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ET LE MOYEN AGE

Dès l'antiquité la plus reculée, l'Europe et l'Inde ont échangé leurs produits , mais par voie très indirecte : les deux mondes commerçaient ensemble, mais ne se connaissaient pas. Les relations étaient établies, soit par l'intermédiaire de l'Asie Mineure, qui recevait les marchandises venues à travers la Tartarie et la Perse, soit par celle de l'Egypte, qui recevait par la mer Rouge les produits venus de l'Inde en suivant le golfe Persique et les côtes d'Arabie. Les Arabes étaient les principaux intermédiaires de ces échanges. Les habitants de l'Yémen, connus jadis sous le nom de Sabéens, en eurent longtemps le monopole. 150 ans après la mort d'Alexandre, les commerçants de l'Egypte recevaient ^encore les produits de l'Inde par l'intermédiaire de ces derniers.

Trois voies principales, une terrestre et deux maritimes, mettaient les Arabes en relations avec l'Inde. Celle de terre reliait par caravanes les grands centres de l'Orient, Samarkand, Damas, Bagdad, etc., avec l'Inde à travers la Perse et le Cachemire. La voie maritime était la plus suivie ; les marchands qui la pratiquaient se rendaient aux ports du golfe Persique, où ils recevaient les marchandises de l'Inde qu'ils

ramenaient ensuite dans la mer Rouge , en contournant l'Arabie. Les produits amenés par la mer Rouge, étaient transportés par caravanes jusqu'à Alexandrie, d'où les Phéniciens d'abord et plus tard les marchands européens, Génois, Pisans, Vénitiens, les distribuaient dans tous les ports de la Méditerranée. L'Egypte était ainsi le trait d'union de l'Orient et de l'Occident, et ce commerce constituait la source principale de sa richesse.

Les relations les plus directes des anciens peuples avec l'Inde furent sans doute celles des Perses. Nous savons par Hérodote , qui vivait au cinquième siècle avant notre ère, que Darius, fils d'Hystaspe, ce voulant savoir dans quelle mer se jetait l'Indus » envoya une expédition sous les ordres de Scylax. Partie des environs d'Attock, sur l'Indus, elle descendit le cours de ce fleuve jusqu'à la mer, puis navigua vers l'occident jusqu'à la mer Rouge, où elle arriva après trente mois de navigation. c< Ce périple achevé, Darius subjugua les Indiens et se servit de cette mer. »

Les Indiens dont parle Hérodote, et qui payèrent par la suite tribut au roi des Perses, comme le prouvent des inscriptions cunéiformes, n'étaient que des populations sauvages avoisinant l'Indus. Elles étaient adonnées, suivant lui, à l'habitude de manger leurs parents et amis aussitôt qu'ils étaient malades, et « voyaient publiquement leurs femmes comme des bêtes ». Il est probable que ces relations avec l'Inde se continuèrent sous les successeurs de Darius , car, lorsque le dernier roi de Perse, Darius Codoman, fut renversé par Alexandre, 330 ans avant Jésus-Christ, il avait des éléphants dans son armée.

Ce n'est qu'à partir de l'expédition d'Alexandre (327 ans avant J.-C.) que l'Inde commença à être un peu moins ignorée. Le héros macédonien y toucha à peine, puisqu'il ne s'écarta guère de l'Indus, et que, dix ans après son expédition , il ne restait plus un soldat grec dans l'Inde. Mais cette expédition eut pour résultat d'attirer l'attention sur une région jusqu'alors à peu près inconnue.

Peu après le départ d'Alexandre , les royaumes placés sous sa dépendance et les satrapies qu'il avait fondées se soulevèrent, et, après sa mort, les liens qui rattachaient l'Inde à son empire se relâchèrent

de plus en plus. Moins de dix ans après le départ d'Alexandre, l'Inde était libre de conquérants étrangers.

Les relations avec les Grecs se continuèrent d'ailleurs par l'intermédiaire des royaumes grecs de la Bactriane, comme le prouve l'ambassade conduite par Mégasthène, que Séleucus Nicator, fondateur du royaume de Syrie, envoya 300 ans environ avant notre ère à Pataliputra (Patna). C'était la première fois que les Européens pénétraient au cœur même de l'Inde, et la relation de Mégasthène est la seule source de renseignements que nous ayons sur l'Inde à cette époque.

Le but de l'expédition de Séleucus devait être sans doute de détourner par Palmyre, Damas et Antioche, le commerce qui se faisait par l'Egypte, toujours par l'intermédiaire des Arabes, commerce qui enrichissait les Ptolémées, comme il devait enrichir plus tard les khalifes du Caire. Des relations régulières durent s'établir alors entre la Bactriane et le nord-ouest de l'Inde , à en juger par les influences grecques que nous retrouverons dans les monuments du nord-ouest de l'Inde.

Lorsque l'Egypte fut devenue province romaine, 30 ans avant notre ère, Auguste, qui croyait, suivant les idées de son temps, que c'était de l'Arabie que venaient les épices qu'en réalité les Arabes allaient chercher dans l'Inde, envoya en Arabie une expédition, mais elle n'obtint aucun succès. Ce fut seulement sous l'empereur Claude, au premier siècle de notre ère, qu'un hasard heureux ayant poussé un bâtiment vers Ceylan , on reconnut qu'en utilisant certains vents on pouvait aller directement vers l'Inde par la haute mer, au lieu de longer les côtes, comme on l'avait toujours fait jusqu'alors. Les marchands romains, partis d'Egypte, firent alors régulièrement ce voyage qui, suivant Pline, ne demanda plus que 70 jours. On abordait entre Goa et Calicut à Mangalore. Un marchand alexandrin de cette époque composa un ouvrage connu sous le nom de Périple de la mer Erythrée et désigné autrefois sous le nom de Périple d'Arrien, dans lequel nous trouvons quelques renseignements géographiques.

L'état des connaissances des anciens sur l'Inde au deuxième siècle de notre ère nous est fourni par la géographie de Ptolémée. Ces con-

naissances sont extrêmement superficielles encore et bornées généralement à la description du littoral.

Pendant 4a décadence de l'empire romain, les relations avec l'Inde devinrent de plus en plus rares. Elles s'arrêtèrent même tout à fait lorsque les Arabes, guidés par les successeurs de Mahomet, eurent conquis le vieux monde. Pendant plus de 1,000 ans, ils barrèrent la route de l'Inde au monde chrétien, et c'est dans les récits de leurs voyageurs qu'il faut chercher des renseignements sur l'Inde à l'époque du moyen âge. Maçoudi la visita au milieu du dixième siècle, Ibhn Batoutah vers 1330, etc.

Mais bien avant les voyageurs arabes, des pèlerins chinois bouddhistes avaient visité la péninsule. La relation de Hiouen Thsang, qui date du septième siècle de notre ère, est le plus important ouvrage que nous possédions sur l'Inde à cette époque.

Les premiers voyageurs européens qui réussirent à pénétrer dans l'Inde furent deux Vénitiens, Marco-Polo au treizième siècle, et, au quinzième, un de ses compatriotes ^qui, après avoir descendu l'Euphrate et le golfe Persique, se rendit à Cambay.

Les merveilles légendaires de l'Inde excitèrent beaucoup, au moyen âge, la convoitise des peuples européens, et chacun cherchait à trouver, pour se rendre dans cette contrée, une voie autre que celle dont les Musulmans leur interdisaient l'accès. On sait que c'est en croyant se diriger vers l'Inde que Christophe Colomb rencontra l'Amérique sur son chemin. En abordant aux Antilles, il croyait mettre le pied dans les îles avoisinant les abords de la péninsule. Ce grand navigateur mourut sans avoir connu son erreur.

Ce furent les Portugais qui trouvèrent cette route tant cherchée, et dont la découverte devait avoir des conséquences si importantes. En 1498, Vasco de Gama, doublant la pointe australe de l'Afrique, se dirigea vers l'Inde et aborda à Calicut au sud de la péninsule, sur la côte de Malabar.

En accomplissant cette grande découverte, les Portugais permirent à l'Europe d'entrer en relations directes avec l'Inde et ruinèrent complètement du même coup le commerce de l'Egypte, qui était depuis

tant de siècles le grand entrepôt des marchandises de l'Inde. A partir de cette époque, les relations de l'Occident avec la péninsule devinrent continues, et tous les aventuriers européens s'abattirent sur elle pour l'exploiter; on peut dire cependant que c'est seulement depuis le commencement de ce siècle, grâce, d'une part à la découverte du sanscrit, et de l'autre à des expéditions scientifiques régulièrement conduites, que le voile qui avait caché depuis tant de siècles l'Inde à l'Europe et en avait toujours fait la plus mystérieuse de toutes les contrées fut enfin levé.

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