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LE DEKKAN

Le Dekkan forma jadis une contrée presque insulaire, lorsque les eaux de l'Océan recouvraient en grande partie la plaine Indo-Gangétique. Les flots devaient alors battre le pied des montagnes qui entouraient ce pays comme une ceinture. Ils se sont retirés depuis, laissant à découvert tout le long de ces mêmes montagnes une bande étroite de plages que l'antique plateau domine d'une hauteur de 400 à G00 mètres.

On doit donc considérer dans le Dekkan deux parties très différentes par leur aspect, leurs productions, ainsi que par les races qui les habitent. Ce sont d'une part les côtes basses portant successivement

les noms de Konkan septentrional, Konkan méridional, Côte de Malabar, sur la mer d'Arabie, et de Côtes de Coromandel, des Circar et d'Orissa, sur le golfe du Bengale; d'autre part un vaste plateau incliné de l'ouest à l'est, enveloppé par les monts Satpoura et leur prolongement, et par le mur des Ghats, qui le sépare à peu près complètement de la région maritime.

La double chaîne de montagnes qui sépare le Dekkan de la mer a reçu le nom de Ghats. On distingue les Ghats occidentales et les Ghats orientales. Ces dernières sont moins élevées que les premières et supportent la partie la plus basse du plateau; elles sont ouvertes par les vallées de nombreux fleuves, qui, suivant la pente générale du pays, vont tous verser leurs eaux dans le golfe du Bengale.

Les Ghats occidentales, beaucoup plus régulières, se composent d'une série de chaînons orientés perpendiculairement à la direction du rivage mais réunis par une arête continue.

Tandis que du côté de la mer, les Ghats occidentales dressent assez fièrement leurs lignes abruptes et leurs sommets déchiquetés par les pluies orageuses de la mousson, elles paraissent peu imposantes si on les contemple du plateau, qu'elles dominent à peine. Même au-dessus de la plage, elles ne s'élèvent guère à plus de douze cents mètres. Ce sont visiblement d'anciennes falaises ; elles en ont conservé la physionomie, et, à certains endroits où la plage se resserre, elles plongent encore leurs écueils dans les flots. Des défilés d'accès plus ou moins facile interrompent çà et là la barrière qu'elles forment entre les hautes plaines et les pays côtiers.Le plus important est le Bhor Ghat, autrefois surnommé la clef du Dekkan.

Vers le sud, les Ghats occidentales s élargissent tout à coup en un massif d'aspect moins sévère, c'est celui des Nilghirris ou Montagnes Bleues, auquel leurs ravissants paysages et' leur délicieux climat ont valu le nom de Suisse dravidienne.

Au delà des Nilghirris s'ouvre le passage du Pal Ghat, la plus importante dépression de la chaîne, qui du reste, s'y termine, pour reprendre plus loin sous d'autres dénominations jusqu'au cap Comorin. Cette brèche du Pal Ghat est la grande voie de communication entre

LE SOL ET LES CLIMATS

les deux littoraux ; un chemin de fer y passe aujourd'hui, reliant Madras à Calicut. Lorsque la mousson du nord-est souffle sur le golfe du Bengale, les Ghats arrêtent l'effort du vent et les navires voguent paisiblement sur la mer d'Arabie; mais lorsqu'ils arrivent devant le Pal Ghat, ils rencontrent tout à coup une. mer très agitée ; c'est que l'ou-

Hg. 5. — Vue prise aupros de Badami (DharwarJ.

ragan s'engouffre dans le défilé qui lui livre passage et vient troubler les flots de l'autre côté de la presqu'île.

Toutes les côtes basses qui bordent le Dekkan peuvent être considérées comme des conquêtes faites sur la mer à une époque relativement rapprochée de nous. Le soulèvement du sol s'est arrêté depuis, et des observations modernes tendraient à prouver que sur certains points de l'Inde un mouvement contraire s'est produit ; on a découvert non loin de Bombay les restes d'une forêt immergée; à l'embouchure du Gange, une région d'îles marécageuses de formation récente, désignée sous le nom de Sanderband, et le territoire même sur lequel

est bâti Calcutta, semblent destinés à s'affaisser un jour dans un gouffre immense qui se creuse au sein des flots, et dans lequel la sonde se perd, tandis qu'on en détermine aisément les bords. On a constaté comme un glissement du sol dans la direction de cet effrayant abîme.

Le plateau du Dekkan est une terre primitive dans laquelle s'ouvraient autrefois des bouches d'éruption qui l'ont entièrement recouverte d'épaisses coulées de lave. Le sol en serait absolument improductif, si les pluies abondantes qui l'inondent à certains moments de l'année n'avaient réussi sur beaucoup de points à désagréger, à pulvériser, à entraîner cette rude écorce. De nombreux cours d'eau ont accompli le même travail. Il en résulte que, tout à côté d'étendues absolument désolées et infertiles , le Dekkan offre des vallées dans lesquelles l'abondance des eaux combinée avec la chaleur du climat, a donné naissance à une végétation d'une richesse et d'une puissance extraordinaires.

A l'abri de leur rempart de montagnes, qui, au nord, s'étend sur une double ligne et se fortifie du profond fossé creusé par la Sône et par la Nerbudda, les hautes régions du Dekkan ont dû résister mieux que les plaines du nord au flot des invasions successives et conserver une physionomie très particulière. C'est en effet au sud des Vindhya que l'on trouve encore les restes des premières populations de l'Inde ; l'élément dravidien y domine ; des foyers de résistance contre l'étranger s'y formèrent à plusieurs reprises.

La pointe extrême de l'Inde est le cap Comorin. A côté se trouve la grande île de Ceylan. Bien qu'il n'entre pas dans notre plan de décrire sa population ni d'étudier son histoire, nous en dirons quelques mots au point de vue géographique ainsi que des îles voisines de l'Inde, et terminerons ainsi la description des grandes lignes qui forment le relief du sol, ce qu'on pourrait appeler l'ossature de la Péninsule.

L'île de Ceylan, qui équivaut pour la superficie à une douzaine de départements français, est à peine détachée du continent. Une série d'îlots, dont les plus importants sont ceux de Kamesweram et de Manaar,

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prolongent jusqu'à ses côtes la pointe qui leur fait face dans le continent indien. Le milieu de cette chaîne est formé par une suite d'écueils et de bancs de sable à peine recouverts de quelques pieds d'eau et connus sous le nom de Pont de Rama. Trois passes, dont l'une a été récemment rendue praticable aux petits navires , s'ouvrent dans ce barrage naturel.

Fig. G. — Etang sacré dans une pagode du sud de l'Inde.

Au nord et an sud du Pont de Rama, deux golfes creusent les côtes indiennes ; l'un d'eux offre aux navires cliassés par la mousson le refuge de ses eaux généralement paisibles.

L'île de Cevlan se divise en deux parties, dont l'une, au n'ord, se compose de plaines couvertes par la végétation des tropiques, et dont l'autre, au sud, est montagneuse. Le sommet le plus célèbre, mais non le plus élevé de l'île, est le pic d'Adam, haut de plus de 2,200 mètres, et sur lequel l'Hindou crédule contemple encore l'empreinte sacrée du pied de Bouddha.

Au sud-ouest de l'Inde, des centaines d'îles appartenant aux groupes des Laquedives et des Maldives parsèment l'Océan. Les dernières surtout sont curieuses, et leur formation a donné lieu à bien des conjectures dont la plus célèbre est celle de Darwin. L'illustre savant suppose qu'elles indiquent la place des sommets d'une chaîne disparue. Elles sont dues presque entièrement à l'accumulation de polypiers, et se présentent chacune sous forme d'un cercle d'écueils enfermant un lac intérieur; leurs divers groupes affectent également la figure d'un cercle, et leur ensemble présente une disposition générale identique.

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