‹ Les civilisations de l'IndeChapitre 86 sur 155 · L'INDE · texte numérisé non relu

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numents les plus importants de cette province. Les Mahométans n'ont fait que les adapter à leur culte.

Dès le premier siècle de l'hégire, les Arabes envahirent le Guzerat,

Fig. 217. — Hullabid. Détails des sculptures du temple précédent.

mais ils n'y séjournèrent pas. Malgré l'invasion postérieure de Mahmoud le Ghaznévide, ce pays garda son indépendance jusqu'à l'empereur Firoze Tugluck. En 1391, un Hindou rajpout, converti à l'islamisme, du nom de Muzzafar, fut fait vice-roi du Guzerat.

Ce fat en 1412, que le sultan Ahmed, petit-fils de Muzzafar, transporta sa capitale dans la cité à laquelle il donna son nom, et qui devint Ahmedabad.

Les anciens monuments hindous de style jaïna furent transformés en mosquées. Ceux qui s'élevèrent ensuite conservèrent le même style; et, sans l'addition des arcades, des minarets et des inscriptions arabes, les monuments d' Ahmedabad pourraient être considérés comme purement hindous.

En 1572, Ahmedabad fut conquise par l'empereur Akbar, et fit dès lors partie de l'empire mogol ; elle fut gouvernée pendant cent cinquante ans par des vice-rois envoyés de Delhi : parmi eux figurèrent les futurs empereurs Shah Jehan et Aurengzeb , avant leur accession au trône de leurs ancêtres.

Ahmedabad atteignit sous la domination mogole l'apogée de sa splendeur. Elle passait alors pour la plus belle ville de l'Hindoustan, et peutêtre du monde. Sa population dépassait 2 millions d'habitants ; ses voyageurs, ses commerçants étaient en relations constantes avec l'Arabie, l'Afrique et toutes les parties de l'Inde. Ses manufactures de brocart, de velours, de soie, de satin, de papier, étaient célèbres partout. Ses artisans travaillaient le bois, l'or, l'ivoire avec une perfection qu'il serait difficile de dépasser. Ce sont encore les ouvriers du Guzerat qui fabriquent ces boîtes de santal incrusté connues sous le nom de boîtes de Bombay.

L'architecture du Guzerat, dont celle d' Ahmedabad (voir p. 373 et suivantes) est le type, fournit un exemple frappant des variations que présente l'architecture musulmane dans les diverses parties de l'Inde. Par suite de la prédominance d'éléments hindous, les monuments d' Ahmedabad ont un cachet spécial qu'on ne trouve dans aucune autre région. L'adjonction d'arcades, de minarets et d'inscriptions arabes leur donne un aspect musulman, mais par leur ornementation ils appartiennent à ce type de monuments jaïnas, dont nous avons trouvé les plus remarquables spécimens au Mont Abou.

Le plan général des mosquées d' Ahmedabad est celui de toutes les mosquées musulmanes : une vaste cour rectangulaire entourée de gale-

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ries couvertes. Sur un des côtés du rectangle, la galerie est plus profonde et sert de sanctuaire ; ce côté est généralement recouvert de trois dômes, supportés comme tous les dômes jaïnas, par douze colonnes. Le dôme central est plus élevé que les deux autres. Son élévation est obtenue par l'addition sur le front de piliers deux fois plus hauts que les

Fig. 218. — Vieux Delhi. Vue d'ensemble des ruines de la mosquée du Koutab. La grande tour du Koutab, qu'on voit au milieu du dessin est représentée en détail dans les planches suivantes. Il en est de même du pavillon d'Aladiti, qu'on voit à droite et en face de la tour.

Les monuments de Delhi appartiennent à trois périodes fort différentes. 1° La période antérieure aux invasions musulmanes et dont il n'est à peu près rien resté. 2* La période de la première invasion musulmane au commencement du treizième siècle. Ce sont les monuments de cette période quisont représentés dans cette planche et les suivantes. 3- La période mogole des seizième et dix-septième siècles. Ses monuments, fori différents des précédents, seront représentés plus loin.

autres , et sur les trois autres côtés par la superpositi on de piliers supportés par le toit, qui sert de base aux autres dômes. Cette disposition, qu'on ne rencontre pas dans les constructions jaïnas antérieures à celles d'Ahmedabad, a l'avantage d'accroître la quantité de lumière qui peut pénétrer dans l'édifice.

Lorsqu'il devint nécessaire d'agrandir les sanctuaires des mosquées,

et par conséquent les dômes, cet agrandissement ne fut pas obtenu en augmentant le diamètre de ces derniers, mais simplement en multipliant leur nombre : c'est ainsi que dans la grande mosquée, au lieu de trois dômes sur une même ligne, il y en a cinq, toujours supportés chacun par douze piliers. Chaque dôme étant répété trois fois en profondeur, leur nombre total se trouve donc ainsi porté à quinze.

On remar que dans la plupart des mosquées des niches remplies de fines sculptures géométriques. Dans les temples jaïnas, ces niches étaient remplies de statues. Les représentations de figures humaines étant interdites par la loi musulmane, et des niches vides produisant un vilain effet, la seule solution possible était celle adoptée, c'est-à-dire les remplir de réseaux géométriques.

Monuments du centre de l'Inde. — Les monuments de la région que nous allons étudier maintenant ne sont pas très nombreux, mais peuvent être rangés parmi les plus intéressants de l'Inde. Plusieurs d'entre eux, le temple d'Ambernath, par exemple (voir p. 423), ne présentent pas de différences sensibles avec les monuments étudiés ailleurs ; mais il en est d'autres, tels que ceux d'Ellora, qui offrent une architecture toute spéciale.

C'est également dans le centre de l'Inde que l'on trouve des temples souterrains qui, au lieu d'être exclusivement bouddhiques , comme ceux de Karli, Ajunta, etc., mentionnés jusqu'ici, sont consacrés, soit exclusivement au culte brahmanique, tels que ceux d'Éléphanta, soit aux deux cultes tels que ceux d'Ellora. Ces derniers se trouvent parmi les temples dont l'examen nous amis sur la voie de la théorie que nous avons exposée dans cet ouvrage : l'explication de la disparition du bouddhisme par absorption graduelle dans le brahmanisme.

Les temples d'Ellora (voir p. 395 et suivantes), les seuls que nous mentionnerons dans ce paragraphe, se trouvent sur les flancs d'une montagne dont le sommet est couronné par le petit village de Rozah, où l'on voit le tombeau de l'empereur Aurengzeb. Il est situé à 22 kilomètres N.-O. d'Aurengabad.

Les excavations souterraines qui constituent les temples d'Ellora

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sont au nombre d'une trentaine; elles sont creusées sur une longueur de 2 kilomètres dans le flanc ouest de la montagne. Leur entrée se trouve perdue dans des gorges profondes couvertes de jungles et d'arbres séculaires. Ces temples et ces monastères où tant de générations d'hommes ont vécu et qui rappellent les œuvres les plus colossales

Fig. 219. — Vieux Delhi. Portion de la tour du Koutab.

La tour du Koutab, dont la planche précédente donne une vue d'ensemble, fut commencée en 1199. Sa hauteur est de 73 m. Elleposscde cinq étages entourés chacun d'un balcon analogue à celui représenté dans cette planche et dans la suivante.

des anciens Egyptiens, sont silencieux aujourd'hui , et leur merveilleuse splendeur n'est animée que par les rares mendiants qui suivent les pas des voyageurs.

Les divers temples d'Ellora ont été construits à des époques assez différentes. Le plus ancien, celui de Viswakarma, remonte à l'an 500 de

notre ère; le plus récent, le Kaïlasa, ne paraît pas postérieur à l'an 800. Ils ont été construits par conséquent pendant une période de 300 ans.

Cette période du sixième siècle au neuvième, pendant laquelle ont été édifiés les monuments d'Ellora, est celle où, suivant nous, le bouddhisme retournait graduellement au brahmanisme en se fusionnant avec l'ancien culte, qui devait l'absorber bientôt tout entier. Au lieu d'y figurer seul, ou entouré seulement de deux personnages, comme dans les monuments antérieurs, Bouddha, sans perdre encore sa prédominance, est entouré de nombreuses divinités accessoires constituées non seulement par une longue série de Bodhisattwas (futurs Bouddhas), mais encore par d'anciennes divinités purement brahmaniques. Il est fort difficile de les identifier toutes, à en juger par la différence d'interprétation que j'ai eu occasion de constater chez les pandits les plus instruits ; mais il en est sur lesquelles le doute n'est pas possible. Parmi les sculptures des temples essentiellement bouddhiques d'Ellora, on voit figurer notamment Indra, dieu du ciel; Kali, déesse delà mort; Sarasvati , déesse de la science, épouse de Brahma; Ganésa, dieu de la sagesse, etc.

Les temples d'Ellora nous permettent ainsi d'assister à cette phase de transformation que l'Inde traversa du sixième au neuvième siècle de notre ère, et dont il reste si peu de trace dans l'Inde proprement dite, mais qu'on peut étudier facilement au Népal, comme nous l'avons montré. Non seulement les temples d'Ellora présentent cette phase de transition, mais précisément la partie de cette phase aujourd'hui observable au Népal où un certain nombre de temples sont presque exclusivement bouddhiques, tandis que d'autres, à peine postérieurs à ceux-ci, sont exclusivement brahmaniques.

Quelques temples d'Ellora sont en plein air, mais la plupart d'entre eux sont souterrains et à plusieurs étages supportés par des piliers massifs admirablement sculptés. On remarque que l'arc en fer à cheval des anciens temples souterrains bouddhiques a disparu ; les daghobas ne s'y montrent également que d'une façon exceptionnelle.

L'énumération et la description de tous les temples d'Ellora nécessiterait à elle seule un volume. Les plus intéressants sont représentés

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dans cet ouvrage. On y trouvera des intérieurs et des statues qui n'a-

Pig. 220. — Vieux Delhi. Même monument que le précédent à une plus grande échelle.

vaient jamais figuré ailleurs.

Les plus remarquables des temples de la série d'Ellora sont le temple

CIVILISATIONS DE L'INDE. «fi

d'Indra et le Kaïlasa (voir p. 395 et suivantes.) Ce dernier n'est pas un temple complètement souterrain, car sa partie centrale est un monument en plein air isolé du reste de la montagne; mais il est entouré d'excavations nombreuses qui en font partie et qui se prolongent dans les flancs de la montagne.

Comme forme extérieure, le temple central du Kaïlasa se rapproche de ceux qui semblent avoir servi de type aux temples dravidiens du sud de l'Inde, et dont la répétition se retrouve dans les gopuras. Ce type primitif se voit également à Mahavellipore.

Le Kaïlasa remonte, suivant toute vraisemblance, au huitième siècle de notre ère, et est par conséquent antérieur à tous les temples du sud de l'Inde, ceux de Mahavellipore exceptés.

Ce temple brahmanique, dédié à Siva, est un des monuments où la fantaisie des artistes hindous s'est le plus déployée dans les sculptures. Un volume entier ne suffirait pas à les reproduire. Nous avons dû nous borner à représenter les principales. Tout le panthéon hindou y figure, ainsi que les épisodes de la grande épopée du Mahabharata.

L'intérieur et l'extérieur du temple étaient recouverts de peintures dont il ne reste que quelques traces.

Le temple monolithique du Kaïlasa est placé dans une cour rectangulaire dont les côtés sont formés par les parois de la jnontagne elle-même. Dans ces parois sont creusées de nombreuses salles souterraines ornées de sculptures.

Le temple, situé au centre de la cour, est formé d'un seul bloc ; il a 30 mètres environ de hauteur. On pénètre dans la cour par un portique orné de pilastres.

L'intérieur du temple forme une grande salle supportée par des piliers et des pilastres, et entourée de chapelles. L'édifice entier est entouré par des lions, des éléphants et divers animaux fantastiques, qui semblent le soutenir.

Auprès du temple se trouvent deux obélisques, dont nos dessins indiquent exactement les formes. On y voit aussi deux gigantesques éléphants d'une seule pièce. En excavant la montagne, l'architecte a dû ménager les masses nécessaires pour tailler le temple, les deux

éléphants, les deux obélisques, diverses chapelles et les ponts qui les réunissent.

Je ne terminerai pas ce qui concerne les temples d'Ellora sans dire qu'ils sont, avec les monuments de Khajurao, de Bijanagar et du Népal, les édifices de l'Inde qui ont produit sur moi l'impression la plus profonde. La faim, la fatigue, les nuits sans sommeil, on oublie tout devant des merveilles semblables! Le temple de Karnak, à Louqsor, en Egypte, est sans doute un monument splendide ; mais si Karnak semble l'œuvre d'un peuple de géants, le Kaïlasa et le temple d'Indra à Ellora semblent être l'œuvre d'un peuple de génies. Aladin, avec sa lampe merveilleuse n'aurait jamais rien réalisé de plus féerique. Les photographies n'en donnent malheureusement qu'une idée très faible; il faut la compléter en essayant de se représenter, par la pensée, ce que peut être une cathédrale immense et fantastique taillée dans un seul bloc de pierre, artificiellement séparé d'une montagne. Sur les flancs du précipice qu'il a fallu créer pour isoler ce bloc gigantesque, des mains d'artistes appartenant à un monde bien différent du nôtre ont creusé une série de temples qui se perdent dans les flancs de la montagne. Toutes ces constructions sont recouvertes de statues de dieux, de déesses, de monstres et d'animaux dans toutes les attitudes que l'imagination la plus délirante puisse rêver. Ici, ce sont des divinités effrayantes et farouches, gardées par des géants de pierre qui semblent menacer le visiteur assez hardi pour s'approcher d'elles ; puis des monstres grimaçants; des déesses qui vous tendent les bras avec le plus charmant sourire, des danseuses aux poses lascives, des dieux et des déesses qu'une étreinte amoureuse tient furieusement enlacés. Ce peuple d'idoles qui semblent vieilles comme le monde, d'êtres surnaturels, de bayadères et de sirènes, forme une interminable procession qui se déroule sur les parois des temples et dans les souterrains de la montagne. Vous montez , descendez, avancez, remontez encore, et partout oii se projette la lueur de votre torche, vous apercevez leurs ombres tantôt souriantes, tantôt menaçantes. On finit par avoir le vertige et par se croire transporté dans le monde des enchantements. Il y a loin des froides et rigides statues de nos cathédrales gothiques à ce peuple de pierre aux formes si vivantes

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et si vraies qu'on dirait qu'il va s'animer. Ce n'est pas le Taje d'Agra qui vaut à lui seul, comme on l'a prétendu, le voyage de l'Inde, mais bien le temple d'Indra et le Kaïlasa d'Ellora.

Fig. 222. — Vieux Delhi. Colonnade de la mosquée du Koutab formée de piliers provenant d'anciens temples hindous.

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