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PÉRIODE BOUDDHIQUE

L'époque de la naissance du bouddhisme dans l'Inde appartient beaucoup à la légende et très peu à l'histoire. Nous ne savons des origines de cette période que ce que nous en disent les récits fantaisistes des livres bouddhiques. Ce n'est qu'après les invasions d'Alexandre, et surtout lorsque, 250 ans environ après Jésus-Christ, le bouddhisme devint la religion officielle, que des faits précis se dégagent et que l'obscurité commence à se dissiper. Elle reparaît malheureusement bientôt et règne pendant de longs siècles.

L'invasion d'Alexandre eut lieu 327 ans avant notre ère. Après avoir achevé la conquête de la Perse, le héros macédonien s'était décidé à

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entreprendre la conquête de l'Inde, afin d'arriver à la souveraineté de l'Asie.

La division du Pundjab en petits Etats indépendants et rivaux devait lui rendre les débuts de sa conquête faciles. Alexandre se présenta avec 120,000 hommes, dont les Grecs formaient le noyau, mais dont les cadres étaient remplis par des Perses. Il avait des guides indiens et des intelligences avec des chefs indigènes, notamment avec le roi de Taxila, État situé sur la rive gauche de l'Indus et qui s'étendait entre ce fleuve et la rivière connue alors sous le nom d'Hydaspes et aujourd'hui sous celui de Jhelum.

Alexandre marcha de la Bactriane sur la ville qui porte aujourd'hui le nom de Kaboul. Continuant sa route vers l'Inde, il franchit l'Indus et rencontra Porus , souverain d'un Etat compris entre l'Hydaspes et le Chinab; il le battit, mais s'en fit un allié en lui laissant son royaume. Divers souverains, notamment celui du Cachemire, lui envoyèrent alors leur soumission.

Après plusieurs batailles contre des chefs indigènes, il marcha sur l'Hyphase (Bias actuel) ; mais l'armée refusant de le suivre plus loin, il éleva sur les bords de cette rivière douze autels commémoratifs destinés à marquer le terme de l'expédition. Revenu sur les bords de l'Hydaspes, il construisit une flotte qui descendit cette rivière jusqu'à l'Indus, dans lequel elle se jette. Bataillant toujours, Alexandre arriva a Patala, sur l'embouchure de l'Indus, et envoya alors sa flotte, sous les ordres de Néarque, dans le golfe Persique, en longeant les côtes, puis divisa son armée en deux corps. L'un fut renvoyé en Perse par la Caramanie , sous la conduite de Cratère; l'autre, sous sa propre direction, fit sa retraite par la Gédrosie. La flotte ayant atteint le golfe Persique , et lui-même rejoint Cratère, on célébra par des fêtes le retour de l'expédition.

Envisagés au point de vue unique de la conquête , on peut dire qu e les résultats de l'invasion d'Alexandre furent parfaitement nuls , puisque, quelques années après son départ, il ne restait plus dans l'Inde une seule des garnisons grecques qu'il y avait laissées. Mais cette expédition, qui mettait pour la première fois en relation l'Europe avec

l'Inde, devait avoir indirectement des conséquences qui ne furent pas sans importance.

Après le départ d'Alexandre, un roi hindou, Chandragupta, le Sandrokottos des Grecs, fils d'un des petits chefs du Pundjab dispersés par Alexandre, étendit graduellement son empire sur tout le nord de la péninsule, et expulsa ou détruisit entièrement les garnisons macédoniennes. Il fixa le siège de son empire à Pataliputra (la Patna moderne), capitale du royaume de Magadha, Sa renommée devint bientôt si grande, que Séleucus Nicator qui, après la mort d'Alexandre, régnait sur la Syrie, la Babylonie et toutes les provinces comprises entre l'Euphrate et l'Indus, envoya à sa cour, vers l'an 300 avant notre ère, pour faire alliance avec lui, un ambassadeur grec du nom de Mégasthène. Cet ambassadeur séjourna pendant longtemps à Pataliputra, et c'est par sa relation, dont une partie a été conservée, que nous avons les premières notions précises sur les mœurs et les coutumes des Hindous de cette époque.

Les relations des Grecs avec les Hindous ne se bornèrent pas d'ailleurs à l'invasion d'Alexandre et à l'ambassade de Mégasthène ; à défaut des relations des historiens, nous savons aujourd'hui, par des monnaies et des débris de monuments, que les successeurs de l'empire gréco-bactrien de Séleucus Nicator, conquirent le Pundjab, fondèrent divers royaumes et s'étendirent jusqu'à Muttra. 126 ans avant Jésus-Christ, un aventurier du nom de Ménandre fondait un royaume allant de la Jumna jusqu'à l'embouchure de la Nerbudda.

Les sculptures et les médailles sont les seuls restes venus jusqu'à nous de ces royaumes grecs de l'Inde. Ils disparaissent à peu près vers les débuts de notre ère devant les invasions des Scythes. Les invasions de ces derniers avaient commencé dans le siècle qui précède Jésus- Christ. Un peuple scythe envahit le nord-ouest de l'Inde et fonda un royaume comprenant la Bactriane, les bords de l'Indus, le Pundjab et une partie du Rajpoutana. Ce royaume eut une durée très éphémère, puisque les Scythes furent probablement expulsés de l'Inde dans les premiers temps de notre ère.

Laissant de côté cette partie obscure de l'histoire de l'Inde que des

recherches récentes ont fait revivre, revenons à Chandragùpta et à ses successeurs.

Le petit-fils de Chandragùpta fut le célèbre Asoka, qui régna 250 ans environ avant Jésus-Christ. Après avoir, d'après certaines légendes bouddhiques, massacré les cent fils que son père avait eus de seize femmes différentes, et évité ainsi les compétitions, il étendit son empire dans tout le nord de l'Inde. Les limites en sont marquées par des inscriptions qui subsistent encore. On en trouve de l'Afghanistan au Bengale et de l'Himalaya à la Nerbudda. A l'ouest, l'empire d' Asoka touchait au royaume grec de Bactriane.

C'est avec ce prince que commence l'histoire architecturale de l'Inde. Plusieurs des colonnes qu'il fit élever pour inscrire ses édits sont encore debout et les plus célèbres monuments, tels que ceux de Bharhut, Sanchi, Bouddha Gaya, dont les bas-reliefs sont si précieux au point de vue de l'histoire du bouddhisme, sont contemporains de son règne ou lui sont à peine postérieurs. Il ne reste rien des palais qu'il fit lui-même construire, mais nous pouvons supposer qu'ils devaient être fort beaux, car le pèlerin Fa-Hian, qui vit, au cinquième siècle, les ruines des maçonneries et la tour de celui qu'il possédait à Pataliputra, assure qu'il était trop admirable pour avoir pu être l'oeuvre d'un mortel.

Ce fut ce même Asoka qui fit du bouddhisme la religion officielle de l'Inde. Son zèle religieux était très vif, car il envoya des missionnaires un peu partout, à Ceylan et même jusqu'en Egypte auprès de Ptolémée Philadelphe.

La dynastie dite Maurya, dont Asoka fut le plus illustre représentant, dura environ un siècle et demi, c'est-à-dire de 325 à 188 avant Jésus- Christ. Après elle, l'empire fondé par Asoka se divisa bientôt en petits royaumes indépendants sous des souverains divers. Le royaume de Magadha continua cependant à subsister jusqu'au sixième siècle de notre ère ; mais il ne comprit plus que la région bien limitée correspondant au Béhar actuel. Les Pouranas donnent des listes des rois de Magadha pendant un millier d'années, mais elles sont bien incertaines.

Après Asoka, les seuls documents hindous que nous ayons sur l'Inde

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jusqu'à l'invasion musulmane, en dehors des récits légendaires des Pouranas, sont fournis par les monuments. Ceux-ci constituent, avec les récits des pèlerins chinois dont nous avons parlé, les seuls documents qui nous permettent de reconstituer à peu près la civilisation de l'Inde pendant cette longue période.

Pendant cette nuit d'environ douze siècles, il n'y a qu'un petit nombre de personnages importants dont les chroniques hindoues nous aient conservé le souvenir. Le plus célèbre est le légendaire Vikramaditya , prince de Malwa, résidant à Oojein, près de la Nerbudda. Il aurait, suivant les chroniques, étendu son empire sur la totalité de l'Inde jusqu'à la pointe méridionale du Dekkan. Bien que son histoire ne soit qu'un tissu de fabuleuses légendes, il dut certainement jouer un rôle fort important, puisque les Hindous font dater de son avènement, qu'ils supposent avoir eu lieu 57 ans avant Jésus-Christ, une ère nouvelle, l'ère Sam va.

Malheureusement les chroniques hindoues, suivant leurs habitudes, ont peu respecté la chronologie, car une étude attentive des inscriptions et des monuments parait prouver que Vikramaditya régna 600 ans après l'époque indiquée par les livres.

C'est au même héros que les légendes hindoues attribuent l'expulsion des Scythes hors de l'Inde. Ce peuple avait pénétré chez les Grecs de la Bactriane deux siècles avant Jésus-Christ et les avait graduellement soumis. Un de ses rois, converti au bouddhisme, Kanishka, avait fondé un peu avant notre ère un empire comprenant l'Afghanistan, lePundjab,le Rajpoutana. Nous ne savons rien de l'histoire des Scythes dans l'Inde, sinon, comme nous le voyons par quelques statues de Muttra, qu'ils propagèrent l'influence artistique des Grecs.

Parmi les contemporains de Vikramaditya, il faut ranger probablement, d'après les inscriptions interprétées par Cunningham, le rajah Harsha Vardhama qui régna de GO 7 à 648 et dont le pèlerin chinois Hiouen Thsang, qui visita l'Inde en 634, nous parle comme de l'un des plus puissants souverains du nord de l'Inde. Sa capitale était Kanoudje, une des plus anciennes cités de l'Inde, le siège pendant longtemps de la dynastie Gupta et qu'on suppose avoir été un des berceaux de la ci-

vilisation aryenne. Ptolémée la mentionne, 140 ans après Jésus-Christ, sons le nom de Kanogiya. Le royaume dont elle était la capitale à l'époque d'Hiouen Thsang s'étendait du Cachemire à l' Assam et du Népal ii la Nerbudda.

Kanoudje se trouve à l'est d'Agra, à quelques kilomètres du Gange Toutes les traditions sont d'accord pour vanter sa splendeur. Elle remplit d'admiration Mahmoud de Ghazni lorsqu'il l'attaqua en 1016 de notre ère. Quand il s'en approcha, il vit, au dire de Ferishta, « une cité qui élevait sa tête jusqu'au ciel et qui, par ses fortifications et son architecture, pouvait justement se vanter de n'avoir pas de rivale. »

De cette ancienne capitale, qui avait cinq kilomètres de longueur, s'il faut en croire Hiouen Thsang, il ne reste pas une pierre pour en redire l'histoire. La destruction des monuments antérieurs à l'invasion musulmane fut, de même que pour beaucoup d'anciennes capitales célèbres, si complète, que, malgré toutes ses investigations, Cunningham n'a pu réussir à en découvrir un seul débris. Ce qu'il a remarqué de plus vieux à Kanoudje est une inscription datée seulement de 1136 et postérieure par conséquent à l'invasion musulmane. Tous les monuments actuels de cette ville sont exclusivement musulmans, mais construits quelquefois cependant avec des débris d'anciens monuments hindous.

Kanoudje fit partie de ces grandes capitales anciennes dont nous ne connaissons l'histoire que par de vagues traditions et quelques inscriptions. Il est impossible de mettre uniquement sur le compte de l'imagination des écrivains les descriptions enthousiastes de la splendeur de ces antiques cités, quand on a vu les restes du petit nombre de celles qui ont échappé à la destruction, Khajurao, par exemple.

Kanoudje, Khajurao, Mahoba, et bien d'autres villes fameuses dont il ne reste que le nom ou les ruines, furent le siège de puissants empires. Les plus célèbres de ceux-ci furent gouvernés par des rois appartenant à la race rajpoute , la seule dont les dynasties subsistent encore et qui ait conservé, sinon son indépendance, au moins ses institutions et ses coutumes. L'histoire des Rajpouts ne nous est malheureusement guère connue que lorsqu'ils entrèrent en conflit avec les Musulmans. Ces derniers réussirent à détruire leurs capitales et à les refouler dans les

régions montagneuses et escarpées du Rajpoutana, mais ils n'obtinrent d'eux qu'une soumission purement nominale.

Toute cette période, qui s'étend des successeurs d'Asoka à la renaissance du brahmanisme et même aux invasions musulmanes, est donc presque aussi obscure que celle qui l'a précédée, et sans les monuments qu'elle nous a laissés, nous ne saurions à peu près rien d'elle.

§ 4. — PÉEIODE NÉO-BRAHMANIQUE.

Pour la période de renaissance du brahmanisme ou néo-brahmanique, les documents historiques font également défaut. Les monnaies et les monuments sont à peu près les seules sources de renseignementsque nous puissions consulter sur elle.

Ce fut probablement sous la dynastie Gupta, dont la suprématie s'étendit sur tout le nord de l'Inde, pendant le cinquième siècle de notre ère, que l'influence de l'ancien brahmanisme, qui n'avait pas complètement disparu d'ailleurs, recommença à prédominer. Les monnaies des rois de Kanoudje, Delhi, Mahoba, indiquent le retour aux anciennes croyances. Pendant les cinquième et sixième siècles, le bouddhisme continue à décliner; au septième siècle la construction des monuments bouddhiques devient infiniment rare, et au huitième siècle on peut dire que cette religion a disparu à peu près entièrement. Nous étudierons dans un autre chapitre, en prenant pour base les recherches que nous avonseffectuées dans l'Inde, le mécanisme de cette disparition.

Lorsque ce passé si obscur s'éclaire de quelques lueurs, on constate l'existence d'une secte nouvelle, le jaïnisme. Mais la plus grande partie de l'Inde se partage alors entre le culte de Vishnou et celui de Siva. Le nouveau brahmanisme a bien gardé théoriquement les anciens dieux; mais entre la religion nouvelle et la religion antique, la différence est profonde. Le néo-brahmanisme est formé par un mélange de vieilles doctrines védiques avec les croyances bouddhiques et diverses superstitions d'origine étrangère.

Cette période néo-brahmanique qui succède dans l'Inde au bouddhisme, vers le septième ou huitième siècle de notre ère, ne fut pas

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interrompue par les invasions musulmanes. L'Inde fut soumise aux disciples du prophète et beaucoup d'Hindous se convertirent à l'islamisme, puisque les sectateurs du Coran sont au nombre de 50 millions aujourd'hui, mais le plus grand nombre des habitants conserva l'ancien culte et le pratique encore de nos jours.

§ 5. — PÉRIODE MUSULMANE. ~*f

Les Musulmans ont exercé dans l'Inde la même influence profonde qu'ils exercèrent dans .toutes les régions du monde conquises par eux. Ainsi que nous l'avons montré dans notre Histoire de la Civilisation des Arabes, aucun peuple, y compris les Romains , n'exerça d'action plus grande. Pendant les sept siècles que dura leur domination dans l'Inde, une grande partie du peuple hindou modifia profondément sa religion, sa langue et ses arts; et cette transformation survécut à la disparition des vainqueurs. Alors que l'influence de l'invasion grecque fut presque nulle, que celle des Anglais n'est pas appréciable encore, 50 millions d'Hindous pratiquent la religion de Mahomet.

Les premières invasions des Musulmans dans l'Inde remontent au septième siècle. Ce furent des incursions heureuses ; mais elles ne furent pas suivies d'établissements durables. Ce n'est qu'au commencement du onzième siècle que la conquête sérieuse de l'Inde commença sous la conduite de Mahmoud de Ghazni.

Mahmoud était le descendant d'un aventurier turc qui s'était créé une principauté indépendante dans le district montagneux de Ghazni , ville située dans l'Afghanistan au sud de Kaboul. Lorsqu'il parut dans l'Inde, le nord-ouest de la péninsule était partagé entre plusieurs princes Rajpouts reconnaissant plus ou moins la suprématie du rajah de Delhi. Le rajah de Kanoudje, comme descendant de Rama, dominait les principautés de l'Aoudh et de la vallée du Gange. Le Bengale et le Béhar obéissaient à la dynastie Pal, le Malwa était gouverné par les successeurs de Vikramaditya. Le sud de l'Inde comprenait les trois royaumes hindous des Chéras, des Cholas et des Pandyas , dont nous parlerons ailleurs.

Ce ne fut pas sans difficulté que Mahmoud de Ghazni établit sa suprématie. Les Rajpouts, notamment le roi de Lahore, lui opposèrent une résistance désespérée. Les difficultés qu'eut à surmonter ce prince musulman furent bien autrement sérieuses que celles qu'avait rencontrées Alexandre. Il ne lui fallut pas moins de dix- sept expéditions de 1001 à 1026 pour soumettre le nord de la péninsule. Il porja ses armes jusque dans le Guzerat où il pilla le temple de Somnath, mais il ne conserva en définitive que le Pundjab. Les Rajpouts restèrent à peu près indépendants, et plus tard, lorsque les successeurs de Mahmoud étendirent les conquêtes musulmanes, ils émigrèrent dans les régions montagneuses et difficilement accessibles du Rajpoutana, où ils fondèrent des États qui, même sous les Mogols, ne furent jamais réellement soumis. Plusieurs dynasties rajpoutes régnent encore.

La conquête de Mahmoud fut autant religieuse que politique. C'était un Musulman convaincu, désireux de faire prévaloir la loi du prophète. Il s'annonçait partout comme le propagateur de la religion et de la civilisation des Arabes, et le khalife de Bagdad lui décerna le titre de protecteur des vrais croyants.

Lorsque Mahmoud pénétra dans l'Inde, ce pays aujourd'hui si dénué de richesses, était d'une incomparable opulence. Des monuments admirables, dont beaucoup subsistent encore, nous prouvent que les descriptions des écrivains orientaux n'ont rien d'exagéré. Les guerres que se livraient entre eux les souverains indigènes ne faisaient que déplacer les trésors, qui en définitive restaient dans la contrée, alors que le drainage systématique à laquelle elle est soumise depuis plus d'un siècle l'a épuisée complètement.

Il n'est pas inutile d'insister sur ce point en passant pour faire comprendre l'extrême richesse des monuments que nous décrirons dans cet ouvrage. Les historiens orientaux, Mahmoud lui-même, n'ont pas de termes assez forts pour exprimer leur admiration.

Lorsqu'il entra dans Muttra, en 1019, Mahmoud fut émerveillé du faste qui s'y étalait de toutes parts. Voici ce qu'il écrivit à ce sujet :

« Cette ville merveilleuse, dit-il, renferme plus de mille édifices, la « plupart en marbre et aussi fermement établis que la foi des vrais

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« croyants... Si l'on calcule l'argent qu'ont dû coûter tous ces monucc ments, ce ne serait pas trop de l'estimer à plusieurs millions de ce dinars; et encore faut-il dire que pareille cité ne pourrait être cons- « truite, même en deux siècles. Dans les temples païens, mes soldats « trouvèrent cinq idoles d'or, dont les yeux étaient formés de rubis (( d'une valeur de 50,000 dinars ; une autre idole portait comme or-

Fig. 79. — Motifs d'ornementation d'un édifice hindou , vers le deuxième siècle avant notre ère ; d'après un bas-relief de Bharhut.

(( nement un saphir pesant 400 miskals , et l'image elle-même pro- « duisit à la fonte 98 miskals d'or pur. Nous trouvâmes en outre « une centaine d'idoles d'argent, représentant la charge d'autant de « chameaux. »

Mahmoud rencontra les mêmes merveilles dans toutes les cités qu'il traversa, notamment à Kanoudje qui, suivant le récit de Feristah que nous avons déjà cité, pouvait au point de vue de l'architecture se vanter de n'avoir pas d'égale. Dans l'expédition qu'il fit en 1024 spé-

cialement pour détruire le temple de Somnath dans le Guzerat, Mahmoud trouva un temple merveilleux dont les 56. piliers étaient couverts de lames d'or et parsemés de pierres précieuses; des milliers de statues d'or et d'argent entouraient le sanctuaire. Au centre du temple était une gigantesque idole dont les flancs recélaient d'innombrables pierres précieuses. Le personnel du temple se montait à 2,000 Brahmanes, cinq cents danseuses et trois cents musiciens. Le trésor qu'enlevèrent les Musulmans peut être évalué à 250 millions environ de notre monnaie, somme formidable pour l'époque.

Les successeurs de Mahmoud ne furent pas moins surpris des richesses et des merveilles qu'ils rencontraient partout dans l'Inde. A Bénarès, Mohammed de Ghor détruisit les idoles d'un millier de temples et chargea 4,000 chameaux du butin dont il s'empara. Dans la première expédition que les Musulmans firent dans le Dekkan, les soldats avaient de tels chargements d'or qu'ils abandonnaient les objets d'argent comme étant d'un transport trop lourd. La vaisselle dont on se servait dans les temples ou dans les maisons des riches n'était qu'en or battu. Aucune monnaie d'argent ne circulait alors. C'est exactement le contraire que l'on observe aujourd'hui.

La première dynastie afghane fondée par Mahmoud de Ghazni régna de 996 à 1186, à Ghazni et Lahore. En 1186 elle fut renversée par Mahmoud de Ghor, fondateur d'une deuxième dynastie afghane. Il commença sa conquête en suivant une méthode fort simple qui réussit à tous ses successeurs y compris les Anglais. Elle consistait à intervenir dans les querelles des princes indigènes et à profiter de leurs rivalités pour les affaiblir d'abord et s'emparer de leur royaume ensuite. Après être intervenu comme allié dans une querelle qui divisait les rois de Delhi et de Kanoudje, il réunit leurs deux royaumes et fonda un vaste empire ayant pour limite Bénarès à l'est, Gwalior et le Guzerat au sud ; le siège du gouvernement était Delhi.

Après la mort de Mahmoud, un de ses vice-rois, Kutub-ud-Din, se rendit indépendant et devint le chef d'une dynastie dite des rois esclaves, d'origine afghane, qui régna de 1206 à 1290. C'est à ce prince qu'est due la fameuse tour du Koutab, à Delhi.

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Le plus célèbre souverain de cette dynastie fut l'empereur Altamsh dont le magnifique mausolée est un des plus remarquables monuments de Delhi. Il régna de 1211 à 1236 et eut à lutter plusieurs fois contre les incursions des Mogols et les révoltes des tribus indigènes.

La dynastie des Gourides fut bientôt remplacée par une autre dynastie dont un des princes les plus remarquables fut Ala-ud-din (1294-1313). Il étendit considérablement les conquêtes musulmanes et eut pour l'architecture le même goût que ses prédécesseurs. La fameuse porte sculptée qui garde son nom â Delhi en est la preuve.

Fig. 80. — Sanchi. Vue d'ensemble du tôpe. Le tôpe est probablement du troisième siècle avant J.-C. La balustrade qui l'entoure et les grandes portes qui y donnent accès, représentées en détail dans les figures suivantes, sont du premier siècle de notre ère. {La hauteur du tôpe est d'environ 17'", son diamètre de 34m.)

Malheureusement pour la dynastie nouvelle, les Mogols enrôlés dans l'armée impériale devenaient de plus en plus dangereux. Le chef de ces mercenaires fonda bientôt une cinquième dynastie afghane (1320 à 1414) dont Firoz et Toghlak furent les princes les plus remarquables. Ils se distinguèrent également par le développement qu'ils imprimèrent à l'architecture.

Ce fut en 1398, sous le règne de ce dernier prince, que le grand Mogol Timourou Tamerlan envahit l'Inde. Il pilla Delhi, mais ne fit que traverser la péninsule comme un ouragan et regagna bientôt son pays.

Pendant les luttes qu'avaient à soutenir les souverains de Delhi, les gouverneurs des provinces tâchaient de se rendre indépendants; plusieurs y réussirent et fondèrent divers royaumes , dont les capitales rivalisèrent d'éclat et s'ornèrent de monuments qui subsistent encore en grand nombre.

Après l'invasion de Tamerlan, l'anarchie fut complète. Les gouverneurs des provinces musulmanes devenus indépendants essayèrent de se rendre maîtres de Delhi. En 1450, les Lodi, gouverneurs de Lahore, réussirent à s'en emparer et fondèrent une nouvelle dynastie afghane — la septième. — En 1517, ils y régnaient encore.

A cette époque, un nouveau gouverneur de Lahore, qui avait suivi la tradition en s'efforçant de se rendre indépendant, se voyant poursuivi par Ibrahim Lodi qui voulait le faire rentrer dans l'obéissance, appela à son aide un roi mogol de Kaboul, nommé Baber, descendant de Tamerlan et de Gengiskhan. L'occasion de faire la conquête de l'Inde parut favorable à ce dernier. Bien que n'ayant que 12,000 hommes, il battit les 100,000 hommes de Lodi et s'empara de Delhi et de toute l'Inde du Nord.

Baber fut le fondateur de la dynastie des Grands Mogols, qui devait réussir à soumettre l'Inde entière à sa loi. Il mourut à Agra, en 1530, après avoir réuni à son royaume tout le territoire de l'Afghanistan et de l'Hindoustan.

Pendant la plus grande .partie de la première période musulmane que nous venons de résumer, presque toute l'Inde du sud garda son indépendance ; seule la partie centrale voisine de la Nerbudda était occupée par des royaumes musulmans indépendants. Ce ne fut qu'à la fin de l'empire mogol, et seulement pendant une très courte période, que l'Inde entière fut placée sous un seul sceptre. C'est donc uniquement en réalité sur le nord et le centre de l'Inde que s'exerça la puissance mogole fondée par Baber et ses successeurs, et dont nous allons parler maintenant.

Humayun (1530-1556), fils du fondateur de la puissance mogole, eut à soutenir de longues luttes à la suite desquelles il fut même obligé de quitter Agra ; il se réfugia dans le Sindh, où il épousa une

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femme persane, dont il eut, en 1542, un fils qui devait être le célèbre empereur Akbar. Il finit par consolider son empire et recouvrer ce qu'il avait perdu. Il mourut près de Delhi, où l'on voit encore son tombeau.

Ce fut sous l'empereur Akbar (1556-1605), successeur d'ïïumayun, que commença la grande période de la puissance mogole. Ce prince entreprit la fusion du peuple hindou avec les Musulmans. Il épousa des princesses hindoues , employa indifféremment comme ministres des Musulmans et des Hindous et tenta de combiner l'architecture des deux peuples. A défaut de l'histoire, l'étude des monuments suffirait à nous révéler ses tendances. Son règne de 50 ans est un des plus mémorables dont l'histoire ait gardé la mémoire. Les institutions qu'il adopta étaient celles qui pouvaient le mieux convenir au peuple qu'il gouvernait. Plusieurs lui survécurent, et les Anglais les ont souvent imitées.

Sceptique, et considérant Hindous et Musulmans comme des fanatiques, Akbar respecta leur culte et encouragea avec .la même impartialité la construction des temples des diverses religions. Il rêva même de réunir tous les cultes en un seul ; mais il échoua entièrement dans cette tentative.

Bien que très inférieur à son père Akbar, l'empereur Jahanguir (1605-1628), fut cependant un prince remarquable. Sceptique comme Akbar, il avait naturellement la même tolérance , et continua la même politique. Il épousa des femmes musulmanes et hindoues et traita avec la même équité les deux peuples. Sa protection s'étendait même aux chrétiens qui étaient au nombre d'une soixantaine dans la capitale de son empire.

Son fils Shah Jehan, qui lui succéda en 1628, et régna jusqu'en 1658, n'exerça pas la même tolérance. Il élimina autant que possible dans l'architecture toutes les influences hindoues ; les monuments qu'il nous a laissés révèlent immédiatement cette constante préoccupation.

En 1637, il se fixa à Delhi et y construisit le magnifique palais dont les Anglais n'ont laissé subsister qu'une partie, mais qui, tel qu'il est encore, constitue cependant un des plus beaux monuments que le monde possède.

C'est sous le règne de Shah Jehan que furent édifiés les plus célèbres édifices mogols; le Taje, la Mosquée Perle dans le fort d'Agra, le palais et la grande mosquée de Delhi, etc.

Le fils de Shah Jehan, Aurengzeb, qai lui succéda en 1658 et régna jusqu'à 1707, vécut tantôt à Agra, tantôt à Delhi. Plus intolérant encore que son père pour les Hindous, il prépara, par son fanatisme, la chute de la puissance mogole. En détruisant dans le Dekkan les royaumes musulmans de Bijapour et de Golconde, il détruisit en même temps la dernière barrière qui s'élevait contre ses ennemis, dont les principaux étaient les Mahrattes, et prépara ainsi lui-même la dissolution de son gigantesque empire. Si l'on ne jugeait de l'importance d'un empire que par son étendue, on pourrait dire que la puissance mogole atteignit son apogée sous Aurengzeb ; mais elle renfermait alors des germes de décadence qui devaient l'anéantir bientôt. Elle ne survécut pas, en effet, au souverain qui l'avait portée si haut.

La période musulmane, dont nous venons de résumer brièvement l'histoire, dura environ 700 ans. Pendant la plus grande partie de cette longue période, c'est-à-dire jusqu'à Aurengzeb, l'unité de l'Inde ne fut qu'apparente. Divers gouverneurs musulmans, devenus indépendants, avaient fondé des royaumes, tels que ceux de Gaur, Golconde, Bijapour, etc., dont il serait trop long de parler ici. En fait, ce ne fut que pendant un moment, sous Aurengzeb, que l'Inde entière fut réunie pour la première fois sous un seul maître.

Elle n'y resta pas longtemps : la mort d' Aurengzeb marque la fin de la puissance mogole dans l'Inde. Après lui la péninsule tomba bientôt dans l'anarchie la plus profonde; Mahrattes, Afghans, Siks, Jâts, Rajpouts, princes mahométans, se livrent au pillage et essaient de se tailler des royaumes indépendants dans le cadavre du colosse. Les faibles successeurs d' Aurengzeb ne gardent plus qu'un pouvoir nominal. Le Dekkan recouvre son indépendance, et, en 1723, un vizir du nom de Nizam se crée un État indépendant qui subsiste encore sous son nom et dont la capitale est Hyderabad.

En 1739, le shah de Perse Nadir vint piller Delhi, dont il enleva tous les trésors accumulés par les Mogols. Il emporta avec lui un

butin estimé à plus d'un milliard. En 1747, les Afghans s'emparent de Lahore et du Pundjab. Profitant du désordre, les Mahrattes enlèvent à l'empire ses plus belles provinces.

La disparition totale de l'empire mogol ne fut pas d'ailleurs l'oeuvre d'un jour. Pendant 150 ans encore il y eut des Grands Mogols sur le trône de Delhi, mais leur pouvoir devint de plus en plus nominal et ils finirent par devenir de simples pensionnaires des Anglais ; lorsque le dernier d'entre eux fut fait prisonnier en 1857, il ne jouissait pas même d'une ombre d'autorité dans la ville où avaient régné ses pères.

Parmi les causes diverses qui amenèrent après la mort d'Aurengzeb la chute de l'empire mogol et sa division en plusieurs royaumes, lés invasions des Mahrattes doivent être considérées comme tout à fait prédominantes. Elles sauraient être d'autant moins passées sous silence qu'il ne s'agit pas de simples incursions de pillards comme celles des Afghans ou des Perses, mais d'une véritable conquête. Les Mahrattes faillirent en effet réunir l'Inde entière sous leur loi et devenir ainsi les successeurs des Mogols. S'ils eussent triomphé, l'Inde se fût trouvée pour la première fois depuis bien des siècles gouvernée en totalité par des Hindous, et la conquête européenne, en supposant qu'elle eût été entreprise, eût exigé bien d'autres efforts que ceux qu'elle a demandés.

Les Mahrattes habitaient dans le nord-ouest du Dekkan la région anciennement nommée le Maharashtra, correspondant à peu près au sud actuel de la province de Bombay, à partir des monts Satpoura. C'est une région montagneuse traversée par des rameaux des Ghats et des monts Vindhya. Elle était occupée alors par des populations montagnardes obéissant à des chefs sur lesquels les Musulmans n'avaient jamais eu qu'une autorité nominale.

Dans les dernières années de la vie d'Aurengzeb , les Mahrattes s'étaient déjà montrés de redoutables ennemis de la puissance mogole. L'intolérance religieuse de ce prince les avait poussés à la révolte. Un aventurier nommé Sivaji, né aux environs de Pouna, après avoir commencé par le brigandage, réunit tout une armée de partisans et

L'INDE AVANT LES INVASIONS EUROPÉENNES

parvint à se tailler un royaume qui ne comprit d'abord qu'une portion de celui de Bijapour, mais qu'il étendit bientôt dans la plus grande partie du sud de l'Inde. Malgré plusieurs guerres meurtrières, Aurengzeb mourut sans l'avoir soumis.

Pig. 82. — Sancbi. Partie supérieure de l'une des portes entourant le tôpe.

L'obstacle principal qui avait toujours protégé l'empire mogol contre les Mahrattes était le royaume musulman de Bijapour, mais Aurengzeb avait détruit lui-même cet obstacle en détruisant ce royaume. Les Mahrattes purent alors porter librement leurs invasions partout.

Après la mort d' Aurengzeb, ils conquirent successivement la plu-

part des provinces de l'Inde, et, pendant un demi-siècle, les princes mâhrattes, réunis en confédération, jouèrent un rôle tout à fait prépondérant. Au moment même où ils allaient achever la conquête de la péninsule, ils furent arrêtés par les invasions des Afghans. Ces derniers brisèrent le faisceau de leurs forces à la célèbre bataille de Paniput, en 1760, bataille qui coûta la vie, dit-on, à 200,000 hommes.

Les invasions afghanes, la rivalité des princes mâhrattes entre eux, les guerres qu'ils eurent à soutenir contre les princes musulmans qui gouvernaient les royaumes restés indépendants, achevèrent de les affaiblir. Ce n'est que grâce à cet affaiblissement que les Anglais purent ensuite triompher d'eux. Ce furent pourtant les plus redoutables ennemis qu'ils eurent, en dehors des Européens, à combattre dans l'Inde. Il leur fallut quatre guerres successives, qui ne se terminèrent que dans les premières années de ce siècle, pour achever de les soumettre. Quelques princes mâhrattes régnent encore, à Indore et Gwalior notamment, mais bien que leurs armées soient nombreuses, leur puissance politique est complètement nulle.

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