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CHAPITRE QUATRIÈME

CIVILISATION DE LA PÉRIODE NÉO-BRAHMANIQUE

TABLEAU DE LA SOCIÉTÉ HINDOUE VERS LE DIXIÈME SIÈCLE DE NOTEE ÈRE. § 1. — ÉLÉMENTS DE RECONSTITUTION DE LA PÉRIODE NÉO-BRAHMANIQUE.

La période que nous allons décrire maintenant commence vers le huitième siècle de notre ère, alors que le bouddhisme a presque complètement disparu. Après avoir régné mille ans sur le sol de l'Inde, la religion de Bouddha a perdu son empire sur les âmes ; et, par le fait seul que la vieille religion est morte, nous pouvons pressentir que la société a changé. La croyance qui a remplacé le bouddhisme est le brahmanisme des vieux âges, mais profondément modifié par le culte auquel il s'est substitué.

A l'époque où nous sommes arrivés maintenant, la constitution politique qui avait favorisé la propagation du bouddhisme, c'est-à-dire la réunion de la plus grande partie de la péninsule sous un seul maître, a disparu depuis longtemps. L'Inde s'est divisée en de nombreux petits royaumes, monarchies absolues, indépendantes, et le plus souvent rivales.

Au point de vue purement historique, la période étudiée dans ce chapitre, et qui s'étend du huitième au douzième siècle de notre ère, c'est-à-dire de la disparition du bouddhisme jusqu'à l'époque des invasions musulmanes, est des plus obscures. Sans les monuments, qui nous redisent la splendeur des royaumes qui florissaient alors, nous n'en sau-

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rions que bien peu de chose. Des édifices en ruines, quelques rares inscriptions, quelques monnaies, des œuvres littéraires dont la chronologie est totalement absente, voilà les seuls documents qui soient restés de cette période. Us suffisent cependant à prouver que cet âge nouveau ne fut pas moins brillant que celui qui l'avait précédé.

Les éléments de reconstitution de la société hindoue vers le dixième siècle de notre ère sont donc bien peu nombreux; ils permettent cependant de retracer les grandes lignes de la civilisation dont nous allons aborder l'étude.

Les plus importants documents de cette période sont les merveilleux monuments dont l'Inde continue à se couvrir, et qui ne le cèdent en rien à ceux des premiers siècles de notre ère. On a pu voir dans notre dernier chapitre, de quelle clarté sont ces livres de pierre qui se déploient sur le sol de l'Inde en pages gigantesques. C'est uniquement par eux que nous pouvons nous rendre compte de la transformation profonde que subirent les religions de l'Inde. Les cro}rances nouvelles, que nous allons étudier, sont constituées par le fond des antiques doctrines sur lesquelles le bouddhisme avait obtenu pendant plusieurs siècles la suprématie. La religion primitive reparaît, mais profondément modifiée, d'une part par le bouddhisme, et de l'autre par l'esprit des générations nouvelles. Cette religion, dite néo-brahmanique, est celle qui règne encore aujourd'hui ; elle est toujours la religion officielle de la plus grande partie de l'Inde moderne. La pratique l'a transformée sensiblement, mais les dogmes en eux-mêmes n'ont pas changé. En les étudiant tels qu'ils se présentent à nous aujourd'hui, nous pouvons savoir à peu près ce qu'ils furent il y a huit siècles.

La religion de cette époque nous est donc suffisamment connue par les monuments et par les livres. Les monuments nous fournissent également des documents précieux sur l'état de la civilisation hindoue dans les siècles qui précédèrent l'invasion musulmane; ils ne nous donnent malheureusement que bien peu de renseignements sur les institutions politiques et sociales de cette période obscure, pendant laquelle l'Inde achevait d'élaborer le réseau de coutumes et de croyances qui l'enserre encore aujourd'hui.

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A défaut des indications que ne fournissent ni les monuments ni les livres, il ne nous reste qu'un moyen de nous représenter la constitution politique et sociale de la société hindoue de cette époque, c'est de re-

Fig. 161. — ■ Ellora. Portion de la façade du temple souterrain d'Indra (sixième siècle de notre ère). (Hauteur totale de la façade: 11M20.)

chercher s'il ne resterait pas dans l'Inde quelque région préservée par son isolement de toute influence étrangère, et ayant conservé sans altération sensible l'organisation des anciens âges.

Heureusement pour nous cette région existe, et nous pouvons étudier son organisation précisément au moment où elle est en voie de disparaître. En dehors de quelques parties du Dekkan, habitées par des

races plus ou moins inférieures, on ne trouve dans l'Inde entière qu'une seule contrée qui, par sa situation géographique, et le caractère indépendant de ses habitants, ait été soustraite aux influences étrangères, et ait conservé, sans altération sensible, ses vieilles institutions et ses coutumes. Cette région est la vaste contrée montagneuse que nous avons décrite sous le nom de Rajpoutana. C'est la seule partie de l'Inde gouvernée encore par les descendants de ses anciens rois, la seule dont les institutions primitives se soient conservées à travers les âges et portent les traces visibles d'un passé lointain. En étudiant ces institutions telles qu'elles se montrent encore à l'observateur, nous aurons donc toutes les chances possibles d'avoir un tableau fidèle de l'organisation des royaumes de l'Inde, habités par des populations aryennes, vers le dixième siècle de notre ère.

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