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LUTTE DES FRANÇAIS ET DES ANGLAIS DANS L'INDE

Ce fut dans le sud de l'Inde que se produisirent les premiers conflits entre les Français et les Anglais. Cette région était celle où l'anarchie était la plus complète. La plus grande partie du Dekkan appartenait

Fig. 87. — Sarnath près Bénarès. Ruines du tôpe (sixième siècle de notre ère). {Hauteur : 34"» environ.)

alors au royaume indépendant d'Hyderabad. Le Karnatic était administré par son vassal le nabab d'Arkot. L'extrême sud était partagé entre les royaumes hindous de Trichinopoly, Mysore et Tanjore. Les Français possédaient Pondichéry et des comptoirs peu importants à Mahé, Karikal, Chandernagor ; les Anglais occupaient Madras et Bombay et divers ports sur la côte. Les Mahrattes étendaient partout leurs incursions.

La guerre ayant éclaté en 1740 entre la France et l'Angleterre en Europe, Dupleix, qui avait été nommé, en 1741, gouverneur général des possessions françaises dans l'Inde, forma le plan d'expulser les Anglais de la péninsule, et de faire de cette dernière un empire français. Après une série de luttes, il réussit, en 1746, avec le concours momentané de la Bourdonnais, à expulser les Anglais de la plupart de leurs postes dans l'Inde, Madras notamment, et se trouva bientôt le maître de toute la côte orientale de l'Inde. Voyant qu'il ne pouvait obtenir aucun secours de son gouvernement en hommes ni en argent, il résolut de s'en passer, et ce fut avec les quelques centaines d'Européens qui lui restaient qu'il entreprit, aidé de son lieutenant Bussy, la conquête de l'un des plus vastes empires du monde et l'expulsion totale de l'Angleterre.

Profitant de la mort du Nizam , Dupleix réussit à mettre un de ses partisans sur le trône d'Hyderabad, et à Arkot un nabab dévoué à sa cause. En échange de l'appui qu'il avait accordé à divers souverains, il se fit nommer nabab de toutes les contrées au sud de la Kistna, c'est-à-dire d'un pays grand comme la France et dont les revenus dépassaient quinze millions. Sa puissance et son influence prenaient soudain des proportions colossales, et cela sans avoir rien coûté à la France. Les Anglais, qui se voyaient sur le point d'être obligés d'abandonner toutes leurs possessions de l'Inde, se livrèrent à de telles intrigues à Versailles qu'ils réussirent — par des moyens qui restent encore aujourd'hui un mystère — à faire signer par Louis XV le rappel de Dupleix et l'abandon de toutes les possessions qu'il avait conquises. C'est peut-être le traité le plus ignominieux qu'un souverain français ait jamais signé.

Dupleix, désespéré , revint mourir de misère en France. On ne peut que regretter qu'il ait obéi à l'ordre qui le rappelait. Il était en effet souverain des Etats dont l'investiture lui avait été confirmée par le Grand Mogol, et pouvait s'y maintenir. Il eût ainsi rendu un immense service à la France qui se fût trouvée bientôt obligée d'avoir recours à lui, car le traité honteux qu'elle avait signé ne devait pas empêcher la guerre avec l'Angleterre de recommencer bientôt. Lorsque, en effet,

elle recommença en 1757, on voulut renouveler aux Indes les tentatives de Dupleix, mais ce fut en vain, le grand homme n'était plus là. Lally, le triste successeur qu'on lui donna, était muni de ressources que n'avait jamais possédées Dupleix ; il ne lui manquait que son génie pour triompher. Battu partout, il perdait en 1761 jusqu'à Pondichéry. A son retour en France, on lui fit un procès qui se termina par sa condamnation à mort et son exécution. C'était ceux qui avaient rappelé

Fig. 88. — Détails des sculptures sur pierre recouvrant une portion de la partie inférieure du monument précédent.

Dupleix (ce qui avait coûté à la France l'empire des Indes) qui eussent mérité une telle sentence.

Délivrés de la rivalité des Français, les Anglais étendirent rapidement leurs conquêtes en intervenant sans cesse dans les querelles des princes indigènes et en les battant l'un par l'autre. La défaite du dernier roi de Mysore, Tippo Sahib, vers la fin du dernier siècle , à Seringapatam, les luttes prolongées contre les Mahrattes dans les premières années de ce siècle, furent les dernières phases importantes de la conquête de l'Inde. Les divers États qui n'avaient pas encore été annexés le furent ensuite graduellement sous des prétextes quelconques. Les princes qui, en raison de services rendus, ne furent pas dépossédés, n'ont conservé aucun pouvoir politique et sont aujourd'hui

vassaux de l'Angleterre. Un seul grand État de l'Inde, le Népal, a gardé jusqu'à nos jours son entière indépendance.

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