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CONDITION DES FEMMES

La femme, durant la période brahmanique, n'est plus, comme aux temps védiques, la fiancée courtisée à qui il fallait plaire par des hauts faits, ou la maîtresse de maison, flère et respectée, qui partageait avec son époux les honneurs du sacrifice. Son rôle est devenu plus modeste. Il est traité de la façon suivante par Manou :

« Mettre au jour des enfants, les élever lorsqu'ils sont venus au monde, s'occuper chaque jour des soins domestiques, tels sont les devoirs des femmes. »

Elle doit, toujours d'après Manou, être en tutelle perpétuelle, et sa vie se passe à obéir.

« Une petite fille, une jeune femme, une femme avancée en âge, ne doivent jamais rien faire suivant leur propre volonté, même dans leur maison.

« Une femme est sous la garde de son père pendant son enfance, sous la garde de son mari pendant sa jeunesse, sous la garde de ses enfants dans sa vieillesse ; elle ne doit jamais se conduire à sa fantaisie. »

Comme un nouveau principe fondamental a été posé à la base de la société : — la distinction absolue des castes et l'interdiction de tout mélange entre elles, — la femme, qui, par sa légèreté, peut ruiner ce principe, a perdu toute sa liberté. On se méfie de son coeur et de ses sens. Ses entraînements rendraient toutes les lois inutiles, car la femme n'attend guère pour aimer les arrêts de la politique. Aussi on ne l'abandonne plus à elle-même.

« Que les maris, quelque faibles qu'ils soient, considérant que c'est une loi suprême pour toutes les classes, aient grand soin de veiller sur la conduite de leurs femmes.

« En effet un époux préserve sa lignée, ses coutumes, sa famille, lui-même et son devoir, en préservant son épouse.

« Quoique la conduite de son époux soit blâmable, bien qu'il se livre à d'autres amours et soit dépourvu de bonnes qualités, une femme vertueuse doit constamment le révérer comme un dieu.

«. Une femme infidèle à son mari est en butte à l'ignominie ici-bas ; après sa mort, elle renaît dans le ventre d'un chacal, ou bien elle est affligée d'éléphantiasis et de consomption pulmonaire. »

CIVILISATION DE LA PÉRIODE BRAHMANIQUE

Nul crime n'est plus coupable que l'adultère, car, dit Manon :

ce C'est de l'adultère que naît dans le monde le mélange des classes, et du mélange

Fig.-124. — ■ Mont Abou. Temple de Vimala sau. Intérieur. (XIe siècle.) Une vue générale des temple3 du Mont Abou se trouve représentée page 9 de cet ouvrage.

des classes provient la violation des devoirs, destructrice de la race humaine et qui cause la perte de l'univers. »

Aussi les châtiments qui frappent la femme coupable et sou complice

sont effroyables, surtout si l'épouse adultère appartient à une classe élevée.

« Si une femme, fière de sa famille et de ses qualités, est infidèle à son époux, que le roi la fasse dévorer par des chiens dans une place très fréquentée.

ce Qu'il condamne l'adultère son complice à être brûlé sur un lit de fer chauffé à rouge et que les exécuteurs alimentent sans cesse le feu avec du bois, jusqu'à ce que le pervers soit brûlé. »

La loi de Manou, qui tient compte de l'extrême faiblesse et de l'inconstance du caractère féminin, et qui en parle souvent avec une pitié un peu méprisante, est du moins logique avec elle-même en faisant supporter ordinairement les conséquences de la faute bien moins à la femme qu'à celui qui n'a pas su la garder et à celui qui l'a séduite.

ce Lorsqu'un mari a des affaires en pays- étranger, qu'il ne s'absente qu'après avoir assuré à sa femme des moyens d'existence ; car une femme, même vertueuse, affligée par la misère, peut commettre une faute.

« Que le roi bannisse, après les avoir punis par des mutilations flétrissantes, ceux qui se plaisent à séduire les femmes des autres, »

La fidélité du mari envers sa femme et les égards qu'il doit à celleci sont prescrits par la loi de Manou non moins exactement que les devoirs de l'épouse. Le bonheur présent et la prospérité de la race dans l'avenir ont pour fondement l'union parfaite de l'homme et de la femme dans le mariage. De nombreuses recommandations sont faites au jeune homme afin qu'il choisisse une compagne assortie; il ne peut ensuite la quitter que si elle le prend en haine, si elle est stérile ou si elle ne lui donne que des filles.

ce Mais celle qui, bien que malade, est bonne et de mœurs vertueuses, ne peut être remplacée par une autre qu'autant qu'elle y consent, et ne doit jamais être traitée avec mépris. »

Le premier devoir du mari est de rendre sa femme heureuse, et une idée presque superstitieuse voue à la ruine une maison où la femme souffre de quelque dureté ou simplement du manque d'égards de ceux qui l'entourent.

CIVILISATION DE LA PÉRIODE BRAHMANIQUE

« Partout où les femmes sont honorées, les divinités sont satisfaites, mais lorsqu'on ne les honore pas, tous les actes pieux sont stériles.

« Dans toute famille où le mari se plaît avec sa femme et la femme avec son mari, le bonheur est assuré pour jamais.

« Les femmes mariées doivent être comblées d'égards et de présents par leurs pères, leurs frères, leurs maris, et les frères de leurs maris, lorsque ceux-ci désirent une grande prospérité. »

La mère n'est pas séparée du père dans le respect dû par les enfants ;

il semble même qu'à cet égard elle soit placée au-dessus de lui. L'obéissance, la vénération pour leurs parents sont enseignées aux fils et aux filles.

« Que le jeune homme fasse constamment et en toute occasion ce qui peut plaire à ?. es parents, ainsi qu'à son instituteur; lorsque ces trois personnes sont satisfaites, toutes les pratiques de dévotion sont heureusement accomplies et obtiennent une récompense.

« Un instituteur est plus vénérable que dix sous-précepteurs ; un père que cent instituteurs ; une mère est plus vénérable que mille pères. »

Le mariage n'était point une affaire ; le père de la jeune fille ne devait ni donner ni recevoir de l'argent. Il devait s'attacher surtout aux qualités du fiancé.

« Un Soudra même, dit Manou, ne doit point recevoir de gratification en donnant sa fille en mariage ; car le père qui reçoit une gratification vend sa fille d'une manière tacite :

« Il vaut mieux pour une fille en âge d'être mariée rester dans la maison paternelle jusqu'à sa mort, que d'être jamais donnée par son père à un époux dépourvu de bonnes qualités. »

En somme, si la loi de Manou se montre très sceptique à l'égard de la vertu et de la force de caractère des femmes, si elle ne parle point d'elles dans les termes poétiques et délicats du Rig Véda, si elle ne leur donne pas dans la famille la place qui leur était accordée par les anciens Aryens, elle leur fait cependant une part importante au foyer comme dans la société. La famille est solidement constituée ; les droits et les devoirs sont réciproques entre ses membres.

« Qu'une fidélité mutuelle se maintienne jusqu'à la mort, tel est, en somme, le principal devoir de la femme et du mari.

<c Le devoir plein d'affection de l'homme et de la femme vient de vous être déclaré. »

La coutume de brûler la veuve sur le bûcher de son mari, qui n'a disparu de l'Inde que de nos jours, n'est pas mentionnée dans les lois de Manou. Elle devait commencer déjà cependant à se répandre , puisque les historiens grecs de la conquête macédonienne en font mention.

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