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DISPARITION DU BOUDDHISME DANS L'INDE

Personne n'ignore qu'après s'être répandu de l'Inde dans le reste de l'A sie, avoir envahi la Chine, la Tar tarie russe, la Birmanie, etc., le

(*) L'analogie entre les images et les emblèmes des deux cultes se présente dans des cas innombrables. On trouvera par exemple dans une des plancbes de cet ouvrage une statue que j'ai prise à Badami, dans un temple du sixième siècle de notre ère, représentant Vishnou sur le serpent Ananta, tout à fait identique à la représentation de Bouddha assis sur un serpent telle qu'on la voit sur des bas-reliefs d'Amravati, du cinquième ou sixième siècle de notre ère. J'ai visité à Gaya un temple brahmanique, dit de Vishnou Pad (temple du pied de Vishnou) où on adore l'empreinte supposée du pied de Vishnou absolument comme les bouddhistes adorent l'empreinte du pied de Bouddha. Dans ce dernier cas, il y a eu simple substitution d'un nom à un autre. Les exemples de cette sorte existent par milliers dans l'Inde.

CIVILISATION DE LA PÉRIODE BOUDDHIQUE

bouddhisme, devenu aujourd'hui la religion de cinq cent millions d'hommes, c'est-à-dire du tiers du genre humain, a disparu presque entièrement du pays qui lui avait donné naissance, vers le septième ou huitième siècle de notre ère. Il ne continue à subsister dans l'Inde que sur les deux frontières extrêmes de ce vaste empire : au Népal dans le Nord, et à Ceylan dans le Sud. Les livres hindous se taisant absolument sur cette disparition, on a eu recours jusqu'ici pour l'expliquer à l'hypothèse de persécutions violentes. En admettant que le caractère si

Fig. 148. — Odeypour. Palais précédent (façade donnant sur le lac).

tolérant des Hindous soit compatible avec l'idée de persécutions religieuses, et que les persécutions puissent détruire une religion au lieu de faciliter sa propagation, conformément à tout ce que nous apprend l'histoire ; en admettant, dis-je, ces hypothèses invraisemblables, on se trouverait encore en présence de cette difficulté : pourquoi, dans un pays divisé, comme l'était autrefois l'Inde, en une centaine de petits royaumes, tous les princes à la fois se seraient-ils brusquement décidés à renoncer à la religion pratiquée par leurs ancêtres depuis des siècles et auraient-ils obligé leurs sujets à en pratiquer une autre?

J'ai commencé à entrevoir la cause de la transformation du bouddhisme aussitôt que je me suis mis à étudier les monuments de l'Inde ; j'en ai compris clairement le mécanisme dès que j'ai visité le Népal, et j'ai reconnu alors combien étaient erronées les explications proposées

jusqu'ici. Après avoir étudié attentivement la plupart des monuments importants de l'Inde, je suis arrivé à cette conclusion, basée sur l'étude de monuments nombreux, que le bouddhisme a disparu tout simplement parce qu'il s'est graduellement fondu dans la religion d'où il était né.

Cette transformation s'est faite d'une façon très lente; mais dans un pays où il n'y a pas d'histoire, où l'on rencontre parfois des périodes de cinq à six siècles desquelles nous ne savons absolument rien, il n'existe aucun moyen de rattacher les termes extrêmes des phases qui nous apparaissent brusquement. Nous sommes à leur égard dans la situation des anciens géologues, qui, voyant les transformations considérables qu'ont subies les diverses couches du globe et ses habitants, et ne voyant pas les périodes intermédiaires de ces transformations, supposaient qu'elles étaient le résultat de violents cataclysmes. Une science plus avancée leur a montré pourtant que c'est par une série d'évolutions insensibles que se sont produites ces transformations gigantesques.

Les monuments de l'Inde nous disent clairement, lorsqu'on examine avec quelque soin les bas-reliefs et les statues dont ils sont couverts, l'histoire de la transformation du bouddhisme. Ils nous montrent comment le fondateur de la religion qui dédaignait tous les dieux devint dieu lui-même, et finit, après n'avoir figuré dans aucun temple, par figurer dans tous les sanctuaires. Comment il se confondit graduellement avec les anciennes divinités brahmaniques, et comment, après avoir dominé leur foule, il finit par n'être plus un jour qu'une divinité accessoire et disparaître finalement dans leur nombre.

Afin de rendre indiscutable la théorie qui vient d'être exposée pour expliquer le mécanisme de la transformation, et par suite de la disparition, du bouddhisme dans l'Inde, il faudrait pouvoir se reporter au septième siècle environ de notre ère, ou bien découvrir une contrée qui fût à une phase correspondante à celle que traversa l'Inde à cette époque. Or le Népal, un des berceaux du bouddhisme, se trouve être la région où il a le mieux résisté aux causes de transformation qui le menacèrent partout lorsqu'il se trouva en contact avec l'antique brahmanisme. Cette contrée traverse précisément maintenant la phase où

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