PREMIERS ÉTABLISSEMENTS EUROPÉENS DANS L'INDE
Vasco de Gama avait abordé les côtes de l'Inde sur le territoire d'un petit chef appelé le Zamorin de Calicut. En 1510, Albuquerque s'empara de G-oa dont il fit la capitale des Indes portugaises. Continuant chaque jour à s'étendre, les Portugais possédèrent bientôt une grande partie de la côte occidentale, de Malabar à la presqu'île de Kattywar.
Mais si les Portugais savaient conquérir, ils n'avaient aucune des qualités qui permettent de conserver une conquête : aussitôt qu'ils se trouvèrent en rivalité avec d'autres Européens, ils durent disparaître.
Les rivaux qui les remplacèrent d'abord furent les Hollandais. La première expédition de ces derniers est de 1596 ; en moins d'un demisiècle, ils avaient expulsé entièrement les Portugais, et s'ils n'avaient pas été supplantés eux-mêmes par les Anglais, ils eussent fondé dans l'Inde un grand empire, mais leurs ressources européennes étaient trop faibles pour que la lutte fût possible avec les nouveaux concurrents qui allaient bientôt les remplacer.
C'est en 1600, sous la reine Elisabeth, que se forma la première Compagnie anglaise pour le commerce de l'Inde. Ses débuts furent des plus modestes; les envoyés que la Compagnie adressa à la cour des Mogols eurent une attitude très humble. Lorsqu'en 1608, sous le règne de l'empereur Jehanguir, l'Anglais Hawkins se présenta à la cour du
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Grand Mogol comme ambassadeur du roi d'Angleterre Jacques Ier et de la Compagnie des Indes , il entendit les ministres lui dire que le roi des Anglais n'était que le souverain d'une petite île habitée par de misérables pêcheurs ; et lorsque , après deux ans et demi de séjour sans résultat à la cour de l'empereur, il sollicita au moins une lettre de ce souverain pour son maître, le premier ministre de Jehanguir lui déclara qu'il serait tout à fait au-dessous de .la dignité d'un empereur mogol d'écrire à un aussi petit prince que le roi d'Angleterre.
La Compagnie anglaise de l'Inde ne se rebuta pas, et, à force d'intrigues, elle réussit à obtenir du Grand Mogol une charte lui permettant de s'établir, comme commerçante, à Surate. Elle s'étendit graduellement, et en moins de soixante ans elle avait des factoreries un peu partout. En 1661, elle achetait Bombay au Portugal. En 1677, la Compagnie s'établissait à Madras. En 1681, elle nommait un commandant des forces dans l'Inde. En 1686, elle veut lutter dans le Bengale contre les forces du Grand Mogol, mais se fait battre complètement,
Les Anglais étaient arrivés graduellement à supplanter les Portugais et les Hollandais ; ils allaient se trouver en présence d'autres ennemis qui faillirent faire la conquête de l'Inde, mais qu'ils devaient évincer également. Ces nouveaux compétiteurs étaient les Français qui, bien que venus assez tard aux Indes, commençaient à s'y établir solidement. En 1664 , une Compagnie française de l'Inde avait été fondée sous la protection de Colbert.
Tant que dura l'empire mogol, aucune puissance européenne n'aurait songé un instant à étendre un peu dans l'intérieur les établissements qu'elle avait sur les côtes. La mort d'Aurengzeb, qui marque la chute de la souveraineté mogole, ouvrit le champ à toutes les ambitions. Lorsque l'empire se dissocia et que de nombreux royaumes s'élevèrent sur ses débris, il devint possible, en intervenant dans les querelles intestines des princes , de songer à fonder un empire avec les restes épars de celui qui venait de disparaître. Les Français et les Anglais étaient alors les seuls étrangers établis assez solidement dans l'Inde pour s'emparer de l'héritage que se disputaient de nombreux compétiteurs. La lutte pour l'existence devait bientôt se déclarer entre eux.