‹ Les civilisations de l'IndeChapitre 72 sur 155 · VALEUR DES ANCIENNES PRODUCTIONS LITTÉRAIRES DE L'INDE · texte numérisé non relu

VALEUR DES ANCIENNES PRODUCTIONS LITTÉRAIRES DE L'INDE

'Inde a beaucoup écrit, et un nombre considérable de ses oeuvres sont venues jusqu'à nous.

Lorsque, il y a un siècle à peine, l'étude du sanscrit permit à quelques Européens de soulever le voile qui cachait une littérature jusqu'alors inconnue , on crut qu'un monde de choses merveilleuses et nouvelles allait sortir des ténèbres de ce passé mystérieux. On crut surtout qu'on avait découvert la source de toutes les civilisations et de toutes les religions humaines, et que, remontant jusqu'aux véritables traditions de notre race, on allait retrouver l'âge d'or perdu et le secret de nos destinées.

Cet enthousiasme tomba bien vite. On reconnut, si intéressantes que

fussent la vie et les idées des anciens peuples de l'Inde, que ces peuples avaient, comme nous, abordé bien des grands problèmes, mais ne fournissaient la solution d'aucun. Ce n'était pas des bords du Gange que nous viendrait le dernier mot destiné à satisfaire pour jamais nos âmes. La curiosité passionnée qu'avaient éveillée les premières études des livres hindous fit bientôt place à de l'indifférence.

Ce n'est pas plus au point de vue de leur valeur philosophique, qu'à celui des documents qu'elles peuvent fournir pour l'histoire et la peinture des mœurs, que nous étudierons dans ce chapitre les productions écrites de l'Inde; ce sera au point de vue purement littéraire seulement.

A cet égard aussi leur importance avait tout d'abord été fort exagérée. On n'avait pas craint de les mettre au-dessus des chefs-d'œuvre de la Grèce et de Rome. Pourtant quelques-unes des qualités que nous admirons dans les écrits de l'antiquité classique devaient nous rendre presque rebutante la lecture des livres hindous. L'ordre, la clarté, la mesure, l'harmonie, la sobriété si élégante et si parfaite qui régnent dans les ouvrages des poètes comme des prosateurs grecs et romains, nous ont rendus difficiles ; notre scepticisme moderne a augmenté notre horreur de l'exagération et du merveilleux ; et, pour des lecteurs ainsi formés, il devient presque impossible d'admirer les productions gigantesques, interminables, désordonnées, encombrées de surnaturel, que nous a léguées l'antiquité hindoue.

Cependant, au milieu de cette intempérance, de ce dévergondage de l'imagination, de ces grossissements prodigieux, la simple réalité, le sentiment pur et sincère, le jeu des passions, l'image de l'âme ou celle de la nature, apparaissent parfois avec une vivacité et une fraîcheur merveilleuses. Je comparerais volontiers la littérature hindoue à une rivière dont le limon charrie un petit nombre de paillettes d'or : il faut souvent réunir plusieurs mètres cubes de boue pour extraire quelques parcelles du précieux métal.

Dans les extraits que nous allons offrir au lecteur, nous ne lui présenterons que les paillettes d'or. Mais s'il en concluait que toutes les productions de l'Inde sont aussi élevées, s'il oubliait qu'elles renferment

CIVILISATIONS DE L'iXDE.

un entassement énorme de choses lourdes et diffuses, il se tromperait autant que s'il imaginait que la rivière dont nous parlions tout à l'heure ne charrie que des paillettes d'or.

Il ne faut d'ailleurs considérer ce chapitre consacré à la littérature de l'Inde, que comme une simple indication des œuvres les plus connues. Le lecteur qui voudra se former une opinion solidement fondée devra se reporter aux ouvrages mêmes dont on lui donne ici des extraits, et qui sont pour la plupart traduits en anglais ou en français. S'il n'est pas indianiste de profession, et par conséquent condamné par métier à l'admiration forcée de tout ce qui a une origine sanscrite, je doute qu'il éprouve un bien vif enthousiasme à la lecture des productions hindoues. Il conclura sans doute comme nous, qu'adaptées parfaitement à des cerveaux hindous, et fort remarquables assurément pour eux, puisqu'ils les admirent depuis des siècles, elles sont, par leurs défauts de composition, leurs exagérations, leurs interminables longueurs, leur absence complète de logique, le manque d'enchaînement entre leurs diverses parties , presque tout à fait illisibles pour des Européens.

Nous nous bornerons, dans les paragraphes qui vont suivre, à analyser fort sommairement les œuvres littéraires les plus célèbres de l'Inde, et à en donner quelques courts extraits.

Pour mettre un peu de clarté dans un sujet si étendu nous avons classé ces productions littéraires sous les rubriques suivantes : Hymnes et poésies religieuses, — Épopées, — Fables et apologues, — Théâtre, — Œuvres diverses.

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