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CHAPITRE DEUXIÈME

CIVILISATION DE LÀ PÉRIODE BRAHMANIQUE

TABLEAU DE LA SOCIÉTÉ HINDOUE, TROIS OU QUATRE SIÈCLES AVANT NOTRE ÈRE.

§ 1. — DOCUMENTS QUI PERMETTENT DE RECONSTITUER L'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ HINDOUE, TROIS SIÈCLES ENVIRON AVANT NOTRE ÈRE.

La civilisation aryenne, dont la description a fait l'objet du chapitre précédent, eut pour siège le bassin de l'Indus. C'est dans le bassin du Grange que nous allons assister au complet développement de la civilisation brahmanique.

Durant la période de près de mille ans environ qui sépare les deux époques culminantes de ces deux civilisations, les conquérants de l'Inde ont continué leurs progrès vers l'orient. Ils sont maîtres à présent de tout l'Hindoustan proprement dit, c'est-à-dire de toute la région comprise de la mer d'Oman au golfe du Bengale, entre l'Himalaya et les monts Vindhya. Les anciennes populations de cette vaste et opulente contrée sont définitivement soumises ; elles ont cessé la lutte , accepté le joug des étrangers, et se sont mêlées à leurs vainqueurs. Pour éviter que Ce mélange purement extérieur devienne trop intime et amène la fusion des races, les Aryens ont complété et établi dans toute sa rigueur le système des castes, que nous avons vu s'ébaucher à peine pendant la période védique.

C'est à trois ou quatre siècles environ avant notre ère qu'il faut placer l'apogée de la civilisation brahmanique. C'est vers ce moment sans

doute que fut composé le recueil des lois de Maiiou, le Manava-Dharma- Sastra, qui devint le code civil et politique de l'Inde.

On a cru d'abord que ce recueil était plus ancien; W. Jones le faisait remontera 800 ans avant Jésus-Christ, et d'autres auteurs à 500. Une opinion plus récente et qui paraît plus fondée ne le fait dater que de deux ou trois siècles avant notre ère.

Le Manava-Dharma-Sastra est la source d'information la plus sûre que nous possédions pour la période brahmanique. Il est l'équivalent du Rig Véda pour la période védique. Nous exécuterons sur les lois de Manou le même travail que sur le Véda, y puisant toutes les citations propres à donner une idée exacte des temps auxquels cet ouvrage fondamental se rapporte.

Cependant, l'es livres sacrés ne sont plus seuls à nous éclairer lorsque nous arrivons à la période brahmanique. L'histoire commence, elle aussi, à jeter, sinon des clartés bien vives, au moins quelques lueurs sur l'Inde ancienne, lorsqu'on dépasse le moment de l'expédition d'Alexandre.

Cette expédition elle-même n'avait pas appris beaucoup aux Occidentaux ; mais il avait suffi qu'ils eussent entrevu la terre mystérieuse qui s'étend au delà de l'Indus pour que souvent ensuite leurs regards et leurs pensées se tournassent vers elle. Un des princes qui se partagèrent l'empire d'Alexandre, Séleucus Nicator, conçut le projet de recommencer la tentative du conquérant macédonien, espérant être plus heureux. Ce fut le contraire de son espoir qui arriva. Les rois de l'Inde septentrionale se tenaient cette fois sur leurs gardes et possédaient des forces immenses contre lesquelles il n'osa se risquer. Mais il avait conquis la Bactriane, et, se trouvant ainsi leur voisin, il leur offrit de traiter. Chandragupta, le Sandrokottos des Grecs, un des plus puissants souverains, accepta son alliance, et, chose extraordinaire à la fois pour les Grecs et pour les Hindous, il prit au nombre de ses femmes la propre fille de Séleucus. La jeune princesse alla rejoindre son époux dans sa capitale, Pataliputra, située sur le Gange, non loin de la tête du Delta. Elle était accompagnée par l'ambassadeur Mégasthène. Pendant le long séjour qu'il fit à Pataliputra, ce dernier occupa ses loisirs en décri-

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vant les mœurs si étranges pour lui des peuples parmi lesquels il se trouvait transporté.

La relation de Mégasthène, très complète et très détaillée, paraît-il, ne nous est malheureusement pas parvenue. La compilation qu'au moyen âge un certain Annius de Viterbe donna pour le récit authentique de l'ambassadeur de Séleucus est considérée aujourd'hui comme

Fig. 108. — Jaggernautli. Bas-relief sculpti rlans l'intérieur du temple précédent. (Échelle : 73mm pour lra.)

Ces sculptures, d'un dessin fort grossier, sont, de même que toutes celles de Jaggernautli, extrêmement inférieures à celles des temples <le Bhuwaneswar et d'Udayagiri, bien qu'appartenant a la même province d'Orissa. Dans cette région de l'Inde, comme dans beaucoup d'autres, les monuments les plus anciens sont souvent ceux qui renferment les sculptures es pins remarquables.

absolument fausse. Mais les historiens et géographes grecs et latins, contemporains de Mégasthène, ou postérieurs à son existence, le citent souvent et lui empruntent des passages tout entiers. Strabon, entre autres, dans la partie de sa géographie qui traite de l'Inde, se rapporte fréquemment à cet auteur. Il en résulte que nous possédons ainsi des fragments assez étendus de Mégasthène et que nous pouvons ajouter sa relation aux lois de Manou comme le fondement sur lequel nous appuierons la reconstitution de l'Inde brahmanique.

La relation de Mégasthèrie et les lois de Manou constituent d'ailleurs les seuls documents où l'on puisse puiser avec quelque certitude des renseignements sur la période brahmanique. Les grandes épopées, telles que le Ramayana, le Mahabharata, sont trop mêlées de légendes et l'on est trop peu fixé sur l'époque de leur composition, remaniée évidemment du reste bien des fois, pour qu'elles poissent servir à l'établissement de faits précis et constituer autre chose que des monuments exclusivement littéraires, utiles sans doute à consulter parfois, mais toujours avec une grande réserve.

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