l'on s'élève ensuite sur une étroite saillie de rocher, dont l'idée seule donne le vertige.

Et cependant l'Inde s'est vue envahie bien des fois par des conqué-

rants venus du nord. Dès les temps les plus reculés, tous les princes aventureux de l'Occident ont rêvé de pénétrer dans cette riche contrée, que des récits fabuleux leur dépeignaient ruisselante de pierreries et merveilleusement fertile.

Dans l'enceinte formidable de fortifications naturelles qui enveloppe l'Inde , une porte existe au nord-ouest. Cette porte est ouverte par la rivière de Kaboul. C'est en suivant ses bords qu'Alexandre, les Mogols, les Afghans, etc., ont pénétré dans la péninsule.

Sans doute ils suivaient la même route qu'avaient dû suivre les antiques Aryens. Nulle autre ne donne facilement accès à une armée dans la terre d'Indra ; au delà de cette ouverture, la ceinture de montagnes se reforme, et, bien que beaucoup moins considérable, est encore suffisante pour arrêter les invasions. C'est la chaîne du Souléïman continuée par les monts Khirthar.

Ainsi, sauf cette porte unique, défendue aujourd'hui par le poste avancé de Peshawer et la forteresse d'Attok, toutes les frontières continentales de l'Inde sont presque infranchissables.

L'extrémité orientale de la grande courbe en forme de cimeterre que dessine l'Himalaya semble pourtant offrir la brèche énorme qu'y creuse le Brahmapoutre. Et c'est en effet par là que des populations de race jaune, à une époque reculée de l'histoire, ont pu pénétrer dans l'Inde. Mais ce dut être au prix de beaucoup d'efforts ; car telle que nous pouvons nous la représenter, la haute vallée du Brahmapoutre, encore inexplorée aujourd'hui, est irrévocablement fermée à nouveau tous les ans par le déluge de la mousson du sud. Les quantités formidables de pluie qui tombent sur cette région y détruisent toute apparence de chemin frayé, y transforment les rivières en torrents, les plaines en marécages, et y développent une végétation désordonnée qui arrête les pas de l'homme ; des miasmes mortels y empoisonnent l'air en tout temps ; et ces obstacles font que nulle part sur notre globe on ne rencontre des pays si mal connus à une telle proximité de régions civilisées.

La rive gauche du Brahmapoutre est bordée par les montagnes de l'Assam, et son lit se recourbe au pied des contreforts avancés des

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monts Khasi et des monts Garro. Ce sont les derniers anneaux de la chaîne immense qui enveloppe toute l'Inde au nord.

Protégée par cette redoutable ceinture, la grande plaine Indo-Gangétique, qui forme l'Hindoustan proprement dit, s'abaisse doucement d'une part vers le golfe du Bengale et de l'autre vers la mer d'Arabie.

Fig. 4. — Vue prise au mont Abou (Itajpoutana).

Les deux bassins de l' Indus et du Gange la partagent en deux régions très distinctes l'une de l'autre et très différentes d'aspect. Vers le sud la séparation est marquée par les monts Aravulli auxquels se rattache le massif du mont Abou, tandis que vers le nord elle est à peine sensible.

Le bassin du Gange est une des régions les plus peuplées, les plus fertiles et les plus magnifiques de la terre. On n'en saurait dire autant de celui de l'Indus, qui renferme au contraire le seul grand désert de l'Inde. Contraste facile à expliquer par la direction du cours des

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deux fleuves, dont l'un coule parallèlement et l'autre verticalement à la chaîne de montagnes qui leur donne naissance. A chaque pas de sa course, le Gange reçoit de l'Himalaya dont il côtoie les courbes., de nouveaux affluents alimentés par d'inépuisables réservoirs de neige ; plus il avance, et plus largement il arrose les campagnes qu'il traverse. Pour l'Indus, c'est l'inverse qui se produit, A mesure qu'il s'éloigne des montagnes, ses affluents deviennent plus rares et plus maigres; plusieurs d'entre eux se perdent dans les sables et n'ont plus la force de s'y creuser un lit. Dans le Pundjab, le pays des cinq rivières, la richesse du sol est encore grande, mais peu à peu ces cinq rivières n'en forment plus qu'une, qui se dirige solitairement vers le sud-ouest, laissant sur sa gauche d'immenses espaces, infertiles, inhabités et mornes.

Il est probable que tout ce bassin de l'Indus était autrefois recouvert par la mer, qui s'y enfonçait en un vaste golfe. Les plaines du nord de l'Inde et les couches qui recouvrent le flanc méridional du Sub-Himalaya sont de formation récente ; les gneiss et les schistes n'apparaissent que dans la région moyenne de l'Himalaya et du Trans- Himalaya dont les parties centrales seules sont composées de granit et de roches métamorphiques.

Dans le voisinage des plus hauts sommets, on a retrouvé des débris lacustres et des dépôts salins, faisant penser que de grands amas d'eau de mer ont séjourné longtemps sur les plateaux.

Les nombreuses petites chaînes qui prolongent le système himalayen dans le haut Pundjab sont aussi curieuses par leur formation que par leur aspect. L'une d'elles, appelée par les Anglais c( Salt-Range », offre, outre les énormes quantités de cristaux salins qui lui ont valu son nom, des échantillons de toutes les roches, depuis les roches siluriennes jusqu'aux strates de l'époque tertiaire, et elle renferme également des gisements de nombreux métaux. Les flots de la mer qui battaient autrefois ses flancs, et les pluies qui depuis ont déchiqueté ses cimes, l'ont découpée de la façon la plus curieuse, lui donnant l'aspect d'une série de tours et de châteaux-forts dont la régularité parfaite semble due à la main des hommes. Cette région fut du reste couverte autrefois de constructions défensives, dont on voit encore les

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ruines imposantes se dresser an sommet des rochers à pic. On croirait en les apercevant contempler les restes des forteresses dont le Moyen-Age avait hérissé nos pays de l'Occident. L'analogie est aussi réelle que frappante. Dans le Pundjab, dans le Bundelkund, les redoutables retraites qui furent d'abord construites pour abriter le pays contre les incursions étrangères servirent ensuite à l'asservir, et contribuèrent à fortifier la tyrannie des chefs seigneuriaux , ainsi que cela se passa en France après l'invasion des Normands.

Au sud du bassin du Gange, le sol se relève par les plateaux de Malwa et ceux du Bundelkund. Puis enfin surgit la chaîne des Vindhya.

Cette chaîne des Vindhya est le « diaphragme de l'Inde ». Son importance est capitale comme barrière entre deux civilisations, deux climats, deux natures de sol, et surtout deux races. Tandis que dans la plaine Indo-Gangétique, domine l'élément envahisseur, c'est-à-dire la race aryenne plus ou moins pure, sur le grand plateau du Dekkan, à l'abri du profond fossé de la Nerbudda et d'une double chaîne de montagnes, la population primitive, c'est-à-dire la race dravidienne, s'est conservée à peu près sans mélange, avec son caractère propre, ses traits extérieurs distinctifs, et d'antiques croyances que les siècles n'ont guère transformées.

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