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HIMALAYA ORIENTAL (NÉPAL, SIKKIM ET BHUTAN

L'Himalaya oriental renferme deux Etats qui, malgré les tentatives des Anglais, sont parvenus à conserver leur indépendance : c'est le Népal et le Bhutan.

Le Népal est une longue vallée, située entre les deux chaînes parallèles de l'Himalaya et du Sub-Himala3'a.

Cette dernière muraille n'est pas la seule barrière qui sépare le Népal de l'Inde; il faut y ajouter la redoutable région du Teraï qui la longe tout entière au sud, et dont les miasmes mortels pour l'homme forment une seconde frontière naturelle.

Ainsi isolé, le Népal conserve une physionomie particulière. Très jaloux de leur indépendance, les Népalais ont dû cependant, à la suite de deux guerres meurtrières, subir la présence d'un ambassadeur anglais à leur cour, mais c'est le seul Européen qui ait le droit de pénétrer au Népal. Il nous a fallu de longues négociations diplomatiques pour visiter ce curieux pays, que Jacquemont avait vainement tenté de visiter jadis, et où aucun Français n'avait pénétré encore*.

C'est au Népal que la chaîne de l'Himalaya se montre dans toute sa splendeur imposante et sauvage, et dresse vers le ciel ses plus hardis sommets. Le Davalaghiri, à l'ouest, le Kitchinjinga, ou (( montagne des cinq glaciers étincelants )) , à l'est, et enfin le Gaurisankar, le roi des monts, vers le centre, dominent la longue vallée du Népal, et donnent à ses pa}rsages un caractère de majesté qu'on ne rencontre dans aucune autre contrée. De la plaine , on aperçoit leurs cimes neigeuses et inaccessibles , et si l'on se hasarde à gravir les sentiers qui

* Nous avons consacré une monographie au Népal dans le journal le Tour du monde (av.ril 1886).

courent sur leurs flancs au-dessus des précipices, on frémit au contraste des noirs abîmes qui semblent s'enfoncer jusque dans les entrailles de la terre avec la hauteur démesurée des murailles de granit et des arêtes de glace qui paraissent escalader les cieux.

Le col le plus célèbre parmi les périlleux passages dé l'Inde au Thibet est le col de Nialo qui conduit au lac de Mansaraour, au pied

du mont Kaïlas. C'est dans les retraites de cette dernière montagne

que sont cachés, suivant la croyance des Hindous, les animaux mystérieux dont les gueules écumantes vomissent les quatre fleuves de l'Inde : le Tsang-bo (probablement cours supérieur du Brahmapoutre), l' Indus, le Satledj et la Ganga.

Les affluents du Gange qui lui viennent du Népal sont nombreux; ils coupent ce pays perpendiculairement à ses frontières naturelles ; quelques-uns prennent même leur source sur le versant septentrional de l'Himalaya et ne font que traverser le Népal, thibétains en amont de son étroite vallée et hindous en aval. Ils ne peuvent, d'ailleurs, servir de voies de communication, car ils déchirent les montagnes par des gorges praticables seulement à la 'violence désordonnée de leurs eaux ; à l'intérieur même du Népal, leur grande rapidité fait qu'ils ne sont pas navigables et n'ont d'utilité que pour le flottage du bois et pour l'irrigation.

Toutes ces rivières séparent le Népal en beaucoup de régions distinctes habitées par des populations également distinctes. La différence d'altitude où elles séjournent contribuent surtout à les différencier.

L'influence thibétaine est dominante au Népal surtout dans la région montagneuse. Elle a été sensiblement modifiée cependant par des mélanges d'éléments aryens dont nous parlerons au chapitre des races. On peut dire, en résumé, que le Népal est, tant au point de vue des races qu'à celui de l'architecture et des mœurs, comme un territoire de transition entre l'Inde et le Céleste Empire.

Entre le Népal et le Bhutan se trouve un petit Etat, le Sikkim, gouverné par un rajah dont la capitale , Tamlong, n'est qu'un village. La population de cet Etat ne dépasse guère 60,000 habitants. Elle est presque exclusivement thibétaine.

CIVILISATIONS DE L'iNDK.

Le Sikkim est une région montagneuse extrêmement humide, et presque inhabitable pendant la plus grande partie de l'année.

Les Anglais ont détaché de l'ancien Etat de Sikkim la région la plus fertile. Elle forme un district dont la capitale Darjeeling a pris une grande importance comme ville de santé durant la saison chaude. Elle forme le pendant de Simla dans l'Himalaya occidental, mais lui est bien inférieure en raison de son climat humide,, Elle constitue un lieu de marché important où les Thibétains et les Hindous viennent échanger leurs produits.

Le Bhutan, qui n'est séparé du Népal que par le Sikkim, présente de grandes ressemblances géographiques avec ce dernier. Il occupe les pentes méridionales de l'Himalaya oriental, et se trouve nettement divisé par trois zones de cultures : végétation tropicale dans la plaine; productions des pays tempérés sur les pentes; forêts de sapins sur les hauteurs glacées. Le versant méridional des montagnes est très puissamment arrosé par la mousson du sud, et le Teraï s'étend à leur base. La population n'est composée que de montagnards, et les deux seules villes un peu importantes qui se trouvent dans le Bhutan sont situées déjà à une certaine hauteur.

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