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BENGALE

Au sud des hautes montagnes du Sikkim et du Bhutan s'ouvre la vaste plaine du Bengale. Pour qui le contemple de quelque avantmont de l'Himalaya, le Bengale s'étend comme une nappe de luxuriante verdure où coulent majestueusement des fleuves superbes et qu'arrose en outre un lacis compliqué de bras secondaires et d'affluents. On pourrait y apercevoir tout autant d'eau que de terre au moment des inondations. Lorsque s'y précipite le déluge apporté par la mousson du sud, l'humidité y devient extrême. A vrai dire, le Bengale appartient presque autant à la mer qu'au continent; les cours d'eau qui circulent à sa surface ne sont pas plus nombreux que les fleuves et les

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lacs souterrains ruisselant au-dessous de son sol; le paysan, en retournant la terre avec sa bêche, trouve parfois une nappe liquide à un pied ou deux de profondeur.

Les espaces habités et cultivés du Bengale sont annuellement disputés à l'envahissement des eaux par le soleil puissant des tropiques; sans l'énergie de ses rayons tout serait bientôt submergé. La combinaison de l'extrême chaleur et de l'extrême humidité développe une richesse effrénée de végétation, et donne naissance aussi à des miasmes redoutables, agents actifs de nombreuses épidémies. C'est de cette contrée que le choléra s'est élancé sur le monde ; il y règne en permanence avec la fièvre des marécages.

Malgré ces fléaux, auxquels il faut ajouter les bêtes féroces, les tigres des jungles, et les crocodiles des fleuves, le Bengale est un des pays les plus peuplés et les mieux cultivés de la terre. C'est qu'il est à peine nécessaire d'y travailler le sol pour qu'il donne deux ou trois récoltes par an; c'est aussi parce que la mer qui le baigne ouvre un débouché à ses produits. Les parties les plus basses et les plus humides sont couvertes de rizières; les plus élevées donnent de l'orge, du blé, du millet, etc. Les plantes alimentaires et industrielles, coton, canne à sucre, tabac, chanvre, pavot, indigo, y poussent avec une facilité merveilleuse.

Des villes nombreuses et prospères se sont élevées le long des cours d'eau qui sillonnent le Bengale; quelques-unes, comme Gaur, florissantes lorsqu'un fleuve les traversait, sont tombées en ruine lorsque son cours s'est détourné d'elles. La plus importante des villes du Bengale est Calcutta, la capitale de l'empire anglo-indien et le plus grand port de la péninsule.

La population du Bengale est très mêlée, et composée d'éléments multiples. Le type de l'Hindou dans cette contrée est des plus déplaisants au physique aussi bien qu'au moral, et c'est pourtant celui qui représente et résume aux yeux des Européens toutes les races de la péninsule. Cela tient à ce que le plus grand nombre des voyageurs n'en a pas vu d'autre. Le Bengali est petit et grêle, il a le teint brunâtre, les traits un peu déprimés. Au point de vue intellectuel il s'assimile assez

vite ce qu'on lui apprend. Au point de vue du caractère il est poltron, sournois et lâche.

§ 3. — AOUDH.

L'Aoudh est une province que l'on rencontre au nord-ouest du Bengale en remontant la vallée du Gange. Ses habitants diffèrent beaucoup de ceux du Bengale et sont beaucoup plus rapprochés que ces derniers des races européennes. Leur taille est haute, leur physionomie régulière et agréable, leur teint peu coloré. Cette belle et forte race habite une des régions les plus délicieuses de la terre. L'Aoudh, situé entre le Gange et l'Himalaya, jouit d'un climat bien plus favorable que celui du Bengale.

L'humidité n'y est pas excessive, mais tout à fait suffisante pour entretenir l'admirable fertilité de la terre. Les étés y sont très chauds, mais, pendant l'hiver, le thermomètre s'y abaisse parfois jusqu'au point de congélation, et la fraîcheur de l'atmosphère renouvelle alors et retrempe la vigueur de l'homme.

De magnifiques forets, riches en gibier, et dont les arbres fournissent de précieuses essences, couvrent le pays vers les montagnes, tandis que les plaines qui descendent vers le Gange par une pente presque insensible portent chaque année d'admirables moissons. Sans doute le Teraï occupe une fraction assez importante de l'Aoudh; mais en beaucoup d'endroits la volonté humaine a triomphé de la nature, et plusieurs parties de cette région dangereuse ont été défrichées et par conséquent assainies.

La beauté, la fécondité de l'Aoudh sont depuis longtemps légendaires parmi les Hindous; sous son nom antique de Koçala, ce royaume et sa capitale, aujourd'hui détruite, Adjodhya, ont été chantés par les poètes. Le Ramayana débute ainsi :

(( Il est une vaste contrée souriante, abondante en richesses de toutes sortes, en grains comme en troupeaux, assise au bord de la Sarayou et nommée Koçala. Là était une ville célèbre dans tout l'univers et fondée jadis par Manou, le chef du genre humain. Elle avait nom Adjodhya. »

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Cette cité populeuse devint plus tard la moderne Aoudh, nom par lequel on désigne également aujourd'hui les pays dont elle fut la capitale; elle était située sur les bords de la Gogra.

Comme beaucoup de régions de l'Inde, F Aoudh changea plusieurs fois de capitale. Fyzabad, puis Luknow, ont successivement pris le premier rang. Cette dernière ville a acquis beaucoup d'importance depuis que l' Aoudh, ce c( jardin de l'Iode », est devenu territoire anglais. Sa

Fig. 13. — Srinagar (vallée de Cachemire).

merveilleuse situation y attire un nombre considérable d'Européens. Elle est un centre d'élégance; ses édifices qui, de loin, produisent quelque effet, ne peuvent être cités que comme un intéressant spécimen de l'état de décadence où est tombé l'art hindou sous les influences européennes.

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