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PHYSIONOMIE DES GRANDS BASSINS DE L'INDE

Quoique l'Inde soit un des pays les mieux arrosés de la terre, les flots qui roulent à sa surface ne suffisent pas à fertiliser partout son sol. Non seulement ses cours d'eau sont répartis d'une manière inégale, mais encore leur alimentation, suivant les années ou les saisons, n'est pas toujours semblable à elle-même. Un fleuve large et profond au moment de la saison pluvieuse, devient un maigre et plat courant pendant la période de sécheresse, et si les nuages de la mousson ont été moins abondants qu'à l'ordinaire, il s'appauvrit encore et ne donne plus qu'une vie insuffisante aux campagnes qu'il traverse. Les changements de lit sont fréquents pour les rivières de l'Inde ; elles transportent d'un endroit à l'autre les sources de l'abondance et de la prospérité ; sur les bords qu'elles abandonnent, la solitude et l'aridité s'établissent et les villes sont bientôt désertes , tandis que les populations accourent en foule s'établir sur leurs nouvelles rives.

Pour suppléer à l'insuffisance des cours d'eau, remédier à d'énormes écarts dans leur débit et se défendre contre leurs caprices, les Hindous ont de tout temps eu recours à des procédés artificiels d'irrigation. Des barrages arrêtant les eaux et les refoulant dans des canaux ou dans des lacs creusés de main d'homme, d'immenses réservoirs formés quelquefois en obstruant toute une vallée, tels sont les travaux auxquels se livraient déjà les plus anciens peuples de l'Inde. La digue des

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eaux de la Cavery, œuvre qui date de quinze siècles et existe encore, les réservoirs lacustres d'Hyderabad, dont le plus grand a 4,000 hectares de superficie, les grands lacs de Mahoba dans le Bundelkund en sont des exemples.

Toutes les eaux de la péninsule se partagent en deux versants : celui du golfe du Bengale qui reçoit le tribut le plus considérable et celui de la mer d'Arabie. Nous allons examiner rapidement leurs principaux bassins.

Bassin du Gange. Chaque fleuve, pour les Hindous, porte un caractère divin à cause des bienfaits qu'il répand partout sur son passage, mais nul n'est plus sacré que le Gange, ou plutôt la Ganga, car c'est sous ce nom que les indigènes l'adorent, comme une véritable déesse.

Le Gange, ainsi que la plupart des cours d'eau de son bassin, prend sa source dans le Trans-Himalaya, et traverse l'Himalaya proprement dit avant de pénétrer dans la plaine. Deux torrents, l'Alaknanda et la Bhagirati, jaillissant des glaciers à plus de 4,000 mètres d'altitude, se réunissent pour le former. Ces deux sources et les montagnes qui les surmontent sont des lieux sacrés pour les Hindous; c'est là qu'est la première marche du trône de Si va. Heureux celui qui peut, au prix de mille fatigues, en escalader les degrés !

Ce sont pourtant des Européens qui, les premiers, ont poussé jusqu'au bout cette périlleuse ascension et vu la Bhagirati Ganga jaillir de son arche de glace. Les pèlerins hindous qui, jusqu'au commencement de ce siècle, s'arrêtaient à l'entrée des défilés, se sont aventurés plus haut encore à la suite des hardis explorateurs de l'Occident. Mais c'est au risque de leur vie qu'ils vont par de périlleux passages accomplir leurs rites jusqu'aux sources mêmes du fleuve sacré.

L'endroit où l'Alaknanda et la Bhagirati mêlent leurs eaux est le ce confluent divin ». Un sanctuaire s'y élève, et c'est un des plus fréquentés. Un peu plus bas, ceux de Hardwar attirent chaque année en mars et en avril des pèlerins qui campent tout autour au nombre de plusieurs centaines de mille ; on a parfois évalué leur foule à deux millions d'individus. Tous, du reste, ne sont pas poussés par la seule

idée religieuse ; parmi eux se trouvent bon nombre de marchands qui profitent de cette agglomération pour exercer leur commerce.

Un des plus grands affluents du Grange, la Jumna, prend sa source non loin de lui, mais dans la chaîne de l'Himalaya proprement dit. Cette rivière est presque aussi sacrée que le grand fleuve lui-même ; c'est à leur confluent que se dresse Allahabad, « la cité de Dieu. »

Non loin d' Allahabad, en descendant le Grange, on aperçoit la célèbre Bénarès, qui s'élève en amphithéâtre sur la rive gauche du fleuve. C'est la ville sainte par excellence, le centre religieux de l'Inde, la métropole du culte brahmanique.

Le respect des Hindous pour le Gange, leur « Mère Ganga », est tel que les Anglais faillirent exciter des soulèvements populaires lorsqu'ils commencèrent le canal de navigation et d'arrosement du Doab et qu'ils détournèrent les eaux saintes dans ce nouveau lit. Ce canal, qui part de Hardwar et aboutit à Kanpour, est en ce genre le plus considérable du monde; il a fallu, pour le creuser remuer autant de terre que pour le percement de l'isthme de Suez.

Les conquérants européens n'eurent pas moins de préjugés à vaincre lorsqu'ils voulurent essayer d'empêcher les Hindous de livrer aux eaux du Gange les corps de leurs morts. Cette sorte de sépulture est si chère à ces peuples, qu'en dépit de toutes les défenses ils la pratiquent chaque fois qu'ils peuvent échapper à la surveillance de leurs vainqueurs. Ils attachent le mort sur une sorte de petit radeau auquel ils fixent une lumière, puis ils l'abandonnent aux flots. Et, la nuit, on voit au loin briller ces faibles étoiles errant sur la surface noire des eaux.

Avant de rejoindre le Gange, la Jumna se grossit dans sa course d'importants affluents, entre autres le Chambal et le Sindh.

Le Gange qui, jusqu'à sa réunion avec la Jumna, a suivi la direction du sud-est, coule maintenant à l'est, pour tourner ensuite brusquement vers le sud. Eu amont de ce coude, il reçoit sur sa rive droite la Sône ; sur sa rive gauche, il est successivement rejoint par les nombreux cours d'eau qui s'échappent de l'Himalaya, ou plutôt qui traversent cette chaîne après être sortis du Trans-Himalaya ; les principaux sont la Gogra, le Gandak, la Baghmati et la Kosi.

Avant de pénétrer dans les plaines où l'abondance de leurs eaux développe une fertilité incomparable, toutes ces rivières franchissent la sinistre zôrîe du Teraï. On désigne sous ce nom des terrains marécageux qui s'étendent au pied des montagnes. Le mur immense de l'Himalaya, arrêtant les nuages de la mousson pluvieuse, les force à se déverser sur les pentes méridionales. Il en résulte un excès d'humidité pour la basse région qui borde ces pentes, une végétation inextricable la recouvre, des marais fangeux y croupissent, l'air s'y charge de miasmes mortels. Il serait impossible de séjourner dans le Teraï, et il est déjà très dangereux de le traverser. Mais à part cette étroite bande de pays improductive et inhabitée, le bassin du Gange est la région la plus fertile de la terre.

Ainsi que tous les autres fleuves de l'Inde, le Gange, suivant les saisons, change considérablement d'aspect. A l'époque des inondations, ses eaux débordées couvrent d'immenses étendues de pays. Les agriculteurs reculent devant elles et vont préparer plus loin des champs pour une récolte intermédiaire, qui les occupera jusqu'à ce que le fleuve, rentré dans son lit, leur livre de nouveau les terres que son limon a fécondées.

Les méandres du Gange varient de forme assez rapidement ; on ne saurait déterminer rigoureusement le cours de ce vaste fleuve ni la place de ses confluents. Quant aux bras nombreux par lesquels il se jette dans la mer et aux îles marécageuses qu'ils enferment entre eux, la géographie en est transformée presque après chaque inondation. Des ports qui recevaient autrefois de grands navires ne peuvent même plus abriter des barques de pêche. Il n'y a que la grande ville de Calcutta pour laquelle les Anglais aient dépensé assez d'argent et de travail pour la maintenir toujours ouverte à la navigation. Mais c'est au prix d'efforts gigantesques et renouvelés constamment.

La tête du Delta supérieur du Gange était autrefois à Gaur. Cette ancienne capitale d'un grand empire a été abandonnée par ses habitants lorsque le fleuve l'a quittée, et ne présente aujourd'hui que des ruines informes, envahies par les jungles.

En approchant de son embouchure, le Gange se divise en plusieurs

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branches. Une des plus importantes est la Padmah. Elle va rejoindre la Jamouna, qui est le vrai Brahmapoutre. Mais la branche' la plus sacrée est la Bhagirati. C'est une partie de la Bhagirati qui, sous le nom de Hougly, passe à Calcutta et forme le grand canal maritime qui relie cette ville à la mer.

La masse d'eau la plus considérable qui tombe dans le golfe du Bengale n'est pas celle du Gange, mais celle que roule la Meghna, estuaire du Brahmapoutre. La navigation y est presque impossible, à cause de la violence du courant, des obstacles formés par les bancs de sable, et surtout du mascaret, qui la remonte en une vague de plusieurs mètres de hauteur, et qui s'écroule en heurtant les bords avec un fracas semblable à des décharges d'artillerie. Les sables charriés par le Gange, et qui représentent annuellement plusieurs centaines de mille mètres cubes, s'amassent en partie autour des îles du Sanderband et contribuent à les augmenter ; cependant tout le territoire du Delta , loin de gagner sur la mer, semble destiné à s'abaisser de plus en plus. C'est en face de ses nombreuses bouches que s'ouvre dans la mer l'abîme qui paraît l'attirer pour l'engloutir, ce que les Anglais appellent «' swatch of no ground )).

Un gouffre semblable à celui que nous venons de mentionner se creuse devant les bouches de l'Indus, de. l'autre côté de la péninsule. Cet autre grand fleuve, le frère de la sainte Ganga, est un de ceux qui entraînent avec eux les plus grandes masses de sable, mais elles sont en grande partie dispersées par les courants sous-marins qui régnent au-dessus du « swatch )).

Le Gange a 2,420 kilomètres de cours.

Bassin de l'Indus. Le bassin de l'Indus présente des caractères bien différents de celui du Gange. Beaucoup moins abondamment et régulièrement arrosé que celui-ci, il est loin d'être aussi fertile, et plus de la moitié de sa surface est couverte par l'immense désert du Thar qui le sépare du reste de l'Inde. Il serait même tout à fait isolé de la péninsule, si une bande de terres cultivées, longeant la région montagneuse, ne l'unissait à la plaine du Gange. C'est le Pundjab ou

ce pays des cinq rivières », grande voie de communication par laquelle tous les conquérants, descendant le cours de la rivière de Kaboul, ont pénétré dans l'Inde. Là seulement, on retrouve des villes populeuses et de riches campagnes semblables à celles qu'arrose le Gange. Partout ailleurs clans le bassin de l'Indus, les étés sont secs et brûlants et les cours d'eau insuffisants pour entretenir la prospérité ou seulement l'existence. Ils présentent cette particularité exceptionnelle qu'ils vont s' appauvrissant à mesure qu'ils s'éloignent des montagnes, et roulent moins rapides et moins abondants tandis qu'ils s'approchent de la mer. Plusieurs d'entre eux, tels que la Sarasvati, n'arrivent même pas jusqu'à l'Océan, et se perdent dans les sables du désert. Les autres n'achèvent leurs cours qu'en se réunissant entre eux avant de se jeter dans l'Indus.

Les fameuses cinq rivières qui ont valu au Pundjab son nom se nomment : le Satledj, le Ghinab, le Bias, le Jhelum et le Ravi. Elles prennent leurs sources dans l'Himalaya occidental.

Le Satledj, le plus considérable des affluents de l'Indus, sort ainsi que ce fleuve du grand massif central qui donne aussi naissance au Gange et à la Jumna; mais le Satledj et l'Indus appartiennent au flanc septentrional du Trans-Himalaya et doivent tourner toute la chaîne avant de s'élancer dans la plaine. Ils s'y creusent des gorges profondes. Arrêtés parfois par des écroulements de rochers, ils s'amassent en nappes énormes, jusqu'à ce qu'ils aient la force de rompre leur digue, et se précipitent alors avec fureur par-dessus les obstacles vaincus, inondant le pays inférieur et entraînant quelquefois des villes entières dans leur débâcle.

L'Indus coule pendant longtemps de l'est à l'ouest, enveloppe le Nanga Parbat, et, se dirigeant vers le sud, sort de la région montagneuse à Haripour. Peu après il reçoit à droite la rivière de Kaboul, dont l'importance est grande puisqu'elle ouvre la porte de l'Inde aux invasions comme au commerce. Des places fortes, Attok et Peshawer, notamment, se dressent sur l'Indus et sur son affluent comme les sentinelles avancées de l'empire anglo-indien; un chemin de fer traverse le fleuve et se prolonge jusqu'à la frontière.

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La plaine qui forme le bassin de l'Inclus est d'une telle horizontalité que les rivières qui l'arrosent, n'étant dirigées par aucune pente, errent presque sans cours déterminé et changent de lit au hasard du moindre obstacle. Les fleuves taris, qui ravinent les vastes espaces aujourd'hui déserts et autrefois fertilisés par eux, sont aussi nombreux que ceux qui s'épanchent encore ; une foule de canaux, souvent vidés, mais changés en rivières rapides à l'époque des inondations, relient

Fig. S. — Bords du Jlielurn à Srinagar (Cachemire).

entre eux les différents affluents cle l'Indus et forment un réseau compliqué et toujours changeant.

Les bouches par lesquelles le fleuve se précipite enfin dans la mer, ne sont pas moins variables dans leur aspect. Les sables qu'il roule en quantité prodigieuse les obstruent et les forcent à s'ouvrir sans cesse de nouvelles issues. La navigation est, pour cette raison, presque impossible sur l'Indus; aucun port ne peut se développer à son embouchure, et tous ceux qui s'y sont élevés ont successivement disparu par suite du déplacement des eaux. Quant à ses affluents, ce sont tantôt des cours d'eau considérables , capables de porter de gros

navires, et tantôt de plats courants, que les voyageurs franchissent à gué.

Outre les changements capricieux de ses méandres, l'Indus dévie peu à peu tout entier vers l'ouest. Il est à supposer qu'autrefois ses eaux se répartissaient plus également dans son bassin, qu'il recevait un plus grand nombre de rivières et que la région aujourd'hui déserte était bien plus restreinte. Les anciens livres hindous nous apprennent en effet que l'ancien nom du pays était celui des « sept rivières », et non pas des ce cinq )) comme aujourd'hui ; ces mêmes livres décrivent comme de larges fleuves des courants qui n'existent plus ou qu'on retrouve à, peine ; ils parlent du temps où la Sarasvati était une rivière imposante roulant jusqu'à l'Indus la masse de ses ondes, et ils s'affligent de la fuite de la déesse. Elle disparaît en effet à présent dans les sables du désert. D'autres cours d'eau ont le même sort, mais ils ne se perdent pas complètement; ils s'infiltrent et se prolongent encore pendant quelque temps dans une sorte de lit souterrain, ainsi que le prouvent l'existence des puits que l'on creuse dans la direction qu'ils ont suivie, souvent assez loin de l'endroit où ils ont disparu.

L'Indus est le plus long des fleuves de l'Inde, il a 2,900 kilomètres environ de longueur.

Bassins de la Nerbudda et de la Tapti. Les deux fleuves qui séparent, avec les montagnes entre lesquelles ils coulent, les deux grandes régions de l'Hindoustan proprement dit et du Dekkan, sont la Nerbudda et la Tapti. Le premier a 1,280 kilomètres de cours, le second 700 seulement.

La Nerbudda prend sa source dans le massif de l'Amarkantak, le nœud du système montagneux du centre de l'Inde. Elle coule rapidement de l'est à l'ouest vers la mer, dans un lit étroit et profond, encaissé entre la double chaîne des Satpoura et des Vindhya. Elle n'est pas propre à la navigation, à cause des nombreuses chutes qui la coupent, mais elle offre des points de vue ravissants ; entre autres le fameux défilé des ce Roches de marbre )), non loin de sa source. Ses eaux très pures coulent à cet endroit entre de hautes falaises de marbre blanc, que les

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rayons du soleil nuancent le soir et le matin de merveilleuses couleurs.

La Nerbudda est, pour les Hindous, la rivière la plus sacrée après le Gange. On vient de loin faire des ablutions dans ses eaux et recueillir sur ses bords des galets que l'on emporte ensuite comme des amulettes précieuses et puissantes. Les nombreux pèlerins qui, de tout temps, se sont pressés sur ses rives, ont contribué plus que la force des armes à ouvrir le Dekkan aux influences extérieures.

Fig. 9. — Les tords de la Nerbudda, à Omkargi.

La Nerbudda se jette au fond du golfe de Cambay, non loin de la Tapti, fleuve moins important, mais dont les inondations sont redoutables. Surate, bâti à F embouchure de ce dernier, doit se défendre sans cesse contre les eaux par des digues entretenues avec soin.

Au nord de la Nerbudda se trouvent trois petits fleuves venus des montagnes qui encadrent la plaine du Guzerat. Ils se jettent dans le golfe de Cambay ; les deux plus importants sont la Mahi dont le cours est de 530 kilomètres et la Sabarmatti qui traverse la célèbre cité d'Alimedabad. Sa longueur dépasse à peine 300 kilomètres.

CIVILISATIONS DE L IXDE.

Bassins du Dekkan occidental. Depuis l'embouchure de la Tapti jusqu'au cap Comorin, aucun fleuve important ne se jette dans la mer d'Arabie; les Ghats occidentales sont trop rapprochées de la côte pour que les cours d'eau qui roulent sur leurs pentes soient autre chose que des ruisseaux; la mousson du sud-ouest les transforme en torrents.

La brèche du Pal Ghat livre passage à une rivière un peu plus digne de ce nom, la Ponani, qui naît à l'orient des montagnes; sur ce point les deux grands versants du Dekkan se confondent, et certains affluents de la Cavery prennent leur source à l'ouest des Ghats.

Le rivage au sud de la Ponani est rempli de marigots : curieuses lagunes qui longent parallèlement le bord de la mer, et, communiquant les unes avec les autres, forment un long canal naturel très propice à la navigation; les bateaux préfèrent suivre ses eaux paisibles plutôt que de se risquer sur l'Océan. Presque tout le commerce des pays de Cochin et Travancore se fait par la voie de ces étangs.

Bassins du Dekkan oriental. Le Dekkan n'a de vastes bassins que ceux qui s'inclinent à l'est vers le golfe du Bengale. Le premier des fleuves que l'on rencontre après l'embouchure du Gange est le Soubanrika. Il descend des hauteurs du Chota Nagpore et se jette dans la mer après un parcours de 500 kilomètres.

Le plus important des fleuves qu'on observe ensuite est la Mahanuddi. Elle a 830 kilomètres de longueur. Réunie à deux autres fleuves, le Baïterarni qui a 550 kilomètres de cours, et le Brahmani qui en a 650, elle découpe sur la côte d'Orissa un vaste delta, qui s'étend assez loin sous la mer et que des dépôts d'alluvions tendent à accroître sans cesse. Le sol volcanique du Dekkan s'effrite sous l'action des pluies et des inondations ; les rivières, en rentrant dans leurs lits, emportent avec elles les débris et les sables et vont les déposer sur le littoral qu'elles exhaussent ainsi peu à peu. Une bande formée par ces alluvions enferme près de l'embouchure de la Mahanuddi un lac ou plutôt une baie, car un étroit canal établit la communication avec la mer. Il a reçu le nom de lac Chilka.

Cette côte d'Orissa, que traversent les différents bras de la Maha-

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nuddi est une des plus mal partagées de l'Inde; et, par suite, la population qui l'habite est misérable et presque sauvage. De terribles sécheresses la désolent ; et parfois , au moment où elle y échappe , elle se voit ravagée par une inondation; les rivières, jadis presque à sec, et maintenant débordées, couvrent les terres de leurs eaux. En outre, le pays est si bas et si plat que la mer elle-même l'envahit souvent et y

Fig. 10. — Le défilé des roches de marbre sur la Nerbudda. près de Jubbulpore.

cause d'épouvantables ravages. En 1866 , après une famine amenée par la sécheresse et qui fit périr le quart de la population, un cyclone ruina les villages et noya 1,200,000 individus.

La sécherese est le fléau du Dekkan, et, pour y remédier, on s'applique, au moyen de digues et de réservoirs, à retenir le trop-plein des eaux, dont, pendant une certaine période de l'année, les pluies de la mousson grossissent les rivières. Aux embouchures de la Mahanuddi, du Godavéry, de la Kistna, sont établis des barrages qui, au moment

des crues, détournent les eaux dans des canaux d'irrigation, ou dans des étangs artificiels. Toutes ces rivières sont vénérées par les Hindous, et sur les bords de chacune d'elles se célèbrent des rites sacrés.

Au-dessous de la Mahanuddi on rencontre le Godavéry. C'est le plus considérable des fleuves du Dekkan; sa longueur est de 1,440 kilomètres. La Kistna qui vient ensuite a 1,300 kilomètres de cours. Le Pennar n'en a que 570 et la Cavery 755.

La Kistna, coulant dans un lit trop encaissé, ne peut servir à la navigation ; ses eaux, pour la même raison, sont presque perdues aussi pour l'arrosement de ses bords. Mais cette rivière est importante comme séparant deux régions et deux civilisations. Elle coupe la péninsule tout entière par une ligne orientée de l'ouest à l'est. C'est au sud de cette limite que l'on doit aller étudier les moeurs, la langue et la race dravidiennes , et qu'on les trouve moins altérées qu'ailleurs par des éléments étrangers.

Malgré le triple rempart des monts Vindhya, de la Nerbudda et des Satpoura, malgré les chaînes de montagnes prolongeant ce système jusqu'à l'embouchure du Gange, ne laissant aux envahisseurs que l'étroit passage surnommé les Thermo pyles des Circar sur la côte de ce nom, plusieurs conquérants se sont avancés jusqu'à la Kistna, mais ils n'ont guère franchi cette limite suprême, ou du moins ils ne l'ont plus franchie en assez grand nombre pour que leur mélange avec les vaincus pût changer la physionomie des antiques races dravidiennes du sud.

Ce que l'Occident apprit d'abord sur cette région si bien retranchée fut ce que lui en rapportèrent les marchands qui allaient faire le commerce sur ses côtes. Leurs récits enthousiastes emplissaient les imaginations de merveilles. C'était bien là l'Inde proprement dite, la terre où le soleil semblait accumuler l'ardeur de ses rayons dans les brûlantes épices et leur éblouissant éclat dans les reflets des pierres précieuses.

Côtes et ports de V Inde. Pendant longtemps on n'atteignit au sud de l'Inde que par mer, et cela même était difficile. La péninsule qui

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développe une telle étendue de côtes depuis les bouches de Flndus jusqu'à celles du Gange, ne présente pas un seul point où il soit aisé de l'aborder, pas une région favorable pour l'établissement d'un port. Bombay, Madras et Calcutta, sont les seules grandes villes maritimes de l'Inde, et elles ne sont telles que par la volonté et le labeur des hommes.

Malgré l'étymologie du nom de Bombay, que l'on veut faire dériver de ce bonne baie », le débarquement des passagers et des marchandises ne se fait pas toujours sans difficulté dans cette métropole occidentale du commerce de la péninsule; la rade est superbe, mais elle manque de quais. Madras n'offre aucun refuge aux navires, qui mouillent au large et envoient leurs marchandises et leur monde à la côte sur des barques ou des radeaux dont les énormes lames se jouent de la façon la moins rassurante. Aujourd'hui cette ville possède une jetée de 335 mètres qui d'ailleurs a été détruite à plusieurs reprises, et maintenant on entreprend d'y creuser une rade. Quant à Calcutta , les abords en sont toujours très difficiles, et c'est au prix de travaux incessants qu'on peut maintenir son port ouvert et l'Hougly navigable.

A part la côte de Malabar qui présente quelques petits ports propres au cabotage, tous les rivages de l'Inde sont inhospitaliers et toujours dangereux pour les navires. Pas un point favorable à cet égard ne s'offre sur le golfe du Bengale; Kalingapatam , entre le delta de la Mahanuddi et celui du Godavéry est le seul mouillage passable sur une étendue de 600 kilomètres.

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