DE LA PÉRIODE BOUDDHIQUE
puissance, fortune, honneurs, ivresse des sens, plaisirs de l'esprit, jeunesse, beauté, amour, ne sont que des formes fugitives, de décevantes illusions. L'homme aspire à tout , et rien n'existe que de vains fantômes. Puisque dans l'univers tout change incessamment ; puisque tout être et toute chose se détruit et se renouvelle, et n'est pas même pour un seul jour identique à lui-même, qu'y a-t-il d'autre que des illu-
Fig. 136. — Nagda (près d'Odeypour). Ruines d'anciens temples dans les jungles.
sions créées et poursuivies par un incessant désir? Dès lors que pourrions-nous faire de mieux que de tuer en nous le désir, détruisant ainsi l'illusion et par suite la douleur.
« Ainsi devint manifeste pour le Bouddha la lumière de la religion, inconnue auparavant, qui s'étend toujours par l'application de l'esprit et qui produit le jugement, la vision, la science, la compréhension, la mémoire et la connaissance.
« Ainsi ai-je appris, ô hommes religieux, ce qu'est la douleur, l'immensité de la douleur, et quels sont les moyens d'éloigner la douleur. Je connus quelle est la misère du désir, la misère de l'existence, la misère de l'ignorance, la misère de la vue, comment toutes ces misères peuvent être finalement vaincues et comment elles disparais -
CIVILISATIONS DE L'iXDE. 44
sent sans laisser de traces. J'appris aussi ce qu'est l'illusion, l'immensité de l'illusion, comment on peut la détruire et comment elle disparaît sans laisser de traces derrière elle. y>
Ainsi donc, l'anéantissement de tout désir, le détachement des choses de ce monde, et, comme espoir suprême, la destruction de la forme, c'està-dire de l'illusion, et l'entrée dans le domaine du Nirvana où la conscience et la pensée même disparaissent, telle était la doctrine que Çakya-Mouni allait prêcher lorsqu'il se leva de dessous l'arbre de la sagesse et qu'il retourna vers ses frères.
Si Çakya-Mouni n'avait apporté au monde que les abstractions philosophiques mises dans sa bouche parla légende, son nom ne fût jamais sorti de l'obscure poussière où dorment tant de générations d'hommes. Les raisonnements philosophiques n'émeuvent guère les foules. Seule la voix du sentiment peut agir sur elles. Pour toucher les hommes, il faut partager leurs aspirations, leurs souffrances et ébranler leur cœur. Comme l'a dit justement un profond poète :
Ce que nous adorons, nous, si pleins de détresse, A toujours, femme ou dieu, partagé nos douleurs.
C'est là qu'il faut chercher le secret du prodigieux ascendant qu'exerça Bouddha. Ce fils de roi, devenu volontairement mendiant pour partager la misère des foules et leur apprendre à s'y soustraire, sut émouvoir leur cœur. Comme le Christ, Bouddha comprit et partagea la douleur des hommes et leur apprit la valeur de la charité et de l'espérance. C'est pour cela qu'il est encore leur maître.
Après avoir rapidement résumé la vie de Bouddha telle que l'a faite la légende, il nous reste à parler de sa religion, non pas sans doute telle qu'il l'apporta pour la première fois au monde lorsqu'il quitta l'arbre de la sagesse, mais telle que ses disciples l'ont comprise et établie ensuite et telle qu'elle apparaît dans les livres qu'ils nous ont laissés.