ORIGINES DES ARYENS
On donne le nom d'Aryen à un peuple à peau blanche, à cheveux noirs, parlant une langue, perdue aujourd'hui, nommée faryaque, d'où
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dérive le sanscrit, et qui, plus de quinze siècles avant notre ère, descendit à travers les passes de Kaboul dans le nord-ouest de l'Inde. C'étaient des tribus demi-nomades, demi-sédentaires, connaissant l'agriculture, douées, comme beaucoup de simples nomades, d'une imagination très vive, et ressemblant par leur genre de vie à ces anciens Perses dont nous parle Hérodote.
Fig. 92. — Sculpture gréco-bouddhique des environs de Peshawer. Date inconnue, probablement peu antérieure au cinquième siècle de notre ère. {Hauteur totale 36 cent.~)
Ils s'avancèrent lentement de l'Indus au Gange, puis plus tard du Gange au Brahmapoutre, en soumettant les populations à peau noire et à cheveux plats et les populations touraniennes qui occupaient le sol avant eux ; de nomades ils devinrent graduellement sédentaires.
L'origine de ces envahisseurs, qui devaient jouer un si grand rôle dans l'histoire de l'Inde, est enveloppée encore d'un profond mystère.
On admet généralement qu'à une époque antérieure de 2,000 ans à
notre ère, les primitifs Aryens occupaient la région actuelle du Turkestan avoisinant le cours supérieur de l'Oxus. Ils se seraient alors divisés en deux grands courants d'émigration, l'un qui descendit vers l'Europe, l'autre vers l'Iran. Après avoir vécu longtemps dans la Perse, la Bactriane et la Sogdiane, les descendants de ces émigrants auraient continué leur rou te vers le sud, et, franchissant l'Hindou-Kouch, seraient entrés dans l'Inde. Si cette théorie devait être admise, les Européens et les Hindous auraient eu pour ancêtres les mêmes tribus asiatiques.
Mais ce n'est en réalité qu'une pure hypothèse, basée uniquement sur ce fait que nos langues européennes, latin, grec, allemand, etc., ont, aussi bien que l'ancien perse et le sanscrit, une parenté commune révélée par la similitude de leurs racines. Hindous et Européens ont une parenté linguistique incontestable; mais nous savons aujourd'hui que de la similitude des langues il ne faut pas toujours conclure à parenté des races. Or, en dehors de la parenté linguistique, rien absolument ne vient à l'appui de l'origine asiatique des Européens; et le même argument peut aussi bien être invoqué pour prouver que ce sont au contraire les Asiatiques qui viennent de l'Europe. C'est là précisément ce qu'ont récemment essayé de faire plusieurs savants allemands, en s' appuyant sur la présence de quelques individus blonds dans le nord-ouest de l'Inde ; mais cette hypothèse est encore moins soutenable que la précédente, car les quelques individus blonds que l'on rencontre dans le nord-ouest de l'Inde n'y forment qu'une infime minorité, et peuvent être considérés comme des résidus des innombrables conquérants venus de tant de points divers, qui, depuis 3 ou 4,000 ans ont passé par cette région. S'il est un pays du monde où les blonds soient rares, assurément c'est l'Inde : on peut la parcourir en tous sens, comme je l'ai fait, sans en rencontrer un seul. Les blonds, d'ailleurs, devaient exister déjà sans doute au temps des Aryens, car ils étaient connus de Manou, qui les considère comme appartenant à un peuple inférieur, puisqu'il interdit le mariage avec des femmes « aux cheveux rougeâtres )) aux individus de castes supérieures.'
L'origine européenne des Aryens étant écartée, il ne reste que leur origine asiatique. On a cherché leur cantonnement primitif dans des
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Fig. 93. — Sculptures gréco-bouddhiques des environs de Peshawer. Même date que la précédente.
en plein pays mongolique, dans une région qui, d'après les traditions
chinoises, appartenait à la race jaune plus de 2,000 ans avant notre ère. A moins donc d'admettre, avec Wheeler, que les Aryens étaient des Mogols, hypothèse que rien d'ailleurs ne justifie, il faut évidemment renoncer à chercher dans des régions mongoliques le premier berceau des Aryens.
Je ne tenterai pas de développer ici une hypothèse nouvelle sur leur origine , et me bornerai à dire, ce qui semble le plus probable, que les Aryens sont simplement les primitifs habitants de l'Iran. Lorsqu'ils pénétrèrent dans l'Inde, ils venaient des régions immédiatement voisines. Ils l'envahirent sans doute par poussées successives, comme leurs ancêtres avaient envahi l'Europe, mais l'influence qu'ils exercèrent sur le sang des peuples envahis, me semble, contrairement à l'opinion généralement reçue, avoir été extrêmement faible. Je ne crois pas qu'il existe aujourd'hui dans le monde de population qui puisse prétendre descendre des Aryens , et voici mes raisons : Le lieu d'habitat primitif des Aryens a toujours été supposé assez restreint, alors que les pays envahis étaient immenses et habités — l'Inde notamment — par des populations nombreuses. Or, l'observation démontre que toutes les fois que deux peuples en nombre très inégal se trouvent en présence, le plus nombreux absorbe rapidement le moins nombreux, au point qu'après quelques générations le type original de ce dernier s'est complètement effacé. Un phénomène semblable peut, comme je l'ai déjà fait remarquer, s'observer en Egypte, dont les habitants ne sont nullement les descendants des Arabes qui les ont conquis, et dont ils professent la religion et parlent la langue, mais ceux des anciens Egyptiens du temps des Pharaons dont, à en juger par les bas-reliefs gravés sur les temples, ils sont la vivante image.
Le rôle des Aryens en Europe, aussi bien que dans l'Inde, dut être analogue, c'est-à-dire qu'ils ajDportèrent aux peuples envahis, non pas leur sang, mais leur civilisation et leur langue. S'ils ne disparurent pas aussi vite que les Arabes en Egypte, c'est que la loi rigoureuse des castes empêcha pendant longtemps, ou du moins rendit très lent, leur mélange avec les noirs et les Touraniens qu'ils avaient conquis. Mais si lent qu'ait été ce mélange, il devait finir cependant dans la suite des
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siècles par absorber les conquérants. Depuis longtemps il n'existe plus d'Aryens dans l'Inde. Quand, pour la commodité du langage, et pour nous conformer à l'usage, nous dirons d'une population qu'elle est plus ou moins aryenne, nous entendrons dire simplement que cette population est plus ou moins blanche et se rapproche du type des Européens , sans égaler jamais pourtant leur blancheur.
Si nous ne savons rien de précis sur l'origine des Aryens, nous connaissons au moins leur existence par leurs œuvres littéraires, ou du moins par celles de leurs descendants qui pénétrèrent jadis dans l'Inde. Nous avons dit plus haut en quoi elles consistent; il nous reste, en les prenant pour base, à tâcher de nous faire une idée de l'état social et du degré de civilisation de ceux qui les ont produites. C'est ce sujet que nous allons aborder maintenant.